I. Matth., X
resserrée par les délicatesses et les inégalités de l'amourpropre : n'aimant que pour Dieu, elle aimerait, comme Dieu, d'un amour admirable ; car Dieu est amour, comme dit saint Jean ^ : ses entrailles seraient une source inépuisable d'eau vive, suivant la promesse '^. L'amour porterait tout, souffrirait tout, espérerait tout pour notre prochain ; l'amour surmonterait toutes les peines ; du fond du cœur il se répandrait jusque sur les sens ; il s'attendrirait sur les maux d'autrui, ne comptant pour rien les siens ; il consolerait, il attendrait, il se proportionnerait, il se rapetisserait avec les petits, il s'élèverait pour les grands ; il pleurerait avec ceux qui pleurent, il se réjouirait par condescendance avec ceux qui se réjouissent ; il serait tout à tous, non par une apparence forcée et par une sèche démonstration, mais par l'abondance du cœur, en qui l'amour de Dieu serait une source vive pour tous les sentiments les plus tendres, les plus forts et les plus proportionnés. Rien n'est si sec, si froid, si dur, si resserré, qu'un cœur qui s'aime seul en toutes choses. Rien n'est si tendre, si ouvert, si vif, si doux, si aimable, si aimant, qu'un cœur que l'amour divin possède et anime. (VII, 232.)