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Lettres de Benjamin Constant à Madame Récamier (1807-1830)

* Les lettres que nous publions aujo urd'hui on éléToccasion d'un procès qui eut un certain retentissement, car il donna lieu à un arrêt de la cour d'appel de Paris établissant la jurisprudence en matière de publication de correspondances, arrêt qui depuis a été souvent invoqué.

Madame Récamier, enlevée à TaOeclion de sa famille et de ses amis, venait de succomber en quelques heures, le 13 mai 1849, aune attaque de choléra. Peu de semaines après ce cruel événement et alors que l'impression qu'il avait causée était encore très vive, on annonçait la publication dans le feuilleton de la Presse des lettres de Benjamin Constant à madame Récamier.

II PRÉFACF

Les deux familles, justement blessées de ce qu'une telle publication dans ces conditions et en pareille circonstance avait d'inconvenant, s'opposèrent de concert à sa réalisation. La famille du célèbre publiciste était représentée par la baronne d'Estournelles, sœur de Benjamin Constant, et celle de madame Récamier par sa nièce et légataire universelle, madame Charles Lenormant^ entre les mains de qui se trouvaient et sont en- :ore toutes les lettres autographes de Benjamin Constant.

Un jugement du tribunal de première instance du 14 août 1859 et un arrêt de la cour d'appel du 20 décembre 1850 leur donnèrent gain de cause et ordonnèrent la restitution à madame Lenormant de la copie des soixante-seize lettres dont on prétendait se servir pour la publication.

Nous ferons remarquer que le directeur de la Presse^ qui avait cru au droit de publication de la personne qui lui avait offert ces lettres, édifié par les débats de première instance, se refusa à aller en appel. M. Emile do Girardin avait été rcgu à

PRÉFACE m

TAbbaye-aux-Bois avec sa bcUe et spirituelle compagne Delphine Gay; le souvenir qu'il conservait de ses relations avec madame Récamier lui dicla sans doute ce refus. Dix ans plus tard» au grand étonnement des parties qui avaient obtenu Tarrèt interdisant la publication, et au mépris des termes formels de cet arrêt, une nouvelle tentative de ublication eut lieu de la part de la même personne que la première fois; mais il suffit d'une ordonnance de référé se fondant sur la décision antérieure de la cour, poiir faire saisir et détruire l'édition prêle à être mise en vente.

L'interdiction que les deux familles avaient opposée en 18 i9 à la publication des lettres de Benjamin Constant à madame Récamier n'était nullement fondée sur la crainte que cette publication ne nuisit à la mémoire ou de celui qui les avait écrites ou de celle à qui elles étaient adressées. Loin de là. Mais, faite sous forme de feuilleton, à l'insu des deux familles et au lendemain de la mort de madame Récamier, cette publication manquait aux plus vul^caires convenances. Elle blés-

IV PRÉFAG

sait tous les sentiments de respect que méritaient deux noms illustres.

Maintenant qu'un demi-siècle s'est écoulé depuis la mort de Benjamin Constant, que trentedeux ans nous séparent du jour qui vit disparaître la belle et noble femme dont le souvenir demeure entouré d'une auréole de pureté, nous avons cru le moment venu de faire connaître au public des lettres qui aideront a mieux juger le caractère trop souvent méconnu d'un homme dont le talent a toujours servi à la défense de la liberté.

On a beaucoup écrit sur l'éminent publiciste. M. Laboulaye, esprit aussi élevé que vraiment libéral, dans la très remarquable introduction qu'il a mise en tète des écrits politiques de Benjamin Constant, a fait ressortir de ces ouvrages les doctrines d'un gouvernement libre. Loeve- Veimars dans la Revue des Deux Mondes^ Sainte- Beuve dans cinq articles successifs de ses Nouveaux LundiSy ont fort diversement apprécié et discuté le caractère et le talent de Benjamin Constant.

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