JAU
UHEVALIER DE LÉVIS
A Québec, le 18 septembre [1759], à sept heures du matin.
Je reçois, mon général, dans ce moment, la lettre intéressante dont vous m’honorez d’hier, 17 du courant, Il est bien malheureux qu’elle n’ait pu me parvenir hier à dix heures et demie du soir. Mais la disette des vivres, article essentiel, a jeté un découragement entier dans la timide milice de Québec. Promesses, menaces, le coup d’eau-de-vie donné à propos, rien n’a pu leur rendre le courage; la peur les a saisis. La désertion, l'abandon de leurs postes dans les places foibles, les alertes, tout cela a mis et jeté M. de Ramezay dans le plus cruel des embarras, et l’a déterminé à profiter et mettre en usage l'instruction de M. le marquis de Vau-
* Le chevalier de Bernetz était commandant du régiment de Royal-Roussillon.
dreuil qui lui dit de traiter à la dernière extrémité à des conditions honorables, C’est ce qui l’a déterminé en conséquence à envoyer hier à trois heures après-midi M. de Joannès au général de terre pour entrer en matière avec lui, surtout par la raison que les plus gros vaisseaux anglois ont mis à la voile, faisant mine de venir s’embosser devant la Basse-Ville, sur laquelle ils ont mouillé plus près. Alors M. de Ramezay, voyant toute la mauvaise volonté de la milice et leur peur, et malheureusement de pareils sentiments dans plusieurs soldats, il fit arborer les pavillons parlementaires du côté de mér et de terre, et fit passer à trois heures aprèsmidi M. de Joannès pour entamer des propositions avec le général de terre, dont les ouvrages sont à peine à deux cents toises de la Haute-Ville, Ce général anglois, avec lequel il resta jusqu’à sept heures du soir, lui parut très disposé à lui accorder les conditions les plus honorables, et en conséquence, il lui donna jusqu’à onze heures du soir à être rendu de retour à son camp. Sur quoi M. de Ramezay détermina de renvoyer M. de Joannès au général anglois avec un plein pouvoir pour traiter aux conditions les plus honorables, voyant qu'il ne pouvoit espérer des vivres et des secours prochains tant en hommes qu’en vivres, et malheureusement la nouvelle de l’arrivée du biscuit ne lui fut apportée qu’une heure après le départ de M. de Joannès, qui est depuis hier onze heures et demie au camp anglois, et ici nous avons un otage anglois. Je désire bien ardemment que M. de Joannès puisse trouver matière à rompre. M. de Ramezay s’étoit flatté que M. le marquis de Vaudreuil ne l’auroit pas laissé aussi longtemps dans l'incertitude
sur sa marche à se rapprocher de Québec. Les négociants et bourgeois n’ont fait ici le service depuis hier qu'en les rassurant sur tous les événements, On est bien à plaindre quand on a d'aussi mauvais miliciens, M. de Ramezay écrit à Monsieur le général. Je suis avec tout le respect possible, etc,