‹ Lettres de Jean CalvinChapitre 13 sur 44 · AUX AMBASSADEURS DE GENÈVE A BERNE · texte numérisé non relu

AUX AMBASSADEURS DE GENÈVE A BERNE

Orig. autographe. Arch. de Genève. 12S0.

Très honorés seigneurs, aian t eu responce de Smalkald , j^estois en bonne dévotion et désir de vous aller trouver à Berne pour m^en retourner de là à Genesve, si je n^eusse esté empesché de Messieurs de ceste ville. La response estoit qu'il falloit vuider quelques aultres poincts en la journée, devant que prouveoir à rafiaire de Metz. Toutesfois qu'il n'y auroit faulte, que devant le deppart on conclueroit de tenir encore une aultre journée, et sur le lieu mesnie, affin de poursuivre plus vifvement, et que devant que venir là, on demanderoit sauf^onduict tant pour les arbitres députés, que pour ceux qu'ils vouldroient amener en leur compaignie, sans nommer personne pour nous y conduire en meilleure seureté. Âiant ouy ceste response, j'estois d'advis de retourner incontinent jusque à ce qu'il fallust entrer dedans Metz, et cepandant que maistre Guillaume demeurast icy pour entretenir les frères de Metz et leur donner bon couraige de persévérer. Mais l'advis de Messieurs de ceste ville a esté que nous attendissions tous deux jusque à venue de leurs ambassadeurs, qui sera, comme ils espèrent, d'icy à huict jours. J'ay bien voulu obtempérer à leur conseil, veu que tant fidèlement ils s'emploient en cest affaire. Cepandant je vous recommande de prier le Seigneur qu'il ne permecte que

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je m'en retourne sans faire quelque fruict, puisque j'ay desjà tant attendu. Je le prieray aussy de ma part de conduire l'affaire iiuquel tous estes^ tellement que du tout il vienne à bonne issue, et le remercieray de bon cueur quand j'en ouiray quelques nouvelles, telles que je les désire.

Je n'ay point loysir de vous escrire des nouvelles tout au longi et aussy je qe vous ep sçaurois guèrea mander que de maulvais^s, excepté de Tarchevesque de Coulongpe, lequel monstre une merveilleuse affection à tous* jours ptomouveoir TEvangile \ Il est vray que la ville et université de Coulongne avec le clergé y faict toute résistance qu'il peult , fnais d'aultant plus a-il de constance et fermeté à procéder ouitre. C'est aujourd'hoy le premier jour qu'il commence de consulter avec les Çstats du paîs de mectre ordre et police en l'Esglise. Je dis pour se en résouldre et exécuter ce qui sera accordé ; car la forme en est desjà composée. Si le Seigneur luy faict ceste grâce d'avoir le consentement des Estats, oe sera pour rompre la raige des adversaires.

L'Empereur faict lousjours ses apprêts pour descendre vers Brabant, soit pour repoulser le Roy ou pour riier sur le duc de Clèves. Mais il ne se liante pas fort d'approçher, et aqssy ^1 n'a pas son cas prest. D aullre part il y {( dangier que le Turc ne le retarde, lequel descend avec fort grande puissance pour assaillir l'Alemaigne par trois postés. S'il pouvoit marcher, le duc de Clèves pe le pourroit soutenir, s'il n'avoit aide du Roy lequel a esté empescbé des pluies d'approcher. Naguères il avoit cofnpiepcé de ce fairci et estoit des^k assez i^vaaçt,

* V^r Ift léttie p»éeétait6, p. 87, note 4.

BS ClLTtN. 91

maîa le bruict est qu'il reculle. On oe sçait si F Anglots se retire par ibree. Quoy qu^ii y ait, c^est une chose fort pitoiable de voir une telle désolation par toute la ehrestienté. Nostre Seigneur par sa miséricorde infinie cueille regarder les misères où nous sommes, et combien que nous soions très dignes d'en porter d'adTantaige, qu'il luy plaise de retirer sa main, nous donnant Tesprit de recongnoistre nos péchés pour nous réduire à luy.

Sur ce, très honorés seigneurs, après m'estre de bon çueur recommandé à vosire bonne grâce, je prye le Seigneur de vous assister en l'affaire auquel vous vacques, vous maintenant en bonne prospérité. De Strasbourg, Ç0S4 de juillet 1543.

Vostre serviteur et bon amy,

JÉHÀlf Gàltin.

AUX SEIGNEURS PE GENÈYB

Ovig. ralogripiMu Aitii. di GMièv«. i2ld«

Magniiicques et très honorez seigneurs, les hqict jours que Messieurs de çes^e ville nous avoieqt rçqqis 4^at'

* Les négociations pendantes entre les princes protestants et les magistrals de Meti traînaient en longueur. Lassé d'une attente sans terme, déçu dans son espérance de voir un libre accès ouvert à la précpcatiou de la Réforme dans cette ville, Calvin sollicita son eeafé auprte des magislmts de StradMurg et fit les préparatifs de son retour à Genève. Les réfugiés de Mets obtinrent, ostte même

tendre, se sont convertis en trois sepmaines, et encores n'en aTons-nous poinct résolution finale , car lenr principal ambassadeur n*est pas encores retourné de la court de Tempereur, et c'estoit celuy qui pouvoit déclairer les choses, affin que sur son rapport on print conseil.

Toutesfois ma conscience me presse de ne plus délayer, car je ne doibs pas estre mené tellement d'affection de servir à la Tille de Metz , que je ne regarde le debvoir que j'ay envers vous pour y satisfaire. J'aime mieulx avoir perdu un voiage , que de si longuement vous deffalllir. Pourtant j'ay proposé du tout d'aller pour la dernière fois dedans trois jours par devant Messieurs du Conseil, et leur déclairer que je ne puis plus attendre, et ce fait m'en retourner par delà , sinon que l'entrée fust preste desjà à Metz , ce qui n'est point à espérer. Car le Conseil de Metz, au lieu de respondre aux protestants, a envoyé par devers l'empereur, pour avoir une alonge, et mettra peine de reculer tousjours tant qu'il pourra. Il est vray que nostre Seigneur pourra bien rompre toutes leurs machinations et les dissiper, et le principal est de le prier qu'il nous vueille adresser en son œuvre, car aultrement nous ne profiterons rien, ne en consultant, ne en faisant tout ce qui sera en nous. Mais j'adviseray de suivre le plus prochain qu'il me monstrera, c'est-à-dire de m'employer envers ceux de Metz, tellement que je ne vous frustre poinct de mon service, puisqu'il m'a spécialement obligé à vous.

A tant magnificques et très redoubtez seigneurs ,

année, la permission de rentrer dans leur patrie, avec la promesse d*un temple et une tolérance précaire de lenr culte, qui dura quelques mois à peine.

après m'estre humblement recommandé à vos bonnes grâces, je prye nostre bon Dieu de vous gouverner par son Sainct-Esperit en sa gloire et au salut de vostre ville, vous maintenant en bonne prospérité. De Strasbourg, ce 13 d'aoust 1543.

Vostre humble serviteur,

Jehan Calvin.

A MONSIEUR DE PALAIS

Orig. Autographe. Bibl. de GenèTe. Vol. 194.

Monsieur, combien que ce soit contre la façon acous* tumée des hommes, que je use de telle privaulté envers vous de vous escrire familièrement , devant que vous

* Au dos : A mon bon seigneur et amy sire Jacques Le Franc.» Jacques de Bourgogne, seigneur de Palais et de Bréda en Brabant, arrière-petit-fils naturel de Philippe le Beau, duc de Bourgogne. Elevé à la cour de Charles-Quint, ce seigneur adopta, dès sa jeunesse, la foi réformée, et ne pouvant la professer librement sous le régime espagnol, il quitta sa patrie, d'après les conseils de Calvin, abandonnant tous ses biens qui furent confisqués par un arrêt de la cour de Malines. Voué dès lors à un perpétuel exil, il habita successivement Cologne, Strasbourg, Bâle, Genève, et entretint une correspondance active avec le réformateur qui le combla des marques de son amitié, et lui dédia en 4546 son Commentaire sur la première épitre de saint Paul aux Corinthiens. Ces bonnes relations furent malheureusement troublées à la suite du procès de Jérôme Bolsec, dont M. de Palais prit ouvertement le parti contre Calvin. Ce dernier ressentit vivement cet acte d'hostilité de la part d'un ami, avec lequel il rompit sans retour en 4552« Les lettres de Calvin

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estro beaucoup congneu^ toutesfois puisque je ikie tfené asseuré que mes lettres serotit bien tenues vers totis, ce seroit hypocrisie a moy d'en faire longttei etcuses , comme si j'en Joubtoye. Pourtatit je feray en cest en* droit comme Pun de tos amys^ satas aultre préface.

La matière dont j'ai à traicter avec tous requerroit bien que nousfeussidtas ensemble, pour deviser au moins un demy jour. Et de faict , j'ai souventesfois désiré depuis quatre ou cincq mois , que ce feust le bon plaisir de Dieu de nous donner ceste opportunité. Encore ay-je doubté à présent^ si pour meilleur conseil je vous dévoyé prier d'entreprendre un voyage , aGn que nous peussions après avoir veu et considéré de plus près y constituer ce qu'il seroit de faire. Car s'il estoit question de mettre la chose en délibération comme doubteuse, il y auroit bien à objecter et répHcquet* devant que vous en pouvoir résouldre ; il seroit quasi folie et inconsidération à moy de tenter à faire cela par lettres. Mais en la fin j'ai regardé d'aultre part si nostre Seigneur vous a desjà donné le couraige de nous Visiter à bon escient, pour vous reposer en nostre Seigneur avec nous» que ce seroit poine perdue, et aultant d'attârge et recâllemetat de vous conseiller d'y tenir seulement voir quel il y faict, pour vous adviser sur cela. Parquoy je ne seroye point de cest advis , que vous prinssies ceste poine superflue pour en estre par après à recommencer, voire possible

i M. de Falûs ont été publiées en 4744, à Amsi^rdam, d'après la oriaioaux longtemps conservés dans cette ville. On les repl^nll ici, dans un ordre chronologique plus etact, revues et corrigées avec soin sur les originaux aetueUement déposés à la Bibliotiièqae de Genève, en y joignant plusieurs pièces inédites.

Di CALTih. db

quant rojlporiutiité ti'y seroit pas telle, comme elle est pour ceste heure.

Je p^mé bien à la difficulté où tons esteà , si youi regardez le monde, et lés considérations qui tous peu-^ lent là retebir. Mais il tous faut faire une conclusion certaine jpdur repoUlser tout ce qui tous tiendra ait detatit pour y cotitredire. Il est tt'ay qu'elle ne se doit p9iM prendre à la tolée , c'est à dire sans fondemétit , ei ne sçachabt potiirquoy. Mais quant tous àtez tbstrë conscience asseubée d'un tesmoignagé qui est meilleur et plus ferme que tout le monde ne le tous sçauroit donner, il tous faut acquiescer là du tout, et estimei^ que tous lès empeschentents qîli stirtiennebl pont touâ destourner, sont scandales que SathaU tous présenté pour tous rompre le chemin. Combien , à mon semblant, qu'il n'est pas grand mestier d'alléguer beaucoup de raisons pour tous montrer ce qui est de faire selon Dieu. Je répute que Cela tous est desjà tout liquide. Il y a seulement le regret de ce que tous laisset d'une part, de l'autre la crainte de ne rencontrer pas ce qui seroit à désirer. Mais tous les regrets du moilde se peutent taincre par ceste pensée, qu'il n'y a plus malheureuse condition que de titte es troubles d'esprit, et atoir une guerre continuelle en soy-mesme, ou plustost estre tormenté d'une géhenne intérieure sans aulcune rë- Jagche.

Or adtisez si tons poutez atoir paix atec Dieu et tostre conscience, peirsétérant en l'estat où tous estes. Si FespéraDce de mieux tous retient, pour le premier TOUS iroiet à l'œil que l'aby^me croist tousjours et que tous y entrez atec le temps plus profondément.

Secondement s'il plaisoit à Dieu d'amender le désordre qui est à présent , quelle joye vous seroit-ce de dire — : Cependant que mon maistre a été banny de ce paîSy je m'en suis bien voulu exclurre de mon bon gré pour l'aller servir; maintenant qu'il y est rentré, j'y reviens luy rendre louanges? Combien qu'il n'y a pas encor apparence que cela se doive faire en brief. Pourtant le plus expédient est de vous en retirer, devant qu'estre plongé si avant en la fange, que de ne vous en pouvoir arrascher. Mesme le plus tost est le meilleur. Car en telle chose , il fault prendre l'occasion quant elle s'offre, estimant que quant le Seigneur nous donne le moyen, c'est comme s'il nous ouvroit la porte : ainsi il convient adoncq entrer sans plus dellayer, de peur qu'elle ne soit fermée , cependant que nous varipns en consultant.

Or la principale occasion je la prends en ce qu'il a rompu les lyens du cueur, tant de vous que de vostre compaignie, en vous rendant facile par la bonne affection qu'il a esmeue en vous, ce qui semble aultrement tant plein de difficulté. En tel cas, nous devons, selon l'exhortation du saint Âpostre , faire valoir les dons de l'Esperit, les mectans en effect et en exécution, et ne les pas laisser amortir de paour qu'ils ne s'esteingnent du tout par nostre nonchalance. D'avoir jamais toute commodité à souhet, il ne le fault attendre, car quant ainsi seroit , quelle expérience de vostre foy y auroit*il ? Il n'est à doubter que nostre Père Abraham n'eust merveilleuse résistance, quant il fallut desloger de son pais, et qu'il n'avoitpas toutes choses à son ayse; néantmoins il se dépesche incontinent. Si nous sommes ses

enfans, il le nous cooTient ensuivre. Nous n'avons pas révélation expresse de quitter le païs, mais puisque nous avons commandement d^honorer Dieu et de corps et d'âme partout où nous sommes, que voulons-nous plus? Cest doneque aussi bien à nous que ces lettres s'addressent : Sorts hors du pats de ta nativité, quant nous sommes là contraincts de faire contre nostre conscience, et ne pouvons vivre à la gloire de nostre Dieu. Au reste, du moyen nostre Seigneur vous donnera la prudence de le disposer, et estes sur le lieu pour mieux pouvoir discerner ce que vos affaires portent. Tant y a que je désireroye bien que vous tendissiez à ce but de vous desvelopper tant qu'il vous sera possible , afûn de pouvoir estre plus allègre et plus libre, après vous estre deppétrédes fîUés, avec les bons amys que vous avez avec vous de par de là, qui sont pour vous ayder tant du conseil que de leur poyne.

Le bon seigneur que vous avez tant désiré pour vous prester la main ^ s'y en va, s' offrant à faire tout ce qu'il pourra de son costé, affin de s'acquitter de son devoir ; et certes le zèle qu'il a vous doit bien inciter et estre comme un aguilon nouveau, pour augmenter et enflamber la bonne donation que desjà vous avez.

Or pour ce que le reste ne se peult bonnement dépescher par lettres, je prierai cependant nostre bon Père céleste , qu'il lui plaise de vous ouvrir de plus en plus les yeux pour pouvoir contempler ce que desjà il vous a donné en partie , vous donnant aussi la force et constance de suivre la voye qu'il vous monstre. Finalement qu^il vous dirige en tout et partout par son sainct Espe-

^ David de Busanton, seipeur du Hainaut, retiré à Genève. I. 7

98 lETTRES

rit, VOUS GQpservaot en 9a protection * Sur ce je me recommanderay humblement à Yostre bonne grâce , sans oublier la bonne compaignie des bons seigneurs qui sont a^ec. (14 octobre 1543,)

Vostre serviteur humble frère et entier amy,

Chârubs d^ëspsyills.

i MADAME DE PALAIS

0ri|. iutograpl^. BUd. de Gen^Y*. Toi. 191.

Madamoiselle et bien-aimée sœur, je n'ai pas grant matière de tous escrire pour le présent, sinon affin de TOUS faire sçaToir que j'ai reçeu tos lettres, lesquelles me donnent bonne occasion de remercier nostre Seigneur de tant de grâces qu'il tous a faites, et singulièrement de ce qu'il tous a ainsi disposée h quicter et renoncer tout, pour tous adonner entièrement à le servir. C'est bien une chose que nous devons tous faire sans contredict, etmesme est comme la première leçon de nostre chrestienté. Mais la pluspart s'en acquitent très mal.

*y4u dos : A Miidaipe et bonne seur Madame Katerine LeFranc— lolande de Bféderode, de Tantique et illustre maison des comtes de Hollande, tante de Henri de Bréderode qui présenta, en 1566, la Nquéte des quatre ceots nobles réformés des Pays-Bas à Marguerite d'Autricbe, et posa ainsi les fondements de la liberté des Pro- \inces-L'nies.Amestoïqueet généreuse, Madame de Palais partageait les sentiments de son mari , et elle s'associa noblement aux sacrifices qu'il accomplit pour obl^îr la lU»erté de conscience.

h loue doDcq no^tre Seigneur de ce quMl yqub a fait sepfir que vault la gloire de 9oa nom, pour la préférep à tout le monde^ et pareilleineot quelle félicité c^est de le servir en cqnsclence paisible, afQn de réputer cel(i comme le plus grand tbrésor qui vous puisse advenir* Car de vous exborler beaucoup, quand je voy que vous estes desjà ainsi pleinement résolue, ce seroit chose superflue, comme il me semble, sinon que je meote poine de TOUS cQnfermer en ce sainct propos. Or j'espèrp bien que postre Seigneur n^a pas allumé un tel zèle et désir ea vous^ qu'il ne vous vueille faire la grâce de parvenir où il voqs poulse. Et d'advantaige il en a monstre desjà de si bons commencements, qu'il nous fault fier en luy, qu'i} parfera.

Il est vray et que de vostre part vous avez de grans barres pour vqus empescher, et le gentilhomme de la sienne encor plus. Mais en vous armant de la forée de nostre Seigneur, vous les surmonterez aussi aisément que festus, passant par-dessus sans difficulté, non pas selon la ch^iir, mais tellement que vous congnoistrez estre vérifié en vous ce que dict le prophète i Le Seigneur diêpoH mei pieds comme à un oerf. Seulement, gardezvous de laisser refroidir le zèle que le Seigneur vous a donné ; mais plus tut estimez que c'est lui-mesme qui TOUS solicite et vous haste. Et quand il y auroit quelque infirmité en vous, priez-le que premièrement il la \ueille corriger, et de vostre part employez-vous à combattre à rencontre, pour la surmonter. Secondement priez-le quand il vous verroit estre trop tardifve à marcher, qu'il vous vueille plus tost tirer par la main et quasi par force vous délivrer. Il n'y a nul doubte que Sara

i 00 LETTRES

fust un grand soulagement à nostre père Abraham, quant il se deubt mettre en chemin. Ensuivez-la comme une de ses ûlles, car de regarder derrière, nous voyons que c^est en Texemple de la femme de Loth. Combien que je me tiens pour asseuré que vous n^avez pas mis la main à la charrue, pour regarder derrière le dos.

Si ces lettres vous dévoient estre présentées par un messager estrange, je seroye possible plus long; mais quand le messaiger peut lui-même supplyer au défault de lettres, il ne luy fault pas faire ce déshonneur d*escrire tout ce qu^on veult faire sçavoir, comme sUl n'avoit point de bouche pour parler. A ceste cause je feray fin à ces présentes, après m'estre affectueusement recommandé à vostre bonne grâce, et avoir pryé nostre Seigneur de vouloir poursuyvre son œuvre en vous, en vous conduisant par son Sainct Esperit, tant à la cougnoissance qu^à Tobéissance de sa bonne volonté, donnant aussi la force et la prudence à cellui qui doibt estre vostre guide, de vous précéder pour vous inciter par son exemple, et vous faisant aussi la grâce d'estre son ayde comme il l'a ordonné. J'attenderay le retour du bon sieur présent porteur, non sans grand désir de vous voir. Ce 14 octobre (1543).

Vostre serviteur, humble frère et entier amy,

Charles b'Espeville.

A iMONSlEUR DE PALAIS *

Orig. autographe. Bibl. de Genëye. Vol. 194.

Monsieur, pour ce que je me confie en nostre bon DieUy que comme il vous a conduict jusques icy, vous taisant la grâce de surmonter beaucoup de difficultés, lesquelles vous pouvoient destourner du droict chemin, aussi pour Fadvenir il vous donnera la force de résister à tous les assaults que Sathan pourra dresser contre vous, toutesfois quand je pense au danger où vous estes maintenant, desjà agité de beaucoup de tentations, selon que je voy les choses disposées, je ne me puis tenir de vous réduire en mémoire que les biens que Dieu nous a faits valent bien que nous préférions son bonneur à toutes choses du monde , et que Tespérance de salut que nous avons par sou Evangile est si précieuse que nous devons bien quitter toutes ces choses basses, en tant qu'elles nous empeschent de tendre à icelle, et que nous devons bien avoir un tel contentement en luy complaisant, qu^encor quUl fust question de desplaire à tout le monde pour obéir à son plaisir, il ne nous en face pas mal. Non pas qu^il ne vous en souvienne, sans mes advertissemens. Car je suis bien asseuré qu^en prévoyant Tapparence des tentations, vous n'avez garde faillir de TOUS armer et prémunir en méditant toutes ces choses. Et ne vous en sçaurroye tant dire, que vous n'en ayez

* Cette lettre est sans date : mais Calvin dut récrire, peu après les deux précédentes, pour vaincre les dernières hésitations de M. de FalaiSy sur le point d^abandonner sa fortune et sa patrie.

d'advantaige imprimé au cucur. Mais je sçay bien qu'cncor vous profite-il d^ouïr quelques mots d^exhortation de vos amySy et que cela vous sert de grande confirmation. Car je l'ay quelquefois expérimenté en moymesme. D'autre part quand il n^y auroit que ce poinct, que par ce moyen je vous déclaire la solicitude que nous ofbns de vous par deçà, ce m'est une raison suffisante. Or cela quant et quant vous doit esti^ un argii-^ ment du désir que nous avons de sçavoir de vos bonnes nouvelles^ affin que nous ayons occasion de remercier Dieu» entendant qu'il vous aura espargné, ou bien qu'il vous aura tellement esprouvé, que cependant il vous atira donné le couraige de surmonter toutes les machinations du diable. Si vous avez à combatre, et que telle soit la volonté de Dieu, estimez que c'est un olraige ()ui passe, et pourtant qu'il vous faut retirer au couvert. Ot n'avons-bous point aultre retraite que celle de noslrc Dieii. Cachons-nous doncq là, et nous serons à seureté. L'espérance qu'on pourroit avoir de réformation par le moyen des hommes, est encor bien petite. Ainsi ne nous repetitons point de kloUs eslre advancé, et n'avoir point attendu de suyvre Dieu, jusques à ce que tout le monde passast devant nous. Et encor maintenant ne rccUUonà paâ pour ceslc considération. Car celluy qui le fêta s'eti trouvera abusé. Espérons hardiment que le Seigneur bura en la fin pitié de son Eglise. Mais que chacun aille selon qu'il est appelle, et que celluy qui a plus de grâce, monstre le chemin aux aultres. C'est ce qu'il vous fault penser, assavoir que vous êtes d'autant plus obligé de courir plus vite que beaucoup d'aultfes, que nostre Seigneur vous ayant donné la faculté,

DE CàLYIN. 103

TOUS a aussi mené au lieu^ dont il ne vous est licite de reculler en arrière. Et de faict depuis qu'un homme s'est une fois retiré de ceste abysme de la captivité spirituelle, ou plustost en a esté délivré par la main de Dieu, s'il lui advient de s'y envelopper de rechef, et s'eslongner de la liberté que Dieu luy avoit donnée, il est tout esbahy quant il se trouve en une confusion, dont il ne lui est possible de sortir.

Je dis cecy non pas que je craingne qu'il vous advienne, ou que je deffie de vous. Car, comme j'ai protesté du commencement, je me tiens bien asseuré que rien ne vous esbranlera. Mais nous ne pouvons faillir à nous inciter, quelque bonne affection que nous ayons. Et mesme d'aultant plus que nous sommes délibérez de nous-mesmes, nous sommes joyeux que nos amys nous tiennent la main pour nous fortifier. En somme je fais ce que je désirerois m'estre faict de vous, si j'estois en vostré lieu ; et ne double pas que ne le preniez de vostre costé de tel cueur qu'il procède.

Sur ce. Monsieur, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce et à celle de Madamoiselle, je supplye nostre bon Dieu de se monstrer tousjours vostre protecteur et repoulser toutes les machinations de Sathan à ce qu'ayant pleine espérance eu luy vous n'ayez aultre esgard qu'à glorifier son nom ; et qu'il vous remplisse tellement de constance, que vous ne soyez esmeu de la crainte des hommes, ny estonné du bruit qu'ils feront, mais que vous le sanctifiez, affin qu'il soit vostre palays et sanctification. (1543'^44.)

Vostre humble frère et serviteur à jamais,

Ghajil£s d'Espeville.

i 04 LETTRES

A MONSIEUR DE FALAIS '

Orig. Mtognpbe. INbL de Gcaèrc. Vol. IM.

Monsieur, je commenceray par tous faire nos excuses de ce que nous avons si longtemps différé à vous faire sçavoir de nos nouvelles. Je vous asseure que si le temps vous a semblé long, ce n'a pas esté sans languir de nostre costé , à cause que nous ne pouvions pas nous acquiter envers vous selon vostre désir. Si les passages eussent esté ouverts, nous n'eussions pas esté en ceste difGcuIté, mais il ne vous fault jà advertir quel a esté le temps depuis le retour du bon seigneur David. De vous envoier bomme de vostre nation, pendant que les cboses estoient ainsi enflambées, nous n'y voions pas grant propos. A ceste cause nous advisasmes d'euToier quérir un bomme demeurant à Strasbourg, lequel estoit vostre voisin, considérant aussi qu'il vous seroit plus propre qu'un aultre à cause du païs. Or pource qu'il estoit allé faire un voyage, nous n'eusmes pas si test response de luy. Depuis en nous escrivant il nous remit

* M. de Palais venait de quitter le Brabant, et d'arriver à Cologne, avec sa famille, comme on le voit par sa requête à Charles- Quint : < Ego vero primum diverti in civitatero tuam Coloniensem, ubi innocenter et citra cujusquam defensionem ita viii, ut jure nemo de me queri possit... — » A peine rendu à Cologne, il avait fait la demande d'un ministre à Calvin. La guerre qui désolait alors les Pays-Bas, et qui rendait les communications très difficiles, n'avait point permis au réformateur de satisfaire immédiataneut à ce désir.

au retour de Bucer, lequel estoit encore pour lors à Spire ^

Voilà comme le temps s'est passé à nostre grand regrety d'aultant que nous n'avions pas entre mains de quoy vous contenter. Or comment il s'est fait que nostre espérance ait esté encor frustrée touchant cestuy-là, vous le pourrez voir par ses lettres et. par un extraict des lettres de Bucer que je vous envoyé.

Le présent porteur nous a esté envoyé au lieu, oultre nostre opinion. Toutesfois nous n'en sommes pas marris. Car nous espérons bien, sire David et moy, qu'il n'y aura rien de perdu en l'eschange. Il est seur en la doctrine qui est utile à édification. Car oultre ce qu'il l'a pure et saine, il y est bien exercé pour en respondre. Au reste, il est modeste, pour ne s'advancer point oultre sa mesure. Oultre plus, il n'est point adonné à gloire, ny a cupidité de se monstrer, qui est une maulvaise peste en beaucoup. Il monstre un zèle d'advancer le règne de nostre Seigneur Jésus, tel qu'il doit estreen ses ministres. Il a quant et quant une vie pour approuver sa doctrine, et quant à sa façon, vous le trouverez traictable. Or affin de vous advertir de ce qui pourroit défaillir en luy, il est vray qu'il n'est pas fort rusé aux sciences humaines, et n'est pas garny de la congnoissance des langues : mesme en la langue latine il n'est pas des plus diserts, combien qu'il y soit instruict aultaDt que mestier est pour son estât, ce qui suffit. Sa langue maternelle ne vous sera possible fort plaisante du

^ Bucer s'était rendu à la diète qui eut lieu dans cette ville en 4544. L'empereur, pressé par deux ennemis à la fois, Soliman et François I«', y fit d'importantes concessions au parti protestant.

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commencement, mais je nie tiens asseùré que cela ne Yous empeschera à prendre plaisir à ses prédications, d'ailltant que la substlince récompensera bien ce deffault. Il craidgnoit de n'estte pas assez bien apprins en civilité humaine) maia nous luy avons dict que ce ne aeroit pu crime mortel envers tous. U y a un bien^ que Vous le pourrez admonester prÎTément de tout ce que tous semblera, sans doubter qu'il en soit offensé, et j'espère qu'il se rendra ductile. Brief il nous trompera bieU) ou il fera tellement que nous n'aurons pas occasion de nous repentir de l'avoir envoyé, et n'en aurons point de plainte de vous*

Touchant du traiclement, nous né luy en avons point parlé, sçachant bien que ce n'est pas cela où il s'arreste. Car aussi) quand il se chercheroit, son voyage ne sçauroit venir à profit. De mescontentemént il n'y a nul dangier qu'il n'y en ait de sa part. Et de vous, je me tiens plus que certain que vous ne luy en donnerez occasion. Seulement, je vous prye^ Monsieur, de le recevoir comme serviteur de Dieu, pour vous servir de ce que le Seigneur luy a donné avec vostre famille, à ce que son ministère ne soit pas inutile.

De l'ordre et fasçon de procéder en prédication, et en administrant les sacremens, nous en avons consulté, inais ce sera à vous d'en conclurre ensemble sur le lieu. Toutesfois il vous desclairera ce qui nous a semblé advis bon, affin que sur cela vous preniez cottseil. Qaabt à cela nous avons nostre règle infallible , d'accommoder le tout à édification. Or pour discerner ce qui est propre à édifier, c'est au Seigneur de nous donner la prudence, auquel vous aurez recours. Maintenant, Mob«

Dl GÂITIN. lOY

sieur ^ pour resjponse de vos lettres, je retis grâces à Dostre Seigneur, de ce qu'il vous a fortifié en codstâticei pour vous faire surtnotiter toutes les tentations qui estoient pour vou6 empescher ât distraire de tous Venir rendre en lieu où toUs le peussiëi adorer put*emetit, et n'a pas permis qu'avec la pluspart de ceuî qu'il a illu-* miné en la congnoissance de Sou nom, tous ayez préféré le monde à son honneur ^ vous eUdoruiânt eU la fange, qui eust esté pour vous suSbcquer ëu la an» Or si ceste vertu de vous oublier et destoufnei^ vostre considéra^ tion de toutes choses qui estoient à l'entour de vous^ et de rompbe les lyens dont vous estieal détenu, a e^té une singulière grâce de nostre bon Pèk*e eéleste^ comme il a commencé en cela l'œuvre de sa miséricorde en^ vers vous, aussi l'a^-il poursuivy, éU tous mettant au cueur que ce n'estoit pas assen de vous estre retiré des pollutions où Vous estiez , sinon que vous eussiètf journellement sa parole , pour vous conferUier à pefr-^ sévérancc) et vous inciter à marcher tousjours plus oulire.

Nous expérimentons bien nostre fragilité éstré telln que si nous ne sommes poulsez d'heure en heure, nous sommes incontinent refroidis de nostre zèle. Et ((S'est là cause pourquoy il y en a tant qui cheminent en eset^'* vices, pource qu'estans déceus par faulse imagination que c'est assez d'avoir une fois entendu h vérité> ils s'anoncfaalissent) melprisânt re):erci(ce t|uotidien qui hons est tant nécessaire à tous. Ainsi nous estans instruicts tant par leur exemple que par nostre expérience propre, combien il nous est mesticr d'avoir tousjours sainctes exhortations de la parole de nostre Dieu comme un

esperon pour nous picquer, gardons bien de nous en recuUer.

Nous voyons comme David estant entre les Philistins, combien qu^il ne se contaminast pas en idolâtrie, regrette quUl ne se peult trouver au temple en Jérusalem, pour s'édifier tant par la prédication de la loi et les sainctes ordonnances de Dieu, comme ce sont confirmations pour ayder et subvenir à nostre foiblesse. Je prie doncq le Seigneur de vous maintenir tousjours en ce propos, affin que soyez pleinement conforme à nostre père Abraham, lequel non-seulement abandonna le paîs de sa nativité pour suivre Dieu, mais estant venu en la terre de Chanaan dressa incontinent un autel, pour s'exercer au service et en Tadoration de Dieu.

Quant à ce que vous craingnez que je trouve estrange, le changement de vostre délibération ^, je seroys trop inhumain, si je ne vous concédois d'user d'un tel et si bon moien, puisque nostre Seigneur vous l'a offert oultre vostre espérance. Non pas que je n'eusse désiré de vous voir, pour jouir de la consolation et joye que j'attendois de vostre présence, et qu'il ne me face mal d'estre privé d'un tel bien. Mais je regarde d'aultre costé que vous seriez comme ingrat à Dieu, en n'acceptant point la condition, laquelle vous est présentée de luy plus que des hommes.

Au reste, je vous asseure bien que si j'estois en ma liberté, et que le Seigneur ne m'eust point lyé icy, ou qu'il me donnast congé pour un temps, que je ne vouldrois faillir à vous aller visiter, pour satisfoLire à vostre

^ M- de Palais avait d*abord Tintention de se retirer à Genève. Il s*était ensuite décidé à fixer sa résidence k Strasboorg.

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désir et au mien. Quant à vous voir, encore n^en ai-je pas perdu Pespérance, non pas que j'y voye grande aysance de mon costé, mais pource que je me confie que nostre Seigneur en ouvrira quelque moien. Gomment qu'il en soit, le principal est que nous soyons tousjours conjoints ensemble en cellui qui est père de toute unité, comme je m'en tiens pour asseuré, et non-seulement pour trois jours que nous avons à vivre en ce monde, mais éternellement en son royaulme.

Pour faire fin, Monsieur, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce, je supplye ce bon Dieu de vous avoir tousjours en sa protection avec vostre famille, vous acroissant les dons qu'il a mis en vous, jusques à ce qu'il vous ait mené à la dernière perfection de ses enfans. Le 24 de juing (1544).

Vostre serviteur, humble frère et entier amy à jamais,

Charles b'Espeville.

A MADAME DE PALAIS

Orif. autographe. Bibl. de GenèTe. Vol. 194.

Madamoiselle et bien aymée seur^ combien que j'aurois un désir singulier de vous voir, et qu'il me face bien mal d'estre frustré de l'espérance que j'en avoye conceu, toutefois je rens grâces à nostre Seigneur de

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l^ouverture qu'il vous a faite, que sans tous eslongner des vostres, il tous est permis de Tadorer en pure conscience, et hors des pollutions de Tidolàtrie en laquelle vous aycï esté captive.

Il y a Taullre bénédiction que vous pourrez dresser forme d'Eglise pour Finvocquer en assemblée cbrestienne, eatre consolée par sa parole, et recevoir la sainte Gène pour gaige de sa bonté, faisant aussi par icelle protestation de vostre foy. D'aultant que vous aviea inoins attendu une telle faculté, vous avex occasion de vous en resjouir, quant elle vous est donnée.

J'espère que Thomme que nous vous envoions, le seigneur David et moy, sera selon vostre cueur, car tfmt ep doctrine qu'en meurs il a uno vraye simplicité chres tienne.

Au reste, cependant, le désir me demeurera de jouir quelquefois de vostre présence, et n'en perderay point l'espoir. Mais il y a ce bien qu'estans absens les uns des aultres, nous ne laisserons point de nous entrevoir en esperit, estans unis en celluy qui conjoincl les choses eslongnées. Pource que le porteur servira de lettres en partie, je ne vous fascheray de plus longs propos, et ainsi, mademoiselle et très ayméc seur, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne souvenance en vos prières, je supplyc le Père de toute miséricorde d'eslargir de plus en plus sa main pour vous despartir de ses grâces, faisant que vous continuiez d'estre un instrument csleu de sa gloire jusque en la fin.

Je ne sais pas la compaignie qui est présentement avec vous, mais si ceux que le seigneur Di^vid y laissa avec çelluy qu on attendoity estoient^ je souhaiate d'estre

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recommandé à leur bonne grâce, aultant affeetueusement qu'il est powble. Non pas que je vous Tueillû donner ceçte poine, mai? eux^mesmea pourront bien recevpir les recommandations que je désire leur estr^ présentées, Pe r^chef je prie nostre ^^igneur de voua guider tousjoursy coiQmê U a faiçt jusque icy» L<e ?4 d^ juin (iS44).

Vostre serviteur et humble frère à jamais,

Charles d'Espevills.

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