‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 190 sur 205 · CXIII.— Règlement pour la journée · texte numérisé non relu

CXIII.— Règlement pour la journée

Étant éveillée, faire l'exercice du matin. — Dire Matines et Laudes. — Après s'être habillée, dire Prime.— Faire l'oraison demi-heure. — A huit heures et demie, dire Tierce. — Aller à la messe. — Étant revenue de la messe, lire demi-heure.— Travailler jusqu'à onze heures.— A onze heures, dire Sexte, faire l'examen. — Après dîner, s'entretenir quelque temps. — A trois heures, une demi-heure de lecture. — A quatre heures, l'oraison demi-heure, dire Vêpres. — Travailler jusqu'à la collation.— A sept. heures, un demi-quart d'heure d'oraison; Compiles ensuite, et l'examen.

A toutes les heures , interrompre ce que l'on fait (excepté l'olfice et autres prières), pour regarder Dieu et se tenir l'espace d'un Ave en sa présence, afin qu'il nous regarde, s'il lui plaît, pour renouveler notre âme qui déchet toujours insensiblement. Ajouter à cela l'invocation de la sainte Vierge, de saint Joseph et du saint dont on fait la fête.

Au sortir de l'oraison, se tenir en repos l'espace d'un Mserere, pour accoiser' l'esprit et pour empêcher qu'il ne se re-

* Recueillir, arrêter.

CXIir.— RÈr.LEMENT POl R LA JOIRNÉE. TilO

prenne trop brusquement et se porte avec activité à (jueKiue autre action pour soulager la contrainte qu'il a eue en cellelà, ce qui est capable de faire perdre le fruit de l'oraison qui n'est autre que cet accoiseuient intérieur qui rend lïime soumise à Dieu et capable de le prier. Ce repos servira aussi à délasser l'esprit, et lui faire concevoir rjue l'oraison n'est point une chose si difficile, puisqu'elle continue lors même qu'on la cesse, pourvu qu'il ne soit rien intervenu qui ail retiré l'âme de l'assiette où elleétoit pendant son oraison.

Avoir soin de déprendre souvent son esprit des attaches imperceptibles oii il se trouve cent fois le jour, agissant par propre volonté, ou avec trop d'activité, ce qui fatigue rame et l'indispiise à l'adhérence qu'elle doit toujours avoir à Dieu. Avoir aussi attention à réjtarer les fautes que l'on remarque, particulièrement celles qu'on sent qui blessent l'àme, quoiqu'elles semblent légères, comme sont celles qui se font par inclination ou par (juclqne affection dofuinante. Celte réparation se fait par un désaveu ; mais il faut (jue ce désaveu se fasse par la lumière de la grâce , et non |)ar celle de la raison , (jui ne nous donne (|u'uno connoissance stérile de nos faults, ensuite de ({uoi l'amour-propre excite une confusion et un découragement; au lieu que la lumière que Dieu nous en donne nous met dans la componction (|ui expie notre faute et en diminue la racine, (jui est d'ordinaire l'orgueil et la recherche de soi-même; car la grâce fait toujours ces deux eflels dans l'âme, doter le mal et d'augmenter le bien.

Pour n'être point prévenu «le cette vue <le nos fautes qui est imparfaite et intéressée, il faut s'arrêter t((ut court (|uand on s'aperçoit d'en avoir commis (juebiuune; et avant (jue de l'envisager, il se faut mettre dans une bonne assiette d'esprit, c'est-a-dire en la preseiiee de Di'Mi, aliu (|ue ce soit son Ksprit- Saint et sa divine lumière (pii portiiit jugement de nous et de notre fauhî,et rendent notre cœur lle.vible à l'impression (ju'il lui plaiia d'y exciler. se poilant eiisiiile par la même inspiralion a en faire (|uel(pie pénitence evlerieiiK; pr«»porlionnee.

Se souvenir souvent ({u'on est en retraile, c'est-à-dire eu un temps où l'on ne doit avoir (|u'iiiie seule chose dans l'esprit, qui est d'attirer la grâce de Dieu par un renouvellement de

"vie. Faire les autres affaires à quoi il faudra vaquer fort tranquillement pour les rapporter à la même fin, et se préserver du tracas qu'elles apportent. Supprimer toutes celles qui pourront être omises, afin que Dieu trouve l'âme vacante et disposée à recevoir ses saintes visites.

Prendre garde à ne faire aucun effort pour être recueillie, parce que tout ce qui est forcé ne peut durer. Imiter la conduite de la grâce qui agit avec suavité; étant mieux de demeurer stupide et sans aucun sentiment que d'en exciter avec quelque contrainte. C'est la pratique de cette excellente vérité qui donne lieu à la grâce; et c'est s'en éloigner que de vouloir comme ébranler son âme pour la porter \ers Dieu. Car, puisque nous sommes paralytiques, c'est eu vain que nous tâchons de nous mouvoir; c'est assez que nous nous exposions à Dieu pour recevoir mouvement, s'il lui plaît, ou pour être laissés dans notre impuissance. Ce sont ces efforts vains et inutiles qui lassent les âmes et leur donnent des dégoûts des exercices intérieurs, les estimant difficiles, ce qui n'est qu'à l'égard de celles qui les entreprennent par elles-mêmes; au lieu que les autres qui attendent le mouvement de la grâce dans la paix de leur cœur et dans la soumission au moment auquel elle se veut communiquer, expérimentent la vérité infaillible de la parole de Notre-Seigneur, que son joug est doux et sa charge légère.

CXIV.— Règlement de la journée, Pour une pensionnaire qui faisoit une retraite (Titre du ms.)

Se lever à cinq heures. — Prier Dieu demi-quart d'heure. — Puis dire Laudes.— S'habiller, et dire Prime. -Se faire peigner en silence, se coiffer, et faire sa cellule.— Déjeuner.— Lire une demi-heure.

Ecrire ou travailler jusqu'à Tierce.— Dire Tierce. Aller à la messe. — Reprendre l'ouvrage jusqu'à Sexte. — Dire Sexte. — Faire l'examen. — Aller au réfectoire.— Une heure de conférence.— Lire une demi-heure. — Dire Noue.— Travailler une heure. — Ecrire le reste du temps jusqu'à Vêpres. — Dire Vêpres.

Page 1