‹ Lettres de Eugène Delacroix (volume 2)Chapitre 36 sur 141 · A M. ROYER COLLARD · texte numérisé non relu

A M. ROYER COLLARD

maintenant de tous les soins que vous avez pris de mon affaire; je dois vous savoir gré d'une chose qui me fait cent fois plus de plaisir: c'est de la possibilité que vous me donnez de pouvoir vous être bon à quelque chose. Vous me comprenez, je crois, comme je vous comprends. La sainte horreur que vous éprouvez, comme je l'éprouverais, pour l'ombre d'une condescendance qu'on aurait pour vous à raison de votre position, est si simple, que je ne conçois pas plus la gène de celui qui offre que de celui qui reçoit. Il y a de plus une extrême fatuité dans un homme à croire témoigner une reconnaissance quelconque en offrant comme une rareté un produit de sa petite industrie. Ceci n'est pas modestie ridicule : je veux dire, vous le sentez bien, que je peux fort bien trouver pour moi un prix infini à tel méchant croquis, mais que l'offrir comme une chose de quelque valeur me le fait voir sous un jour tout différent.

Je me chargerai donc avec bien de l'empressement de toutes commissions de vous, et comme votre aimable lettre vous force à me montrer à l'avenir un peu d'amitié, vous ne compterez pas les chiffons de papier que je rapporterai comme objets de commerce, mais comme simples souvenirs d'un pays qui vous plaît, n'est-ce pas ?

Je m'occupe de confectionner quelque chose qui puisse à la rigueur passer pour un commencement d'esquisse. Cela sera en règle avant mon départ. Je crois avoir compris qu'il snffit que Bertin le voie d'ici à deux jours. D'ailleurs, je ne toucherai qu'alors l'avance en question et rien de la sorte ne clochera.

Recevez de nouveau mes remercîments et comptez sur

mon dévouement bien sincère.

Eue Delacroix.

Je m'arrangerai pour vous rencontrer de nouveau et causer un peu de ces maroquineries.

Cette lettre , à en juger par l'écriture et par le sens général, a dû être écrite à la veille du départ de Delacroix pour le Maroc.

Delacroix était très-lié avec la famille des Bertin, les directeurs du Journal des Débats.

Eugène Delacroix fit ce voyage au Maroc en compagnie du comte de Mornay, ambassadeur de la France près l'empereur Muley Abd Ehr Rhaman.

APIERRET.

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