‹ Lettres de Gui Patin, 1630-1672Chapitre 180 sur 260 · Lettre confondue — dans les vieilles éditions — avec les · texte numérisé non relu

Lettre confondue — dans les vieilles éditions — avec les

LETTRES ADRESSÉES A SpON, EXCEPTÉ DANS LES ÉDITIONS DE COLOGNE, 1G91, ET DE Paris^ 1846.

A BËLIN 843

Mss. 9358, FOL. 113.

LETTRE CLI A Monsieur Belin, docteur en médecine .a. Troyes.

Monsieur,

Je vous dirai, pour responce à la vostre, que j'ai vu le libelle diflamatoire des apothicaires de Tours, pour lequel il y a eu ici procès que les médecins ont gagné et le livret supprimé, et les apothicaires condamnés à Tamende. Le livre de M. Blondel : De la primauté de l Église, est un gros in-folio assez cher, fort beau et fort curieux. Celui qu'il a fait contre la Papesse Jeanne n'est qu'un petit in-octavo fort embrouillé. On nous promet autre chose de lui. On ne fait que commencer la nouvelle édition de l'Autliropographie latine de M. Riolan ; elle sera in-folio, augmentée de la moitié. Pour le catalogue des livres que desirez, je n'en ai encore recouvré qu'un, savoir, Laurentius^ de Crisibus ' ; il en pourra venir dautres par ci-après. Observaliones, de Lobel et Péna. sont bien plus rares (^[n'Adversaria. J'ai aussi ce dernier, mais l'autre me manque. J'ai vu tous les livres qu'il vous a plu m'indiquer touchant les pharmaciens, et vous en remercie ; je prends un autre chemin. Je veux faire une méthode particulière, laquelle instruira les jeunes médecins, et détruira l'arabisme des pharmaciens. Je pourray faire aussi un petit livret en françois, sans avoir besoin de tout ce que dessus, ayant un autre dessein bien plus aisé. Je verray à cela dans un an, veu que j'ay en main autre chose qui me presse. Si vires et otium dederit Deiis, je pourray leur donner occasion de se

I. Du Laurens {André). De Crisibus libri très. Fr.vncoflrti, 1596, in-8'. LuGDUM, 1613, in-8°.

.H44 LETTRES DE GlI PATIX

souvenir de moi. Je vous prie d'asseurer M. de Blampignon que je suis son serviteur, que j'ay receu sa lettre, et que je le remercie de tout ce qu'il m'a escrit. Nous n'avons rien icy de nouveau ; ostez deux tomes de Lettres choisies de M. de Balzac et le premier tome d'une Géographie latine du père Briet', in-quarto, lequel ne contient que Générales prœnotiones Geographiœ, Insiilas Britannicas, Hispaniam et Gallinm . Le 2^ tome contiendra le reste de l'Europe, et le 3° les trois autres parties du monde. Mlserrima temporiim hoslroruin conditio atqiie calamitas pubtica impediunt quorniniis Bibllopolœ nostri majora melioraque non audeant. Dans l'hyver prochain je vous envoieray quelques livres pour M. vostre fils aîsné, auquel je baise les mains, comme à vous et à Madame Belin, et à tout ce qui vous appartient, et suis de toute mon affection.

Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.

Patix.

De Paris, ce 4 de novembre 1647.

Edit. de Rotterdam 1695.

— iD. 1725.

— Paris 1846.

1. Briel (Philippe), Jésuite né à Abbeville en 1(501. Géographo érudit. Le titre général de sa géof>Taphie latine est le suivant : i'arallela geographica veteris et novœ. Paris, 1048,1049, 3 vol. in-4°. L'Europe seule a été imprimée.

Edit. d'Amsterdam 1718, T. 1 PAGES 98-101.

LETTRE CLll

A Monsieur Spon, docteur en médechne.

Monsieur,

Je vous souhaite bon jour et bon an, et vous déclare que depuis ma dernière dattée du 20 décembre dernier, je n'ai apris chose digne de vous estre mandée, sinon pour ce qui regarde Duret, de qiio te monitiim veliin que les deux éditions de 1588 et de 1621 sont toutes deux pareilles; que la première est très correcte, et que, ùlé quelques fautes qui sont de plus dans la seconde, et entre autres, une ligne oubliée en une certaine page, c'est la même chose'. Ce livre a aussi été imprimé en Allemagne, en grand in-octavo fort

1. 11 s'agit du célèbre ouvrage de Louis Duret, Hippocrati magni coacœ prœnotiones, édité en effet, pour la première fois, à Paris, en 1388, (Cf. note : Lettre du 20 mai 1G3'2), que son fils Jean Duret, pas,><ait, à tort, d'après Patin, pour avoir revu et terminé. Duret (Jean), moins illustre que son père, mais praticien en renom. Né en 1563, mort en 1629. Docteur de la Faculté de Paris en 1584. Professeur au collège de France où il remplaça Louis Duret, en lo8G. Embrassa avec ardeur le parti de la Ligne. C'est lui qui disait, en parlant du roi de Navarre, qu'il fallait lui faire avaler des pilules césariennes, c'est-à-dire, l'assassiner, comme le fut César. Henri IV ne lui pardonna jamais ce propos et défendit qu'il lui fût accordé aucune charge à la cour. Mais à peine avait-il expiré, que la Régenle l'envoya chercher ; cet acte fut considéré comme une grave inconvenance. « Parmi les fautes que l'on a faites jusqu'à présent, écrit Andréa Cioli, en\oyé extraordinaire de la cour de Florence à son gouvernement, il faut compter, outre le goueernement delà Normandie donné à Soissons, le fait que la Peine, aussitôt après la mort du Roi, a pris pour médecin favori ce Duret, car, lorsque partit Guidi, il fut question de donner cette place à Duret, le roi l'ayant appris dit immédiatement au seigneur Concini : a. Nous entendons dire que ma femme a ea l'idée de prendre pour médecin ce Duret. Dites-lui qu'elle n'en fasse rien, car nous le ferons mettre dehors par la fenêtre (Andréa Sciori. 2 juillet 1610, cité par Zeller : La minorité de Louis Mil {1610-1612^.

plal, il y a environ quinze ans, ou plus, de sorte que c'est ici la 4'^ édition, laquelle sera semblable à la première, tant qu'il me sera possible'. Jean Duret, qui est ici mort, en l'an 1029, n'y a jamais ajouté une virgule.

La veille de Noël, durant la messe de minuit, dans le logis de M. le duc d'Orléans, s'est fait un meurtre et un grand voi, dans la chambre de M. de la Rivière, qui est le Topanda dudit duc : on y a tué et coupé la tête à un valet de chambre, et on a enfoncé un coffre-fort, duquel on a emporté grandes sommes d'argent. 11 y a apparence que les voleurs y en ont trouvé beaucoup, veu qu'ils n'ont pu tout emporter, et qu'ils y en ont laissé encore de reste; et tout cela est arrivé au-dessus de la chambre où dormoit madame la duchesse d'Orléans, tandis que ledit la Rivière étoit à Limours avec M. le duc d'Orléans, Ledit valet de chambre fut étouffé d'une corde, et puis après, son corps fut mis en quartiers, et après, jette dans un privé ; ce que les voleurs firent, afin qu'on crût que ce valet de chambre ne se voyant pas. on le soupçonnât être le voleur même, et qu'ainsi on n'en recherchât aucun autre. Voilà les conjectures qu'on en a et ce qu'on en dit de deçà. J'apprens que sur quelques soupçons, on a arrêté prisonniers un garçon barbier, un garçon apothicaire et une femme et que les dépositions du logis portent qu'on a vu sortir du logis' deux hommes fort chargés. Voilà une hcrrible cruauté exercée sur ce pauvre et innocent valet de chambre que je plains fort, combien que je ne sçhasse pas qui il a jamais été. J'apprens qu'ils ont volé douze mille livres, et qu'ils ont laissé de l'argent qu'ils n'ont sceu

1. Ce passage semble indiquer que Patin s'occupa d'une édition du livre de Duret. — Xous n'avons pas tromc trace de cette édition et Ghereau qui a mentionné dans ses Patiniana les principaux travaux de notre auteur ne la signale pas. La dernière édition de Paris des Coacœ Prœnotiones, est de KioS.

2. Sic. Ces répétitions du même mot. dan> la même phrase, ne sont pas conformes au talent épistulairc de Patin. 11 est probable qu'il s'est servi d'un autre terme mal lu par les précédents éditeurs, comme cela leur arrive fréquemment. L'aljsencc du texte original n'a pas permis de vérifier.

emporter ; aussi onl-ils laissé cjuinze mille livres en pistoles, faute qu'ils ne les trouvèrent, qui n'cstoient pourtant pas loin d'où ils mirent la main. M. de la Rivière n'a point de regret, ce dit-on, à son argent, et je le croi volontiers d'un homme qui en a tant d'autre, et qui ne manque pas d'esprit ; mais il offre de donner douze mille llorins à celui qui lui donnera des nouvelles de son pauvre garçon. La même niiict, à Chartres, près de Paris, un jésuite nommé le père la Touche, qui venoit d'Orléans, se tua de divers coups d'un perce-lettre et d'un poignard. On dit qu'il étoit fou et égaré de son esprit. On a trouvé sur lui des papiers qui en témoignoient quelque chose.

M. de Longueville, voïant qu'il n'y a point d'apparence à la paix générale, de laquelle on nous berce depuis tant d'années, a délibéré de revenir à Paris, et de partir de Munster ' le 2 janvier. Le jésuite qui s'est tué s'appeloit Hippolyte de la Touche. Il étoit procureur de la maison des jésuites de Bordeaux, d'où il s'est enfui, après les avoir volés rudement. Il avoit sur lui de bon argent et des lettres de change pour en recevoir d'autre à Paris, après lequel reçu, on dit qu'il s'en fut allé en Angleterre. Le mort a toujours tort ; ils diront tout ce qu'ils voudront de lui, le pauvre diable n'y est plus pour y répondre. Quoi qu'il en soit, il estoit méchant et bien enragé aussi de se traiter de la sorte. Ils disent qu'ils lavoicnt chassé de chez eux comme un fol.

On ne parle ici que de malheurs et de désordres : prœsenlemqiie intentant ciincla niinani : kictiis iibique, pavor, et plar'una niortis imago. Guerre, massacre, menaces de pis :

1. Munster, ville située sur l'Aa, à 390 kil. O.-S.-O. de Berlin faisant aujourd'hui partie des Etats prussiens. Etait alors une place très forte et la capitale de la Westphalie. Le Congrès de Munster, auquel pour la France avaient été délégués Servien, d'Avau.v et le duc de Longueville, s'y tenait, depuis le 10 avril IGii-. l\'u après la rentrée en France du duc de Longueville, d'A vaux fut rappelé par Mazarin,et Servien, resté le seul représentant de la France à Munster, signa, le 8 septembre lGi8, le traité de Westphalie.

et outre tout cela, plusieurs armées en divers lieux pour la campagne prochaine : Du meliora !

Je vous baise les mains, et suis, de toutes les puissances de mon âme,

Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.

Patin.

De Paris, ce 10 janvier 1648.

Edit. de La Haye 1718.

— Pahis 1846.

Mss. 9357, FOL. 28

LETTRE CLIII A MoîNSiEUR Spon, docteur en médecine, a Lyon.

Monsieur,

Depuis ma dernière de quatre grandes pages' dattée du 10 de janvier, j'apprends icy que Messieurs les maistres des Requestes ayans entendu quelque vent de vingt-six compagnons nouveaux qu'on vouloit leur bailler, afin d'en avoir cent d'une compagnie, se sont tant de fois assemblez, et ont fait ensemble de si belles protestations de ne recevoir jamais aucun compagnon, qu'enfin ils ont apris par la propre bouche de l'Oracle "" qu'on ne leur en donnera aucun'. Les bourgeois se sont assemblez plusieurs fois, et sont allez au Palais parler à M. le premier Président*, et aux autres grands magistrats pour les prier de ne point

1. Le commencement de la lettre modifié et les sept premières lignes supprimées dans les édit. antér.

2. Mazarin. Cette expression appliquée au Cardinal se retrouve sous la plume de Retz. {Op. cit. T. III p. 81.)

3. Le gouvernement de la Régente, à bout de ressources pour continuer la guerre, avait, entre autres mesures fiscales, créé des charges nouvelles de maîtres des Requêtes (douze, et non vingt-six comme l'annonce Patin, qui du reste va plus loin rectifier ce chiffre). Les maîtres des Requêtes, se trouvant atteints par cet édit dans leurs intérêts et leurs privilèges, se refusèrent à l'accepter et protestèrent devant le Parlement qui admit leur opposition à la création des offices nouveaux. Ceux-ci se vendaient soixante mille écus au commencement de la Régence. Cf. le joiii-nal d'Olivier d'Ormcsson. ï. I p. 2-'6.

4. Le premier président était Mathieu Mole, né en lo84-, mort le 3 janvier 1656. Conseiller au Parlement en 1606, président aux enquêtes en 1610, procureur général en 1614, il avait été nommé premier président en 1641.

ooO LETTRES DE GL'IÏPATIN

vcrifier l'Edll des maisons' par lequel les paiiisans "pix-tendent de lever somme notable sur chaque maison qui est dans le domaine du roy: et tost après sans doute, on attaqueroit celles qui se trouveroient sur les autres domaines par la mesme raison : cela a fait du bruit au Palais; le fds de M. d'Esmcry, sur-intendant des Finances, président des enquestes^ y fut attaqué, et quelques coups de poings donnez : son valet de chambre pensant défendre son maistre, mit l'espée à la main ; les bourgeois se jettèrent sur luy, luy prirent et rompirent son espée. et le gourmèrent bien. Le président de Tore *, son maistre, fut sur le champ s'en plaindre à la grandchambre, ou un arrest fut donné contre quelques bourgeois, chez lesquels deux jours après on envoya des compagnies de soldats les cercher ; sed non erant: et ainsi, il n'y a eu personne de pris. Toute la ville a esté en rumeur de voir des soldats, de çà et de là, en bandes parla ville : sur le soir du dimanche 12 de janvier, on entendit tirer force coups de mousquets, comme si chacun eut apresté ses armes à feu pour le lendemain. On dit que M. le Prince remontra à la Reine que toute la ville estoit en danger d'une grande sédition, si on n'appaisait le bourgeois, laquelle luy promit qu'on y Iravailleroit : M. le Prince luy dit aussi qu'il falloit conserver Paris, de peur que les villes de la campagne n'en fissent

1. Ledit des maisons concernait les propriétaires des maisons soumises comme dépendant de la « censive » ou domaine particulier du roi, à une redevance particulière. On exijïeait d'eux le paiement, en deux ans, du revenu d'une année de leur propriété domaniale. Movcnnant le versement de cette somme, ils étaient dans l'avenir exempts de nouvelles redevances. L'édit fut vérifié au Parlement sans difficulté, mais, son exécution se heurta à de graves obstacles et provoqua une vive agitation populaire. Les contribuables refusaient de payer le nouvel impôt et la grandchambre du Parlement défendit de passer outre. Cette affaire et celle des maîtres des Requêtes furent le prélude de la Fronde qui, comme tant de mouvements révolutionnaires, eut pour point de départ et pour prétextes les difficultés flnancières éprouvées par le gouvernement.

2. Financiers qui prenaient à ferme le recouvrement des impôts.

3. Particelli (Micheli, sieur d'Emery et de Thoré, président aux enquêtes. Il devint fou peu de temps après. Il est vrai que Tallemant dit qu'il l'était déjà. \'oir son « Historiette », Op. cil. T. III p. 165-180.

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