A M. VILLAIN
Mercredi 6 décembre.
Monsieur, me pardonnez-vous de vous importuner encore pour les épreuves de Berlichingen ? Je viens d’en recevoir une de chaque, mais j’aurais bien désiré en avoir cinq ou six. Une fois la planche tirée , les finesses sont entièrement perdues. J’aurais donc désiré pouvoir en conserver et en donner quelquesunes comme échantillons.
Celles que j’ai reçues sont même en assez mauvais état et le papier en est' chiffonné ou déchiré.
-.Recevez de nouveau, avec les assurances de mon dévouement bien sincère, les excuses de l’embarras que je vous donne.
La personne à qui est adressé ce billet était M. Eudore Soulié qui appartenait à l’administration des Musées et mourut, il y a quelques années, conservateur du musée de Versailles;
A M. EUDORE SOULIÉ
Monsieur Soulié serait bien aimable de m’envoyer par un mot ce qu’il sçait (sic) sur une réclamation qu’il m’a dit qu’on avait faite déjà anciennement sur l’abandon de Y Andromède de Puget dans les jardins. Planche en a parlé il y a une douzaine d’années, et je serais bien curieux d’avoir à dire qu’un autre amateur des belles choses a déjà, il y a longtemps, demandé le redressement de ce méfait. Je lui serais
1844.— A M. EUDORE SOULIÉ
bien reconnaissant de cette bonté, surtout si cela peut venir bientôt.
Rue des Marais-Saint-Germain, 17.
L’éditeur Curmer a inséré dans les Beaux-Arts (t. III, vol. I) un long et éloquent article de Delacroix, sur le groupe d’ Andromède de Puget. « Nous reviendrons à l’objet principal de cette note, — ajoutait Delacroix après un historique du Milon et de Y Andromède, — à Y Andromède, qui subit un martyre dont souffrent tous les amis des arts, puisqu’elle doit périr et disparaître finalement. Qu’attend-on pour l’enlever de cette place cruelle et la soustraire à ce combat si tristement inégal qu’elle soutient depuis plus d’un siècle et demi contre la pluie et le soleil, l’aride sécheresse et les mille inconvénients de l’air et du temps? On ne distingue déjà plus sur la base le nom de son auteur. Ce nom a disparu avec un éclat de marbre enlevé par un accident et maladroitement replâtré. Le grand sculpteur, harcelé de son vivant par les envieuses passions des artistes, ses rivaux, méconnu et délaissé par les grands et les ministres, sera-t-il encore longtemps poursuivi dans ses ouvrages dont le nombre est si borné à Paris?... » Et il rappelle que Piganiol de Force demandait déjà, en 1755, que les deux groupes de Puget fussent placés dans le château à l’abri des injures du temps.
Cette réclamation motivée est suivie de ce postscriptum :