La lettre de Sainte-Beuve à la princesse Julie
mariage de Caliban et de Titania. Et vous seriez bien aimable de nous écrire, avant le 12, trois mots de votre santé physique, et de l'autre.
Nous vous serrons bien cordialement les deux mains.
J. DE GOXCOURT.
PS. Nous envoyons des sucreries pour la maison.
A CHARLES EDMOND
Samedi, 3 août 18G8.
Mon très cher Charles.
iVous trouvons en arrivant de Vichj', votre grand et heau volume ^ Nous mettons le nez dedans, et nous voilà pris par cette Egypte que vous faites revivre au passé et au présent. C'est bien là l'histoire, pleine d'art et de couleur, l'histoire peinte, pour ainsi dire, que méritait cette si curieuse exposition.
Nous aurions un grand plaisir à vous serrer la main, mais nous partons se soir pour quelques jours à la campagne, et puis nous nous sauvons àTrouville, où nous resterons jusqu'au 16 septembre. A septembre donc ; aussitôt revenus, nous nous dépêcherons de rentrer dans nos amitiés.
Que devient Julie? Est-elle à Bellevue ou aux bains de mer? Voici une petite bêtise pour elle, qui n'a d'autre mérite que le souvenir.
Nous serrons cordialement les quatre mains du ménage.
J. DE G
i. L'Egypte a l'Expositiox de 1867
A SAINTE-BEUVE
Samedi, 3 août 1868.
Cher maître et ami,
Nous aurions eu un vrai plaisir à vous voir, ces jour-ci, en arrivant de Vichy. Mais toutes les petites affaires d'un retour ne nous en ont pas laissé le temps; et nous partons ce soir passer la moitié de la semaine à Saint-Gratien. Comptez donc sur notre visite de cœur, vers jeudi ou vendredi.
Nous avons suivi avec un intérêt dont vous ne doutez pas, toute cette polémique qui est déjà de l'histoire. Dabord nous avons eu un p^u peur de la secousse pour votre santé, et puis nous avons vu votre plume se porter si bien, que l'écrivain nous a rassuré sur le physique de l'homme. Nous souhaitons bien d'être confirmés dans cet espoir d'un peu de mieux, en vous voyant.
Croyez-nous, jusque-là vos bien vraiment dévoués,
E.-J. DE GOXCOURT.
A PHILIPPE BURTY
21 août (186S). — Trouville, Hôtel du Bras-d'Or. (où on est bougremeut mal)
Mon cher ami.
J'ai écrit chaudement à Victor Giraud pour l'eauforte de la fameuse Théroigne qui finit par paître ses excréments, — et je ne doute pas qu'il ne vous la trousse.
Bon! cré nom! Il faut croire qu'il y a une fatalité qui m'empêche toujours de vous écrire une longue lettre. Voilàlabonnequientrepourchanger les matelas d'Edmond, — le Saint-Sébastien des punaises, — depuis deux nuits. Ah la Normandie! Mais nous vous conterons cela au retour. Je vais nous chercher un immeuble dans le rayon d'Auteuil, et nous installerons tantôt chez vous, tantôt chez nous, des jeudis artistiques qui feront pâlir les soirées de M. de Noailles.
A vous toujours.
Jules de Goxcgurt.
A A31EDEE POMMIER
1er septembre 1868.
Monsieur et confrère,
Tant pis! Cette lettre nous part du cœur, comme votre balle d'hier dans la Liberté.
Nous avons lu avec joie ces vers qui retuent cette vieille académie morte : ils sont, d'un beau mépris, de main d'ouvrier-artiste et d'écrivain honnête homme.
Mais eomment, poète de la vivante façon dont vous l'êtes, ne tentez-vous pas le théâtre, le théâtre moderne : il attend, il nous semble, une langue comme la vôtre.
Nous sommes à vous de toute la sympathie de nos idées.
E.-J. DE GONCOURT
A MADAME ARMAND LEFEBYRE
Auteuil, 15 septembre (1868) Chère madame,
Ne sachant où écrire à Edouard*, qui doit être hien en l'air en ce moment, voulez-vous le remercier vivement et chaudement, de notre part, de la jolie pensée et de l'aimable souvenir : les chemises berlinoises et les portoirs de porcelaine blanche. Il nous gâte vraiment, mais peut-être a-t-il raison, car il ne sait pas toute l'estime que nous faisons de son talent, et toute la profonde et chaude amitié que nous avons pour sa personne.
Mes derniers bons jours ont été chez vous, chère madame. Depuis j'ai eu bien des souffrances, des maux, des accidents, et je tâche de ramasser du courage — un peu découragé, il faut bien le dire.
Et là-dessus, veuillez recevoir, chère madame, l'assurance de nos plus affectueux sentiments.
Jules de Goncourt.