‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 88 sur 246 · LXXXVI.— À MADAME D-'ACMONT. I4l · texte numérisé non relu

LXXXVI.— À MADAME D-'ACMONT. I4l

aurez été aujourd'hui sans nouvelle, ce qui n'est pas correct, si ce n'est qu'il vous faille dire avec Tobie : votre pauvreté vous suffit, c'est-à-dire, vos incommodités et les fatigues de votre voyage vous valent mieux que nos lettres, car elles ne sont que des feuilles, et les autres sont des fruits.

J'écrivis hier, aussitôt que l'on m'eut dit le besoin de Simon, votre ancien cocher, à mademoiselle de Lamoignon pour qu'elle le protégeât : on ne le trouva point à l'heure; on y a renvoyé, mais je n'ai pu savoir la réponse.

L'on nous a amené aujourd'hui la sœur converse que vous avez vue, non plus avec des prières pour la recevoir, mais avec des menaces, nous représentant les jugemens de Dieu, et l'obligation de faire la charité, et qu'à faute d'accepter celle-là, toutes les autres que l'on fait seront perdues; enfin, n'ayant pu vaincre notre dureté, ils ont protesté qu'ils la laisseroient sur le pavé, et ils avoient quasi la mine d'en venir à l'effet : conclusion, nous avons envoyé quérir Marie Dufresne, entre les mains de laquelle on Ta déposée en attendant M. Singlin. Ses conductrices étoient une religieuse de Montmartre, maintenant supérieure d'un petit établissement, et la demoiselle de madame de Hiramion, laquelle demoiselle étoit fort inté* ressée en la cause, ayant fallu, à ce qu'elle dit, qu'elle lui ait quitté son Ut la nuit passée, n*y en ayant point d'autre chez eux.

L'on n'a reçu qu'après diner ces lettres de Maubuisson, ce qui a fait perdre l'occasion d'envoyer par le messager les oranges et le sirop. Notre mère vouloit envoyer exprès aujourd'hui, mais ayant lu la lettre tout du long, on a trouvé que la purgation est différée, et qu'on vous doit mander des nouvelles lundi.

Notre chœur résonne à merveille; on y va chanter la grand'messe pour en faire l'essai avant la féte^

C'est toutes nos nouvelles, avec celle que je suis anciennement et nouvellement, ma très-chère sœur, votre très-humble et très-obéissante servante en Jésus-Christ.

Sœur Agnès, R. ind.

* Du Saint-Sacrement^ le 4 4 juin

m ^ URTRES DE LA MiRE AQlliS.

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