‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 37 sur 246 · XXI.— A Monsieur Vàbhé de Saint-Cyran · texte numérisé non relu

XXI.— A Monsieur Vàbhé de Saint-Cyran

Poar le remercier du second écril qu'il avait fait imprimer pour la défense

du chapelet secret du Saint-Sacrement.

De Noire-Dame de Tard, 7 mat 1634.

Monsieur, — Je ne me donnerois pas l'honneur de vous écrire

' Jeao do Vergier de Hauramie, abbé de Saint-Cjran. Il fit connais- T. 1. 3

sitôt après ma dernière^ craignant de yous être importune, si je n'en étois pressée par le ressentiment extrême des effets de votre charité^ qui sont revenus jusqu'à nous ces jours passés, pour nous mettre dans l'étonnement et l'admiration de voir une persévérance si courageuse à protéger les innocents, et des marques si évidentes que le Fils de Dieu agrée cette œuvre de miséricorde par la bénédiction que Dieu donne à un ouvrage^ où je crois que tout le monde confessera quil ne manque rien pour sa perfection, et qu'il n'y a qu a désirer pour le rendre infiniment utile, que l'adoucissement des esprits, afin qu'ils soient capables d'ouvrir les yeux à des lumières si solides et si saintes. La meilleure raison qu'allèguent les adversaires est celle-ci, que le petit écrit (du chapelet) ne porte pas un sens si avantageux que celui que son défenseur lui donne : ce qui les devroit néanmoins apaiser et les faire entrer dans des senlimens de bonté pareils à ceux qu'il fait paraître en sa défense.

J'ai reçu un accroissement de foi par le moyen de cette seconde pièce qui m'a extrêmement réjouie ; ou pour mieux dire, ma foi n'est point augmentée, mais il est permis maintenant d*en faire profession et de ne plus méconnoUre celui qui est au milieu de nous, et qui a voulu demeurer caché jusqu'à cette heure. Mais pourquoi, mon Père, nous avoir refusé cette consolation de vous pouvoir rendre nos très-humbles actions de grâces, puisqu'elles sont si peu de chose qu'elles ne peuvent en façon du monde diminuer la louange que vous attendez de Dieu, d'avoir travaillé dans un parfait désintéressement? Je m'en prends à TÉvangile qui commande que la main gauche ne sache point le bien que fait la droite; et je crois que celle-là n'en auroit jamais rien su, si la droite même ne se fût découverte en un certain endroit^ où l'on parle d'une lettre dont on se souvient bien ici. Mais que me sert cette connoissance, puisqu'elle me laisse dans le même silence où je demeurois aupa-

sance avec A. d^Andilly en 46Î0, elpeu de temps après avec la mère Angélique. Il alla k Port-Royal pour la première fois en 4623.11 devint directeur des religieuses de Port-Royal en 4635. Le 44 mai 4638, il Tut arrélé et enfermé au donjon de Vincennes II en sortit le 6 féTrier 4643. Il est mort le 4 4 octobre 4 643, dans la 62< année de son âge.

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XllU — A MONSlEttl ARNAIJLD D*AND1LLY. ^tô

rayant; ne trouvant rien à dire, sinon que la charité divine doit être la récompense de celle-là qui n'a point de proportion avec la créature? Et comme en recevant de Dieu, on ne fait point difficulté de lui demander de nouvelles grâces, et que la réception de celles quMl a déjà données est une disposition et un mérite pour en attirer d'autres, j'attends de nouveaux effets de votre bonté devant Dieu, pour me rendre toute autre que je ne suis, ne trouvant rien en moi de quoi je ne sois obligée de demander Fanéantissement, hormis de la qualité que j'ose prendre, mon Père, de

Votre très-humble et très-obéissante fille et servante en Jésus-Christ,

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