Copie non signée de la iettie euvoj'ée au Grand-Duc
patriarche de la littérature orientale, auquel j'ai présenté M. Rosolliui, l'a accueilli avec distinction et lui prodigue, dans ses leyons d'arabe, des soins tout particuliers et d'autant plus désirables, qu'il a sondé toutes les profondeurs d(' la langue dilBcile qu'il professe depuis trente ans. M. Rosellini pourra librement consulter tout ce (jue la Bibliothèque du Roi renferme d'imprimés, et [tout] dans le riche dépôt de manuscrits orientaux lui est également ouvert. J'ai cru qu'il lui serait agréable de se trouver en rapport avec nos savants les plus distingués, et déjà il est admis dans l'intimité du doyen de nos hommes de lettres, le secrétaire perpétue] de l'Académie des [Inscriptions] de l'Institut, M. Dacier, dont les conseils et les exemples ont dirigé depuis cinquante ans — un demi-siècle ! — tous les jeunes écrivains (jui se sont acquis parmi nous un nom célèbre dans l'érudition et les sciences historiques. M. Rosellini trouve à la l'ois, auprès de M. Dacier, et de bonnes doctrines et un délassement bien aimable, puisque le vénérable vieillard conserve, avec ses (juatre-vingl-stipt ans, toute la chaleur d'âme et toute la fraîcheur d'esprit de la plus brillante jeunesse.
Tout en s'o(-cupant d'hébreu et d'arabe, M. Rosellini n<! négligera point les études égyptiennes, pour lescjuelles il a un [)enchant très décidé et qui, d'ailleurs, se lient naturellement auv connaissances qu'il cultivait déjà et jjar goût et ]j;ir dcvoii'. Je mets à sa disposition tous mes tiavauv niaiHiscrits et la totalité des documents (pie j'ai pu rassembler. Je lui enseigne de la langue copte ou égyptienne, c|ui sert de base et de nio\ t;n d'avancement dans l'étude des hiéroglyphes, et la grammaire (|ue j'ai rédig<k! le fera facilement p('nétrer dans le génie de cette langue, si sinq)le et si originale a la fois, mais (|u'<mi s'était complu a cioire si dillicile et si conipliqui'i', faute d'en saisir la marche anal\ ti(|ue. Le Mus('*e Royal, coiilii' a nie> soins, me j;ermet de ilonuer les monuments originaux a la main de mon jeune élève ardent[, et de lui passer] toute l'instruction et toute l'habitude
que je puis avoir moi-même des arts et de l'histoire de rancienne Egypte. Je supplée ainsi au cours public que je suis cliargé de faire au Louvre, mais que l'arrangement du Musée ne me permet point de donner cette année, que je consacrerai tout entière au classement et à la disposition des monuments, j'iisques au mois de nooembre. J'espère à cette époque remplir le vœu de toute ma vie en visitant r Egypte, cette terre de merveilles, le berceau de la civilisation, et chercher dans ses monuments des souvenirs de l'histoire primitive des hommes, des noms illustres oubliés depuis trois mille ans, et de vieilles doctrines religieuses plus pures quon ne le croit peut-être, gravées sur des édifices qui ont su passer, en leur survivant, toutes les gloires de la Perse, de la Grèce et de Rome.
Votre Altesse donne quelque attention à ces intéressantes recherches. Elle fait plus en encourageant le zèle de M. liosellini : Elle hâte le moment où ces études pourront atteindre leur noble but. Le sujet en est si vaste et si grand, que je sens à la fois et l'impossibilité de tout faire moi seul et le besoin d'un collaborateur aussi dévoué à la science (jue l'est réellement M. Rosellini.
Qu'il me soit permis de consigner ici la nouvelle expression des sentiments de gratitude et de profond respect avec lesquels je suis
A L'ABBÉ GAZZEKA
Paris, 24 mars 1S27.
Je suis dans les meilleures dispositions du monde
pour profiter des bons avis que vous me donnez. Mais, mon cher ami, je dois nécessairement penser au plus pressé et au plus important. Mon Musée me presse d'autant plus que je
DR CHAMPOLLIOX LR JEUNE 417
désire rapprocher le moment de rexécution si désirée de mon voyage d'Egypte. Je mets la dernière main à mon mémoire relatif à cette grande entreprise ; je le présenterai au Roi et je saurai, avant un mois d'ici, ce que je dois attendre du gouvernement pour accomplir un projet auquel sont intéressées tant de brandies des sciences historiques. Tenezvous donc prêt à partir vers le mois de juillet, car je vais demander, sur des raisons valables, qu'on fixe mon départ à ce mois-là. Je compte toujours sur vous pour partager les peines, les plaisirs et la gloire du voyage. Votre volonté seule pourra s'opposer à ce que vous n'effectuiez point un tel voyage avec moi. Aussitôt que mon plan sera adopté par le gouvernement français, je vous le manderai de suite. Vous n'aurez alors qu'une seule démarche à faire auprès de votre gouvernement, celle de lui demander un congé de quinze mois, et la permission de vous joindre à moi dans cette entreprise littéraire; ne parlez d'aucun encouragement pécuniaire de sa part, demandez-lui seulement la continuation de votre traitement. Mon plan est tellement conçu que tous v(js frais seront payés et (|u'au retour il vous sera alloué une somme de 5.000 francs, pour prendre des bouillons d'herbe et vous reposer des fatigues passées. Cependant, si votre Ministère voulait faire aussi quelque chose, ce serait un surcroît de bien qui ne me fâcherait point à cause de vous, écrivez- moi vite si ma proposition vous est agréable. Ne dites au reste de tout cela (|ue la partie nécessaire pour ([u'on vous accorde un congé, mais ne faites cette demande? que lors(iU(.' je vous écrirai expressément, ce (|ui arrivera lorsque mon voyage; sera décidé eu |)iincipe. Quant au personnel et aux détails, comme cela me r<>garde uni(|uem(;nt, il n'y aura aucune dillicult(''. — Nous partirons ensemble, navigucions ensemble, remonterons le Nil ensembh' et revicndions ensemble en Italie, en passant par Coiistantinnple
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et la Grèce. Si notre ami Paùli' est tenté d'en être, ce serait bien; un tel compagnon nous tiendrait en joie, et nous lui en ferions voir de toutes les couleurs.
Faites part de ma lettre à notre ami Costa, V enfant premier-né de la Paresse. Il pourra sonder le terrain autour de vous et vous donner de bons conseils pour présenter l'affaire sous son véritable jour de succès. Embrassez-le pour moi et recevez la nouvelle assurance de ma constante amitié. Mes respects à M™*" la Comtesse Sclopis, un souvenir à tous les siens et à nos amis Peyron, Plana, Boucheron, lequel, si nous mourons en Egypte, sera chargé, comme de raison, de notre panégyrique funéraire !
Adieu !
J.-F. Ch.