‹ Lettres de Eugène DelacroixChapitre 1 sur 86 · EN GAGE D’ESTIME ET D’AMITIÉ · texte numérisé non relu

EN GAGE D’ESTIME ET D’AMITIÉ

Ph. BURTY

Paris, novembre 1878 — avril l§80.

Au moment où, ramené de sa chère maison de Champrosay dans un état d’épuisement extrême, Eugène Delacroix eut le sentiment de sa fin prochaine, il anéantit un testament antérieur, fit appeler les notaires et, sans s’interrompre, pendant trois heures, avec une lucidité de mémoire et de parole surprenante, il dicta ses nouvelles et définitives dispositions.

Ce testament offre en résumé l’histoire de son génie et de son cœur.

L’art et l’amitié avaient été les mobiles et les soutiens constants de la vie de Delacroix, l’art et l’amitié interviennent seuls dans ses préoccupations suprêmes. Avant tout, il pense à assurer le repos de ceux qui l’ont touché de près : de son parent et ami le peintre Léon Riesener, de son élève Pierre Andrieu, qui l’a secondé avec une si rare abnégation;

de sa gouvernante Jenny Le Guillou, dont les soins passionnés et jaloux ont prolongé son souffle frêle, toujours menacé. Il envoie à chaque ami un souvenir. Puis il impose à son légataire universel l’obligation d’une vente publique de ses études, de ses cartons, de ses esquisses, de ses toiles, sorte de confession publique qui le vengera des dédains, des déboires, des négations recueillis presque sans interruption dans le cours de sa carrière d’artiste. Enfin il veut reposer sous un noble tombeau, tout opposé, par le style, à ce qui a fait la fortune de ses imbéciles persécuteurs.

Voici ce précieux document ; nous n’en avons réservé que quelques paragraphes ayant trait à des arrangements de famille, sans intérêt général.

Par-devant maîtres , notaires à Paris , soussignés , en

présence de MM , témoins instrumentaires requis , etc.,

A comparu :

M. Ferdinand-Victor-Eugène Delacroix, peintre , membre de l'Institut, demeurant à Paris , rue Furslemberg , n° 6,

Sain d'esprit , mémoire et entendement , ainsi qu'il est apparu auxdits notaires et témoins par ses discours et conversation, mais malade de corps ; trouvé par lesdits notaires et témoins couché dans un lit dans sa chambre à coucher , éclairée par une croisée 'sur un jardin, dépendant de l'appartement

qu’il occupe au premier étage de ladite maison, entre cour et jardin , où lesdits notaires et témoins s'étaient rendus sur l’invitation qui leur a été faite par M. Delacroix;

Lequel, dans la vue de la mort, a dicté son testament aux dits notaires en présence desdits témoins , ainsi qu’il suit ;

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