‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 1 sur 246 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Parmi les personnes avec lesquelles nos travaux sur Pascal nous ont mis en relations, il en est une pleine de zèle pour tout ce qui se rattache à la mémoire de Port- Royal, qui a employé plusieurs années à rechercher et à transcrire les lettres de la mère Agnès de Saint-PauL

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Cette longue et pieuse tache accomplie, elle a voulu fair% profiter le public du trésor qu'elle avait recueilli ; elle nous a demandé de vouloir bien surveiller la publicatioa des Lettres de la Mère Agnès^ el de nous porter en quelque sorte garant de leur authenticité. Nous avons volontiers accepté Toccasion qui nous était ainsi offerte de revenir, par un côté, k d'anciennes et chères études.

La correspondance de la mère Agnès, de même que la communauté dont elle fut une des plus éminentes directrices,apparlientd r histoire. Nousavons pour la célèbre maison de Port-Royal des sentiments d'admiration et de sympathie que nous pouvons professer d'autant mieux qu'ils sont dégagés de tout esprit de controverse ou de

VI iMitoi>ii;iii>\.

jMrli. Les Iraciisscrios i-l les persécutions dont elle Fut l'objet coiitribuèrenl, nous lu ciuyoïis, ïi imprimer un caractère plus pronoiué à ce qu'il y avait d'origiual dans son esprit et dans ses tendances. Mais le fond, en quelque sorle essentiel de cet esprit, se compose d'une sève vigoureuse de christianisme et d'une grandeur morale qui doivent consacrer h jamais le souvenir de Port- Royal dans le respect des hommes. Où trouver une autre maison religieuse où se rencontrent, en si peu d'annt^es, taut d'esprits éminents, tant de grands caractères î

Cette publication est donc une œuvre d'histoire et de piété et non de controverse. Elle n'est pas non plus une œuvre littéraire ; ou plulûl, malgré leur incorrection et leur défaut d'art, n'est-ce pas daus de tels écrits que se rencontre la littérature par excellence? Nous éproiivous un attrait singulier^ lire ces œuvres, qui n'émanent pas d'écrivains de proression, mais sont la vie même de celui qui écrit. N'écrire que parce que l'on pense, et suivant ce que l'on pense, pour obéir aux devoirs de ^ Sa conscience ou de son état, ou aux inspirations na'm's ^«t désintéressées de l'imagination et de l'art, être homme 1 qu'auteur et avant d'ôtre auteur, n'est-ce pas ce qai cooslilue la seule littérature véritablement digne de plaire el d'intéresser? Ajoutons que les meilleurs écrits sont ceux qui sont en mémo temps de bonnes actions, qui sont une énnuialion sincère de l'existence intime ou ■Gtivc de l'écrivain, et sont inséparables de la vie et des

ISTRODITTIOX. M)

acIM de celui qui écrit.'Maisil y aurait trop à dire sur un le) sujet, et uous reveiiûiis à la mi^re Agnès.

Elit.' apparteûail, couiuiii chacun sait, îi cette forte race des Âniauld dont la famille, sorte de tribu sacerdo ■ talc, donna un si grand nombre des siens à l'Eglise et k Port-lloyal, et surtout ces trois înconiparaliles religieuses: Mapie-Angéliqut'', Agnès, sa sœur, dont les lettres sonl ici publiées, et leur nièce Angélique de Saiut-Jean. Elle avait pour frères; Henri Arnauld, évèque d'Angers; Hoberl Arnauld d'Andilly, et le célèbre docteur Antoine Arnauld. Née en 1593, la mère Agnès, consacrée à la vie religieuse dès sa première enfance, fut d'abord coadjulrice et ensuite abbesse de Port-Ro jal. Elle mourut en lG7t, à l'âge desoixanle-dix-buit ans.

Sa perlo excita des regrets extraordinaires, et provoqua des éloges de sa vie et de ses vertus, qui sont cousigiiés dans une foule de lettres , pour la plupart inédites. Celte corrcspondiince, que nous avons sous les ycu.x, renferme plus de cent lettres; il y en a de la princesse de Guéménéo, du duc et de la duchesse de Liauwurl, du duc et de la ducbesse de Luynes^, de madame de Longuevillo, de M. de Rancéj abbé do la Trappe, de la ducbesse de LaFeuillade' et de beaucoup d'autres per-

i|>pi^ll(- qu«li)uerciis la grandii AngÉiiijue. lame de Lujnes Écril à U. 'rAiidill; * ...iv regude la juur Ue sa J« sun iriDinpIic. Ma laole de Venus ui'en a mandé «adiuirables... • Ha4e tamst lle<l<!tl'>;iiiiii'i.

mi INTROurCTIUN.

sonnes. Parmi ces lettres, il y en a qui contiennent de fort belles et chrétiennes réflexions, et qui mériteraient d'être publiées. Contenions-nous de citer deux billets de madame de Longueville. Elle écrit à la mère Angélique de Saint-Jean :

a Je pense, ma trés-dière mère, qu'il n'est pas besoin i|;ie je voiiï dise que Je prends |iarl à voire douleur, pour vous le faire croire, et ((lie vous cùnnaissci assez mes senlimens pour vous et pour votre sainte commutianté, pour être bien persuadée que la grande pertf que vous venez de faire m'est tout à fait sensible, et me la serait même extrêmement par lïk , quand je nj aurais pas l'intérËt que j'y ai pour moi-mËme. Je vous prie de vouloir bien que cette lettre serve pour vos deux sœurs' que je plains inriniment, surtout cette pauvre petite Angélique pour laquelle je ne fais nulle autre con^olor tion que la soumission à la rolonlé de Dieu, Je lui demande pour vous toutes la force dont vous avei besoin pour faire nsog4^ dunp si graudc perte, qui est assurément irréparable. Je vous prie que I.' mère alibcsse sache que je sens sa douleur autant que si jfl ne sentais que celle-là. Je me recommande à vos prières, n

Et à M. Arnauld d'Andilly :

c S3 ri!*rier.

• Vous connaisses tnei mon cceur pour vous, pour n'avoir pas besoin que je vous dise que voire douleur m'est sensible. Elle me l'est mj'me par tant d'endroits que je suis persuadée que vous me plaignez quasi autant que vous-même, dans la perle que nous venons de faire de notre pauvre mère , et que vous croyez que j'ai autant besoin de consolation que personne du monde; mais enfin il faut que la ccrliliide que nous avons de son bonheur (car il me semble qu'on peut donner co nom à notre espi^rance) nous fasse supporter le mal que sa perte nous fait sentir. Il ne vous en peut arriver où je ne ])ar-

' La sœur M;irie-Ann;éliqiie de Sainle-Tliérèse et U «pur Marie-Char- Iode de Sainte-Claire.

[%Tiiodi:i:tion. tS

Snpe très-sincëreraenl; vous me feriez injustice d'en douter, et H. (le l.uiancy aussi, à qui vous TOiidreï bien liimoigner mes scntîmens en celli; Iriale occasion. Je vous demande à l'un et ù l'autre la continuation de vos prières.

■ Je suis chai'gée de ma sœur Anne-Marie de Jésus, vous entendeï liien que cVsl mademoiselle d'Bpcruon, de vous assurer qu'elle

IrlicijH- (rès-«încËrement a votre douleur. Ou prie Uicu avee affecn dans son inonaslërc < pour notre pauvre mère. )rl-

i A. DE Bourru?

pour

K Le recueilleinunl, dit un des meilleurs hisloriene de irl-Royal, élait peint sur le visage de la mère Agnès. Sa présence seule animait tout. Il suffisait de la voir lur 6tre comme entraîné au bien.... Toutes ses vertus renies. mélaiiKées et réunies ensemble, formaieol tout qui Taisait conmie une vertu unique qu'un peut appeler une égalité d'âme qui ue se démentait jamais *. »

[•Racine, dans son histoire de Port-Royal, leud unjuste

^r * Celai des Carméliieiduraiihourg Suinl-Jacques, i[ue M">* du \Magixf- Titleataii beaucoup Tri-quenlé <IaDS ta première jeunesse, ei uù elle avaii toula niOme ptvD'ire U voile. Elle était au nombre des audiieurs de Bosliuet, lorsqu'il jr prononça son discours poiU' ta proression de H"' de La VaIlière,en167S.

' IJittOîn de l'abbaye de Port-Roijal {pur Besoi%B(i), t. III, page 30 et 33. On V trouve on résumi^ de \ii vie de la mère Agni'S, Nous devons uous borner i en ÏDdlqaer ici le« évâDeinenIs principaux. Elle n'arail que aix ans lorsqu'elle fm nommée, par le roi, ù l'abbaje de Saîni-Cïr, en 1589. elle } eniri cetie même aiinée el reçut l'iiabit de religion le 3i juiu - En 1608, elle vint U Port-Royal Ei l'appel de la mère Angé-

i, et ayant renoncé i l'abbaye de Sainl-Cyr. !t-Boya1 le SA janvier 1 61 1 , et fît proressi

l'babit de ni

li 1612.

-Elle I

i septembre 16i0 ) mai:

î la mère Angélique eu 1619, et prii posseision le iO juillet 1 630 elles douutveut leur démis

X INTROULCTIOX.

hommage à la capacité de la mère Agnès et à ses hautes vertus; il rappelle que c'est elle qui dressa les constitutions de celte communauté, et il ajoute « qu'on a d'elle plusieurs traités très-édiGants^, et qui fout connaître tout ensemble l'élévation et la solidité de son esprit». La correspondance de la mère Agnès conGrme ce jugement de Racine.

} A l'exception de trente environ, déjà publiées dans les histoires et les mémoires de Port-Royal, ces lettres étaient inédites. Elles ont été recueillies de nombreux manuscrits appartenant, soit & des collections particu-

tîon afin <!• rendre le titre d'abbesse de Port-Royal électif et triennal. — Bb «eptembre 46S9, elle fat envoyée k l'abbaye de Tard^ à Dijon^ pour y établir la réforme ; elle en fat prieure, puis abbesse en 4630. — Elle revînt k Port- Royal le 20 novembre 1635 et fut établie prieure. — Le 19 septembre 1 636 elle fut élne abbesse de Port-Royal, et contionée en 4639 jusqu'au 2 octobre 4 642. — La mère Angélique lui succéda dans celte charge pendant douze ans, «t la mère Agnès demeura prieure de Port-Royal de Paris jusqu*en 1658. Le 43 décembre de cette année, ell« fut de nouveta élue abbesse, après la mort de la mère Marie des Anges Suireau, et en remplit les fonctions jusqu'au 42 déeembre 1664.— Le 26 août 4664, elle fut exilée au couvent de la Visitation Sainte-Marie ; elle en sortit le 2 juillet 466.*>, et revint à Port-Royal des Champs. — Elle m survécut que deux ans à la paix de TÊglise, étant morte le 49 février 4674. — M. de Sacy et M. Arnauld prononcèrent son éloge. Celui de M. Arnauld a seul été imprimé.

^ La mère Agnès , sans compter ses lettres, a composé un grand nombre d*écrits de direction ou de piété. Plusieurs, qui seraient dignes d'être pu- Mes, n'existent qu'en manuscrit. Parmi ceux qui ont été imprimés, nous citerons, après les ConstUutions du monastère de Port-Royal (Mons , 4665), Vlmage d'une Religieuse parfaite et d'une imparfaite , uvfc les occupations Intérieures pour toute la journée ^{PiriB, 1665). — Les Occupations intérieureê tout de la rédaction de Jacqueline Pascal, qui avait composé cet écrit d*tprès les discours de la mère Agnès.

IMliOUL'CTIOX. XI

lières^ soit à la Bibliothèque impériale^ et à celle de r Arsenal. On les a rangées suivant l'ordre chronologie

* Ces manuscrils proviennent, pour la plupart, de la bibliotbèqut dt lâjJemoîsellc de Théméricourt , et sont des copies faites sur les originaux, p^r elle - même ou sous sa surveillance. Cette demoiselle , qui dans son onrance avait élé placée à Port-Royal des Champs, fut toute sa vie fort attacliée à cette communauté , ct'elle s*élait particulièrement consacrée à la transcription et & la conservation des écrits de toute espèce , émanés de SCS membres ou relatifs à son histoire. Nous avons déjà eu occasion d*eii parler dans Tintroduciion de V Abrégé de la vie de Jésus-Christ, par Pascal. — La Bibliothèque impériale possède quelques-uns des manuscrits pro* venant de mademoiselle de Théméricourt.

Les mêmes collections particulières nous ont fourni huit lettres autographes de la mère Agnès , dont Tune a servi à faire le fac-similé qui accompagne la présente édition.) Les dép6(s publics contiennent un assex grand nombre de ses lettres originaleê, mais ses lettres autographes sont très-rares, et la Bibliothèque impériile n*en possède que deux qui se trouvent dans le manuscrit : Supplément français, 3,029. 9.

i MS. fonds de VOrataire, n» 206, intitulé MS. de P. R. Il contient 402 lettres de la mère Agnès ; il y a aussi des lettres de madame de Longueville» de mademoiselle de Vertus» etc. Ce MS. parait avoir été transcrit sur une copie de mtdemoiselle de Théméricourt. — Supplément français , no 3,029» 9. A. intitulé : LeUresde lamère Agnès à madame de Sablé. U y ■ vingt-cinq lettres originules; mais deux seulement sont signées; plusieurs ponenl eneore le cachet qui représente un ostensoir, avec cette légende : Detu nbÊcandituM. — • Supplément franrais , n« 3,029. 9^ indiqué comme composé de leitres de la mère Angélique , en contient deux de la mère

Agnès. -*— Fonds de VOratoire^ u« 460', intitulé Port-Royal , contient les extraits de lettres delà mère Agnès à mademoiselle Pascal. Cette copie i été faite, suivant toute apparence, sur les MSS. du père Guerrier. —> Fonds Saint' Germain français, no 4,508. Lettres des Religieuses de P. /?., contient dix-neuf lettres originales^ écrites presque toutes à madame de Sablé* — Supplément français^ n» 2,674. Mémoires d'JIermant, contient une lettre* — Résidu Saint' Germain f paquet 27, no» 4, 5, 6 et 7, contient douze let* Ires^ ot les paquets 29 et 33 deux ou trois.

' MS. Théologie française , n» 43. Papiers de la famiUe Amauld^ t. 111 » u« 449, contient une lettre de la mèi:^ Agnès. — Fonds Belles-lettres frat^^ rmseSf n* 375 ter, vol. intitulé : Leitres de diverses Religieuses de P. /?., contient la copie de 3i3 lettres de la mère Agnès.

DE LA MftRE ^

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