LXIV.— A une religieuse de Port-Royal
Sur la persévérance dans la luicrc. — Moyens de coniballre ses propres
pensées.
I^i pcnstnî que vous avez de demander toujours secours à Dieu et de ne vous euuuver point est si bonne que je ne voiw dcsire autre chose que lu iidélité a suivre ce sentiment. C'est le remède à toutes choses, et un remode qui ne manque jamais, puisque en quelque état que nous soyons, la |)riere nous est toujours permise. Notre-Seigneur disoil hier dans l'évangile, (jw sou (futps n'étoU pas vncore reim , mais que le nôtre étoU (oujoiirs prêt*. Si Ton ose se servir de ces i>aroks au sens dont nous i»arlons. ou peut dire que le temps que Uieu nous veut délivrer de nos misères n'esl pas encore venu; mais celui de Tinvociuei' esl présent, et il n'^ a lien a alleudre pour cela, sa parole et ses promesses nous éUuil domiées pour uous y convier.
l'uiles comme saint Augustin, qui laisoit le sourd àses pensées; diverlissez-vous-eu le (dus i|ue vous pourrez, sachant
I M. de SaiiU-Cjran. {Mole du ntannscril.)
* hvaugilu ilu nianli apreb lo diiiiaaclie do la l'a>>iun. .^.iiiil Je^iu, cil. VII, V. 0.
que les conséquences et les conclusions que vous en tirerez seront erronées, et que Dieu vous connoît et vous juge par îles principes (jne vous ne pouvez pénétrer, ce qui vous oblige d'accepter l'ignorance absolue de ce que vous êtes au regard do lui, demeurant en sa [)ré>ence comme un vaisseau perdu.
C'est bien fait d'imiter les saints dans les mouvement de leur dévotion et dans leur vie intérieure; mais pour les actions extérieures, elles doivent être réglées par l'obéissance; c'est pourquoi nétant pas actuellement dans le désert comme saint Zozime, qui ny pouvoit dire la messe ni communier, il ne se faut point priver de la communion si Dieu ne nous y oblige par queUiue instinct particulier. Je ne sais comme vous entendez de vouloir réparer les dernières années, autrement qu'en les exposant a Dieu, afin que sa grâce en fasse la réparation par la confusion et la componction qu'elle vous donnera d'y avoir si peu avancé. Vous n'avez besoin de personne pour cela, qui se doit passer entre Dieu et votre àme tout anéantie devant lui.
Vous ne ferez jamais rien jusqu'à ce que vous fassiez la guerre à vos pensées par de fréquents retours à Dieu, ou par des vues intérieures si vous le pouvez, ou par des paroles, ayant toujours quelque verset des psaumes préparé, ondes paroles de l'Evangile pour les prononcer lors, et pour vous défendre contre ces mauvaises attentions; ou bien par signe, faisant le signe de la croix sur votre cœur; ou vous jetant à genoux devant Dieu pour marque que vous lui demandez secours. Vous ne guérirez jamais sans user de ces remèdes, car la négligence et l'impénitence sont les plus grands de tous les maux.