LXXX.— A une religieuse de Port-Royal
Ma sœur, Je pensois vous répondre en marge, mais il y a trop |)eu de place; je me servirai de ehill'rcs, (jui exemptent de répéter l'article cà quoi l'on répond.
1. — Il est nécessaire de faire quelques efiorls contre les répugnances, tentations, dislracliotis, etc.; et ces ellbrlsne sont pas censés être humains (juand on les fait pour se ilisposer à recevoir la grâce, de laquelle seule on attend tout ; mais (juand on prétend par ses ellorls (l'(»l)lenir ce (pion désire, e'esl alors (ju'ils sont humains et qu'ils doivent élre relranehés. Poiu- les premiers,' Nolrc-Seigneur dit (jue te royaume de Pieu souffre riolcttre; el contre les (secontl>) le Prophète dit (jue si le Seiyucur ne yurde l<i cité, en vain Iravaille ivlui qui la yardc.
•1 — Il n"\ a [loirl de doiUf (|ue iMeu vous donne ce (|u'il vous demande, au moins ()iie c'est sou dessein de vous le donni'r, si N(Mis usez des movens pour rac<iuérir, (|ui sont une « ontinuclle oraison. Quelle oraison est celle-là de résister aux bons mouvemens (jue vous sent( z de vous rendre à faire votre devuii , i-arce que vous crovcz (|ue l'en vous y veut contrain-
i74 LETTRES DE LA MÈRE AGNÈS.
dre ! C'est vous tromper toute seule, car on n'a garde de vous assujettir par force, et si vous manquez à la grâce, c'est à elle à qui vous avez affaire ; et quelle grâce pouvez-vous espérer dans la faute que vous commettez contre la même grâce, la retenant prisonnière en injustice?
3. — Pour ne l'exiger pas, vous n'en êtes pas moins redevable à Dieu, et l'on ne vous excuse pas tant que vous pensez : mais que feroit-on? On vous laisse à votre conscience, qui est le plus sévère juge que vous sauriez avoir.
4. — Il est vrai aussi que les impuissances sont des châtimens de Dieu pour nos péchés, ou pour celui de notre naissance ; et c'est pourquoi elles ne nous excusent pas, puisqu'elles présupposent que nous sommes coupables; il les faut néanmoins souffrir humblement en disant à Dieu qu'il est juste et (}ue son jugement est droit.
5.— C'est en faire trop peu de cas (des bonnes pensées) de dire seulement que vous les aimez mieux que les mauvaises. Il les faut recevoir avec action de grâces comme des excellents dons qui viennent de Dieu, sans lequel nous ne sommes pas capables d'avoir seulement une bonne pensée.
6. — Vous direz le psaume Venite , exuUemus, qui est, ce me semble, un hommage rendu à Dieu pour l'accès qu'il nous donne vers lui. Au troisième verset, vous adorerez la communication qu'il nous fait de sa grâce. Au quatrième, vous lui demanderez pardon de vos endurcissemens. Au dernier, vous lui promettrez une nouvelle fidélité.
7. — Ces sentimens qui vous portent à la prière sont une marque que Dieu vous veut exaucer, et qu'aussitôt que vous l'aurez invoqué, il dira : Me voici.