‹ Lettres de Chopin et de George Sand, 1836-1839Chapitre 30 sur 49 · Frédéric Chopin à Albert Grzymala, à Paris.w · texte numérisé non relu

Frédéric Chopin à Albert Grzymala, à Paris.w

[Marseille, 12 mars 1839].

Mon âme bien aimée.

Les juifs seront toujours des juifs, et les teutons des teutons. Tu as raison, mais qu'y faire? Il me faut bien traiter avec eux. Je te remercie encore une fois

(90) Il ne faut pas —on l'a fait trop souvent— traduire par «Les Ancêtres» le titre du grand poème dramatique d'Adam Mickiewicz, car il s'agit des âmes des aïeux. Nous conservons donc ici le titre original de cette œuvre admirable évocation d'une coutume païenne qu'observe encore le paysan polonais quand il appelle à lui les âmes des ancêtres pour leur faire des offrandes.

(91) Lettre inédite jusqu'ici en français.

de ta bonté. Après les instructions que j'ai données à Fontana aujourd'hui, je n'aurai pas, j'espère, besoin de recourir à toi une seconde fois.

Ma santé s'améliore de jour en jour. Les vésicatoires, la diète, les pilules, les bains et, plus que tout, les soins infinis de mon ange m'ont remis sur pieds — sur des jambes un peu maigres. Tu t'intéresses à mes projets? Alors, voici; le médecin ne veut pas me libérer avant mai... juin. De Marseille, nous comptons gagner Nohant où l'air d'été me fera beaucoup de bien. Si ma santé l'exige et suivant l'état de mes finances, je passerai l'hiver prochain dans le midi de la France ou à Paris. J'ai maigri et pâli terriblement mais maintenant je mange beaucoup. Ajoute à ma toux habituelle, tout le mal que m'ont fait les Espagnols et les multiples agréments éprouvés là-bas. Sans cesse, je la voyais inquiète de moi. Elle devait me soigner toute seule car Dieu nous préserve des médecins du pays! Je la voyais faire mon lit, ranger la chambre, préparer les tisanes, se priver de tout pour moi, ne recevant aucun courrier, veillant sur les enfants qui avaient constamment besoin de son regard aimant [un mot illisible] dans des conditions de vie inusitées. Ajoute à cela qu'elle écrivait... [la fin manque.]

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