Tableau du siècle, par un auteur connu (Noiivos de
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le temps de faire sa renonciation, étant morte presque subitement " . Il ajoute que ci le curé de sa paroisse refusa de l'enterrer parmi les fidèles, quoiqu'elle eût témoigné un extrême désir de recevoir les derniers sacrements, et qu'elle fût morte dans le temps qu'elle avait envoyé chercher un prêtre ' i .
Desprez de Boissy prétend, au contraire, que M, Languet, curé de Saint-Sulpice, (juî avait exhorté Mlle Le Couvreur avec le plus grand zèle, lui refusa constamment la sépulture chrétienne, parce qu'elle ne voulut donner t aucun acte de repentir des scandales de sa profession - » .
C'était son droit, Tactrice étant morte sans avoir renoncé au théâtre, de lui fermer l'église, comme Saint-Eustache avait été jadis fermée à la dépouille de Molière. Mais pouvait-il lui refuser l'entrée du cimetière , ou d'une certaine partie du cimetière , accordée même à l'auteur du Tartuffe et, sur cette paroisse même, à Rosimond mort sans confession (1686), à la Champmeslé décédée sur la paroisse d'Auteuil (1698), et plus récemment aux comédiens Lavoy (1726) et Le Grand (1728)?
Et non seulement la sépulture religieuse, mais — fait unique dans l'histoire du théâtre ! — toute sépulture fut refusée à Adrienne Le Couvreur, qui n'eut pas même une bière pour dernier lit. Ce fut à minuit,
Saint-Cyr, comédien sous le nom de Laval). Genève, 1759, in-i2. Chap. des Spectacles, p. 220.
1 . On sait que Molière, « voulant témoigner des marques de repentir de ses fautes et mourir en bon chrétien, demanda avec instance un prêtre pour recevoir les sacrements, et envoya par plusieurs fois son valet et sa servante à Saint- Eustache, sa paroisse;... le nommé Paysant arriva comme il venait d'e.xpirer. »
(Requête de la veuve à l'archevêque de Paris.)
2. Lettres sur les spectacles, 7* édit. (1779), t. I, p. 53. Dans le tome II, il dit, avec une légère variante : « Aucun signe de repentir sur sa profession. » (P. 182.'!
ÉTUDE BIOGRAPHIQ UE. 6^
dans un fiacre, que le corps fut clandestinement porté, comme un paquet, par deux portefaix, accompagnés d'une escouade du guet et aun M. Laubinière, au milieu de chantiers, dans un terrain vague ou sur le bord de la rivière. Ce fut un véritable enfouissement, et, comme pour Molière, on ne sait pas même oii repose aujourd'hui le corps de la tragédienne ^
Ici encore, comme dans l'affaire de l'empoisonnement, nous marchons dans les ténèbres, et ne pouvons avancer qu'à tâtons.
Une première version — c'est celle de l'édition de Zaïre de 1733 et de Des Boulmiers — dit » à la Grenouillère ^5 , c'est-à-dire vers le quai d'Orsay actuel, peut-être à l'angle du boulevard St-Germain, peut-être — comme le pensait Edouard Fournier — au coin des rues de Lille (ou de l'Université) et de Bourgogne -.
Une autre, qui date de 1786, veut que ce soit encore rue de Bourgogne, mais à cinq cents mètres plus loin, à l'angle sud-est de la rue de Grenelle".
1 . On ne sait pas davantage ce que sont devenus les restes mortels de l'immortel Mozart.
2. « Vers le bord de notre rivière. » (Épître dédicatoire de Zaïre.) — « Enterrée toute seule au coin de la rue de Bourgogne. » {Candide, ch. xu.) — Mais Voltaire, d'ordinaire inexact, est ici doublement suspect, comme poète et comme romancier.
3 . La légende paraît avoir définitivement adopté le n° 11$ actuel de la rue de Grenelle, occupé par l'hôtel de M. de Jouvencel, précédemment à M. le comte Ch. de Vogué, à M. le comte de Bérenger (1823-36) et au marquis de Sommery (1786), construit sur un terrain appartenant à M. de Maurepas, presque en face des Carmélites .
Il faut noter que ce terrain était alors voisin d'un des cimetières de Saint-Sulpice, situé hors de la paroisse, entre les rues de Grenelle et de Varenne. Voir la nomenclature de La Caille et le plan de l'abbé de la Grive (1728). Nicolas de Fer et Jouvin de Rochefort placent l'un des cimetières de Saint- Sulpice entre les rues de Varenne et Valleran (Hillerin-Bertin), avec entrée rue de Grenelle, à la hauteur du couvent de la Visitation.
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Enfin, selon une troisième version, que je trouve consignée seulement dans la Galerie théâtrale de Bance aîné (1823, t. II, n° 89), l'abbé d'Anfreville, qui s'était plu à former le talent d'Adrienne, lui aurait « donné un tombeau sous les ombrages de son jardin^ t> .
Nous renonçons, pour notre part, à concilier ces assertions contradictoires,
* Les comédiens du siècle dernier savaient peut-être la vérité, quand ils demandèrent à rechercher le corps de la tragédienne-. Il est très regrettable que leur, projet n'ait pas abouti. Sans doute voulaient-ils réparer la coupable indifférence ou l'oubli de leurs prédécesseurs, qui n'avaient rien fait pour leur illustre camarade.
Le mercredi 22 mars, il y eut — il est vrai — assemblée extraordinaire des comédiens. On prétend que Voltaire assistait à cette séance, dont le procèsverbal ne nous a malheureusement pas été conservé. Il dit aux comédiens indignés qu'ils devaient déclarer qu'ils n'exerceraient plus leur profession jusqu'à ce qu'on traitât les pensionnaires du Roi comme les autres citoyens qui n'ont pas l'honneur d'appartenir à Sa Majesté. Les comédiens le lui promirent, et n'en firent rien : on n'était pas encore au siècle des grèves. La clôture annuelle de leur spectacle se fit le surlendemain 24, et Grandval, le dernier reçu dans la Compagnie, prononça, dans le compliment d'usage, l'éloge
1 . Ce jardin devait être situé rue de Seine, dans le voisinage de la rue des Marais. Une note de l'abbé Granet, éditeur de la deuxième édition du Discours de la Comédie du P. Le Brun, dit, en 1731, qu' « on fut obligé de l'enterrer à la campagne » (p. 260).
Ce fut dans son jardin d'Asnières que le mari de la Champmeslé, mort subitement le 22 août 1701, et repoussé par Saint-Sulpice, sa paroisse (il demeurait rue de Condé), fut inhumé le lendemain.