‹ Lettres de Jean CalvinChapitre 43 sur 44 · A UN GENTILHOMME DE PROVENCE · texte numérisé non relu

A UN GENTILHOMME DE PROVENCE

Copie. WM. de Genève. Vol. ut.

Monsieur et bien-aymé frère, j^ay entendu comme ces jours passés Dieu vous a afQigé de double sorte , tant pour ce quMl a retiré à soy Penfant qu'il tous avoit donné y qu'aussi pour ce qu'aulcuns bons frères sont scandalisés de ce que vous ne Tavez point laict baptiser en temps, aiant moien de ce faire. Or je ne m'arresteray pas beaucoup à vous consoler de ce que Dieu vous a privé d'ung thrésor dont vous espériez jouir longuement. Car je croy que sans estre adverti d'ailleurs, vous prenez les remèdes qui sont propres pour adoulcir vostre tristesse. Mesmes que desjà vous en avez tellement fatet vostre profict que vous pouvez en esprit paisible rendre grftces à ce bon Père, qui vous a faict sentir que nous ne pouvons mieux faire que de nous assubjectir à sa bonne volunté, surtout puisqu'il nous faict ceste grâce et honneur, de nous recongnoistre et advouer pour siens en la vie et en la mort, quant nous vivons et mourons à luy • Quant à ce que l'enfant est décédé sans estre baptisé, tous bons frères auroient bien occasion de s'en scandaliser, si cela estoit advenu par nonchallance ou mespris, car le baptesme est une chose trop sacrée pour

* En titre de la main de Charles de JonvilUers : « l| escripvit cesie letlre à ung gentilhomme qui estoit à Thurin où ce cas est advenu, sur le scrupule d'un enfant mort avant que recevoir le ba|>tesroe -

le tainser ainsi un arrière. Pourtant non-seulement ceux qui n'en tiennent compte, mais aussy ceux qui le différent par ambition pour y faire des pompes ou bra- Tetés (sic), sont à condamner; et de faict vous avez à déclarer vosire intention aux fidèles, pour osier le scandalle qu'ils ont conceu. Mais quand ils auront entendu la vérité du faict, je croy qu'ils auront de qnoy se contenter. Si vous eussiez eu vouloir de résider par delà , comme l'ung d'eux , vous ne pouviez pas sans offenser Dieu et vos prochains nourrir vostre enfant sans le faire baptiser. Non pas que ceux qui présentent leurs entans pour estre souillez aux superstitions papalles , soient à excuser, mais pource qu'ils ne peuvent pas rejecter la marque de la religion chrcstlenoe que Dieu n'y soit vilipendé. Mais vostre intention a esté toute aultre, car prévoiant le mal vous désiriez bien , devant que vostre femme enfanlast, vous retirer en PEglise cbrestienne , ou pour le moins si vous estiez prévenu , vous pensiez bien, lanlost après qu'elle auroit enfanté, amener l'enfant avec elle pour le faire baptiser selon l'ordre de Dieu, ce qui eust esté une déclaration toute patente que vous ne mesprisez pas le baptcsme, mais pour la révérence que vous y avez, le voulez avoir pur et entier selon qu'il a esté institué de nostre Seigneur Jésus. Tel reUrdemenI estant une partie de la confession de vostre foy, ne doibt pas offenser les bons. Car si la chose fust advenue comme vous Tespériez , tel acte n'eust esté à blasmer, non plus que vostre parlement. Je croy bien qu'il y en pcult avoir qui ^eroient scandalisez de ce qu'on quicie le pays où ils vivent, pource qu'ils se sentent condamnez |tar ces exemple. Mais s'ils font mal, ce

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n^est pas raison qu'ils absubjectissent les aultres à se conformer à eux , ne qu'ils iacent de leur vice une loj. Entre ceux qui approuvent le bien et ne consentent point au mal, je prens cela comme résolu que s'il est lidte à ung homme chrestien de se retirer des ordures de la papaultéy qu'il pourra bien aussi et devra amener ung enfant qui luy sera nayi pour Toffrir purement à Dieu et le faire baptiser sans nuUe superstition. Or il a pieu à Dieu de vous priver de ce bien, il sçait pourquoy. Tant y a qu'il vous a voulu humilier en cest endroict; mais ce n'est pas à dire pourtant que le faict soit à condam* ner, veu que vostre intention estoit saincte et louable. Siquelqu'ung réplicque que vostre enfant a esté privé du baptesme qui est le signe de salut, je respons que sa condition n'est point pire pour cela devant Dieu. Car combien que le baptesme scelle nostee adoption, toutesfois nous sommes enrollés au registre de vie tant par la bonté gratuite de nostre Dieu , que par sa promesse qu'ainsi soit. En vertu de quoy nos en&ns sont-ils saulvés, sinon pource qu'il est dict : Je suis le Dieu de ta Ugnée? Mesmes sans cela ils ne seroient point capables d'estre baptisés. Si leur salut est asseuré par la promesse, et que le fondement soit assez ferme de soy, il ne fault pas estimer que tous les enfuis qui meurent sans baptesme périssent, car en voulant honorer le signe visible, on feroit grand injure et déshonneur à Dieu, desrognant à sa vérité, comme si nostre salut n'estoil pas bien appuyé sur sa simple promesse. Puis doneq qu^îl n'y a eu de vostre costé nul mespris du sacrement, cela n'emporte nul préjudice au salut de vostre enfant, qu'il soit décédé devant que vous eussiez loisir et moien de le

retirer de vostre captivité , mainteDant vous advisiez de vous résouldre pour ne plus varier. Je sçay bien que ceux qui aiment de se tenir là, font tousjours ceste qiiestioa s'il n'est pas possible d'y servir à Dieu aussy bien qu'ailleurs. Or de vous déduire ce propos, ce n'est pas matière d'une lettre. Je vous renvoyé aux livres qui en sont es* crits. Seulement, je vous prieray> en vostre conscience n'avez^vous pas de remords qui vous picquent? Qui plus est, d'où procèdent les doutes que vous faites, sinon que vous craignez en délogeant de quitter vos aises et commodités. Car si vous aviez conclu à bon escient de servir à Dieu sans nul autre regard, vous ne vous amuseriez plus en tels circuitz. Quand vous auriez ceste vertu de vous exposer plus tost à tous dangers que de (leschir de vostre devoir, vous pourriez dire que la terre est au Seigneur. Car c'est assez que nous lui fassions hommage de corps et d'esprit , quelque part qu'il nous nourrisse. Mais si vous estes convaincue, sans autre tesmoing que vous ne le glorifiez pas comme il appartient, mais tenez la clarté qu'il vous a donnée comme esteinte sous vos pieds, vous devez sentir que vostre estât est plus que misérable. Or combien que pour un temps les vains subterfuges qui trompent beaucoup de gens ayent aussi gagné sur vous , à ce que j'entens , Dieu vous a réduite à ce point de vous faire sentir vostre mal pour vous y déplaire. Or en cela il a bien monstre qu'il avoit pitié de vous. Aussy en tout ce qu'il a disposé de Testât de vostre maison , il semble qu'a vue d'oeil il vous ait tendu la main. De vostre costé je croy que vous ne serez pas marrie, si je vous remets en mémoire que vous avez fuy le bien qu'il vous offroil. Car vous sçavez quand

il vous eust mis le premier coup eu liberté, qu'en cherchant nouveau lien il n'aToit pas tenu à vous que vous ne fussiez comme plongée en l'abysme , sans espérance d'en sortir. Et de faict ce qu'après voua avez esté si froide et comme amortie, estoit un signe que son «sprît estoit ealongné de vous, combien que raesme en cest endroict. . .

AUX SEIGNEURS DE BERNE '

Magnificques, puissaus et très redoubtés seigneurs , après vous avoir présenté nos humbles recommandations et services, nous vous supplions de nous eicuser de ce que nous recourrons à vous pour nous plaindre

* Pendant que Calvin avail à luller contre le parti dtrs liliertins i Genève, il était en butte aux plus vivps attaques de la part de quelques-uns des ministres du clergé bernois. Protecteurs de la dotibU révolution qui avait donné l'indépendance et la Réforme â Genève, les seigneurs de Berne voyaient avec un extrême regret la diver^té de cérémonies qui séparait les deux églises. Ils s'élevaient surtout contre la doctrine d» l'excotnniunlcation, que maintenait énergiquemenl Catviu, et qui leur paraissait une ntleinle portée au pouvoir mil. Par ces divers moliTs ils rcnnaicnt volontiers les yeux sur \ts licences de quelques-uns de leurs niinistrr-i, et se montraient peu disposas H réprimer les attaques dirigées contre Calvin et les ministres de Genève. Mss. divers des Aruh. ect'I. de Berne. Ruchal, Histoire de la RfformatUm en Siiiise, t, VI, p, 1 f!l et suivantes.

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des propos par trop outrageux el desbordés ^i se tiennent en rostre pays contre nous, non pas taat poiv diffamer nos personnes que pour exposer TEvan^le éi toute chrestienté en oppr<d>re et mocqueiie. Vous sçates. Messieurs, que jusques icy, oous ne tous awns jamais fasché ne importuné de nos querellesi non pas que nous n'ayons eu souvent juste occasion de tous advertir des injures qui ont esté semées à tort contre nous, mais nous aymions beaucoup mieuix nous taire que donner aulcung ennuy ne moleste à vos seigneuries. Maintenant que la nécessité nous contraint d'ouvrir la boucbe, nous espérons d'avoir accès tant plus humain et facile, et que de vostre grâce, vous serez enclins non-seulement à nous prester l'oreille, mais aussy à remédier au mal duquel nous avons advisé estre bon de vous advertir.

11 n'est pas icy question de nos personnes, car si nous avions esté injustement blasmés, la justice nous seroit ouverte par tout vostre pays comme à ung chascung ; mais pource que ceulx desquels nous avons à nous plaindre se dressent notamment contre la doctrine que nous portons, ce qui ne doibt point estre tiré en procez ne playdoyé, voylà pourquoy nous avons pensé d'avoir refuge à vos Excellences. U n'est jà besoing, magnificques seigneurs , de vous remonstrer quel blasme et ignominie retourne au sainct Evangile, quand les prescheurs du pays de Berne et aullres soubjects appelleront les prescheurs de Genève hérétiques, car vous le voyes asses selon vostre prudence. Quand il y aoroit quelque différent touchant la doctrine, voyant comme nous sommes tant espiéz et abboyéz des ennemys de la foy, encores fauldroit-il pour leur clorre la bouche uset

de prudflDcc et de modération. Mais puisque Dieu nous a Taict ceate grâce, d'uog costé et d'aultre, d'estre uoiz de bon aocord, ceuli qui crieot et tempeetent contre noue, non-seuiement nionstreot qu'ib ne demandent que troubles et scandales, mais àussy qu'ils sont comme bouttefeux pour rompre la saincte union que Dieu a mise entre nous. Vos prescheurs, par la grftce de Dieu, sont ensemble de boa accord. Sçachra d'eulx comme ils en sont avec nous, car s'ils ne tous protestent qu'il Y a une droicta rraternité et ung consentement aussy paysible qu'on le sçauroit demander, nous ne requérons point d'estre farorisés par tos Excellences. Mais s'ils vous déclairent , comme nous sommes bien aaseuréz qu'ils le Eèroot, qu'il n'y a nulle picque ne contradicti<m, ce TOUS doibi estre ung argument certain que ceux qui nous calumnirat, ne cherchent ne vostre luaneur, ne Toatre proffit, he vostre repos. De oostre part nous pouvons bien protester que nous avoos tousjours tasché d'esW conjoints selon la vérité de Dieu avec tous vos ministres, tellement qu'en vous priant qu'il vous plaise prendre nostre cause en main, nous ne vous requérons ûnoD de maintenir tant l'honneur d& Dieu que le vostre. Or le eu auquel nous vous prions de pourvoir est tel. En une congrégation de la classe de Morges, en présence do grand nombre de gens, quelqa'ung a tellement diffamé aostre frère maistre Jehan Calvin que le bntict est commun par le pays qu'il est condamné tomme hérétique , comme aussj ce mot fut souvent réitéré. Depuis Zébùdée, prescheur de ÎNyon, aux nopccs du Hls et de la iîlle du seigneur de Crans, parlant de la doctrine que nous tenons et sommes prôts de signer

de nostre sang , dict en plain sermon que c^estoii une hérésie pire que toute papaulté et que ceulx qui ia preschent sont d'icellei et qu'il vauldroit mieulx rnaJotenir la messe. Cependant un nommé Jérosme \ lequel, comme tous sçavez, pour ses erreurs a esté banny de la yilie deGenèTe, ne faict nulle difficulté (d'appeler) nostre dict frère Calviu hérétique et antéchrist. Regardez, magoificques seigneurs, si nous pouvons dissimuler telle chose sans estre traîtres à Dieu, lequel nous a commis, comme dict sainct Paul, non-seulement pour enseigner ceulx qui se rendent dociles, mais aussy pour résister à tous contredisans. Parquoy nous espérons bien que, comme princes fidelles et chrestiens, vous nous tiendrez la main en telle chose, et ne permettrez que l'Eglise de Dieu soit dissipée soubs vostre protection, et que l'Evangile soit en vitupère. Mesmes , puisque nous abstenant de faire troubles ny esmotion, nous avons paisiblement recours à vous , ce regard vous induira tant plus à donner si bon remède au mal que Dieu en sera gloriffié, le scandale aboly, l'audace de ceulx qui ne demandent qu'à

> Banni à perpétuité de Genève (voir la note, p. 363-364), Bolsec se retira sur le territoire de Berne, et vécut suci^essivement à Tbonon et à Lausanne. Mais la licence de ses opinions et ta violence grossière de ses attaques contre les ministres de Genève attirèrent de nouveau sur lui la sévérité des magistrats. Expulsé du pays de Berne, comme il l'avait été de Genève, il retourna en France, erra de ville en ville et sollicita vainement le titre de ministre au synode d'Orléans (4562). Repoussé par les églises réformées, il rentra dans réglise catholique et se vengea des rigueurs qu'il avait encourues h Genève, en publiant un pamphlet outrageant contre la mémoire de Calvin. C'est le livre intitulé : Histoire de ta vie y maswrsy actes, doctrine et mort de Jean Calvin^ |)ar M« iiérosnie Bolsec. Lyon,

mettre tout en confusion sera réprimée, et serons obligez de plus en plus, estans soulagez par vostre équité et bonne justice , de prier Dieu pour vostre prospérité , comme de faict nous le supplions de vous avoir en sa saincte garde , vous gouverner par son Sainct-Esprit, en toute justice et droicture, faisant servir à sa gloire Pautorité qu'il vous a donnée. De Genesve, ce 4 d'octobre 1554.

Quant il vous plaira, magnificques seigneurs, ordonner d'estre plus à plain acertenéz du faict, nous sommes prests de tout vériffier selon qu'il est icy couché par escript, combien qu'il ne sera jà besoing d'en faire longue inquisition, veu que le bruict en vole partout.

Vos humbles serviteurs, les ministres de la parolle de Dieu en l'Eglise de Genesve,

Jehan Calvin.

Abbl Pouppin.

Franc. Bourgoino.

Raymond Chauvet.

Michel Cop.

De Saingt-André.

Jean Fabri.

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