‹ Lettres de Fadette [microforme] (volume 2)Chapitre 16 sur 18 · CL, NO O · texte numérisé non relu

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lage s’éveille À son tour : les volets s'ouvrent, des cheminées roses s’élancent des panaches légers que la brise fait ondoyer en eourant secouer les fins aromes des bois d’alentour, et le soleil monte glorieux dans un ciel sans nuages. La sounaille au cou, les vaches regagnent paisiblement le pacage,.

escortées par les gamins qui culbutent dans les fossés en criant de joie. La route blanche se déroule comme un ruban, elle escalade une pente rapide et contourne de gros buissons : je la vois semblable à une collerette de dentelle enveloppant un bouquet de fleurs vertes. Je longe un champ où le bruit d’une faulx siffle dans l'herbe fraiche; de l’autre côté, comme une mer blonde, les blés ondulent avec une petite musique crépitante. Puis, c’est un bois que le chemin traverse, les rayons et les ombres y dansent et s’y poursuivent pendant que les chansons des oiseaux et des pins remplissent l’air de rumeurs douces.

Je regarde, émerveillée, ce jour nouveau frais comme une fleur, et je pense que cette aube si jeune est cependant l'aube ancienne qui prit, au premier jour, la terre nouvellenée pour l'envelopper de son manteau de lumière et l'envoyer parmi les étoiles dans son long pèlerinage : si ancienne et toujours jeune, chaque matin, elle apparaît dans la rosée perlée, vêtue de lumière fine. fraîche et parfumée !

Le vieux, vieux jour de la terre, après som grand plongeon dans l’abîme de la nuit, sort

étincelant et beau; s'il n'y avait pas de nuit obseure, le jour deviendrait sans doute vieux et poussiéreux.

Nos âmes ont des ressemblances étonnantes avec le vieux jour : c'est après nos descentes et nos chutes dans les abîmes de l'ignorance et de la faiblesse qu'elles remontent comme des aubes claires, éveillées aux pensées neuves, attentives à ce qu'elles n'avaient pas vu encore, jeunes et renouvelées en dépit de toutes les années passées, car pour les âmes comme pour les jours, c'est un perpétuel rocommencement.

A la vérité nos âmes ne sont vivantes qu'à la condition de se transformer sans cesse.

La mort, pour elles, c'est de ne plus sentir l'impulsion qui les porte vers la perfection et de s'immobiliser dans des limites étroites où elles cherchent un bonheur immédiat.

La souffrance, heureusement, délivre l'âme de cette petite mort et l'appelle à réaliser le désir profond de l'infini que recèle chacune mais qui n’est senti par elles que lorsque leur échappe ce qui ne peut durer.

Quand je regarde courir le fleuve, j'entends les vagues qui chantent : « Je serai la mer »... et c’est la vérité, le fleuve ne peut faire autrement que d'aller à la mer, il sera la mer,etille sait. Sur ses rives il y a des champs et des villages, des forêts et des villes : il reflète leur vie, il leur prête de la sienne, il est pour eux un plaisir ou un danger, mais il ne peut ni s'arrêter, ni ralentir sa course : il va à son but, à la mer profonde et il s'y perdra en se confondant avec elle.

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