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que ses blessures : n'ayant jamais su entrer en communion avec les êtres et les choses, sans cesse ils sont isolés et se croient négligés et abandonnés.
C'est souvent après une épreuve que l'âme, s’ouvrant à une vie intérieure qu'elle ignorait, apprend à comprendre et à aimer la nature et les autres âmes.
Emprisonnée dans un bonheur exclusif et jaloux, elle avait joui de la beauté des choses sans les comprendre. Elle avait également profité de la bonté des coeurs sans s'arrêter à penser à leur valeur et à leur vie mystérieuse, tellement inconnues d’elle.
C'est dans sa propre transformation, opérée par la douleur, qu'elle a trouvé son âme à elle, que la vie a pris à ses yeux son véritable sens, qu'elle est devenue attentive et chercheuse de beauté.
Chercher la beauté, c’est y croire; et y croire c’est la trouver partout où elle se cache; c’est pourquoi il est vrai qu’‘il est sûrement riche celui pour qui la vie est une perpétuelle découverte.’
Qu'ils sont à plaindre ceux qui ne sont frappés que par les côtés mesquins, vulgaires et tristes de tout ! Désabusés, ils £erment obstinément les yeux à la beauté faite pOur eux, mais qu'ils doivent chercher et découvrir.
Nous qui savons voir et entendre dans ce monde si rempli de mystère, soyons secourables aux aveugles et aux sourds. Les pau-
vres gens, las et déçus, n'attendent peutêtre que notre intervention amicsle pour reprendre confiance; leur amertume vient de l'abandon où ils se trouvent, ne leur tendrons-nous pas la main ? fl faut si peu d'intérêt sincère pour émouvoir une âme triste:
si elle sent une sympathie inattendue, elle s'ouvre à l'espérance et c'est une vie nouvelle qui commence pour elle, une vie dans la lumière et qu'elle vous devra.
Ceux qui sont sans cesse à la recherche de toutes les parcelles de beauté sont riches, mais ils ont le devoir de partager leur fortune intérieure. Plus encore que l’aumône matérielle, l'aumône spirituelle est commandée, et et priver ceux qui en ont besoin, c'est prescue les voler.
Lettres Anciennes
Le roman d'imagination me semble terne quand je tiens entre les mains des pages manuscrites, lettres, confidences intimes si vivantes encore quand ceux et celles qui les écrivirent dorment du grand sommeil depuis quatre-vingt ou cent ans.
De ces feuillets il se dégage tant de vie qui les colore, lee anime et nous donne la sensation ou l'illusion de nos propres sentiments, que l'abîme qui sépare les morts des vivants
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se trouve comblé pour un moment. Après m'être penchée sur ces âmes pour en recueillir ce qu’elles eurent de plus délicat, de meilleur et d’immortel, je me relève attendrie et pénétrée de la valeur inestimable de la vie intérieure, mystérieuse et profonde, dont je viens de trouver l'écho dans ces pages jaunies par le temps, et qui, soudain, me mettent en contact avec ceux qu’une sorte de légende me rendait presqu’inaccessibles.
Oh ! chères lettres charmantes et fragi'es, coupées dans les plis, d’où s'exhale le pa ‘um d’un passé où l'amour, l'amitié, les épreuves, les joies sont si étrangement ressemblantes à ceque nous éprouvons nous-mêmes. Un siècle a passé sans affaiblir l’'émction arrachée à l'intimité de ces correspondants que nous appelons des ancêtres : nous nous les représentions vieux, sages, austères, et ils surgissent devant nous, jeunes, amoureux, un peu étourdis, bavards, tourmentés des mêmes passions qui nous agitent, animés des mêmes bonnes intentions, remplis des mêmes illusions, rebutés par les mêmes obstacles, désappointés par les mêmes faiblesses, si humains, si palpitants de vie, que je relis des pages entières pour essayer d'en extraire tout le mystère.
L’'impression qui domine après des heures de pèlerinage parmi les âmes de ce passé familial, c’est celle d’une vie forte, à base de foi profonde qui gouverne leur vie et s'y mêle intimement et toujours,
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La phrase alerte, châtiée, si française, ajoute à ces lettres un élément de finesse et de distinction ravissantes. Je rencontre des contrastes inattendus et délicieux : par exemple, cet ancêtre, ‘“honcrable ministre,’ qui de ses bureaux au parlement, indique par le détail, à ses fils, comment ensemencer ses différentes pièces de terre et qui gronde parcei que certains de ses conseils précédents ont été négligés. Puis le ton badin reparait, petite chronique de la ville, entrevue avec le gouverneur, remarques piquantes sur la morgue du personnage, et dernières recommandations pour diriger de loin les travaux de la ferme !
Naturellement, les lettres de femmes sont encore plus évocatrices d’un passé que nous devrions apprendre à connat‘ tant pour l'admirer que pour en retirer des leçons utiles
Ne vous imaginez pas que ces mères de nombreux enfants, ces maîtresses de maisons hospitalières, ouvertes aux parentes pauvres et aux amis sans famille, nous appareissent accablées de soucis et de responsabilités ! EIK3 sont enjouées, spirituelles, au courant de ia politiqu”, conüdentes de leurs maris et de leurs f-: .s, délicieusement ironiques quand elles critiquent les À nglais ou les taquinent. Tout cela ne les empêche pas d'être très femmes, gentiment sentimentales et curieuses &:e la mode : elles se renseignent auprès des citadines complaisantes dont les révélations sont des plus amusantes.
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Que dites-vous d'une petite fiancée, dans une Campagne perdue, qui charge son frère, étudiant en droit à Montréal, de lui acheter ‘un chapeau de noces élégant, des gants blares, du point et de la dentelle pour confectionner une mantille ?'
L'étudiant s'acquitte si bien de ses commissions, que huit mois après, une autre soeur qui Va se marier à son tour, le prie de faire les mêmes achats : chapeau, gants, mantille, “exactement semblables à ceux de Louise."
Lire ces chroniques est Fan plus intéressant que d'en écrire chères icctrices !
Près de la Crèche
Un ciel pe sant où la neige est suspendue.
des arbres nus que le vent fait frissonner, une rue déserte aux lointains indécis sur laquelle une lune drapée de brouillards se penche c'est un des mille soirs de notre hiver trop long, mais comme il ressemble peu aux Noëls traditionnels !
Dans quelques instants les cloches de minuit carillonneront. Tous les enfants ont dû demander de la reige et Jésus ne leur refuse rien ce soir :elle se prépare, et en lentes tnmbées, bientôt, elle ouatera davantage le silence et coiffera de capuchons blanes tous les
pignons de chez nous ! En attendant, une tristesse plane sur la campagne grise, sur l'âme et sur ies choses, Comme les nuages où se condensent les flocons légers, le temps paraît suspendu... Le ciel gros de neige, le coeur gros d’ennui attendent.
Je marche en regardant les nuées rouler sur la lune qui s'efface. Pour les astres dans leur cours régulier, le temps est une vérité, mais pour nous, le temps me semble parfois une illusion ! Une année n'est pas égale à une année et certaines heures valent toute une vie !
Le temps, c'est peut-être un beau livre blane que nous recevons à notre naissance.
Les pages seront plus ou moins remplies, comme seront plus ou moins remplis nos jours et nos années... (C'est nous qui faisons notre vie, c'est nous qui faisons notre temps plus court ou plus long. Les grands vides, les années monotones où notre âme dolente s'engourdissait, que de temps passé, que de terips perdu ! Ce temps donné, nous le laissons nonchatimment glisser à l’abîme d’où rien ne remorte et dans notre livre de vie, il y à beaucoup de pages indistincetes et tant de pages blanches !
C’est qu'il y a trop de choses parmi lesquelles nous vivons comme si elles n'existaient pas, et notre âme se rétrécit dans le cercle mesquin où elle s'enferme. Si nous vivions pleinemeut, profondément, le temps serait doublé pour nous et nous l'avons
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expérimenté : le souvenir de certaines heures de notre existence ne s’effacera jamais, c'est que nous les vivions avec toute la puissance de notre âme ardente et active, Pendant que je réfléchis, non sans remords, la neige mollement s'est mise à tomber, elle attache le ciel à la terre avec ses flots de tulle léger et flou : les maisons silencieuses s'animent, les fenêtres s'éclairent et les portes s'ouvrent : le clocher se détache comme une flèche noire sur le ciel si blanc, les saints du portique ont des auréoles d'étoiles et les cloches chantent éperdument : Noël ! Noël ! Venez tous !
Et nous allons dans cette douceur de l'air et de la neige nouvelle vers la douceur infinie de la crèche, Là, déposant le fardeau des journées lourdes et des coeurs las, nous avcns oublié ce qui trouble et ce qui blesse, car tout cela passe. Redemandant des coeurs d’enfant humbles et obéissant, et la paix promise par les anges de Bethléem aux hommes de bonne volonté, nous avons attendu dans nos âmes, plus pauvres que la crèche de bois. la venue du Sauveur.
Et l'orgue et le chant s’élevèrent en prière, disant pour nous l’indicible, ce qui palpite au fond de nous par delà tous les mots. Rien ne demeura des vaines images et des vains bruits: les vieux cantiaues naifs déroulaient leurs ondes qui remplissaient nos yeux de larmes et la vieille église, de visions d'Orient.
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LETTRES DE FADETTE 29 Ds: ‘+# X 3 ’ LE.
La Chaine Pendant toute l’année, nous avons marché | F sur le vieux chemin connu, reprenant cha- À | : que matin la tâche quotidienne, déposant le k
| : soir les mêmes fardeaux, et de saison en sai- | : son, quelquefois las, quelquefois tristes, nous regardions pourtant les jours monotones, s'enfuir trop rapidement. Maintenant, aux dernières heures de l’année, nous nous retrouvons avec les mêmes sentiments contradictoires : lassitude de ce que nous con- É naissons, appréhension du mystère de de-
rt En von june pr =val perche Mets à
main, et je me demande s’il n’y a pas plus :
: de tristesse que de joie dans les souhaits de i bonheur que nous amis nous adressent avec il { tant d’entrain ? Ë Fi 5 C’est, au fond, que ni les uns, ni les autres n: : ne croyons à la réalisation des voeux qui à « voltigent dans l’air par ce temps des fêtes: 5
nous serions désappointés tout de même, si nos amis négligeaient de nous les faire et nous sentons le besoin de d're à ceux que nous aimons notre espoir que l’année nouvelle leur soit douce.
Cette tristesse du ‘Jour de l'an’ éprouvée par un si grand nombre est naturelle : chaque année , les aimés se font plus rares au rendezvous familial, et après avoir compté les absents, les larmes empêchent parfois de voir