Voir les Lettres I et II de notre Recueil
4. Henri Clavel avait déjà débuté, en mars 1708, « par ordre de Monseigneur »; le i j, dans Mithridate; le 19, dans Œdipe et la Parisienne, rôle du Gascon qu'il joue le izi
i6 Adkienne Le Couvreur.
au bout de sept mois', c'est-à-dire à la clôture de 1711, il courut rejoindre Adrienne, qui continuait à faire les délices de la province.
Elle est alors première actrice du théâtre de Strasbourg -, aux appointements de deux mille livres, somme considérable pour le temps. Elle est jeune, elle est vaillante, elle est riche d'avenir, et criblée de dettes. Le baron D... est mort en quelques jours. Le désespoir de sa maîtresse est d'abord violent, elle veut le suivre au tombeau ; mais il n'est pas de deuils éternels , elle propose à Clavel de l'épouser (voir la lettre U). Le comédien fait la sourde oreille. Adrienne, rendue à la liberté, accepte un protecteur, et, en 17 16, elle met au monde une seconde fille, Françoise-Catherine- Ursule, à laquelle on donne pour père M. François de Klinglin, fils du préteur royal, le premier magistrat de Strasbourg, t^ Le comte de Klinglin — dit Des Boulmiers — avait peut-être l'extérieur moins séduisant que le jeune militaire dont il répara la perte, mais son esprit était agréable et son caractère plein de candeur et d'aménité. Adrienne se livra moins aveuglément à cette nouvelle passion; elle mit un long intervalle entre la déclaration et le bonheur de son
Versailles, puis était retourné à Lille joindre la troupe de sa sœur et la jeune Adrienne.
1. Il joua neuf fois en septembre, douze en octobre, dixsept en novembre, dix en décembre, huit en janvier, sept en février, une en mars. (Registres de la Comédie française.)
2. Ce théâtre, un des plus jolis de province, et dirigé depuis 1704 par Jean Quinault père, directeur de la troupe de S. A. S. Mgr le duc de Lorraine, était entretenu par la ville, et surtout fréquenté par la garnison, qui entretenait la troupe des comédiens. Les]capitaines et commandants de corps payaient, les subalternes entraient gratis. {Lettres et Mémoires du baron de Pollnitz, I, 312.) La famille Quinault, qui devait briller longtemps à Paris, avait débuté à Strasbourg. Néricault-Destouches y joua Jquelque temps la comédie, et fut peut-être le camarade de Mlle Le Couvreur.
amant. Elle savait combien l'injustice des hommes rend cet artifice nécessaire, et l'intérêt de son amour eût éternisé sa résistance si le comte deKIinglin, dans un de ces moments oiî l'emportement de l'amour aiDlanit toutes les difficultés, ne lui eût promis de lui donner sa main, aussitôt qu'il serait maître d'en disposer. Adrienne, qui était pleine de candeur, crut le comte et se rendit à ses désirs •. »
Un an plus tard, elle accouchait de Françoise, et le comte, depuis longtemps pressé par sa famille en faveur d'un parti avantageux, finit par céder. Le mariage du père de sa fille porta le désespoir dans le cœur d' Adrienne; trop fière pour lui reprocher sa perfidie, mais trop sensible pour en être le témoin, elle se détermina à quitter Strasbourg, et la fin de l'année théâtrale l'appela définitivement à Paris ^.
Son ordre de débuts à la Comédie française est du 27 mars 1717 : " dans la pièce — dit l'ordre — qu'elle aura choisie. »
Ce fut V Electre de Crébillon. Elle parut pour la première fois devant le public parisien, dans ce rôle et dans l'Angélique de George Dandin, le vendredi 14 mai, surveille de la Pentecôte ^.
L'actrice nouvelle eut un succès complet; on dit tout haut qu'elle commençait comme les plus grandes comédiennes finissent ordinairement.