I.F.TTRF \XVI1I
Nimes, '2i mars ISii.
Mon cher ami,
Une députation de Nîmois a été envoyée à Avignon, pour recevoir l'illustre orateurrn-,e banquet ne put pas avoir lieu, à cause des tracasseries de l'adminis- Iralion locale. Cependant M. Berryer vint nous trouver le soir à notre réunion. J'avais été nommé par
les différentes dépulations pour lui adresser la parole; l'illustre orateur répondit, et dit d'abord des choses si bienveillantes pour moi, que j'en étais confus. Il m'appela son ami; il daigna me féliciter d'avoir été un des premiers à tracer les voies que nous suivons. Enlin, s'adressant à tous, sa parole eut une telle magie qu'elle tint, pour ainsi dire, suspendu à ses lèvres l'immense auditoire qui l'entourait; mais quand l'illustre orateur se mita parler de la France, sa voix vibrante d'amour, s'empara de toutes les âmes, et vous eussiez vu tous ces visages méridionaux mouillés par les larmes de l'admiralioii ; pour applaudir, il fallut nous remettre, mais quelle explosion !
Avant celte délicieuse soirée, j'avais vu l'illustre orateur chez M. de Forbin, où il était descendu ; il m'avait parlé de vous, en me montrant une de vos lettres.
Inutile de vous dire que toute la population d'Avignon entourait la voiture si longtemps attendue, aux cris de : Vive Berryer !
LETTRES I)E JEAN IlEBOUL 87
l.FTTRF, NXIX
Nîmns, 10 mai ISii.
' Le saint pèlerinage que vous aile/ accomplir ^à Milan sera une haute leçon pour votre iils ; en vous voyant prier sur le tombeau de sa mère, il saura combien les liens du mariage sont sacrés dans les âmes élevées, puisque la mort même ne saurait les rompre.
Voilà le glaive tiré entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux ; si je n'étiiis Français avant d'être royaliste, et catholique avant d'être Français, je trouverais de quoi me réjouir de ce démenti donné à l'habileté du Système el aux espérances d'une partie de l'épiscopat qui croyait tout bonnement au règne de la liberté sur la foi des promesses révolutionnaires. Eli! bonnes gens, si la révolution n'était pas le despotisme, elle ne serait pas la révolution.
Mais comment tout cela fmira-t-ilV Tout cela est plus grave que ne le croient les l'ortes tètes du Système. L'autel est un écueil où sont venues se briser
9i LETTRES l»i: JEAN FiRBOUL
bien des tctes couronnres ; d'un antre côtf'î, les scliismes. Ce sont des abîmes de toutes parts. Que Dieu prenne pitié de la France !
Cependant quelque chose console au milieu de ce chaos ; l'audacieuse philosophie a le sentiment de sa faiblesse, elle refuse le combat ; c'est une preuve qu'elle ne sent pas les esprits disposés pour elle. Si Paris consent à écouter les aberrations de ses adeptes, la province en hausse les épaules. J'ai lu dernièrement dans les journaux un compte rendu d'un professeur de littérature slave. 11 se dit Dleu^ pas plus que cela ; rien de plus cocasse que les naïvetés de ce Polonais. Dans l'interminable liste des grands fous qu'a produits notre pauvre humanité, celui-là devrait être inscrit au premier rang, si on ne songeait pas qu'il en existe encore de plus fous que lui : ceux qui le payent.
J'iai mis la dernière main à Antigoîie : je vous l'enverrai au retour de votre voyage. V
LETTHF.S m: JE\N f'.i:i!OUI