‹ Lettres de divers particuliers au chevalier de Lévis [microforme]Chapitre 1 sur 54 · COMMISSAIRE DES GUERRES · texte numérisé non relu

COMMISSAIRE DES GUERRES

Hôpital (Général de Québec), le 20 septembre 1759 "

Ma qualité de ministre du cartel ne m'a pas permis eb ne me permet pas même encore de vous écrire comme je le souhaiterois.

Avant la reddition de la place, je fus deux fois au amp ennemi : la première, par enlèvement, à minuit :

mn

* Ce volume contient quelques Jettres adressées à d’autres qu’au chevalier de Lévis,

ça été pour entrer seulement dans les arrangements de protection pour l'hôpital, les malades et blessés, J'ai eu, à cet égard, toute la satisfaction possible des généraux anglois, dont je ne puis trop me louer de leur politesse et de leur humanité, Ils me firent apporter à l'hôpital par leurs propres soldats tous les nôtres restés sur le champ de bataille ; j'entends les troupes de terre; car ils ont gardé tous les autres.

Jusqu'à présent, je n'ai pu respirer: affliction et travail... ; j'ai fait les revues des piquets qui passent en France; j'ai rendu compte aux ministres,

A présent, je travaille à procurer à l'hôpital des vivres, et je n’attends qu’une forme de gouvernement établie dans la place, pour tâcher de découvrir et de ramasser les équipages des troupes de terre, d’après les états que jen ai; mais il y en aura de perdus, de brûlés et de pillés.

Je vous supplie de me donner vos ordres en tout ce qué je pourrai être propre.

Il y a plusieurs soldats et officiers en état de rejoindre ; mais les généraux anglois sont encore si occupés qu'ils remettent à quelques jours mes représentations. Je les presserai cependant instamment.

M. Dupont, mort ici; MM. Lenoir, Cornier, Savournin, très mal; les autres vont bien.

J'ai l’honneur d’être avec respect, etc.

2 octobre 1759.

Je laisse à M. de Bougainville à vous fuire le récit de son voyage et le résultat qu'il m'a occasionné d’avoir avec M. le général Monckton.

Je joins ici l’état de l'hôpital; je vous supplie de le communiquer à M. le marquis de Vaudreuil; je ne saurois trouver le temps d'en faire faire plusieurs copies,

Quoique les choses paroissent en mauvais train, et M. de Bougainville vous dira pourquoi et par quoi, il y a encore espérance de les ajuster par lettres, et M. de Bougainville en montrera la route.

J'ai mille grâces à vous rendre, mon général, des bons témoignages que vous voulez bien avoir la bonté de me rendre: un de mes plus grands désirs est de mériter l’honneur de votre estime et de votre protection.

J'ai l'honneur de vous remercier pareillement d’avoir fait retenir mon cheval et la voiture ; je renverrai mon domestique le chercher; car je me tue d'aller tous les jours à pied à la ville, sans pouvoir faire autrement, Au reste, un officier renvoya mon domestique, et je fus fort étonné de le voir revenir sans aucune preuve qu'il eût fait sa mission.

J'aurai l'honneur de vous rendre compte de ce qui suivra le départ de M. de Bougainville.

J'ai l'honneur d’être avec respect, etc.

4 octobre 1759.

La lettre que j'écris à M. de Bougainville vous exposera les détails de ce qui s’est passé depuis son départ.

M. le général Monckton m'a dit ce matin que ceux qu’il regarde comme prisonniers de guerre, lesquels, étant guéris, sont à charge à l'hôpital, je n’avois qu’à les lui envoyer en ville, où il leur feroit donner la ration, en attendant qu'il ait décidé de leur sort. Quant aux officiers rétablis, il n’a point encore pris de parti, quoiqu'il m’ait dit qu'il les enverroit à New-York; cependant il ne leur permet pas encore d'aller en ville, ce qu’il veut bien pour leurs domestiques.

Je vous supplie de faire attention à l’article de la lettre de M. de Bougainville au sujet de la neutralité de cet hôpital.

J'ai l’honneur d’être avec respect, etc.

BERNIER

P. S.— Je reçois dans le moment la lettre que vous me faites l'honneur de m'écrire, conjointement avec le pouvoir de M. le marquis de Vaudreuil, Je ne puis trop vous témoigner, mon général, ma respectueuse reconnoissance de l’approbation que vous me donnez et de l'opinion que vous avez de moi. Mais ce pouvoir m'est onéreux : comment plaire à deux partis opposés ? Mon sentiment est que ce qui est entré à l'hôpital le 13 est bien prisonnier. Le cartel n’a jamais dû s'étendre à une pareille position, ce seroit abusif; et le général

anglois me paroît d'autant plus juste en cela que MM. de Privat et de Maubeuge, qui furent portés d’abord à la ville et trois jours après à l'hôpital, il les juge entière- : ment libres :

1° Parce que la ville n'étoit point en son pouvoir quand ils y sont entrés et en sont sortis; 2° l'hôpital étant un lieu neutre, un homme libre y a pu venir sans perdre sa liberté. Cela me paroît juste et très juste. On dit: Mais ceux qui sont venus à l'hôpital pouvoient aller en ville. — Mais pourquoi ne l'ont-ils pas fait? C'est le cas de M. de Belle-Tsle quand il fut pris sur les terres de Hanovre; pourquoi ne prit-il pas un autre chemin ?

Un hôpital placé sur le flanc de deux armées, la battue pouvoit donc y trouver un asile! Le général anglois m'a dit qu'au temps de l’action, il pouvoit prendre l’hôpital, mais que, voulant ne point effrayer le lieu, où d’ailleurs il n’avoit pas vu nos troupes se retirer, il n’y avoit envoyé un détachement que dans la nuit, Mais une épine à ma mission est que j'ai très bien connu que le général anglois auroit voulu être le libérateur de ses prisonniers, et vous ne me dites rien là-dessus. Monsieur le général me fait dire d'aller demain matin chez lui.

M. Cornier vient de mourir; j'ai fait mettre son domestique en prison, qui l’a volé et abandonné aussitôt après sa blessure, Je ferai passer Crèvecœur en France ; je ne sais si d’autres le voudront,

A. M. BIGOT, intendant

9 octobre 1759,

J'ai l'honneur de vous rendre compte que M. le

général anglois s'étant déterminé tout à coup, à ce qu'il semble, d'envoyer en Angleterre les officiers entrés du 13 septembre à l'hôpital et bien rétablis, les gens mariés exceptés, je n’ai pu me dispenser de donner à chacun une somme sur l'argent que j'ai reçu, tant pour se pourvoir ici des choses nécessaires, que pour avoir quelque argent à leur débarquement en Angleterre. Je joins ici leurs noms et les sommes données à chacun.

, Au moyen de l'argent donné à ces dames, elles pourvoient à bon compte leurs maisons des choses nécessaires. Sans entrer dans l'emploi qu’elles en font, je leur ai dit qu'elles ne pou voient guère compter sur davantage. Le bois seul, à présent, devient l'objet sérieux; mais j'espère qu'avec un peu de peine on lèvera cette difficulté comme les autres,

Nous n'avons pas à présent à l’hôpital cent cinquante malades, sans compter les officiers. Ja plupart désertent, forcés à cela par la demni-ration; j'en ai rendu compte au général anglois, qui ne cherche point et ne pourroit pas même l'empêcher.

J’aurois l'honneur de vous envoyer un état; mais je suis trop pressé par l’occasion et par le nombre d’affaires qui surviennent tous les jours,

J’ai l'honneur d’être avec respect, etc.

Officiers qui passent en Angleterre Noms Sommes données Sur quoi MM. La Ferté... 200! à compte de ses appointements, Bellecombe...

Saint-Alembert, 200! idem.

D'Artigues..…… 200! idem.

La Bruyère... - 848! sur un billet sur M" Péan.

Boucherville... 198! sur un billet sur M. l'intendant,

Nora. — MM. La Bruyère et Boucherville n'étant pas officiers des troupes de terre, je n’ai pu leur donner de l'argent à compte sur leurs appointements.

Hôpital, le 10 ootobre 1759.

Je pense que mes lettres des 6, 7, 8 vous sont parvenues des mains de M. de Bougainville et que vous y avez pu voir nos déplaisirs. Il ne se passe pas de jour que M. Monckton ne me mande. Hier ce fut pour me dire que, sachant que M. de Vaudreuil étoit à Montréal, il alloit vous écrire pour vous demander les deux officiers envoyés de M. Amherst et qui ont été mis aux fers; qu’il étoit obligé, à moins de se rendre repréhensible, de faire les démarches nécessaires pour les avoir,

Je dois vous dire, mon général, que ces généraux paroissent aigris contre M. de Vaudreuil. Ils le chargent de toutes les cruautés commises, en disant qu'elles ne le sont qu’en conséquence de ses ordres. M. Townsend, l’homme le plus modéré, me dit qu'il avoit plus de trente lettres de M. de Vaudreuil qu'ils avoient attrapées, qu'il les emportoit pour les faire voir imprimées à sa nation et à toute l’Europe, et fut jusqu’à me dire que, tant qu'il seroit gouverneur du Canada, tout ce qui portoit le nom anglois ne pouvoit désirer la paix. Ces dispositions m'ont fait appréhender ces jours-ci des extrémités; j'ai mis en usage toute ma rhétorique pour les dissuader et maintenir les bons procédés réciproques.

J'ai cru, mon général, devoir vous exposer ces sentiments, qu'il ne me convient pas de faire connoître à M. de Vaudreuil. Quand les deux premiers généraux actuels seront partis, je ne sais si les choses se soutiendront sur le même pied.

Je vous prie de considérer mes précédentes lettres et de voir quels doivent être nos avantages ou désavantages, tant sur ces deux officiers en question qu'ils redemandent, et sur leurs plaintes touchant les trois Canadiens tués. Sans ces deux inconvénients, les choses auroient pris une bonne tournure,

Cependant, jusqu’à présent, rien n’a rejailli sur ce qui fait le principal de ma charge: je veux dire les secours et les moyens de soutenir cet hôpital et les soins nécessaires à nos blessés, ainsi que sur ce qui est relatif à nos équipages et aux effets des absents.

Hier je dis au général anglois que j'avois l'honneur de le prévenir que quelques affaires m'obligeroient d'aller à Charlesbourg et à Beauport ; il me dit qu’il ne croyoit pas que je pusse m’absenter, crainte qu'il ne survint quelques difficultés où il auroit besoin de me parler ou de me dire des choses à faire savoir à mes supérieurs. Je ne sais s’il n’y auroit pas d'autre raison, et je lui dis que j'attendrois.

J'ai écrit aux curés de ces lieux-là pour leur marquer que c’étoient vos ordres et les intentions des généraux anglois que les capitaines de leur côte envoyassent des hommes pour bûcher, J'ai cru prudemment ne devoir pas y envoyer votre ordre, crainte que quelque malintentionné n'en abusât et ne me donnût ici de l’embarras, et c'étoit la raison pour laquelle je voulois aller moi-même dans ces paroisses parler et lire vos ordres à ces capitaines,

Le général anglois m'a permis de prendre, dans mes malades guéris non prisonniers, des homines en état de couper du bois. Ainsi j'ai pris un soldat de Languedoc et un canonnier que je mis chez Langlois qui les nourrit, et c'est le bois qu’ils coupent journellement aux environs et qu'on charrie à fur et à mesure qui soutient cette maison,

Les officiers destinés à être transportés en Angleterre ont reçu ordre de s'embarquer aujourd'hui. M. de La Ferté en est peu content et M. de Bellecombe très fâché, attendu ses détails. J'ai voulu faire au général anglois des représentations pour le dernier, et il n’a pas voulu les écouter. Ceci est un résultat de la mésintel-

ligence entre l’eau et la terre. Les autres, qui sont des jeunes gens, en sont aises,

Par la lettre ci-jointe à Monsieur l’intendant, vous verrez ce que j'ai fait pour leur faciliter à leur départ et à leur arrivée les secours dont ils auront besoin,

J'ai l'honneur d’être avec respect, etc.

BERNIER

P. S.— J'espère, mon général, que vous approuverez le parti que j'ai pris de ne faire qu’une lettre commune que j'adresserai à M. de Bougainville, comme le plus avancé. Je suis si accablé de fatigues et d'écritures qu'il m'est impossible de faire autrement, Quand j'aurai quelque chose de particulier, je vous écrirai à vous seul, comme, par exemyle, celle-ci, que je serois fâché que M. de Vaudreuil apprît par moi combien on est ici indisposé contre lui ou ceux qui le conseillent.

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