A MONSIEUR DE BUDÉ
Copie. Bibl. de GenéTe. Vol. m,
Monsieur, encore que je vous sois incognu de face, si ne laisseray-je pourtant de voUs escrire privément, espérant que mes lettres seront bien venues vers tous, tant pour la faveur du Malstre auquel je sers , que pour l'argument qu'elles contiendront. Et aussy que ceux qui m'ont induict à ce faire , ont assez de crédit envers vous, comme je croy, pour m'y donner accès. Pây entendu la droicte affection que nostre Seigneur vous a donnée , de quoy nous avons tous à le louer. Car combien que vous aiez là beaucoup de tentations de ce mondei
^ Voir la notice coticemant la femille de fiudé, p. 480. — Nous croyons, contrairement à l*opinton de M. Gallffe, PfotUes géné^khffiqueê^ t. ill, p* 83, que cette lettre est adressée à Louis ou à François de Budé, et non à Jean de Budé, sieur de Vérace, leur frère. Ce dernier avait déjà fait un voyage à Genève, et il était connu du réformateur qui l'avait recommandé en termes très bienveillants a M. de Palais* (Lettre du 4 Juin 4547, p. 20S.) Ce n'est donc pas au sieur de Vérace, mais à l'un de ses frères que peuvent s'appil* quer les premiers mots de Tépitre de Calvin : « — Encore que je vous sois incognu de face, si ne laisseray-Je pourtant de vous escrire privément, espérant que mes lettres seront bien venues de vous, etc.*. » La famille de Budé s'apprêtait alors à quitter la France. Elle s'établit à Genève deux ans après, comme l'indique son inscription sur le registre des habitants de cette ville (27 juin 4549( et le passage suivant d'une lettre de Yiret à Calvin, 42 juin de la même année : « Budœos cum matre advenisse gaudeo. » Mss. de la Bibl. de Genève.
ponr TOUS nrtenir et ammcir, toutes fdi§ yanê ne laissez point de gémir de k captivité malheureuse où tous estes^ désirant d^en sortir* Et de faict vostre bon Ssèle s'est desjà déclairé en partye ^ en ce qn^au lieu d'empeScher lA compagnie qui délogeoit^ tous Tatez cctnflrmée en son bon propos ^ et an lieu de la retarder, atee tasché de radtancer^ ne regrettant aultre chose sinon que tous ne pouties suitre quant et quant. Or maintenant, pource que Sathan a beaucoup de moiens de nous faire refroidir eu bien , et que nostre nature y est asses promte , il tous fattlt attiser le feu que Dieu par son Esprit a ci^detant allumé en tostre ccsur, jusqiies à ce que le bon désir tienne à son effeci. C'est que totis qnieties toutes choses comme pernieieuseSy lesquelles tous séparent de celuy auquel gist tout nostre bien ^ et atee lequel si nous ne sommes conjoincts ^ nous sommes prités de tie et de salut. Cependant nous n'entendons pas de condamner ions ceux qui titent par delà ^ comme si le tloyaulme de Dieu estoit enclos entre nos montagbéS, lequel nous sçatons estre estendu par tout. Mais d^est raison ^ qtieU que part que nous soions , que Dieu soit honoré par nous ^ et ne sommes nullement à excuser^ quand nous polluons la (erre qu'il a sanctifiée à nostre usage. Si noos somnllHi en lieu où il ne nous soit permis de nous aqnitter de nostre detoir, et que la crainte de mort noue mène à mal faire , nous dotons en congnoissant le tîM de nostre infirmité chercher le remède ) d'est de noas retirer de telle seftitudéi Puisque nostre Seigneur toos ft Otttert les yeux pour tous faire toir quel mal c'wt de tout polluer eii superstition i il ne tous reste sinon d'm sortir. Encore ates^^tous moins d'eitciise
208 LETTUS
qu'an aultre , atteado le Heu que tous tenet , car le compte sera double , si au lieu de monstrer le cbemiu , comme tous y estes tenu , vous donnez occasion à cenx qui TOUS regardent de s'en divertir.
Quant aux aultres difCcultés qui sont en rostre estat^ je m'en rapporte à votre expérience. Oultre plus tous avez à penser que si la bonne dame craignoit à boa droict d'achever là le reste de sa TÎe, tous etcz à craindre d'y languir beaucoup plus longuement, selon le cours ordinaire. Vray est qu'il n'y a point de lendemain pour nous asseurer. C'est ce qui tous doibt tant plus haster de l'aultre costé, de peur que tous nesoîez surpris. Parquoy en toutes sortes Dieu tous solicite. Quoy qu'il en soit je tous prie , Monsieur, de ne laisser pas amortir la grâce que Dieu a mise en tous. S'il tous a donné des biens en ce monde , gardez qu'au lieu de luy en faire hommage , tous ne soiez empesché de le senrir. Jo laisse à dire qu'il tous a donné une ayde que tous n'ont pas. C'est que tous aTez une Sara qui sera preste de tous suivre où ce bon père tous appellera , tellement qu'il ne tiendra qu'à tous que tous ne suiTiez l'exemple de nostre père Abraham. 11 est Tray que vous ne trou- Teres lieu en terre où vous soiez en seureté , comme de faict ce n^est pas raison que nostre foy soit exemte de ces alarmes. Mais puisque nous sommes au temps de combacl , il n'y a rien meilleur que de nous retirer à l'enseigne , où nous prenions courage de batailler constamment jusques à la mort. Cest un adrantaige qui n'est pas à mespriser, quand Dieu nous donne loisir de nous confirmer, affin que la |»iéparation nous serre en tonps et en lieu. Car ce nous doibt estre Inen asset ^ quand il
DE GALVm. 209
nous arme de sa vertu pour estre victorieux devant que nous esprouver. Mais pource que les commencemens en sont difficiles, et la poursuite encore plus, il n'y a rien meilleur que de prier Dieu qu'il vous tende la main et TOUS donne courage pour surmonter tous les obstacles. De quoy aussy nous le suplions avec vous , et qu^il luy plaise de se monstrer vostre protecteur jusques à la fin , vous maintenant non-seulement contre les inicques, mais aussy contre Sathan leur chef. Après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce et de Madamoiselle vostre femme.... etc. Ce 19 juin 1547.
A MONSIEUR DE FALAIS
Orig. autographe. Bibl. de GeoèTO. Vol. 194.
Monseigneur, suivant ce que vous m'aviez escrit j'ay bien esté d'advis que le frère maistre François de la Rivière ^ se retirast là, au moins pour quelque temps. Car quant ainsi seroit qu'il luy convint retourner icy, il n'auroit pas long voyage à faire. Et apportant quelque recommandation de Basic, il pourroit s'adresser à Berne pour estre envoyé à Lausanne avec quelque provision en attendant. Toutefois cela ne m'eust pas faict con-
' Le ministre François Perucel, dit la Rivière.
durrei sinon que vos lettres y eussent aydé. Je luy ay seulement dict que vous seriez joieux de sa venue, afifin que vostre famille receust instruction de luy quelques fois par sepmaines. Car je me suis voulu garder d'entrer en plus grande obligation , affin que cela demeurast en vostre pure liberté.
Quant à la maison je vous prie m'en vouloir mander ce quMl vous plaira que j'en face. Mais que j'aye vos lettres à la my-aoust. Car selon les uz de la ville , j'ay congé de renoncer au marché pour la demie année suivant, le signifiant six sepmaines devant le terme. En ce faisant , vous ne serez pas chargé sans propos ; comme je crains qu'en le tenant plus longtemps , ce ne fust despense à nul profict.
Je croy que Sainct-André vous a mandé ce qu'avons faict de T Apologie. L'impression n'en sera pas retardée par faulte de la copie* De l'argent , mon advis n'est pas que vous en retiriez rien pour éviter les murmures qui en pourroient sortir, mais plus tost qu'en advertissant ceux qui en ont la charge de s'y gouverner comme il fault , corrigeant les abus , s'il y en avoit , vous subroguiez quelqu'un en vostre lieu. Toutefois vous y adviserez selon vostre bonne discrétion. Mais je n'ay voulu faillir à vous en mander mon semblant, puisqu'il vous avoit pieu de vous en conseiller à moy.
Nous n'avons eu nouvelles d'Âllemaigne depuis la prinse du Landgraff ^ qui a eu un payement digue de sa
* Intimidé par la défaite de rélecteur de Saxe, le landgrave de Hesse s'était soumis à l'empereur, et n'avait obtenu son pardon qu'en rimplorant à genoux, et en livrant à ce prince sa personne et ses états.]
DE GàliYIN. 211
lascheté. Les choses estant ainsi , je recongnois qne nostre Seigneur nous veult du tout oster cest Evangile triumphant, pour nous contraindre à combattre soubs la croix de nostre Seigneur Jésus. Mais contentona-nous qu'il Cace son premier mestier, de garder son Eglise miraculeusement par sa vertu , sans ayde de bras bumain. La probation est dure, je le confesse; mais nos pères en ont bien eu d'aussi pressantes y et sont demeurez constans néantmoins ; et n'ont point esté frustrez en leur fermeté. C'est icy qu'il convient practiquer le proverbe : Espérons, et nous verrons. D'advantaige , il ne nous fault point esbabir, si Dieu nous a corrigez si rudement , attendu la vie. Mais comme vous dictes , que ceux qui n'ont pas encore esté touchés se mirent à tels exemples, pour se réduire» et par ce moien prévenir la main du Juge.
Il y a eu de l'inadvertance aux commis de ceste ville , qu'ils ne me fisrent sçavoir leur partement. Toutefois je ne laisse pourtant d'attendre de vos nouvelles par eux. Je ne sçay s'il y sera venu quelque bruict de nos troubles jusque-là , car on en parle si hault par le pais circonvoisin, qu'il semble que nous soions tous perdus. Sur tout on me faict mort souvent ou bien navré. Mais tant y a que je n'en sens rien. Et en la ville nous ne voyons point la centiesme partie de ce qui s'en dict. Il y a bien eu quelques murmures et menaces des gens desbauchés qui ne peuvent porter le chastiement« Mesme la femme de celluy qui vous devoit aller veoir* et vous escrivit de
^ Amédée Perrin. Sa femme, fille d'un riche bourgeois, François Favre d'Echallens, et réprimandée sans cesse par le consistoire^ était l'implacable ennemie des ministres et de Calvin.
2iS LITTRES
Berne, s'estoit esleTée bien fièrement. Mais il fallu qu'elle ait gagné les champs pource qu^il ne faîsoit pas bon en la Tille pour elle. Les aultres baissent bien la teste, au lieu de lever les cornes. Il y en a un qui est en danger de payer un escot bien chier; je ne sçay si la vie n'y demeurera point \ Il semble advis aux jeunes gens que je les presse trop. Mais si la bride ne leur estoit tenue roidde, ce seroit pitié. Ainsi il fault procurer leur bien , maulgré qu'ils en ayent.
Monsieur, après m'estre humblement recommandé à Tostre bonne grâce et de Madamoiselle, je prieray nostre bon Dieu qu'il vous ait toujours en sa garde , tous fortifiant par son Sainct-Esprit pour résister à toutes tentations, et TOUS augmentant en tout bien à son honneur. Et pource que le terme de Madamoiselle approche, nous aurons souvenance de pryer pour sa bonne délivrance. Ma femme se recommande aussi humblement à tous deux. Ce 14 de julliet (1547).
Vostre serviteur et humble frère ,
Jéhàn Càltin.
*■ Jacques Gruet, ancien chanoine de mœurs licencieuses et déréglées, impatient de tout frein dans TEglise comme dans l'Etat. Censuré sévèrement par les ministres à cause de ses débauches, il avait proféré contre eux des menaces de mort, quil osa afficher jusque sur la chaire de saint Pierre. Son procès, instruit avec la rigueur de ce temps, se termina par une sentence capitale. Condamné, comme séditieux, blasphémateur et athée, il périt sur l'échafaud le 26 juillet 4547.
AUX nOÈLES DE FRANCE *
Copie. Bibl. de Genève. Vol. J07.
La dilection de Dieu nostre Père, et la grâce de nostre Seigneur Jésus-Christ demeure tousjours sur vous^ par la communication du Sai net-Esprit.
Très chers seigneurs et frères, je ne doubte point que vous n^ayez journellement beaucoup de nouvelles tant d^icy que d^Âllemaigne qui pourroient tourner en scandale à ceulx qui ne sont point trop bien confirmés en nostre Seigneur Jésus-Christ. Mais je me confie en Dieu qu'il vous a tellement fortifiez que vous ne serez esbranléz ne pour cela ne pour rien qui puisse advenir encore plus grand. Et de faicl si nous sommes bien bastis sur ceste pierre dure qui a esté ordonnée pour le fondement de TEglise , nous pourrons bien soutenir de plus rudes tempestcs et orages, sans estre abbatus. Mesmes il nous est expédient que telles choses adviennent,
* En titre : A nos très chers seigneurs et frères qui désirent raTancement du royaulme de nostre Seigneur Jésus-Christ.
Pendant que la Réforme était momentanément vaincue en Allemagne, et qu'elle avait à soutenir les plus rudes combats pour s'établir victorieusement à Genève, les bruits les plus alarmants étaient répandus parmi les protestants français, et portaient dans leurs rangs le découragement et le trouble. Calvin, s'adressant à ses frères du milieu de la lutte qu'il soutenait contre le parti des libertîQS, les rassurait par ses leUres et les exhortait à placer toute leur confiance en Dieu.
214 UTTRIS
afin que la constance et fermeté de nostre foy en soit esprouyée.
Quant à Testât d^Allemaigne, nostre Seigneur a tellement abaissé Torgueil du monde en nos gens, et donné toute puissance et authorité à celuy dont on ne peut attendre que mal, qu'il semble advis toutesfois qu'il veuille maintenir son règne spirituel partout où il Tayoit desjà élevé. Vray est que, selon Topinion de la chair, cela est mal asseuré ; mais en luy recommandant sa pauvre Eglise et le royaulme de son Fils , espérons qu'il besongnera oultre nostre estime. Jusques icy il y a danger que les moiens humains nous aient esbloui les yeulx. Maintenant puisqu'il n'y a rien qui nous empesche de regarder à sa main, réduisans en mémoire comment il a gardé son Eglise le temps passé , ne doublons poinct qu'il ne se glorifie en sorte que nous en serons esbahis. Cependant ne nous lassons point de batailler sous l'enseigne de la croix de nostre Seigneur Jésus , car cela vault mieuli que tous les triomphes du monde.
Quant est des bruicts qui ont voilé de nos troubles , premièrement ils se sont forgez sur les champs pour la plus grand'part. Car si vous estiez sur le lieu, vous n'y verriez poinct la dixiesme partie de ce qui s'en est dict dehors. Vray est que nous en avons plusieurs de dure cervelle et de col rebelle au joug, qui à toutes ocasions ne demandent que s'élever, et par tumultes dissiper et abolir tout ordre en l'Eglise, voire tant jeunes que vieux. Et principalement nous avons une jeunesse fort corrompue : ainsy quand on ne leur veult point per-> mettre toute licence , ils fonct des mauvais chevaulx à mordre et à regimber. Naguères ils se sont fort despitéz,
Dfi CÂLVllI. 215
soubs umbre d'une petite chose. C'est qn'on ne leur Touloit point concéder de porter chausses découppées , ce qui a esté défendu en la ville il y a douze ans passez. Non pas que nous fissions instance de cela, mais pource que nous Toyons que par les fenestres des chausses ils Touloient introduire toutes dissolutions. Cependant nous avons protesté que c'estoit un mesme fatras qui ne valoit pas le parler ^ que la découpure de leurs chausses et avons tendu à une aultre fin, qui estoit de les brider et réprimer leurs follies. Durant ce petit combat, le diable en a entrelassé d'aultres, tellement qu'il y a eu de grands murmures. Et pource qu'ils ont senti plus de magna* nimité en nous qu'ils n'eussent voulu , et plus de véhé* mence à leur résister, le venin que tenoyent aulcuns cachés dedans leur cœur s'est jecté. Mais tout cela n'est que fumée ; car leurs menaces ne sont que comme une écume de l'orgueil de Moab , qui n'a poinct de force d'exécuter ce qu'il a présumé.
Quoy qu'il en soyt il ne fault point que vous en soyez estonnéz. U y a eu de plus grandes esmotions contre Moyse et contre les prophètes, combien qu'ils eussent à governer le peuple de Dieu ; et ce sont exercices néces* saires pour nous. Seulement priez nostre Seigneur qu'il nous face la grâce de ne point fleschir, mais que nous préférions son obéyssance à nostre vie , quand mestier sera, et que nous craignions plus de l'offenser que d'esinouveoir toute la rasge des meschans contre nous, et en la fin qu'il luy plaise d'apaiser tous les tumultes qui pourroient rompre le cœur des infirmes, car c'est ce qui me poise plus que tout le reste. Nostre Seigneur nous a fait ceste grâce d'avoir la justice de bon vouloir à re-
216 LITTRES
médier au mal , et tous nos frères sont d'un bon accord à poursuyvre ce qui est de noslre ofGce, tellement qu'il y a une mesme constance en tous. Il ne reste sinon que ce bon Dieu poursuyve à conduire son œuvre.
Je vous prie, mes très chers frères, tenir bon de vostre costé aussy ; et que nulle craincte ne vous esbranle , encore que les dangers fussent plus apparens que vous ne les avez vus jusques icy. Que la fiance que Dieu nous comande d'avoir en sa grâce et en sa vertu , vous soit tousjours une forteresse invincible , et que pour vous tenir asseuréz de son assistance , vous soyez soigneux de cheminer en sa craincte , combien qu'après avoir mis toute nostre estude à le servir, il nous convienne tousjours revenir à ceste conclusion de luy demander pardon de nos faultes. Et d'aultant que vous pouvez bien expérimenter combien nous sommes fragiles, soyez tousjours diligens à continuer l'ordre que vous avez de prier et ouyr sa saincte parole pour vous exercer, esguiser et confirmer de plus en plus. Que rien ne vous en divertisse, comme quelques fois on a plusieurs couleurs pour faire trouver bon de s'en passer. Je sçay qu'il seroit beaucoup meilleur que tous ceulx qui désirent d'honorer Dieu convinssent ensemble, et que chascun y appelast les aultres comme à son de trompe. Mais encore vaut-il beaucoup mieulx d'avoir ce que vous avez, qui est comme la moitié, que rien du tout. Ainsy gardans bien de reculer, allez plustost en profictant, et faictes servir ce bien que Dieu vous donne , vous édifians les uns les aultres , et en général tous povres infirmes et ignorans par vostre bonne vie , et que par un mesme moyen les iniques demeurent confus. En ce faisant vous
DE CAXVIN. 217
sentirez la main de Dieu sur vous, lequel je prie de vouloir augmenter en vous les grâces qu'il y a mises , vous forliGer en yraye constance, tous garder entre les chiens et les loups, et se glorifier en vous en toutes sortes , après m'estre affectueusement recommandé à vos bonnes prières. Ce 24 de juillet 1547.
Vostre humble frère et entier amy,
Charles d'Espstillb.
A MONSIEUR DE FALAIS
Orig. autographe. Bibl. de Genève. Copie.
Monseigneur, deux jours après que M' Budé fust arrivé , je receu tos lettres que vous aviez baillées à Jacques Dallichant. Ainsi le tout m'a esté rendu. Depuis j'ay esté frustré deux fois, pensant trouver messaiger. Et aussi j'estoye en double si j'entreprendrois le voyage. Car nonobstant les empeschemens qui me pouroient retenir, je craignois n'avoir nulle excuse assez suffisante. Mais les nouvelles qui sont depuis survenues, m'ont osté ceste doubte. Je rens grâces à nostre Seigneur et tous vos amys avec moy, de la bonne délivrance qu'il a donnée à Madamoiselle , pryant qu'il bénisse tellement la lignée qu'il vous a donnée , que vous en aiez double consolation le temps advenir, comme aussi je l'espère. Nous en attendrons lettres de vous en brief • Gepandant
218 LSTrBES
il nous suffit bien de sçavoir ce qui est le principal.
Pour response à tout ce que m^avez mandé , j^avois requis Gallasius de translater VApologiej à condition que j'y metteroye la dernière main. Mais il y avoit esté si négligent que maistre François Baulduin * vint tout à temps pour y commencer. Je vous envoyé donc la translation de sa facture^ laquelle nous avons roveu ensemble, non pas pour la polir bien fort , mais seulement pour voir si le sens estoit rendu à la vérité. Ensemble la copie françoise de la main de Sainct-André.
J'ay corrigé en TEpistre latinede Dryander* ceque bon m'a semblé, vous suivrez ce qui vous semblera le meilleur. J'espère que vous pourrez juger qui m'a esmeu à tracer beaucoup de choses , lesquelles je ne réprouvoye point, mais mo sembloient superflues, ou pour le moins qu'elles n'eussent eu nui pois vers le personaige.
Vous verrez les responses que j'ai faictes au nom de Madamoiselle Villergy, et les metterez en œuvre, si elles
^ François Baudouin, d*Arras, jurisconsulte distingué, réfugié à Genève pour cause de religion. H devint i'ami et le secrétaire de Calvin, dont il attaqua plus tard les opinions et trahit la confianoet en lui dérobant ses papiers les plus précieux. (Voir : Drelincourt, Déjense de Calvin, p. 254, 252.) Appelé successivement, comme professeur de droit, à Bourges, à Strasbourg et à Heidelberg, Baudouin mourut en 4573, laissant la réputaUoD d'un des plus savants hommes de son temps, et de Tesprit le plus versatile en matière de religion. On a dit de lui justement qu'il fut catholique en France, luthérien à Strasbourg, et cahiniste à Genève.
* François Ensinas (Dryander), né à Burgos, disciple de Mélanèhthon et traducteur du Nouveau Testament en espagnol. H habita successivement Bâle, Strasbourg et Londres, et entretint une correspondance avec Calvin. (Mss. de la Bibl. de Genève, vol. HO.) Jean Ensbias, son frère, avait été brûlé à Rome, en 4545.
DS GALVIK. 219
YOttfi semblent propres. Je parle assea sec & Tabbesse à cause de la souspeçon qui est bien Téhémente.
S'il plaist à Dieu dresser là une Eglise , ce tous sera un grand souUagement pour vostre famille. Mais le bien s^estendra plus loing, et sera pour obvier à beaucoup de scandales. C'est grant pitié de la dissipation de ce peu qui estoit à Vezel ^ Je crains que nostre Seigneur n'ait Toulu punir ceste morosité excessiTe^ qui ne peult estre que d'un mespris de sa bénédiction. Toutefois j'espère qu'après avoir puny les plantastiques et escervelléz qui ont esté cause de tout le mal, encor il redressera le petit troupeau qui luy reste ^ et leur tendra la main pour les conduire tousjours au bon chemin.
Ce qui m'atoit esmeu de tous faire instance de la maison » estoit que je crains la honte que j'aurois , si d'adventure vous arriviez par deçà , et que ne trouvissiez logis prest. Car les réparations que le maistre y vouldroit faire 9 ne sont pour l'approprier à vostre usaige. Ainsi le louage que vous en payez , seroit aultant d'argent perdU) sinon qu'on regardast quelque moien. Jasoit que je l'aye prins à trois ans , il estoit en moy de quicter marché au bout du demy an , le dénonceant trois sep* maines devant le terme. Â cesle heure nous serons for-* dos de ceste liberté. Si vous eussiez esté délibéré de venir, j'eusse désiré que le tout éust esté préparé deue-> ment y pour vous exempter de fascherie. Mais puisqu'ainsi est 9 il n'est jà expédient de vous charger icy
^ Quelques réfugiés flamands et français avaient déjà formé à Wesel une communauté qui s'accrut en 4553 par la dispersion de la Congrégation étrangère de Londres, et qui fut constituée en Eglise par le ministre François Perucel, dit La Rivière.
220 LSTTRKS
d^une maison. Seulement j^eusse désiré de ne tous point donner occasion de despense superflue. Mais puisque TOUS a^ez laissé passer ce demy an, il y fauldra adviser entre cy et la fin de jauTier pour ne point entrer en la seconde année.
J'apperçois qu'on augmente par delà comme ailleurs, ce que nous aTons icy eu de fascheries. On m'a faict mort à Lion en plus de Tingt sortes. Par tout le pais on dit merreilles dont nous ne sentons rien, Dieu mercy. Vray est que Sathan a icy assez d*allu mettes. Mais la flamble s'en Ta comme celle des estouppes. La punition capitale qu^on a faict d'un de leurs compaignons ^ leur a bien abattu les cornes. Quant à Tostre boste * je ne sçay quelle mine il nous tiendra à son retour. Il fist semblant de partir bon amy, toutefois me fuiant plus de honte et révérence qu'aultrement. Cependant sa femme a tant faict la diablesse, qu'il a fallu qu'elle ait gagné les champs. 11 y a desjà environ deux mois qu'il est absent. Il fauldra qu'il fille doux à son retour. Nous aTons encor jusque icy trop bon marché , attendu la condition des ser- Titeurs de Dieu. Si nous n'estions pas plus pressez, nous ne serions que trop à notre ayse. Je croy bien qu'il aura peu ouvrir les lettres, et que cela aura donné hardiesse à Valerand , et à ce bon preud'hom où il estoil logé, d'en faire une seconde Tisitation. Quoy qu'il en soit, en se plaignant comme il faict, il convient qu'il se confesse en premier lieu crocheteur de lettres, qui est bien le faict d'un brouillon. Quant à ses injures, elles ne me
^ Jacques Gruet. Voir la note, p. 242- ' Amédée Perrin.
poisent non plus que sa personne a d'importance envers moy, qui est un peu moins qu'une plume. Joiagt aussi qu'on apperçoit qu'il estoit ivre, ou bien illuminé quand il a ainsi escrit. Moiennant qu'il ne vienne point jusque aux coups de pierres, nostre patience de vous et de moy ne sera pas trop dure à porter ses injures. Nous ne sommes pas meilleurs que David , quant il seroit question d'estre plus oultragéz, et luy vault bien Sémeï. En cela et d'aultres choses plus grandes nous pryerons Dieu qu'il nous face la grâce d'appeller à son jour^ méprisant les calumnies de ceux qui jugent en ténèbres. Il me faict plus mal de le voir ainsi desbordé que de tout le reste.
S'il n'y avoit affaire urgente ou qu'il y eust bon espoir de plus raisonable despécbe en l'absence du protonotaire, il me semble qu'il n'y auroit que bien d'attendre son retour, tant pour ne pas faire les choses à demy que pour éviter la suspicion qu'il pourroit imaginer, que vous eussiez espié le temps, ou bien la querimonie qu'il en prétendroit, selon que je Fay veu par ses lettres assez chagrin. S'il y avoit damnum aut périculum in morâj ce regard ne vous deveroit retarder, si me semble. Aultrement le meilleur sera d'attendre l'opportunité de vuider tout à un coup.
Quant à la marque du livre, tant vos armoiries que la devise, tout sera subject à estre blasonné de ceux qui sans matière ont néantmoins tousjours la bouche ouverte pour mesdire de nous. Combien que je n'y trouve mal, ny en l'un ny en Taultre. Mesme quant ce ne seroit pour esviter coustes, il n'y auroit nul mal de mettre les armoiries au commencement et la devise en la fin.
Mais je ne sçay à grant poine lequel serait plus à choisir des deux , sinon que vous missiez tos armoiries et le dicton au-dessoubs : 0iit rêeedii a malo^ jprœdm esl êxpo- $ilM , aYCc la cottation du chapitre.
Du mariage \ si c'estoit à moy, je n^en serois nullement d'advis. Vous Toiez en quelle priTaulté je tous en respons. La maison est fort affamée. La noblesse deSaroye est bien différente de celle de Yostre paîs ; Thomme bon de soy, mais il n'est pas si ferme qu'il ne se laisse malmener; subject à maladies, principalement pour abondance de gros sang... tous craignez une reproche : j'en crains une aultre diTerse, qu'on ne dict que pour estre despesché etc. . • tous Tauriez logé à la volée. Pardonne»moy si je m'adyance tant. J'en aymerois mieulx prendre Taultre que je congnois, si c'estoit à moy à fiiire. Mais il est tempsde me restraindre après avoir excédé mesure.
* Devant qu'avoir achevé , un catharre m'a saisi, et me donne si rude sur l'épaule, que je ne puis jecter coup de plume sans grand payne. 11 y a des lettres à Wendelin, dont je désirerais bien avoir response pource qu^il est question des Commentaires sur S. Paul, dont plusieurs demandent l'impression. J'espère qu'elle seroit prouffictable , aultrement je ne les eusse pas composez. Pource que les présents porteurs ne sont pas certains d'aller jusqu'à Strasbourg, et encores qu'ils y allassent, je ne pounroye avoir response par eux, je vous prye qu'il vous plaise donner charge à quelcun de vos serviteurs
^ CoDceriiant Mademoiselle de Wilergy.
* La fin de la lettre est écrite de la maîo de François Bandoln.
BK GALTIN. 223
de faire tenir les lettres de bonne heure, et de procurer la response.
Monsieur, après m^estre bien recommandé à Tostre bonne grâce et celle de Madamoiselle , et irons avoir aussi présenté les recomroendations de ma femme , je prye nostre Seigneur qu'il luy plaise vous avoir en sa saincte garde, vous conserver la bénédiction qu'il vous a donnée, jusques à ce que vous en voyez le fruict pour en recepvoir plus ample consolation et joye , et cependant vous assister en tout et partout. Il me faict mal que je ne puis là estre avecque vous du moins ung demy jour, pour rire avecque vous, en attendant que Ton face rire le petit enfant en payne d'endurer cependant qu'il crye et pleure. Car c'est la première note pour entonner au commencement de ceste vie, pour rire à bon escient quand nous en serons sorty s. De Genesve, ce 1 6 d'août
Je vous prieray de supporter mon indisposition, en me recommandant à la bonne compaignye.
Vostre serviteur et humble frère ,
jÉHAlf CUYIM ^
A MONSIEUR DE FALAIS Orig. autographe. Bibl. de Genève. Vol. 194.
Monseigneur, par vos dernières , j'ay recogneu que je ne vous avoye point encore satisfaict quant à fÀpoUh
^ La signature est autographe.
gie. Combien que les trois points dont tous me touchez ne sont pas pour retarder l'édition , Tescuse se peult faire en trois mots : pource que si on entroit quelque peu a^ant en déclaration , il fauldroit toucher des matières chatouilleuses, qu'il vault mieuli laisser dormir. Je ne voy point à qui il soit bon Tadresser pour le présent j attendu la disposition du temps. Desjà elle a sa partie principalle. Des aultres personnes , je n'en trouve nulle qui soit propre. De la desdier à la noblesse du Paîs-BaSy ce seroit chose odieuse. En AUemaigne quels Estats choisirez-vous? Ainsi j'aymerois mieulx qu'il n'y eust aultre entrée. Touchant la conclusion combien qu'il y a bien matière , voire très pertinente à y adjou»ter, si est-ce qu'estant ainsi couchée, ce n'est pas un propos rompu. Cy-après, s'il y a occasion qui le requière, vous adviserez que vous aurez à faire , pour y adjouster ou faire quelque aultre chose à part. Combien que je remette le tout à vostre discrétion , je vous en dis seulement mon advis.
Quant au party que vous demandez, je crains que vous ne pensiez que je ne bastisse des mariages en Tair bien à la volée. Mais quoy? si me semble-il que j'ay quelque fondement de raison et bon espoir. Depuis huict mois en çà , le fils de M. de Mommort, avec lequel j'ay esté nourri en mon enfance^, m'a mandé qu'il désiroit
^ On lit dans la f^ie de Calmn, par Théodore deBèze : « Dès spn jeune âge, il fut tant mieux et libéralement nourri, aux despens de son père toutes/ois, en la compagnie des enfans de la maison de Mommor, auxquels aussi il fit compagnie aux estudes de Paris. » C'est à Tun des membres de cette noble famille, Claude de Hangest, abbé de Saint-Eloi, que Calvin dédia, en 4532, son Commentaire sur le Traité de la clémence^ de Sénèque.
DK CALVIN. 225
surtout se retirer par deçà et continue en ce propos. Car ce n^est pas pour une seule fois qu'il m'a escrit. C'est un jeune homme , au moins de l'aage de trentequatre ans, de bonne nature, fort humain et docile; mais il s'est desbauché en foUies de jeunesse par cydevant. A ceste heure que Dieu luy a donné sa congnoissance, j'espère qu'il seroit bien à Tostre gré. Je me suis enquis diligemment de Nicolas Loser, et de Nicolas Picot son gendre qui ont parlé à luy, assavoir s'il n'avoit nulle tache de maladie , telle que l'acquièrent les jeunes gens en leurs dissolutions. Us m'ont répondu que non. Sur cela j'ay basty par souhet. S'il venoit, comme je l'attens, je le vouldroye adresser de ma part droict à vous. Et alors vous adviseriez si ce vous ^eroit homme convenable. S'il ne vient dedans un mois, je ne sçay que j'en dois attendre. Mais il y a apparence qu'il doive venir, pour communicquer avec moi , et incontinant s'en retourner pour pousser ses quilles.
Nous avons cuidé perdre le bon Maldonad, car il a esté jusque à l'extrémité. Et encor la fièvre le tient au lict, mais non pas avec péril éminent, selon que nous pouvons juger par la grâce de Dieu. Je vous avoye appresté du vertjus pour la provision d'un an , lequel vous attend, si d'adventure vous approchez. C'est le fruict que vous aviez de vostre jardin pour l'an passé.
Sur ce. Monsieur, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce , et celle de Madamoiselle, je prieray nostre bon Dieu de vous avoir tous deux en sa saincte protection , vous conduire et gouverner, vous I. 45
236 UTTBU
envoyer tout oe qu'il cognoit tous astre néeeseaire. De GenesTe, ce 10 de septembre i54T.
Vostre serriteur et humble frfere ,
Jéhaii Câlthi.
Le titre me semblera advis bon tel : Excuse emnjMsée par M, Jaequêê dâ Bourgoigns , êle. , pour se purger vers la Majêsli Impériale des ealumnlts à lug impofëes à Tae^ easiw d$ sa /by, de lofueUê il fakt eonfessim. Car le mot d'iipolof îs n'est pas usité en firançois.
A MONSIEm DE PALA»
evlg. Mlagn^he. BM. de Genève. VoL IM.
Monseigneur, depuis mes dernières lettres, il n*y est rien survenu de nouveau , sinon que noetre frère des Gallars est retourné et a aussi amené avec soj le présent porteur^ pour vostre service, car M. Budé n*a pas trouvé prest celluy dont il vous avoit parlé* Je pense et ne tiens asseuré, que cestuy-cy vous sera bien propre, car il est loyal et serviable et sçait que c'est d'honneslelé pour se porter modestement. J*ay esté d'advis qu'il se reiirast avec vous le plus tost qu'il seroit possible, et principallement d'aultant que je ne sçay si vous prendrez conclusion de vous mettre en chemin, ie n'ay eu nouvelles de l'homme duquel je tous avoye eserit^
^ M. as McMitaer. toir la lettre précédente, p. 224.
J>E GÀLVIN. SS7
seulement j'ay entendu qu'il y estoit survenu un trouble à Noyon y lequel possible l'aura retardé , pource qu'il devoit estre accompaigné d'un sien receveur, lequel aura esté empescbé avec les aultres.
Maistre Guilliaume Farel et maistre Pierre Viret ont icy esté sept jours ; il n'eust plus fallu que vous pour faire pleine feste. Tout se porte comme de coustume. Dieu veuille corriger les défauliz par sa grâce, et augmenter si peu de bien qu'il y a. Le bon Maldonad ne se peult relever. Qu'il vous face nul service pour le présent, il n'y a point d'espoir. Mais quant vous auriez affaire de mon frère, il récompenseroit la faulte de l'aultre coup.
Monsieur, après vous avoir présenté les affectueuses recommandations de nous tous , tant à vous qu'à Madamoiselle , je prieray nostre bon Dieu de vous avoir iousjours en sa saincte garde, vous gouverner par son Sainct-Esprit , vous bénir et assister en toutes sortes. DeGenesve, ce 29 de septembre 1547.
Vostre humble frère et serviteur,
4i^▲lf Calvin.
J'dptans aux recommandations, que maistre Guilliaume, maigtre Pierre^ ma femme, tous les amis y sont comprÎDS, plus d'une douzaine. Je prye aussi à nostre Seigqeur qu'il Ipy plaise gouverner toute vostre maison, à laquelle je désire bien estre recomnoiandé.
A MONSIEUR DE FiUJUS
Orig. tulograpbe. Bibl. de GeoèTO. Vol. 194.
Monseigneur, en retournant Taultre jour mes papiers pour aultre occasion , j'y trouvay un petit mot de préface ^ que j'avoye faict au retour de maistre Pierre Viret. Je le TOUS envoyé maintenant, non pas tant affin qu'il soit applicqué en usaige, que pour vous déclairer comment j'aToye bien faict ce dont vous m'aviez requis, et que, par oubli, il estoit demeuré là.
Je ne double pas qu'il ne vole beaucoup de bruicts pour le présent des affaires de ceste ville. Quoy que vous en oiez, ne laissez pas d'en dormir à vostre idse ; car il y a beaucoup de gens qui prennent plaisir à mentir, non-seulement de nos voisins, mais aussi de ceux
de dedans.
Le bon Maldonad est remis au-dessus par la grâce de Dieu, mais non pas sans grant difficulté.
Monsieur, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce et de Madamoiselle , je prieray nostre bon Dieu de vous avoir tousjours en sa saincte garde. J'af tens sur la fin de ceste semaine nouvelles de vous. Ce 26 d'oclobre (1547).
Vostre humble frère et serviteur,
Jéhajn Calvin.
^ Pour V Apologie de M. de Palais.
BS CALVIN. 229
A MONSIEUR DE FALAIS
Orig. autographe. Bibl. de Genève. Vol. 194.
Monseigneur, je ne vous feray pour le présent longues lettres pource que je n'estois pas advisé que le messager deut si tost partir. C'est un engraveur, lequel estoit parti environ deux heures devant que je parlasse à nostre imprimeur. Or voyant que vos armoiries pour la forme du livre n'eussent pas esté trop bien séantes, j'envoiay incontinent après , et les a faictes en plomb , comme vous verrez par Fespreuve. Je me confiois bien que vous ne seriez pas marry qu'un escu fust despeudu pour faire la chose bien à poinct. Le livre n'est pas encore commencé d'imprimer, pource qu'il falloit foire refondre quelques lettres du caractère , qui est celluy dont on imprima la supplication, bien lisible et de belle monstre. On y commencera cette sepmaine, au plaisir de Dieu, mais on ne touchera poinct au latin jusque à ce que nous ayons de vos nouvelles. De tout le reste, pource que je n'ay pas le loisir à ceste heure , je diffère à vous en faire responce par Robert, cousin de ma femme.
Nous avons icy un peu de fascheries par ceux qui debvoient procurer nostre repos. Toutefois j'espère que l'issue en sera bonne et en brief à la réjouissance de ceux qui désirent que Dieu soit honoré. Mais cependant que nos frères sont persécutez des ennemis mani-
230 urriBi
fesies, il fault que nous soyons troublez de nostre costé par les domesticques. D y a un bien que le tout est à nostre profict, moyennant que nous soyons si bien adviséz de le prendre ainsi. Comme je tous ay mandé par cy-devanty ne soiez en peine de rien qui se dise, tenant le tout pour mensonge, jusque à ce que tous entendiez par nous comment il en Ta.
Monsieur, après m'estre humblement recommandé à Tostre bonne grftce y et de Madamoiselle et de tonte tostre bonne compaignie, je supplieray nostre bon Dieu de TOUS aToir en sa garde, tous conduire par son Esprit, Tons euToyer ce qu'il congnott tous estre etpédiant Ce 19 de noTembre 1547.
Vostre serriteur et humble frère,
Jéhàn Câltik.
J'ai euToyé par homme seur les lettres de M. de Varan.
A MONSIEUR DE PAIAIS
Orig. aolographe. Btt>l. de Geoète. tôt 104.
Monseigneur, à ce que je Toy par tos dernières lettres que j'ay receu par les jeunes compaigoons de Hennanlt, TOUS attendiez plus amples nouTeiies de moi, que ne les aTez reoeues par sire Nicolas Loser, qui s'est trouvé mieulx à propos que ledict Jacques, pource qu'il deroit
ra GALTiir. 931
Mtre pluiUwt là. Touchant d'escrire tant k M. le protonotaire qu'à M. Utenhove ^ tous sçavez les excuses que je tous en ay faicts» lesquelles sont yrayes* Quant TOUS m*aurea mandé lequel sera meilleur au premier, en latin ou en françois ^ j'adTÎseray si je feray roieuk que je n'ay faict quant j'y voulus essayer* Du second, je pense que Dieu m'empescha pour lors.
Je suis tousjours d advis que vous laisses Valerand pour tel qu'il est» Néantmoins qu'on n'ayt pas occasion de dire, que tous l'empesches de servir à Dieu. S'il offre moien où on le puisse supporter sans blesser ce qui doit estre maintenu en son entier, que tous luy concédiez ce qui sera possible. Voilà le tout.
Il me fait mal du déportement de Perucelli '. Dieu Teuille qu'il apprengne de cheminer rondement et qu'il commence de le monstrer. Comme je tous ay escrit parcy-deTant, il n'y a pas chose pour faire bruiei, quant luy de son eosté deviendra plus saige. Mats si fault^il qu'un homme qui Teult estre réputé ministre de la Téritéi ayt en horreur tous mensongesi J'espère bien que Dieu l'instruira, pour laisser beaucoup de mi^ gnardises. Aussi, de Tostre costé^ je vous prye de tascher à le retenir de paour qu'il ne se desbauche. Car
* Jean Utenhovius, de la famille savante et distingaée de ce nom. Il existe dans la coll. Dupuy, vol. 10S, une lettre intéressante d'Utenbovius à Calvin, écrite de Londres, le 5 février 4550. On y remarque une mention de H. de Palais : Saluta mihi donUfkum Fatesium. La lettre est signée : Tuus vere et ex animo, Johannes Utenhovius,
^ Le ministre François Pérucel, ancien moloê cordelier de Paris, désigné quelquefois sous le nom de la Riifière.
232 LKTTBIS
Dieu le pourra rabboter, pour l'approprier à soo ser^ vice.
Pource que vostre Apologie deToit estre acheyée, comme elle est» voyant le présent porteur Tuide pource qu'il avoit perdu par grant simplesse son argent, lequel le deroit fournir de livres, et qu'il vouloit partir il y a cinq jours, je l'ay retenu pour se chaîner de la pluspart des exemplaires. Car je voy, quand on les mect en mains des voituriers, qu'au bout de trois mois, ils ne sont pas arrivez. Craignant que cela n'advinst et présumant bien quel est vostre désir, je vous en envoyé par luy quatre cents. Du reste, nous en adviserons, car mesmes il est expédient qu'il en sorte de la main de Wendelin, affin de prévenir les calumnies. Je n'ay faict nul marché du port, pource qu'il s'est remis à vous, alléguant les biens que vous luy aviez faict de gratuité, pour argument qu'il se tenoit bien plus que certain de vostre équité, quant il vous auroit faict service. Je sçay que le meilleur seroit d'avoir marchandé ; mais pource que je ne m'y entens guères, et congnoissant l'homme ainsi simple, voire qu'il y a pitié, j'en ay faict moins de difficulté. Du compte, je vous en manderay, quant j'en auray faict. Vous trouverez que j'ay suivi vos mémoires en tout et par tout, voire plustost que mon jugement. Du latin, il demeure en requoy, jusque à ce que vous en aiez aultrement advisé.
Nous avons eu depuis quelques jours assez de fascheries \ Pour le moins, si c'estoit à souhaiter, j'en voul-
* Allusions à la lutte de Calvin contre le parti des Libertins, qui devenait chaque Jour plus ardente et plus vive.
drois bien moins. Mais notre consolation et joye est tant en la bonne conscience que nous ayons à servir à Dieu fidèlement^ qu'en Tespoir qu'il donnera bonne issue à tout. Il nous fault expérimenter que nostre vie en ce
monde est une bataille. Car quelque chose que Dieu nous en monstre, encor y en a-il bien peu qui se puissent tenir d'y chercher leur repos.
Monsieur, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce et de Madamoiselle, sans oublier la bonne compaignie , je supplieray nostre bon Dieu de TOUS avoir en sa saiucte garde, vous assister de plus en plus et vous fortifier par son Esprit, pour résister à tous assaults. Ce 23 de novembre 1547.
Vostre serviteur et humble frère,
Charles d'Espevills.
A MONSIEUR DE PALAIS
Orig. autographe. BiU. de GenèTe. Vol. 194.
Monseigneur, j'avais différé à vous escrire , voulant commencer par vostre frère et par Utenhove ^ Mais n'ayant loisir pour ceste heure , je me suis advisé de vous escrire , en remettant le reste à la sepmaine qui vient, quant Jacques Dallichant partira. L'impression
* Voir la lettre qui précède, p. 234, note 4.
S34 UTTKSft
de Tostre Apologie fronçoisê ^efa retardée enTÎrea de huict jours , pour la maladie de nostre inupritneur qui Tacquait à la fonte. J'aurai en bonne recommandation, tant les advertissemens que ro^aTei euToyéz, que le iont en général. Cependant la copie latine dormira, pour le moins jusques à ce que nous ayons aultres nouTelles de TOUS. Quant à Yaleyrand, je me tiens à ce que je TOUS en ay escript quelquefois, que la contention aTec un tel homme ne tous est ny décente ny couTenable , puisqu^il ne sçait que c^est d'honneur ne d'honnesteté ; car il sera si impudent de tous oultrager cent fois plus que TOUS n^oseriez pas luy. D^adTantaige il y en a qui sans s'enquérir beaucoup du mérite de la cause , tous donnent le tord , considérant la qualité de Tostre personne. Car il leur semble que tous en debTriez plustost aToir pitié que de le poursuiTre suiTant le proTerbe : Ne insuUes cani mortuo. Et j'apperçois que le bon UtenhoTe en est las. Quoy qu'il en soit je ne l'estime pas digne qu'il tous tourmente la teste , et Touldroye bien tous aToir persuadé ne rien escrire de lui, et n'en faire nulle mention, non plus que si jamais ne l'eussiez cogneu. Cependant je présume bien qu'il ne cessera de mesdire et faire de l'enragé? Hais ce sera tousjours a sa plus grant honte, sans que cela dérogue en rien de Tostre réputation. Pour le moins, je tous prie d'expérimenter quelque temps , que le silence profitera. Quant à moi , j'en laisse couler beaucoup, pource qne ce ne seroit jamais faict de m'y amuser. Si Dieu loy faict quelque jour la grftce de se recongnoistre , il aura matière de s'en humilier tant plus ; aoltrement si seront tomjoQrs charbons de feu sur sa teste. Et n'y a meilleur moien
DB CâLTllV. S35
d'assopir les scandales qu'il s'efforcera de faire ^ qu>n mesprisant sa témérité et son inlpudencei II me fait bien mal de le voir ainsi desbordé. Mais puisqu'il n'y a aultre remède, il le convient recommander à Dieu, le pryant qu'il luy plaise le réduire; et cependant que ce nous soit un mirouer pour nous faire cheminer en tant plus grant crainte et solicifude. Qaant je le Toy ainsi hors des gons , je tremble tout. Mais quoy? 11 falloit que l'orgueil et vanité de son esprit fussent punys d'une telle confusion, jusque à ce que Dieu luy ait apprins en son eschole de changer \
De vos frères, je n'en touche poitict pour ce coup. Il n'y a eu nulle faulte envers des Gallars^ car tout ce que je TOUS en ay respondu a esté sans luy en rien commu*nicquer ; ainsi il n'est jà besoing d'aulcune excuse en ceste endroict-là. Je suis joieulx que Nicolas ' tous Tient à gré* J'espère qu'il continuera par la grâce de Dieu.
De ne bouger de là % c'est chose conclue jusqu'au printemps, s'il ne sunrenoit contrainte TÎolente. De
^ li paraît que les démêlés de M. de Palais et de Yaleran Poulain se prolongèrent encore durant plusd'une année. Ce dernier écri? ait à Calvin le 15 février 4549 : « Quam mihi displicuerit Fallesii contreversia, testis est Deus. Nunquam bactenus Fallesii faraam aut fortuoas laesi, sed aux! quantum pôtui, etiam pericuto capitis. Nunc cogor facere quod ad innocentise meae testimonium pertineat. » (Mss. de Genève, vol. 442.) Ce fut sans doute à cette époque que Yaleran Poulain se rendit à Londres, où il devint diacre de Téglise française. H regagna dès lors restime de Calvin, qui lui donna plus tard des témoignages de son affection.
' Nicolas de la Fontaine, secrétaire de M. de Palais. Il pasSa plus tard au service de Calvin, et joua un rôle dans le procès de Sefvet.
* De la ville de BÂle, résidence de xV. de Palais. On craignait de ce côté une attaque de l'empereur.
236 LETTBSS
quoj je prye Dieu qoUl vous garde par sa bonté et espère qu'il le fera. Ainsi je me délibère à ce mois de janvier, quitter le louage de la maison , pour ce qu'il fault prévenir six semaines devant la fin de Fan. Car, j'auroye bonté qu'après Tavoir tenue si longtemps, ayant maison vous fussiez à loyer, attendu qu'elle n'est nullement propre à vostre usaige, sinon estant raccou»trée, ce que vous n'obtiendriez pas de gens sans raison. De vous donner conseil , comme vous le désirez , de ce qu'il sera de faire, si Dieu nous visite d'un costé ou d'aultre, je ne sçay qu'en dire. Je me tiens icy assearé, premièrement que Dieu nous a en sa garde ; puis après, s'il luy plaist que nous endurions, que je seray bien heureux en mourant en luy. Et de faict encore que tout fust bien paisible , si ne nous fault-il rien promettre de certain en ce monde, si nous n'y voulons estre abusez. Mais le temps présent nous admoneste plus que jamais, de nous préparer à recevoir ce que Dieu nous envoyra. Quelque cbose que j'en conçoive, je ne laisse pas, quant à mon péril particulier, d'en dormir à mon ayse. Si ne suis-je pas tant stupide, que je ne prévoye ce qui pourroit advenir. Mais en suivant le chemin auquel il commande que je marche , j'apprens de rejetter sur luy beaucoup de mes solicitudes, si je ne puis le tout.
Entre cy et trois mois vous verrez ce que Dieu youIdra faire, et lors suivant vostre disposition vous prendrez conseil. S'il ne tenoit qu'au verjus, vous trouveriez icy vostre cas bien appresté ; mais quelque part où vous soyez, Dieu ne vous laissera en rien desproveu.
Sur quoy. Monsieur, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce, je prieray nostre bon
Dieu de tous tenir en sa saincte protection , vous conduisant tousjours par son sainct Esperit et vous faisant servir à sa gloire j avec Madamoiselle à laquelle aussi je prye estre recommandé. Ma femme pareillement vous présente à tous deux ses humbles recommandations. De GenesTc, ce 28 de novembre 1547.
Vostre serviteur et humble frère,
Jéhàn Calvin.
Nous désirons d'estre recommandez affectueusement à toute la bonne compaignie.
A MONSIEUR DE FAUIS
Orig. autographe. Bibl. de Genève. Vol. 194.
Monseigneur, il m'est soubvenu qu^en mes dernières lettres, je ne vous avoye rien touché du brodeur. «Je n'avoye garde de vous escrire par luy , car il s'en est allé sans m'en sonner mot , ayant esté mesme adverty par moy que vous m'aviez contremandé qu'il ne bougeast. Et pource qu'il estoit destitué, je lui avoye advancé par pitié quelque pièce pour se mettre en besongne. Sur cela il s'est retiré par devers vous, contre mon conseil, et sans m'en rien dire. Si je n'eusse sceu par vos lettres qu'il estoit là, je l'eusse pensé bien loing d'un aultre costé.
Je ne vous ay aussi rien respondu sur l'article des
23S XITTBSS
trois penones. Vous sçayez qu'on co cas la présenco faict beaucoup , pour donner entrée aux propos et conduire les affaires jusque à leur effect. Maintenant Tincommodilé est grande pour la distance des lieux. Too^ tefois il fauldra voir des rooieos paisiblement , tels que le temps les offrira.
J'avois aussi bien oublié vous mander, qu'il n'y a rien de conolud entre le Roy et Berne pour la défence de ces pays \ Vous pouvez mieux s^avoir par delà, en quelles dispositions sont toutes les ligues. Je crois qu'il leur seroit temps de se joindre ou jamais. C'est pitié qu'ils n'ont aultre seing de leur porte, assavoir Constance'. Ainsi il est bien à craindre qu'ils ne deviennent saiges après coup , ou plus tost après les coups , quant ils les auront receus.
J'eusse volontiers escrit tant à vostre frère qu'à Utenbove y mais je ne sais comment cela s'est faict que je n'ay pu arracber de mon esprit déduction qui me vînt à gré. J'avoye bien commencé, voire à tous deux, mais j'ay esté en la On contrainct de pl^cquer là tout. Ainsi j'estoye en doubte lequel seroit meilleur d'escrire en latin ou en flrançois à M' le Protonotaire. Si d'advertance vous trouvez bon qu'il se iace , mandei-le-
*■ Meascéfl psr les forr^s de Cbaries-Quiot victorieux en MemagDe, les cantons confédérés négociaient une alliance avec le roi de France Henri II. Mais les ligues étaient affaiblies par les rivalités des cantons catholiques et protestants. Jean de Muller, ffist. de la Confédération suitte, t. XI, p. 892, 297.
* Cette ville ayant refusé de faire sa soumissiQn, fut attaquée, le 6 août 4548, par les Espagnols, dépouillée de ses privilége^^ et réduite à l'obéissance du roi Ferdinand. Sleid., Comma»/., L. XXI, p. 857.
moy par le premier, et je me feray force , quoy qu'il en soit.
Monsieur, après m'estre humblement recommandé à rostre bonne grâce, et de Madamoiselle , et vous avoir aussi présenté à tous deux les recommendations de ma femme , je prieray nostre bon Dieu de vous avoir en sa saincte garde, se servant de vous tousjours à sa gloire , vous eonsolant en toutes fascheries, et vous fortifiant de plus en plus. De Genasve, ce 6 décembre 1547.
Vostre serviteur et humble frère ,
Jehan Calvin. Je désire bien estre recommandé k toute la bonne compaigaie.