Datée de 163o dans ledit, de 18i
A BÈLIN iii
Msi. 93 JS, 101.. 33.
LETTRE XXXII A Monsieur Belin, docteur en médecine, a Tuoyes,
Monsieur, J'ay jusques icy attendu à faire responce aux deux vostres, pour vous mander la reddition de Corbie ', de laquelle on vient de nous asseurcr, et pour laquelle on chantera demain sans faute le Te Deuin à Noslre Dame "". On continue le livre de M. Martin, duquel je vous donneray avis, quand il sera fait. Je vous prie de croire que quand je prise ce vieux Martin, c'est à cause de son mérite premièrement, et puis après, par une obligation particulière que j'ay à sa mémoire, laquelle vostre bonne affection envers moy me permettra de vous dire. Feu mon père estant en cette ville député de nostre pays, y tomba malade, l'an 1601, d'une fièvre continue, et escheut à avoir M. Martin pour médecin, lequel ne voulut prendre de luy aucune récompense, restitata valetuduic, luy disant qu'il ne prenait jamais d'argent de plus pauvre que luy, quand ils estoient gens de bien, comme il le tenoit pour tel ; cela luy acquit une rente d'un pâté de venaison, qui lui a esté payé tous les ans jusques à sa mort. Mais cela n'empesche pas que je ne prise fort vestralein Martlnum ' ; in ciijusjactura/i'ay perdu
1 Corbie, ville alors fortifiée de Picardie à 17 kilomètres d'Amiens.
2 L'armée royale, composée du petit corps d'armée de Picardie, commandée par Soissons, de douze régiments d'infanterie envoyés par Condé, qui avait été obligé de lever le siège de Dôle, et de 1 arrièreban de l'apanage du duc d'Orléans, en tout 35.000 hommes rassemblés en toute hâte, avait, en effet, obligé les Espagnols a battre en retraite et avait repris Corbie le 14 novembre. Apres la prise ae celte ville, la France était sauvée. . -, -t , .
3. Il s'agit d'un autre Martin, de Martin (Jean) q i était du
un bon amy et qui m'aimoit extrêmement. Je l'ay quelquefois gouverne assez particulièrement, et ay consulté quelquefois avec luy. Huit jours avant le malheur falalqui luy osta la vie, je luy avois fait signer une consultation pour un gentilhomme qui avoit la pierre ', et lui donnant un escu d'or que j'avais reçeu pour luy, jl me tesmoigna tant de ressentiment d'affection et d'amitié pour moy, que je l'ay tousjours extrêmement regretté ; ce que je ne ferois pas moins quand je m. l'aurois pas connu particulièrement, veu qu'au jugement de tous nos anciens, il estoit le premier de l'eschole entre ceux de son âge. M. Piètre mesme, nostre ancien, que je tiens comme un oracle, et qui de soy est parcus laudator, me l'a maintes fois haut loué et fort extollé'. Quiescat igitur iiterque ^ Martinus, quorum memoriam apud me nulla œtas, niilla iinquam delehil oblivlo. Pour M. vostre beau-frère, il m'est extrêmement recommandé, comme me sera aussi tout ce qui me sera adressé de vostre part ; je l'en ay asseuré. et luy confirmeray quand il voudra ; je vous prie d'en asseurer M. Sorel, son père, et de le remercier à mon nom de la peine qu'il a prise de m'escrire, auquel je fais aussi un petit mot de response, pour l'asseurer que son fils m'est fort recommandé et qu'il a tout pouvoir sur moy. M. Mégard* m'a adressé cette sepmaine passée une consultation pro Epileptico adolescente Trecensi dicto Michelin. Je luy ay fait ample
diocèse de Troyes et par suite compatriote de Beliii. Il avait été reçu docteur à la Faculté de Paris, en 1G16 et est qualifié professeur de langue arabe au Collège Royal, dans l'ouvrage de Gcuget et dans les Registres de la Faculté de Médecine de Paris. Sa thèse de Vespérie fut consacrée à une de ces questions singulières qu'affectionnaient tant les médecins de l'ancienne Faculté et qui étaient plutôt dos exercices d'argumeat;dion latine et des jeux de clair bon sens que des épreuves scientifiques: c Que pensez-vous du dicton: In vino veritas ».