‹ Lettres de Gui Patin, 1630-1672Chapitre 140 sur 260 · LETTRE CXVI · texte numérisé non relu

LETTRE CXVI

A MONSIELU SpON, docteur en médecine, RLE DE LA POCLAILEERIE, A LyON.

Monsieur,

J'ay reçeu voslre dernière avec la fueille des Institut, de G. Hofmannus : utinamhrevi perdacatur adumbilicum, tant pour l'honneur de l'autheur, de l'érudition singulière duquel je fay grand cas, que pour le bien public. J'ay aussi le mesme jour : sçavoir le 21 de septembre, reçeu le pacquet par la voye de Gesselin ; où j'ay trouvé pour moy, Epitome lnstit.Sennerti,Fr.Ranchini Posthuma, la Thériaque, la thèse de phi[losophie] et VIdea regia du P. Labbé, et les deux autres pacquets que j'ay le mesme jour rendus moy mesme à Messieurs Moreau et Masclary : je vous remercie du tout, bien humblement : utinam aliquando possim retaliare '. Je n'ay languy dans l'attente des vostres le mois passé que pour la peur que j'avois qu'il ne vous fut arrivé quelque chose : je me réjouis bien fort de ce qu'estes en bonne santé ; etsouhaitte de tout mon cœur qu'y demeuriez longues années avec Mademoiselle Spon et le fds que Dieu vous a donné '". Ce que vous me dites des libraires de Paris est très vray : il y a longtemps que je le scay très bien : sunt pessiminebiiloncs. et lucrioties tenacissiini,vilissimi, mendacissimi ; il n'y a rien que je déteste et que j'haïsse plus que le mensonge, que j'abhorre plus que les démons de Loudun et de bouviers ; et cette espèce de gens me

1. Toute cette première partie a été supprimée dans les éditions antérieures.

2. De Marie Seignoret qu'avait épousée l'aimée précédente Charles Spon, il eut douze enfants. L'aîné qui venait de naître reçut le nom de Mathieu. Il mourut très jeune, en '16o7.

déplaît encore davantage, de ce qu'ils mentent à toute heure fort impunément et sans aucune nécessité. Ce sont gens qui n'ont non plus de foy que d'esprit, et qui sont purement indignes de ce beau nom de marchand. J'en excepte les bons, comme vous, qui sont en petit nombre. Le Macé que vous m'indiquez est un tyran en son mestier, rude et barbare, et qui n'y connoit rien ; mais il n'est pas tout seul, il y en a encore plus d'une douzaine d'autres qui ne valent pas mieux que luy, et qui sont aussi ignorans. Dieu les veille bien amender ; autrement ils gastent un beau et très innocent commerce : ils sont si sots et si superbes qu'ils s'imaginent qu'on leur doibt encore de reste quand on les a bien payez. M. Meissonnier se trompe sur le fait de Louis Guyon'; qui ne futjamais médecin de Paris ; je doute pareillement s'il a gagné tant de bien à la pratique : ce n'est point qu'il n'eut bon esprit, mais il paroist en beaucoup d'endroits, qu'il nepratiquoitpas le métier dont il parle. Il avoit beaucoup voyagé et beaucoup lu, mais il n'a jamais, guère veu de malades : je scay bien qu'il estoit thrésorier, mais je ne croy point qu'il ait beaucoup pratiqué : ce qu'il eut fallu faire, en ce temps là, aussi bien qu'en celuy-cy pour gagner cent mil escus ; outre que je voudrois scavoir quand il est mort, et en quel lieu.

Puisque M. Meissonnier a changé de casaque, voilà les affaires de la religion prétendue [réformée] en mauvais estât, et le party du Pape bien fortifié ex tanla accessione \ J'ay peur qu'il ne face bien du bruit ; mais je n'ay pas peur que de Papiste il devienne fou, car il l'est déjà, et y a long temps que je le tiens pour tel : quiconque lira ses escripts, ne manquera pas de le deviner. La sainte bigotise du siècle superstitieux dans lequel nous vivons, a fellé la cervelle à beaucoup d'autres ; mais la folie de M. Meissonnier n'est pas de cette

1 . Cf. la note de Louis Guyon, sieur de la Nauclie : Lettre du 16 novembre ir,fi3.

2. Meyssonnier menait d'abjurer le prolcslanlisme. 11 publia l'histoire de sa conver.sion. Aiiologie de Lazare Meyssonnier sur ce qui s'est passé depuis sa conversion à l'Eijlise catholique. Lyon, in-12, 1840. 11 obtint dans la suite un canonicat à Sainl-Nizier.

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nature, elle ne luy est venue que de la bonne opinion qu'il a desoy; il eut pu enfin quelque jour devenir scavant, s'il n'eut pensé l'estre déjà. Mais ce sien malheur est commun à beaucoup d'autres. Il n"a jdIus qu'à continuer, il fera fortune, puisqu'il s'est avisé de ce grand secret, de mettre le Pape, les cardinaux et les moines de son costé,

Romanos rerum dominos <ienlcm\fju('] togatom.

M. Moreau vous baise les mains, et est bien aise quand il entend parler de vous, et que je luy raconte de vos nouvelles après que j'ay receu vos lettres. J'apprends icy de bonne part que le P. Théophile Reynaud a de nouveau fait un livre intitulé //e/eroc/Z/a Christiana '.que les Sotériques ont supprimé Je vous prie de vous en enquérir, eldescavoir si nous ne pourrions pas en avoir un à quelque prix que ce fut. On dit icy que ce Père est petit fils de ce la Renaudie ' qui avoit fait la conspiration d'Amboise et qui pour l'avoir luy-mesme révélée en fut mauvais et malheureux marchand. Qu'en croyez-vous. Monsieur, l'avez vous jamais ouy dire ? J'ay veu icy la Chirurgie de Fabricius Aquapendenle, en français, nouvellement imprimée à Lyon\ par ]M. Ravaud ' ; je vous prie de ni'apprendre qui en est le traducteur \ Enfin les cardinaux nous ont fait un Pape qui se nomme Pamphilio, et a voulu être appelle Innocent X. Utinam nemini noceat prœsertim Gallis. giiib^us] pariim faviturus creditiw.

Je suis bien aise d'avoir veu la feuille des Instit. de Hofmannus ; je souhaitte de les voir bientost achevées : je vous prie de m'en mander à vostre loisir ce qu'en pensez,

1. HelerocUta spiritualia. Grenoble, 1G46, in-8", Lton, lGo4, in-4». Recueil des pratiques que l'ignorance et la superstition ont introduites dans la religion. Cf. la note du Père Reynaud : Lettre du 21 octobre 16^2.

2. Renaudie (Godefroy du Barri, seigneur de la), tué à la suite de l'écliec de la conspiration d'Amboise, le 18 mars lîjGO dans la forêt de Châteaurenault.

3. Cf. la note de Fabricio d'Aquapendente : Z,e/<re t/u W juin 16'i3.

4. Les Ravauil étaient des libraires célèbres de Lyon associés aux Huguetan.

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