‹ Lettres de Fadette [microforme]Chapitre 12 sur 17 · CARS EEE ETES TE · texte numérisé non relu

CARS EEE ETES TE

prend la nostalgie de la maison où vous attendent la même vie, les mêmes ennuis. Vous y revenez satisfaite, heureuse de retrouver tout ce que vous aviez fui avec tant d’entrain.

Quand nous rèvons, c’est notre âme qui va chercher un peu de délassement et de repos.

Elle plonge dans le bleu, elle court après les chimères, et elle revient avec assez d’azur et de poussière d’or à répandre sur les réalités qui l’attendent qu’elles les fait acceptables. Mais prenez garde ! S'il faut du rêve, “pas trop n'en faut!” Si vous alliez devenir des petites folles et crier ensuite bien fort : C’est d’après les conseils de Fadette!

Sur l’eau

Nous étions partis, en canot, à la clarté mourante du jour, et après avoir traversé une zone de vagues roses où les derniers rayons du soleil couchant jetaient des éblouissements, le ciel et l’eau étaient devenus sombres, et avant que les étoiles se fussent allumées au ciel, un fin brouillard s’avançant de terre, nous avait rejoints et insensiblement enveloppés, s’épaississant peu à peu en voile impalpable et impénétrable.

Très gais au départ, cette atmosphère étrange avait fini par nous impressionner; nous glissions comme des ombres, sur l’eau devenue silencieuse et tellement confondue,

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avec le brouillard, que nous ne pouvions voir où elle ‘’inissait.

Nous nous sentions seuls, séparés de tout par cette brume et c'était angoissant... comme toutes les solitudes absolues.

Il arrive aussi à notre âme d'être enveloppée de brouillards si épais qu’elle ne les perce, ni en haut, vers le ciel, ni en bas, vers la terre. C’est la solitude morale, la plus triste qui soit!

On ne saurait vivre un peu profnndément sans avoir connu ces brumes où l’âme dérive sans presque s’en douter.

Elles est partie insouciante, en quête d’une joie légère, ou d’un bonheur qui l’appelle, f1 lui semblait savoir où elle allait, le but était là, tout près. Mais peu à peu le brouillard est monté, s'est étendu, l’a séparée de tout ce qui lui était familier, lui cachant le ciel d’où vient la lumière, et la rive où elle pourrait aborder. La brume s’épaissit et l’angoisse grandit; elle a beau scruter l’horizon... elle est seule et ce qu’elle croyait connaître a changé de formes... l’inconnu immense où elle s’épouvante est d’autant plus dangereux qu’il est si vague.

L’angoisse qui la saisit est cependant une bénédiction,car combien d’âmes, perdues dans la brume, s’abandonnent lasses et découragées et ne luttent plus pour sortir du danger.

Hier soir, la puissante lumière d’un phare a pénétré le brouillard et a fini par nous

orienter, mais nous n’avon3 respiré à l'aise qu'en mettant pied à terre et en nous heurtant à de vraies pierres.

Dicu merci, dans la vie comme sur la mer, il y a des phares d’où la lumière peut atteindre les pauvres âmes qui s’égarent dans la brume. Mais pour la voir et en recevoir du secours, il ne faut pas fermer les yeux, s'étendre inerte ct renoncer à chercher.

Savez-vous que j'ai des remords, ce soir, de vous avoir recommandé, jeudi dernier, de mettre du rève dans votre vie? Le rève est si souvent créateur de brouillards qui nous cachent la Beauté et la Laideur, et les conséquences de nos actes...

Ah! mes amis, rien n’est si difficile que de donner des conseils! C’est bon pour les philosophes et les vrais sages qui sont “déjà entrés dans la victoire de l’âme”. Ceux-là sont des lumières qui savent guider et conseiller.

Mais au-dessus des sages et des saints de lu terre, il y a, heureusement, Dieu, qui ne nous perd jamais de vue et qui nous protège même 4uand nous ne le voyons pas nous-mêmes.

Y a-t-il au monde une vraie mère qui doute de ce miracle de sollicitude?

Le mystère des âmes

O les jolies heures de rêveries douces et de iméditations sérieuses par les sentiers couverts d’herbes fines si délicieusement molles

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au marcher! Et pendant que, penchée sur notre âme, nous écoutons ce qu'il s’y dit, les arbres se chuchotent leurs confidences et toutes les fleurs des bois se balancent mollement au rythme de la berceuse que leur chante le vent léger. Et l’on va seule, seule avec soi, et seule avec les doux fantômes que l’on évo- LE: que. On cause avec eux sans réticences, | 8 sans détours, d'âme à âme, comme nous i: pouvons le faire si rarement, hélas! quand %.

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des yeux rencontrent nos yeux, °t que des mots répondent à nos mots.

Nous nous ignorons tellement de ce côté-ci du ciel, que les meilleures causeries que nous puissions avoir avec ceux que nous aimons sont souvent celles d’où ils sont absents, et où leur âme seule est tout près de nous.

N’avez-vous pas été saisis de cette incompréhension pénible des coeurs qui paraissent unis, en entendant les phrases qu'ils se jettent avec insouciance et qui sont comme des lucurs fugitives sur l’abime qui les sépare?

Mais quand on s'aime? m’objectez-vous..….

Mon Dieu, on peut s’aimer ardemment et ne pas toujours se comprendre.

Rappelez-vous les silences forcés où vous n’osiez pas crier ce qui vous montait du coeur parce que vous n’étiez pas sûre d’être comprise. Rappelez-vous les paroles dites presque contre votre pensée afin d'éviter un froissement; rappelez-vous vos chagrins pour

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un mvut qui vous faisait mal et dont l’autre ignorera toujours qu'il vous a déchirée...

Tout cela parce que les âmes se frôlent, s'aperçoivent par éclairs, se rejoignent pendar” quelques rares et précieux instants, mais qu’elles restent en général inconnues et presque étrangères les unes aux autres. C'est peut-être dans l’amitié que l'entente peut devenir j lus grande et plus durable, parce que l'amitié vit dans le calme, et que la confiance s’est formée peu à peu, en dehors et au-dessus de Ja passion qui bouleverse les âmes et aveugle les esprits. Mais, même quand vous arrivez à cette entente relative, combien de coins secrets de votre coeur vous mettez à l'abri des yeux de l’amitié la plus sincère, ct elle, de son côté, garde ses secrets aussi jalousement que vous!

L'épreuve de la terre, c’est ce mystère que nous sommes les uns pour les autres, et à mon avis, le cicl ce sera de tout comprendre dans ceux que nous aimons, de ne plus pouvoir être pour eux l’occasion d’un chagrin et de ne jamais souffrir par eux. Le ciel ce sera donc l’amour dans sa perfection... cela me suffirait à moi!

Voilà les petites histoires que je raconte à mes fantômes quand je me promène avec eux dans les chemins verts ou sur les grèves de velours que les vagues caressent. Ils me répondent avec les mots que je dirais moimême, je n’ai jamais besoin de rien leur ex-

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