‹ Lettres de Gui Patin, 1630-1672Chapitre 252 sur 260 · LETTRE CLXX · texte numérisé non relu

LETTRE CLXX

A Monsieur Spon, docteur en médecine, en la place DE l'Herberie, a Lyon.

Monsieur,

Voicy la troisièsme fois que je vous escris depuis le 8 de janvier : Dieu mercy, personne n'est mort de l'aim en celte ville, et y avons tousjours fait bonne chère, en dépit du Mazarin et de sa troupe ; et n'en mourrons pas si tost, veu la quantité de provisions diverses qui sont icy arrivées par tous les chemins, tant par eau que par terre, depuis quinze joursou environ. Nos Messieurs du Parlement ont fait la paix de la ville de Paris, et ont obtenu que la déclaration du mois d'octobre dernier seroit inviolablement gardée : la paix qu'ils avoient faite, à la 1'" Conférence, contenoit trois articles qui ont déplu dedeçà, pour lesquels réformer ils furent renvoyez, et c'est ce qui leur a esté accordé. Maintenant, ils traitent pour Messieurs nos Généraux, sçavoir : Messieurs le Prince de Conty, de Beaufort, dElbeuf et autres, à S Germain, conjointement avecledéputédeM. de Longueville et des députez du Parlement de Rouen : qui, tous ensemble, demandent à la Reine qu'elle chasse hors de France le Mazarin, et qu'elle entende à faire une paix générale par tout le Royaume : et voilà le double point sur lequel délibèrent les députez, de part et d'autre, à S. Germain ; il y a de l'apparence que la Reine y sera forcée, d'autant que voilà l'archiduc Léopold entré en France, avec seize mil hommes, vers Reims et Soissons,qui s'offre au Parlement et à Mess, nos généraux contre le Mazarin ' : toute la France est pour

1. L'archiduc, accompagné du marquis de Noirmoulier, était arrivé presque sur l'Aisne où il occupait la place de Pontavert que les frondeurs lui avaient livrée.

nous, ou n'est pas contre nous : le prince de Condé a véritablement une armée, mais elle est divisée en plusieurs endroits : il a envoyé le mareschal du Plessis-Pralin' au devant de l'archiduc Léopold. avec cincq mil hommes : autant en Normandie, contre le comte de Harcourt, pour tenir en bride M. de Longueville : il en tient encore vers la Brie, à Lagny, à Corbeil, et à S^ Denis : si bien que ce cpii hiy reste est fort petit pourestre à Saint Germain, et à Tenlour du Roy : on dit bien qu'Erlac" vient avec quelques troupes qu'il a soustraites à M. le Mareschal de Turenne, mais s'il avance, aussi fera le duc Charles : si bien que, omni siibducta ratlone, et bene posilo calcula, il faut que la Reine trouve le moyen de contanter tant de sortes de gens malcontans, et peut estre, aux despens de son cher Mazarin ; pour lequel conserver depuis le 8 de janvier, elle a causé tant de malheurs. Utinam sapiat in poslemm bona illa Domina ! elle est chargée de la haine uuiverselle de toute la France, et de long temps, n'en touchera pas aisément de l'argent.

Je vous baise très humblement les mains, et à Messieurs nos trois amis, vos confrères, et suis de tout mon cœur,

Monsieur, Vostre très humble et obéissant serviteur.

Nosti maniiin et aninium.

Patin.

De Paris, ce mardy 23 de mars.

Df. la main de SpoN, Al. L„TRE s'aTA>T PAS

iipnsT^.^T- ^ ■N7!<V ÉDITIONS AM-KRIELUE,.

nlbPOSTA adi,2avril. — 1610.

1. Plcssis-Praslln (François de Choiseul, marquis de), maréchal de camp, lieutcnant-géncral au gouvernement de Champagne, gouverneur de Troyes, mort en 1G90.

,A ^'"'^^'' (-^^«n-iouii d'), né à Berne, en lo9o, mort le 26 janvier I60O. Ancien lieutenant de Gustave Adolphe et du duc de Dernard de Saxe Weimar. Lieutenant-général du roi de France en Allemao-ne C'est lui qui empêcha l'armée de Turenne de se déclarer pou'r lé Parlement contre la cour. Il fut fait maréchal de France, trois jours avant sa mort, le 23 janvier I60O.

Edit. de Rottebdam 1725 Lettre si'pplésie>taire

PAGES 36-37

A Monsieur G. D. M.

Si vous avez été en peine de mes nouvelles, aussi l'ai-je bien été des vôtres. C'est une des incommoditez que m'aporte le changement de maison que M. votre frère a fait: car depuis ce tems là. nous ne le voions plus. Le livre de M. Hofman, de Medicnmentis officinalihiis, est fort bon. M. Riolan qui est son ennemi, dit que sa préface au lecteur vaut cent écus d'or : il y a là dedans 50 chapitres qui ne se peuvent payer. Tout le premier livre vaut de l'or, hormis quand il dit que le senne est venteux. C'est un abrégé excellent de tous les botaniques et de tous les antidotaires qui ont été imprimez depuis 100 ans. Quand vous aurez la thèse de M. Guillemeau, mandez-moi ce que vous en pensez ; elle a bien plu de deçà et les apoticaires en ont bien grondé, mais ils n'ont osé mordre.

Nous avons perdu, le mois passé, le bon Monsieur de la Vigne. Le Cardinal de Sainte Cécile' est mort à Rome : on dit tout haut que c'est ex immodica venere. La Reine avait fait arrêter ici Messieurs du Broussel et de Blancménil, mais enfin, elle a consenti à leur élargissement, sans quoi, l'État était en danger. Je suis, de toute mon affection,

Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, le 24 septembre 1648 ^

Lettre reproduite dans toutes les éditions, sauf dajss celles de rotterdam 1695, La. Haye, 1716. La Haye, 1718 et Amsterdam.

1. Mazarin {Michel) frère du Cardinal, né en 1007, mort cii 1648, Archevêque d'Aix, en IGio, vice-roi de Catalogne, en 16i7, et Cardinal de Saillie Cécile, la même année.

2. Lettre adkessée a Gras, médecin de Lyos et attribuée a Gahnier

DANS l'ÉDIT. dé 18i6. ^'A PAS ÉTÉ PLACÉE, P.*.R ERREUR, D.V>S LE COURS DE l'impression de ce VOLU.ME, a SONRAMG chronologique : (CLXIll).

l'IN DU TOME PREMIER

Table des Matières

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