‹ Lettres de directionChapitre 24 sur 163 · I. Ps. XXXIII · texte numérisé non relu

I. Ps. XXXIII

Vous ne pouvez rien faire de mieux que de régler votre temps, en sorte que vous fassiez tous les jours une petite lecture, avec un peu d'oraison en méditation affectueuse, pour repasser sur vos faiblesses, étudier vos devoirs, recourir à Dieu, et vous accoutumer à être familièrement avec lui. Que vous serez heureux, si vous apprenez ce que c'est que l'occupation de l'amour ! Il ne faut point demander ce qu'on fait avec Dieu quand on l'aime. On n'a point de peine à s'entretenir avec son ami; on a toujours à lui ouvrir son cœur; on ne cherche jamais ce qu'on lui dira, mais on le lui dit sans réflexions: on ne peut lui rien réserver; quand même on n'aurait rien à lui dire, on est content d'être avec lui. O que l'amour est bien plus propre à soutenir que la crainte ! La crainte captive et contraint pendant qu'elle trouble i mais l'amour persuade, console, anime, possède toute Tâme, et fait vouloir le bien pour le bien même. Il est vrai que vous avez encore besoin de la crainte des jugements de Dieu, pour faire le contre-poids de vos passions : confiée timoré tuo carnes meas\ mais en commençant parla crainte qui dompte la chair, il faut se hâter de tendre à l'amour qui console l'esprit. O que vous trouverez Dieu bon et fidèle ami, quand vous voudrez entrer en amitié sincère et constante avec lui !

Le point capital, si vous voulez bien vous donner à lui de bonne foi, c'est de vous défier de vous-même après tant d'expériences de votre fragilité, et de renon-

2, Ps. cxviii, 120.

cer sans retardement à toutes les compagnies qui peuvent vous faire retomber. Si vous voulez aimer Dieu, pourquoi voulez-vous passer votre vie dans' l'amitié de ceux qui ne l'aiment pas, et qui se moquent de son amour ? Pourquoi ne vous contenter pas de la société de ceux qui l'aiment, et qui sont propres à vous affermir dans votre amour pour lui ?

Je ne demande point que vous rompiez d'abord ' sans aucune mesure avec tous vos amis, et avec . toutes les personnes vers lesquelles une véritable bienséance vous demande quelque commerce. Je demande encore moins que vous abandonniez ce qu'on appelle les devoirs, pour faire votre cour, et vous trouver dans les lieux où l'on n'a besoin que de paraître en passant ; mais il s'agit des liaisons suivies, qui contribuent beaucoup à gâter le cœur, et qui rentraînent insensiblement contre les meilleures résolutions qu'on a prises. Il s'agit de retrancher les conversations fréquentes de femmes vaines qui cherchent à plaire, et des autres compagnies qui réveillent le goût des plaisirs, qui accoutument à mépriser la piété et qui causent une très dangereuse dissipation. C'est ce qui est très nuisible pour le salut à tous les hommes les plus confirmés dans la vertu, et par conséquent c'est ce qui est encore bien plus pernicieux pour un homme qui ne fait que les premiers pas vers le bien, et dont le naturel est si facile pour se laisser dérégler.

De plus, vous devez vous reprocher vos longues infidélités, et l'abus que vous avez fait si longtemps des grâces. Dieu vous a attendu, cherché, invité,

pressé, forcé, pour ainsi dire, à revenir à lui : n'est-il pas juste que vous l'attendiez un peu à votre tour ? X'avez-vous pas besoin de mortifier vos goûts, et de réprimer vos habitudes, surtout à l'égard des choses dangereuses ? Ne faut-il pas faire une sérieuse pénitence de vos péchés ? Ne devez-vous pas appliquer votre pénitence à vous humilier et à vous ennuyer un peu, pour vous éloigner des compagnies contagieuses ? Celui, dit le Saint-Esprit \ qui aime le péril y périra. Il faut, quoi qu'il en coûte, quitter les occasions prochaines. On est obligé, selon le commandement de Jésus-Christ \ de couper son pied et sa main, et même d'arracher son œil, s'ils vous scandalisent, c'est-à-dire s'ils sont pour nous des pièges ou sujets de chute.

J'avoue que vous ne devez point donner au public une scène de conversion qui fasse discourir avec malignité ; la vraie piété ne demande jamais ces démonstrations. Il suffit de faire deux choses: l'une est de ne donner aucun mauvais exemple ; c'est sur quoi il n'est jamais permis de rougir de Jésus-Christ et de son Evangile : l'autre chose est de faire sans affectation et sans éclat tout ce que le sincère amour de Dieu demande. Suivant la première règle, il ne faut paraître que modestement à l'église ; et, dans toutes les compagnies, on ne peut ni flatter le vice, ni entrer dans les discours indécents des libertins. Suivant la seconde règle, il n'y a qu'à faire ses lectures, ses prières, ses confessions, ses communions, et

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