PE PIERRE MAJ^DONIÊWITZ, BIT LE NOTAIRE
Ces pagres sont toutes fidèlement copiées 0ur les lettres de Jean Hus, écrites de s»
propre main | elles répondent mot pour mot aux originaux (t)«
LETTRES ÉCRITES AU TEMPS DE l'INTERDIGTION DE JEAN HUS ET DE SON EXIL DE PRAGUE EN 1^11. QUELQUES-UNES DE CES LETTRES PEUVENT AVOIR ÉTÉ ÉCRITES EN L'ANNÉE i^iO.
Les lettres de celle série contiennent la plupart d'admirables exhortations adressées par Jean Hus aux fidèles de
(t) Cette attestation du fidèle Maldonlewitz se trouve après les lettres de Jean Hus dans Tancien recueil de ses œuvres. Johann» Hus» Hist. et Monum., 1. 1, p. 95.
16 PREMIÈRE 8ÉRIE.
son église. On n'y trouve ni la grande diversité d'incidents, ni rintérôt si dramatique des lettres de la série suivante, mais on voit dans celles-ci tout ce que TâiTie de Hus renfermait d'intrépidité, de piété chrétienne, d'amour pour ses frères et de vraie grandeur. Celui qui les écrivait avait déjà le pressentiment du martyre, et l'on comprend en les lisant qu'il ne reculera pas lorsque son heure sera venue (1).
(1) Pour les détails historiques sur cette époque de k vie de Jean Hus voyez le$ Réformateurs avant la réforme, t 1*', h i.
LETTRE V. tl
LEHRE r*.
AU COLLEGE DES CABDINAUX (t).
Dans cette lettre» Jean Bas se plaint d'aroir été faussement dénoncé et demande humblement à être dispensé de l'obligation de comparaître en personne. Jean Hus, dans le même but, fit à Jean XXIII un appel (â) qui a été recueilli dans son histoire ayec le témoignage de T Académie de Prague.
J'écris avec rhumble soumission et le respect qui convient à vos ordres. Révérends Pères en Christ, vous qui êtes revêtus d'un caractère apostolique, qui brillez comme de grandes lumières pour éclairer les nations, et qui êtes élevés en puissance afin d'effacer les péchés du monde, d'arracher les âmes aux pièges de Satan, et devenir en aide à ceux qui souffrent au nom de Christ (3), j'ai
(1) De toutes les lettres qui nous ont été conservées de Jean Hus, celie-ci est la seule adressée à ses supérieurs ecclésiastiques, aux dignitaires de TEglise : elle est précieuse en ce qu'elle montre le respect avec lequel il leur parlait, son (ardent désir de les convaincre de la pureté de ses doctrines, et la crainte d'une rupture, sans aucun mélange de faiblesse.
(2) Le texte porte : ScripsU epistolam^ mais cette prétendue lettre est Tacte d'appel dressé à Prague, devant notaire, le 23 juin 1410 (Hiêi, el Monum» Joan. Hus.^ t. !•% p. 112^116).
(3) Jean Hus reconnaissait aux actes des bons prêtres Teflicacifé que l'Église romaine attribue indistinctement aux actes de tous les.prétres. (V. les Réformateurs avant la ré forme ^ 1. 1*', liv. i.)
recours humblement à vos paternités, incapable que je suis de supporter le fardeau qui pèse sur moi. Les maux dont je suis accablé datent du temps où Ton se retira de l'obéissance de Grégoire XII, Je conseillais alors avec succès Tadhésion au collège des cardinaux pour Tunion de notre sainte mère l'Eglise, dans mes prédications devant les barons, les princes^ le clergé et le peuple. Il s'ensuivit que le révérend Père en Christ Sbynko, archevêque de Prague, adversaire du sacré collège, fit aHicher un mandement aux portes des églises, par lequel il défendait à tous les maîtres de l'Université de Pra-» gue qui avaient adhéré au sacré collège, et en particulier à moi, d'exercer aucun acte du ministère sacerdotal, sous prétexte que les maîtres de TUniversité avaient retiré leur obéissance à notre Saint- Père Grégoire XII et au Saint-Siège. Mais il faut juger des faits sur leurs résultats, et il arriva que l'archevêque fut contraint, par les décrets du concile de Pise, à approuver la conduite des maîtres : telle fut l'origine première de l'accusation portée contre moi et de toutes mes peines.
Le sacré collège des cardinaux ayant promis beaucoup de grâces à ses adhérents, j'ai gardé le souvenir de ses promesses et j'y ai cru comme il
faut croire aux promesses de ceux qui sont les colonnes de TEglise. J'implore donc Vos Révérences et je les conjure à genoux de jeter un regard de bonté sur mon infortune , afin d'être dispensé du devoir de comparaître en personne (1) et des autres obligations pénibles qui eu seraient les suites. Je £uis innocent de ces choses dont mes adversai* r#s m'aocuBcpt; j'en prends à témoin Notre^-Seigneur Jéftufl-^Chrigt, Je isqis prêt à paraître en présence de rUoiveriité de Prague, de tous les prélats, de tout le peuple qui est venu m'écouter, et h rendre devant eux» de vive voix et par écrit, raison pleine et entière de la foi que je garde en mon cœur, et à la çonfesjser même au péril du feu (2). Vos Révérences pourront s'assurer de cette confession par des actes publics et par le témoignage de l'Uniyer* site de Prague,
(1) Devant h pape.
{%) « Etiam igné ad audientlam posito. ■
30 PREMIBRB 8ÉRIB.
A ZAWTSSIUS, soif GAtOMNUTEUI,
Salut par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il m'est revenu que vous m'accusiez d*hérésie : s'il est ainsi, mandez-le-moi , et vous saurez alors , avec la grâce de Dieu, quelle est la foi que je confesse, que je défends, que je ne dissimule pas dans l'ombre, mais que je professe comme il convient à un vrai chrétien. Et plût à Dieu que vos propres yeux s'ouvrissent sur la manière dont, depuis environ trente ans, vous tondez vos brebis dans Praschatitz. Où résidez-vous? comment travaillez- vous ? comment paissez-vous votre troupeau ? Vous avez oublié cette parole du Seigneur : Malheur aux bergers qui ont soin d'eux-mêmes et qui ne paissent point leurs brebis! Dites-moi, de grâce, 'êtesvous rempli de cet Evangile du Christ, qui a dit : Le bon pasteur va des^ant ses brebis ^ et ses brebis le suii^ént^ car elles connaissent sa voix? Le temps viendra où vous rendrez compte de vos brebis et de vos nombreux bénéfices, dont il est dit dans vos propres ordonnances que celui qui peut vivre
d'un seul n'en saurait retenir un autre sans pécher mortellement.
Méditez ces choses et n'accusez pas votre pro^ chaîn d'hérésie. Si vous le savez hérétique , vous devez l'avertir, selon le précepte de l'apôtre, une première et une seconde fois ; s'il refuse de vous écouter, évitez-le , et lors même que vous seriez choisi pour le condamner, encore vous faudrait-il démontrer par les Ecritures que c'est avec justice que vous le condamnez et que vous livrez ses livres aux flammes.
Je vous écris ces choses en vous avertissant fraternellement , selon le précepte du Christ, qui nous dit : Si ion frère vient à pécher^ avertis-le en secret. Recevez donc mes paroles, mon frère, et dites si vous avez parlé ainsi de moi. Prouvez que je suis un hérétique, et je me corrigerai avec hu* milité, et vous recevrez une récompense pour avoir rappelé un homme de l'erreur. J'espère cependant de la grâce du Dieu tout-puissant que ma foi en Notre-Sèigneur Jésus-Christ est aussi grande que la vôtre, et que je ne suis pas moins bien préparé à mourir humblement pour elle.
33 PREMIERS ItRIB.
A MAITRE MAftTIN ET A MAITRE NICOLAS DE MYLICZYN.
Il les coBftulU att lojet de Vitoterâitftion <)ttl lui éUU fiàite de la
chaire (1).
Que lA pait soit avec vous, oetté paix qui n^cti donne point avec la chair, avec le monde, avec le démon. Le Sauveur a dit t Vous aurez des tribulations dans le monde ; mais si vous persévérez dans le bien, qui pourra vous nuire? Je brûle d^un zèle ardent pour l'Evangile, et mon âme est triste, car je ne sais que résoudre.
J'ai médité cette parole évangélique du Sauveur (Jean, X) î Le bon berger donne sa vie pour ses brebis; mais le mercenaire, celui qui n'est pas lo berger, celui à qui les brebis n'appartiennent pas, voit venir le loup ; il éloigne ses brebis, il ftiit : le loup les ravit aussitôt et les disperse.
J'ai aussi médité cette autre parole (Matth. X) : Lorscfuils vous persécuteront dan$ une ville ^ fuyez dans une autre. Entre ces deux préceptes si différents, lequel suivre, auquel obéir? Je ne sais.
(1) Il demande aussi à ses amis sMl doit quitter son Eglise, et il est probable qu'il écrivit cette lettre avant d'avoir quitté Prague,
LEÎTRË lit. 23
J*ài médité ta lettre de ààint Augustin à un illustre évêque qui le consultait sûr tin cas semblable. Augustin terftiiûe ainsi sa réponse : « Quiconque, dît-il, prend la fuite sans que par elle son Eglise soit privée du ministère évangélique dont elle a besoin, cçlui-Ià fait ce que le Seigneur a prescrit ; mais celui qui en fuyant dérobé au troupeau de Jéstts^Cbrist toute sa nourriture i^pirituelle est nn mercenaire qui, voyant venir le loup, prend la fuite, parce qu'il n'a aucun i^oin de ses brebis. C'est parce que tu m'as consulté, frère bien-aimé, qne je t'écris les choses qui me paraissent être selon la vérité et la charité; mais je ne t'invite pas à Sfirvre mon avis m tu en trouves un meilleur. Quoi de mieux dans un tel péril que d'adresser des prières à notre Dieu, afin qu'il ait pitié de nous, à l'exemple de quelques saints hommes qui ont obtenu de ne point abandonner l'Eglise de Dieu, et qui ont persévéré dans leurs bonnes résolutions sous la dent même de leurs ennemis. »
Voilà ce que dit saint Augustin.
Âpprenez-moi donc si vous acquiescez à ses paroles ; car, quoique l'aliment nécessaire de la parole de Dieu ne manque point à mes brebis, ma conscience me reproche mon absence comme un scandale.
24 PRBMlàRE 8ÉR1B.
Je crains, d'autre part, que ma présence, dui^ftnt le temps de mon interdiction, ne soit un motif pour ravir cette nourriture à mon troupeau, pour le priver de la sainte communion et des autres biens qui importent au salut. C'est pourquoi prions humblement le Dieu tout-puissant qu'il daigne nous rêvé* 1er ce que je dois faire dans la circonstance présente, afin que je demeure dans la voie droite. L'avis que le bienheureux Augustin exprime dans sa lettre est sage : il établit, en efiet, que dans les circonstances où Ton peut ne s'inquiéter que pour, soi-même la fuite est permise, et il cite l'exemple de saint Athanase ; mais si tout le troupeau est exposé^ il faut s'en remettre au sort afin de faire ce qui est le plus utile à l'Eglise.