Béranger
3. Expression affectionnée par Gavarni. — L'iiistoire de ce succès par la fenêtre est assez curieuse. Turcas avait pour maîtresse une actrice du Palais-Royal, une belle et grande fdle, nommée Brassine, qui avait emmené avec elle, pour lui tenir compagnie, D.... des Folies-Dramatiques. Mais je laisse la parole à mon frère, qui a écrit une petite note sur cette assez lugubre nuit d'amour.
« La D.... était ce qu'on appelle, dans un certain argot, une empoigneiise qui vous mordait comme un petit chat et vous blaguait comme un voyou : une jolie petite bête agaçante. A. ce jeu-là, nous nous étions piqués l'an et l'autre, et nous étions en guerre de taquineries, lorsqu'un soir, en revenant de chez Turcas — il était onze heures, et l'hôtel ou elle demeurait était fermé— elle parut à un balcon d'une fenêtre, en peignoir blanc. J'étais à côté d'À.... qui lui faisait très sérieusement la cour. En riant, ou commence à monter après le treillage qui menait presque jusqu'à sa fenêtre. A.... lâcha vite pied; la montée n'était pas bien sûre. Mais moi, une fois le pied à l'escalade, je montai sérieusement. J'avais été frappé, comme d'un coup de fouet, d'un désir de cette femme qui était là-haut. Elle riait et grondait à demi. Cela dura quelques secondes, quelques secondes, où quelqu'un fut en moi qui aimait cette femme, la voulait, y aspirait comme àcueillir une étoile. Je grimpai allègrement et fiévreusement ainsi qu'un fou, et machinalement ainsi qu'un somnambule. J'étais entraîné dans l'orbite de cette robe et de ce rayonnement blanc. Enfin j'arrivai. Je sautai sur le balcon. J'avais été amoureux pendant une longueur de quinze pieds. Je crois bien que je n'aurai de l'amour, dans toute ma vie, que de telles bouffées... Je couchai avec cette femme qui me disait, en voyant mes regards
Êtes-vous en haut ou en bas de votre maison? il doit commencer à faire frais. Vous devez être redescendu en bas, je parie. Après çà, si vous êtes redescendu, tant mieux! c'est que vous travaillez avec de petits machins noirs sur des pavés tendres. Jetezvous toujours des femmes par les escaliers pour Beugnet?
Pas plus de gros Leroy ici que sur la main. Quant à Edmond, il est toujours ce que vous l'avez connu : il me propose des parties, le soir, sur les endroits dangereux de la côte, et il essaye de me pousser dans la mer, par jalousie et pour hériter de moi. Mais je suis malin, je me méfie. Il me marche après sur les pieds, dans les sociétés où il me conduit. Il dit aux femmes que je ne suis pas « une bonne affaire » pour m'empècher de réussir. Enfin, je ne vous en dis pas plus, vous le connaissez.
Ah ! nous avons acheté au Havre un singe gros comme le poing qui a une queue comme le bras — une bète adorable.
sur elle : « Es-tu drôle, tu as l'air d'un enfant cfui regarde une tartine de beurre! »... Mais, j'étais déjà dégrisé, j'avais peur cyu'elle ne me demandât, le lendemain matin, unpetit ouistiti que j'avais acheté au Havre dans la journée. Il me paraissait que cette
femme devait adorer les singes Cette nuit, ce fut comme
un déshabillé d'àme. Elle me conta sa vie, mille choses tristes, sinistres, qu'elle coupait par un zut qui semblait boire des larmes... Il m'apparut dans cette peau de voyou, je ne sais quelle petite figure attristée, songeuse, rêveuse, dessinée sur l'envers d'une affiche de théâtre. Après chaque étreinte amoureuse, son cœur faisait toc toc comme un coucou d'auberge de village : un bruit funèbre. C'était le plaisir sonnant la mort. « Oh, Je sais bien, me dit-elle, que si je faisais seulement la vie six mois, je serais morte. Je mourrais jeune avec une poitrine comme ça... Si je me mettais à souper ce ne serait pas ion.o;... «
i^ LETTRES DE JULES DE GONCOL'RT
Il est bien plus joli que ça * sans comparaison. Au reste, je m"en rapporte au goût de Jean.
Sur ce, monsieur, j'ai Thonneur d'être, en vous priant de m'accuser réception de la présente, le plus tôt que vous pourrez, votre très humble et obéissant 2
Jules de Go.xcourt.
Au Château- Vert. A Saint-Adresse, près le Havre.