‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 12 sur 246 · III.-A · texte numérisé non relu

III.-A

DisposiiioDS chrétiennes dans un état de maladie.

4626 ou 4627.

y. V. Jésus et sa très-sainte Mère.

Ma très-chère sœur, Je désirerois avoir le loisir et la capacité de vous écrire souvent^ puisque ce vous est une consolation ; mais je crois que comme telle Notre-Seigneur vous en veut priver, n'en ayant ni le temps ni l'esprit, et principalement je manque de celui de Dieu sans lequel on ne peut entrer dans les âmes. Je supplie Notre-Seigneur qu'à mon défaut il vous console lui-même, et que ce soit de la consolation de saint Paul, qui surabondoit de joie en toutes ses tribulations. Noos avons appris que votre mal de tête est plus mauvais qu*à Tordinaire. Je ne sais pourquoi vous ne voulez pas que nous en soyons touchée, si ce n'est que vous ne vous souciez pas de notre compassion, et que vous n'avez pas intention de nous faire part de votre mérite; mais vous ne sauriez empêcher ni l'un ni Tautre, puisque nous sommes si unies, que vos biens et vos maux ne peuvent être que communs. Rendez-vous à Dieu, je vous supplie, dans cette infirmité d'une manière digne de lui, c'est-à-dire ne regardant que sa volonté et son ordonnance sur vous, à laquelle pas un prétexte, pour saint qu'il soit, ne mérite d'être comparé. Adorez l'indépendance de Dieu dans votre inutilité, et confessez, par votre résignation à être saine ou malade, que Dieu n'a que faire de vous ni de votre santé, et faites plus d'estime de ne rien faire parce que Dieu vous y réduit, que de travailler beaucoup pour son service, en tant qu'actions qui partent de nous et par conséquent qui sont

fort petites et bornées. Hais où Dieu se trouve^ il y a toujours infinité^ pourvu que Tâme entre en lui et en ses desseins; et c'est peut-être en ce sens que saint Paul dit que ce qui est foiblesse en Dieu est plus fort que les hommes^ et que la vertu se perfectionne en Pinfirmité^ le prenant pour rinflrmité spirituelle qui est une désistance de Fâme qui a (tout) laissé à Dieu^ sachant qu'elle ne peut subsister par elle-même, et qu'il n*y a rien de si avantageux pour elle que de porter les dispositions de Dieu. Recevez les charités que Ton vous rend dans la même pensée que Dieu veut vous faire voir par là qu'il se passe fort bien de votre service^ et vous réduire à l'humiliation non-seulement d'être inutile aux autres^ mais encore de leur être à charge. Acceptez cette abjection dans l'intention divine^ et ne vous souciez de rien, sinon d'être toute à lui. Ma sœur Opportune se porte mieux^ Dieu merci. Le temps me presse de finir, je suis pourtant sans fin^

Ha chère sœur^ Votre très-humble et affectionnée sœur et servante en J.-C.,

Sœur Çatherine-àgnès^ R. ind.

Ce vend, 25.

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