LETTRE VIII
A Monsieur Belin, docteuu en médecine, demeurant A Troïes, en Champagne.
Monsieur,
Esse salalatum le vull mea littcra priinum.
Et puis vous diray que j'ay reçeu vostre dernière avec conlentemenl, non pas pour les louanges que m'y attribuez, lesquelles je n'ay jamais méritées, mais parce que, par icelles, je reconnois vostre bonne disposition, et la continuation de vostre bonne volonté envers moy. Je vous remercie du cas et de l'estime que faites de mon livret', lequel est tout à fait indigne de vous. Je l'ay fait à la haste et parmy d'autres occupations, mais Dieu aydant, je le poliray et grossiray, attendant quoy, je luy pourray dire qaod ille apiid Poetam :
IVunc te marmoreum pro iempore fecimus : ac lu Sifœtura gregem suppleverit, aureus esto.
Croissant d'aage et d'expérience, je tascheray de prendre quelques heures de loisir pour l'enrichir, afin qu'il puisse
1. Quel était ce « Hvrcl » que Patin avait envoyé à Belin ? Etaitce l'Enc/itridion ana/omigue de Jean Figer qu'il avait publié — corrigé el augmenté — chez Jean Jost, en 1630, et qui était, à ce moment, son œuvre la plus récente P Ou, peut-être, le Traité de la conservation de la santé, qui accompagna la 17' édition du Médecin charitable alors sous presse et qui parut chez Jean Jost, en 1632? Notons cependant que la lettre da Patin est du 2 janvier, qu'il y annonce un peu plus loin l'envoi prochain du Médecin charitable et que pour trancher la question en faveur du Traité delà conservation de la santé, il faudrait admettre que notre auteur dût envoyer celui-ci séparément à son Bimi, avant la publication du Médecin charitable.
mériter le bon accueil que luy font les amys de son autheur. Quant au Sennertus, il n'est pas tout à fait bon dans ses Institutions, mais il est un des meilleurs de ceux qui en ont bien escript, à mon jugement. On imprime icy sa pratique en trois volumes, lesquels reliez feront deux justes tomes de la grandeur de vos Institutions : je vous en donneray avis quand ils seront achevez \ Il est icy arrivé de Lyon deux livres de récente impression, sçavoir : Sanclorii Medici Veneli et Patavini Commentarli in artem parvam Galeni, et l'autre, ejusdem authoris : Methodi vitandoruin erronim, qui in facienda medicina contingunt libviXV-.Ex laadalissinio authore opus utrumqiie laudabile censeo, in cujus nimirum lectione alias profeccrim; les ayans eus par cy-devant à moy d'impression de Venise in-folio, laquelle estoic fort chère. Adhiic est m vivis aiiclor plnsqaam septaagenariiis. Je vous prie de me recommander à M. Dacier et luy protester qu'il m'obhgera fort de me donner ou prester quelques thèses anciennes, s'il en a, luy faisant offre de telle récompense qu'il luy plaira. J'ay veu vostre catalogue, j'en auray soin : je vous envoyeray au premier voyage un Médecin charitable des derniers et plus amples, tel qu'on l'achève : avec la copie delà thèse de M. du Chemin, de vostre apothiquaire. Nous aurons le Septaliiis in problemata Aristotelis ^ dans peu de temps. M. Seguyn a receu ses livres, je le scay bien, mais il n'a pas eu l'esprit de me donner charge de vous en
1. La Pratique médicale de Scnncrt comprenait six livres. Les quatre premiers furent imprimes à Paris en 1632 et 1633, in l^ C'est l'édition dont Patin annonce l'impression.
2. Sanctorius, né en 15G1 en Capo d'Istria (Italie), mort à Venise en 1636. Professeur à l'Université de Padoue en 1611. Médecin érudit et observateur ingénieux. Le premier, il appliqua le thermomètre à la détermination du calorique du corps dans les maladies, et inventa un instrument pour mesurer la différence du pouls chez les malades.
2. 7/1 Aristotelis problemata coinmentaria latina, Tomas 1. Francoflrti, 1602, in-fo". Tomas II, ibid. 1607, in-fol. On achevait en ce moment à Lyon, d'imprimer l'édition de 1632, dans laquelle le? deux tomes sont réunis, in-fol. — Seplalius ou Scttala (Louis), mtîdccin très célèbre du xvii« siècle, né à Milan en loo2, mort dans la même ville en 1633.
remercier, ce que je lais ])OLir luy. Je rcspondray pleinement à voslre catalogue, au premier voyage, tant à cause des leçons de chirurgie que je fais tous les jours Céans à mes esclioliers, que pour les opérations et TAnatomie que j'ay faite depuis peu, et nos visites d'ordinaire. Pendant ce temps je vous prie de me tenir tousjours en vos bonnes grâces, et croire que je suis,
Monsieur, Vostrc 1res liumble et affectionné serviteur.
Patin.
Ce 2 Janvier 1632.
Nous avons icy, depuis peu, perdu un de nos compagnons, nommé M. Girardet, fort honneste homme, aagé d'environ 3o ans, qui est mort dune hydropisie de poul« mon *.
1. Girardet (Pelri). Vesper. 11 août 1621. Dort. 1G21. Pastill. 19 décembre 1621.
A BËLIN 35
Mss 935S, FOL. 13.