‹ Lettres de L. Euler à une princesse d'Allemagne sur divers sujets de physique et de philosophieChapitre 134 sur 253 · LETTRE XLVII · texte numérisé non relu

LETTRE XLVII

(10 noTembr* 1761.)

Sur la nature du fer et de Tacier, et de quelle manièiv ils peuvent recevoir la force magnétique.

Avant établi la nature de l'aimant dans ces canaux que la matière magnétique peut traverser dans un sens seulement , les soupapes dont ces canaux sont parsemés, empêchant le retour en sens contraire, y. A. comprendra aisément que ces canaui ne sont qu'une continuation de certains pores de

cette figure ^ n velus en dedans, dont les poils /iwi

sont dirigés en même sens; de sorte que plusieurs semblables particules étant jointes ensemble et dirigées en même sens, constituent un canal magnétique. Donc il ne suffît pas que la matière de l'aimant renferme plusieurs particules semblables, il faut outre cela qu'elles soient disposées en sorte qu'il en résulte des canaux continués d'un bout à l'autre, afin que la matière magnétique les puisse traverser.

Or, je conçois à présent que tant le fer que l'ader contiennent de semblables paAbules en grande abondance , mais qui ne sont pas disposées de la façon que je viens de décrire : elles sont plutôt dispersées par toute la masse , et il n'y manque que cette disposition pour que ces corps soient aussi de vrais aimants. Ils conservent bien alors toutes leurs autres

Dfi l'aimantation. 28 1

qualités, et ne se distinguent des autres morceaux <(]e fer et d'acier que parce qu'ils sont en outre doués des propriétés de l'aimant ; une aiguille et un couteau rendent les mêmes services y soit qu'ils aient acquis la vertu magnétique ou non. L4e changement qui se fait dans l'intérieur, en rangeant les particules dans l'ordre que le magnétisme exige, ne saurait être remarqué par dehors : or, un tel fer ou acier qui a acquis la force magnétique est nommé un aimant artificiel , pour le distinguer de l'aimant naturel, qui ressemble à une pierre , quoique les propriétés magnétiques soient les mêmes dans les uns et les autres. V. A. sera sans doute curieuse d'apprendre de quelle manière le fer et l'acier peuvent être portés à recevoir la force magnétique, ou devenir des ai- Biants artificiels. La chose est fort aisée , et le seul voisinage d'un aimant est capable de rendre le fer OD peu magnétique ; c'est le tourbillon magnétique qui produit cet effet, sans que le fer touche l'aimant. Quelque dur que nous paraisse le fer, les moindres particules qui renferment les pores magnéti- ({ues représentés ci-dessus sont très -mobiles dans la substance du fer, et la moindre force suffit pour changer leur situation. Donc, la matière magnétique du tourbillon , eu entrant dans le fer , disposera aisément les premiers pores magnétiques qu'elle y rencontre suivant sa direction , au moins ceux dont la situation n'est pas fort différente; et ayant passé ces pores , elle agira de la même manière sur les pores suivants, jusqu'à ce qu'elle se sera pratiqué un passage au travers du fer, et formé par là quelques ca-

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naux magnétiques. Or, la figure du fer contribue àuM beaucoup à faciliter ce changemenl; uâe figure alloiigëe , et pbcée selon la direction du touriMllon, y est la'plus propre, puisque la matière magnétique, en passant par toute la longueiur, y dispose beaucoup de partiéules dans leur juste situation, pour fo^ mer des canaux magnétiques plus longs; et fl o'ya aucun doute cjue fhks il y aura ipour former des caiiaux, et' que plus ces canaux seront lon^aansauciîne ÎQterruptioh, plus serp foit le mouveiaietit de k matière ma^étîque , d'où par conséquent aman la force magnétique deviendra plus grande.

On a aussi remarcpié que lorsqu'on secoue fortement ou frappe le fer posé dans un tourbillon magnétique, il en acquiert un p}us haut degré de magnétisme , parce que les moindres particules soot ébranlées par ces secousses, et par là déliées, pour se prêter plus faciimnent à l'action de fa ipatière magnétique qui les pénètre.

Alhsi, posant une petite barre de fer ab{Jig. 3il dans ;le touri)ilIon de l'ainnant ÂB, en sorte que sa direction ab convienne à peu près aiFec celle du courant dç/* de la matière magnétique, elle tI1lve^ sei^ aisément la barre et y formera des canaia magnétiques, surtout quand on secoue ou frappe cette barre eh même temps , pour faciliter le «passs^. On voit aus^ que la matière magnétique qui entre par le pôle k , et sort par le pôle B de l'aimant, entrera dans la barre par le bout a, et sprtiiti par le bout b; de ^orte que le bout a deviendra le|>^ du même nom A , et b de celui B. Ensuite , ôtant cette

DE LAIlfAlfTATIOir. S83

barre ab du tourhillon magnëâque , elle sera un ûmaat artificiel^ quoique bien &iMe , qui formera son propre tourbillon , et conservera sa force, tant que les canaux magnétiques n'y seront point interrompus. Or, cela arrivera d'autant plus aisément que les pores dans le fer sont mobiles ; d'où l'on voit que la iBéme circonstance qui aide à produire le magnétisme sert aussi à le détruire. Un aimant naturel n'est pas tant assujetti à un tel affaiblissement, puisque ses pores tiennent beaucoup plus fermes , et il faut des efforts plus considérables pour les dé« ranger. J'en parlerai plus en détail dans la suite.

Ici je me propose d'expliquer la manière la plus naturelle pour rendre le fer magnétique, quoique la force qu'il en acquiert soit très- petite; cela nous servira à comprendre un phénomène très*remarquable et assez universel. On a observé que les pincettes de dieminée , et d'autres outils de fer qu'on tient ordinairement dans une situation verticale, de même que les barres de fer qu'on met sur leis clocliers, acquièrent avec fe temps une force magnétique ^ âesaénsible; aussi s'est-on aperçu qù'unebarre dé fer étant battue dans une situation verticale, ou après Favoir fait rougir au feu étant trempée dans l'eau froide dans la même situation, devient un peu magnétique sans l'approche d'aucun aimant.

Pour comprendre la raison de ce phénomène, V. A. n'a qu'à se souvenir que la terre elle-même est un aimant, et conséquemment entourée d'un tourbillon magnétique, dont la déclinaison et l'inclinaison de l'aiguille aimantée montre en chaque

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lieu de la terre la véritable direction ; donc , si une barre de fer se trouve longtemps dans cette situation, nous n'avons pas lieu d'être surpris quand elle devient magnétique. Or, nous avons vu aussi qu'ici à Berlin l'inclinaison de l'aiguille aimantée est de 7a degrés; et comme presque partout en Europe elle est environ de la même grandeur, cette inclinaison ne diffère que de 1 8^ de la situation verticale; et ainsi la situation verticale ne diffère pas beaucoup de la direction du tourbillon magnétique. Donc, une barre de fer qu'on a tenue longtemps dans la situation verticale sera enfin pénétrée par le tourbillon magnétique , et doit acquérir par conséquent une force magnétique.

En d'autres contrées , où l'inclinaison est insensible , ce qui arrive à peu près sous l'équateur , ce n'est plus la direction verticale qui rend les barres de fer magnétiques ; il les faut plutôt poser horizontalement, en sorte que leur direction convienne avec la déclinaison magnétique, si l'on veut qu'elles acquièrent une force magnétique. Je ne parle ici que du fer ; l'acier est trop dur pour ce dessein ; il &ut employer des moyens plus eHicaces pour le rendre magnétique.

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