LETTRE LXXIII
A Monsieur Spon, docteur e> médeci>'e a Lion, rue de la poulaillerie '.
Monsieur,
Jevousescris en hasle ce petit mot de remerciement pour le beau présent que vous m'avez envoyé, dont j'ay délivré la part à M. Moreau qui vous remerciera par escript. Je vous ay beaucoup d'obligation de vous estre souvenu de moy si ponctuellement. Je vous prie aussi de vous souvenir du jour de l'an de la mort de Daléchamps"
1. Spon (Charles), né a Lyon le i'i décembre 1609, morl dans celle ville le 21 février 1684. Docleur de Montpellier en 1632, agrégé au collège de Médecine de Lyon le 7 août 1635, il reçut en 1645 — comme récompense de son mérite — des lettres de médecin du Roi par quartiers. Ce correspondant de Patin était lui-même un érudit et un poète, possédant très bien la langue grecque et épris de poésie latine. Il a mis en vers latins « Les Pronostics d'Hippocrate » sous le titre : Sibylla medica, Lugdum, 1661. Cet ouvrage est dédié à son ami Guy Patin. Il édita les œuvres de Sennert « Opéra omnia » ; Lugduni, 1650, 3 vol. infol. celles de Cardan: Hyeronimi Cardani opéra, Lugduni, 1663, 10 vol. in-folio et les observations de Schcnck : Joannis Schenckii observatiories inedicx Lugduni, 1644. Ce fut lui aussi qui sous le titre de : Epitaphiiim chronologicum, devait faire l'éloge funèbre de Patin en vers latins. Cf. sur .Spon une étude récente de M. Mollière : Une famille médicale lyonnaise au X\ II' siècle. (Thèse de doctorat), Lyon, 1905.
2. Daléchamps (Jacques), né en 1513 mort en 1588. Docteur de Montpellier (lo46), il exerça la médecine à Lyon, ce qui explique la mention de Patin à Spon. Médecin érudit, publia un certain nombre de travaux justement estimés, parmi lesquels il faut citer une traduction de Paul d'Egine, de XV livres d'Athénée avec des notes, une Chirurgie en français. Lton, 1570-73, in-8°, et Paris, 1610, une édition de Cœlius Aurelianus, 1566, et une traduction des : Administrations anatoraiques de Galien, Lyon, 1566, enfin une histoire générale des plantes, Lyon, 1587, malheureusement terminée par Jean des Moulins qui en fit un vrai chaos.
ii-l LETTRES DE GUI PATIN
et s'il y a quelque parent de luy à Lyon, taschez d'avoir quelque mémoire de sa vie. Voicy la S' Martin tanlost venue. A mesure que Ion fera icy quelques bonnes thèses, je nemanqueray pas de vous les garder : et pareillement toute autre chose qui le méritera : Le médecin de Lyon qui a dit à M. du Clos, le fds, médecin à Mets, que Huguetan s'en alloit imprimer l'Hippocratede Foësius, s'appelle M. le Gras ; il est de la religion; je pense que vous le connoissez bien. Nous n'avons pas encore veu icy le I" tome de Zacutus, in-folio. Quand j'ay eu le bonheur de vous voir icy, nous avons parlé de deux choses dont je vous prie de me permettre que je vous face souvenir. La l'"^ est d'avoir d'Allemagne les manuscripts que m'avez dits, tant de Gaspar Hofmannus' que de Dan. Sennertus', qui ne peuvent estre que de fort bonnes pièces, et qui seroient très bonnes imprimées à Lyon. La 2", est de tascher de faire imprimer à Lyon, Disputationes Th. Erastl contra Paracelsum ^ : il y en a 4 parties: ausquelles il faudroit adjouter celuy de occuUis pharinacoriirn poleslatibus ' afin de faire le livre de
1. liolTman (Gaspar) né à Gotha (Thuringe^ le 9 novembre lo72, mort à Altorf, le 3 novembre 1648. Médecin très érudit du xviie .siècle, a publié un nombre considérable d'ouvrages. Patin les avait lus tous, et attachait un intérêt passionné à leur publication. On voit dans la lettre ci-dessus qu'il conseillait à Spon de faire venir d'.\lleniagne certains manuscrits de Gaspar lloffman pour tenter de les faire imprimer à Lyon. Ce sont probablement les Institiitiones medicorum libri Vf, qui furent publiées dans cette ville en IGio. in-4», et sur lesquelles, notre auteur revient dans sa lettre à Spon du 8 mars I64i, 11 s'intéresse avec la même ardeur à la publication de Medicamentis officinalibus imprimés à Paris, sur le manuscrit de l'auteur, en 1647, et qui lui fut du reste dédié par HofTman. 11 est enfin un ouvrage dont la publication est entièrement due à Patin, c'est l'Apologia pro Galeno, sive XPHZTQ. .MA0EIQN, libri duo, ex bibliotheca Guidoni Patini, dont il acheta le manuscrit après la mort d'HoCfman, en 1648, et qui fut imprimé à Lyon par le libraire Anisson en 1668 (2 vol. in-S"). Patin le dédia au président de Lamoignon.
2. Même admiration passionnée de Patin pour Daniel Sennert dont il avait publié en 1641 les Opéra orniiia. Spon les réédita à Lyon en 1650. Cf. la note de Sennert : Lettre du 2^ octobre 163t.
3. Disfiutationum de medicina HOi'a Philippi Paracelsi, pars prima ; Basil i;.\, lo72, in-4«, Pars secunda, ibid. lo72, in-i». Pars tertia, ibid. lo72, in-4". Pars quarta et ultima, ibid. 1573, in4o.
4. De occultis pharmacorum poleslatibus. Basiljïa, 1574, in-4", Fr.a>co- FLRTi, 1611, in-i".
grosseur légitime, in-4°, des lettres de S. Augustin. Yostre ncgotialor relù/iosus est dans le vray stil du P. Th. Raynaud ' mais on dit pourtant icy qu'il le nie bien fort. On achève icy l'édition de la vie de Cardan', percapita, comme Suétone a descript celle des douze Césars : dès qu'il sera achevé, je vous en souhaitte la possession d'un que je vous dédie. M. le Cardinal est icy arrivé dans sa machine ' et dans son lict, le vendredi 17 de ce mois. Je ne sçay rien sur la presse digne de vous icy que, Annotationes Hug. Grotii in vêtus Testamentum, qui sera in folio. On imprime aussi, in-4o, Gui. Ballonii De Calcalo, rhumatismo et arthritide\ etc.. Mais je ne sca y quand nous l'aurons : typographoriim nostraiium lentum est negotium. On a imprimé tout fraichement en Angleterre Epistolas Erasnii,
1. Raynaud (r/iéop/u7<')- Jésuite italien érudit, né le 13 novembre lo83, à Sospello (comté de Mce) mort le 31 octobre 1G63 à Lyon où il résida la dernière partie de sa vie. A pulDtié de noml^reux ouvrages qui eurent presque tous un grand succès. 11 se tirait parfois très spirituellement de thèses qui lui paraissaient trop difticiles à élucider. Je citerai celle qui concerne la conservation des corps que la science du xviie siècle ne pouvait résoudre ou du moins qu'elle résolvait par une intervention surnaturelle. Dans sa dissertation : De incorruptione Cadaverum. Avir>on, IGio, in-S", écrite à propos d'un cadavre de femme trouvé, en 16i2, en état de conservation, quoique inhumé depuis longtemps, Raynaud qui, pas plus que ses contemporains, ne connaissait l'influence do certains terrains sur la conservation des corps, prétendit que l'état du corps de cette femme ne pouvant être attribuée à une cause naturelle, ni aux artifices du démon, était, peut-être, due à une grâce rémunératrice de Dieu, mais ajoute-il alors, comme celte dernière supposition est loin d'être démontrée, on fera bien d'attendre ce que Dieu statuera à cet égard.
2. Cardan {Jérôme), né à ^lilan le 24 septembre 1501, mort à Rome, le 2i septembre lo7(3. Un des savants les plus étranges, les plus vicieux, mais aussi un des plus érudits du xvi« siècle et dont Boerhaaxe a si justement dit : « Supientior nemo, ubi sapit, dementior nuilus iihi errât. » Sa biographie a été faite si souvent qu'il est inutile d'y revenir ici. 11 écrivit lui-même sous le titre de, vita propria, sa propre vie, placée à la tête de ses ouvrages. Le de Vita propria liber fut édité à Paris en 1643, in-12. C'est l'édition dont Patin annonce ici l'achèvement et qui est due à Naudé. Elle fut rééditée à Amsterdam en 1654.
3. La « machine » dans laquelle se faisait transporter Richelieu était une immense litière de forme carrée, couverte de damas rouge, formant une assez vaste chambre, qui contenait un lit sur lequel était étendu le cardinal, avec une table auprès de lui et un siège pour un secrétaire.
4. Ballonius (Raillou). Opuscula medica de arthrilide, de calcula et urinarum hypostasi. I'aiusus. 1043.
en deux volumes in-folio ; mais elles seront fort chères J'aime mieux me contenter de la vieille édition '.
Je vous baise très humblement les mains, et suis.
Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.
Guy Patin.
De Paris, ce 21 d'Octobre IG42.
Ai; REVKBS DE LA LETTRE, DE LA MAIX DE SPON : ]&i2,
Paris, \\i octobre. Lyo>' xxvi
D[ DIT, RiSPOSTA, ADI i >0VES1- BRE, PER JOANNEM Coi.OlIBA MM, BrIXELLENSEM.
Lettre >'a\a>t pas
ÉTÉ PlULIÉe DANS LES ÉDITIONS ASTÉaitlRES.
1. Cette lettre qui n'a pas été publiée par les précédents éditeurs commence le manuscrit de la correspondance de Patin avec Spon. Le manuscrit de celte correspondance, cjui provient de la bibliothèque Mongie vendue en 182i, est inscrit à la Bibliothèque nationale sous le numéro 9357, et porte en tète l'inscription : fiecucil des lellres originales de Guy Patin, docteur régent en la Faculté de Paris au nombre de 17 U qui sont celles de son commerce familier et libre avec M. Sjion célèbre médecin à Lyon, père de Charles Spon l'antiquaire, contenant une injlnité défaits, anecdotes, d'histoires de son temps, d'érudition, de liltéialure, de critique et de la vie des hommes illustres par le ministère et les lettres, qui ont été ses contemporains. Ces lettres ont été trouvées dans le cabinet de feu Ch. Spon l'antiquaire, lorsqu'au temps de la révocation de l'édit de liantes, il se retira précipitamment de Lyon, pour aller se retirer à Veuvay-, oii il est mort. Elles sont rangées par ordre de dattes II y a, dans cette inscription une erreur de nom qui a dû frapper le lecteur. Le correspondant de Patin était Charles Spon et non Jacques Spon, son fils, l'énidit archéologue.
Mss. 9357, FOL. 2.
LETTRE LXXIV A Monsieur Spon, docteur en médecine a Lion.
Pour m'acquitter et de ma parole et de mon devoir, je vous envoyé la vie de Cardan' qui est achevée tout fraîchement : il me semble qu'il n'y a rien de nouveau de deçà qui mérite de vous estre envoyé ; si néantmoins, vous en desirez quelque chose, je vous prie de n'y employer aucun autre que moy. Nous avons un nouveau doyen nommé Mr de la Vigne\ On s'en va faire imprimer nostre cata-
1. Dans la lettre du 26 novembre suivant, Patin apprend à Belin que Naudé fait imprimer la vie de Cardan, laquelle fut publiée en 1643. Cependant, par la lettre ci-dessus datée du 9 novembre, et adressée à Spon, il annonce à celui-ci qu'il lui envoie la vie de Cardan « achevée tout fraîchement ». Il faut donc croire ou que notre auteur n'a pas inscrit des dates précises, ce qui n'est pas probable, ou bien que la lettre ultérieure dans laquelle il annonce à Belin qu'on imprime un ouvrage qu'il a déjà envoyé au médecin de Lyon dix-sept jours auparavant, a été commencée avant celle de Spon et envoyée beaucoup plus tard à son destinataire. C'est là la seule explication possible. 11 faut aussi admettre, d'autre pari, que l'ouvrage de Naudé, daté de 1643, avait été postdaté, et se trouvait en librairie vers la fin de l'année 1642.
2. De la Vigne (Michel), né à Vernon (Normandie), le 5 juillet 1588, mort le 12 juillet 1648. D'abord professeur de rhétorique au Collège du Cardinal Lemoine, puis étudiant de la Faculté de Paris et docteur le 1" octobre 1614, il fut élu doyen, en remplacement de Guillaume du Val, en 1642. Il prit une part considérable à la lutte de la Faculté contre Th. Renaudot, et signa, en qualité de doyen, la plainte adressée au chancelier contre celui-ci — factuni rédigé par Guy Patin et Charpentier. Enfin, il soutint les intérêts de la Faculté dans le grand procès du 1" mars 1644. On a de lui : Orationes duo adversus Th. flcnaudot et iiiedicos extraneos. — Paris, 1644, in-4''. L'ouvrage plus étendu imprimé à Paris en 1671 : Diœta sanorum, sive ars sanilatis, et qu'on lui a parfois attribué, est de son fils également docteur de la Faculté (1650).
logue ; j'en mettray a part une copie pour vous, comme aussi de tontes les bonnes thèses qui nous >1endront. M' .Tost. libraire qui est mon amv, m"a promis de vous faire tenir la vie de Cardan, dans un balot, qu'il envoyé à Lyon, et de vous faire tenir celle-cy par la poste, enfermée dans son pacquet; si vous trouvez bonne et commode cette voye, je la continueray, sinon, je la changeray, comme il vous plaira. Quand vous serez tout plein de loisir (mais autrement n'en faites rien, car je pense que le tout n'en vaut pas la peine), je vous prie de me mander qui est un M"" Meisàonnier, médecin de Lyon, qui a esté icy quelque temps' ; je n"ay qu'un petit in-i" de luy, de Doctrina /<?/j/7fzm; j'apprends qu'il a fait quelque autre chose; s'il se peut recouvrer facilement, je vous en prie; combien que je n'ay pas fort bonne opinion et des livres et de l'autheur. Quand vous les aurez amassés chez vous, je vous indiqueray le moyen de me les envoyer. Je vous prie de vous souvenir de Lan de la mort de Dalechamps % des 4 tomes de disputes d'Erastus contre Paracelse, des Institutions de Médecine de Hofmannus. On ne void point encor icy du I" tome de Zacutus. Je vous prie de me mander aussi à vostre loisir si on imprime à Lyon Observationes médicinales Schenkii ^ ou l'Hippocrate de Foësius, comme ^I. le Gras a dit à M" du Clos, le jeune, médecin à Mets. 11 me semble qu'on ne fait rien icy qui soit digne de vous estre mandé. On attend que M"" du Pleix soit venu de Gascogne, pour mettre en vente son 3" tome de l'histoire Romaine in-folio, lequel ira, depuis la bataille de Pharsale jusqu'à Charlemagne. Carrunt sub prœlo aliquot opuscula Gai. Ballonii, medici Parisiensis, de arlhritide, de rhumaiismo, de calculo, etc. sed hœc omnia