CXVII.— A Mademoiselle Pascal
Il faut préférer la volonté de Dieu à toutes choses.
jg août 1630.
Je viens de recevoir votre lettre, et j'y fais réponse aussitôt, en faveur de notre père saint Bernard, afin de nous joindre à vous en cette solennité qui nous sera commune quand il plaira à Dieu. Cependant, ma chère sœur, vous commencerez d'être sa fille, si vous préférez la volonté de Dieu au désir que vous avez d'être de son ordre. Adressez-vous donc à lui, et qu'il promette à Dieu pour vous que vous ne désirez rien dans le ciel et que vous ne voulez rien sur la terre, sinon qu'il soit le Dieu de votrecœur, et qu'il soi ta jamais votre seul et unique partage. Il n'y a point de religion, ma chère sœur, ni aucun genre de vie qui donne cela, et cependant sans cette disposition toute la piété extérieure est vaine, et même l'intérieure, qui consiste en des mouvemens de dévotion, s'ils n'assujetis-
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sent entièrement l'Ame a Dieu, pour ne vivre que de sa volonté qui doit être notre nourriture, selon ce que dit Notre-Seigneur de lui-même : Ma viande est que je fasse la volonté de mon Père.
Pour cette personne, il vous faut ramentevoir souvent celte vérité, que si Dieu n'édifie les ànws, on travaille en vain ; c'est pourquoi il laut plus prier pour elles, que non pas leur parler de Dieu, sinon par l'exemple qui est une sorte de langage que tout le monde entend et qui instruit mieux que tous les autres discours.
CXVIIL— Â Mademoiselle Pascal.
Sur le refus que monsieur son père lui avait fait de lui permellre d'entrer en religion. — Et sur la soumission qu'elle doit avoir à ce retardement.
\h septembre lO-'iO.
Il faut recevoir la réponse que monsieur votre [)ère vous a laite comme un arrêt de Dieu (jui s'est réservé un autre temps pour vous faire la grâce d'accomplir ce qu'il >ous a fait la grâce de désirer. Il y a des âmes qui seroient infidèles à Dieu si elles ne se liùloient d'exéculer les inspirations (ju'il leur donne, et vous le seriez, au contraire, si vous ne vous soumettiez au retardement à quoi Dieu vous oblige, non-seulement extérieurement, mais aussi du cœur, en vous soumettant paisiblement aux ordres de Dieu et rendant celle nécessité volontaire; alin qu'il soit vrai de dire que la loi n'est point imposée aux justes, parce que ne voulant (|ue ce que Dieu veut, ils accomplissent ses lois et ses [treceples aNec inie entière liberté et sans aucune contrainte. Une si cela ne peut être encore en >ousde la sorte, au moins rendez-vous-y de la manière que Noire-Seigneur Jésus-Clirist nous la enseigné, lorsque |)renant la personne des im|>arlaits, il dit a son l*ère : Que ma volonté ne soit pas faite, mais la vôtrv ; lémoignanl (ju'il seuloil une volonté «jui repugnoil a l'ordre de Dieu (jui éluit (ju il souilVil.
Il ne faut plus que celte personne pense qu'a rendre ses devoirs a celui qui lui tient la place de Dieu, et qui a le pouvoir de-la crucilier en la tenant atlacliée où elle est, ou de la délivrer en lui donnant peruiissidu de ne vivre plus qu'il Dieu seul.
Nous attendons des nouvelles de votre disciple. Je crains que votre absence n'éteigne son étincelle, car elle est encore bien peu allumée, et peu enracinée dans la vertu. C'est ce qui fait beaucoup hésiter pour entreprendre de servir les âmes, parce que si Dieu n'a commencé à les toucher puissamment et à s'en rendre le maître, toutes les peines qu'on prend ne font que les ébranler et les persuader pour un temps, jusqu'à ce qu'il arrive quelque tentation qui renverse cet édifice qui n'avoit point de fondement. Je prie Dieu qu'il n'en soit pas ainsi de cette personne, mais qu'il la fasse entrer dans le premier degré de la vertu chrétienne, qui est d'être immobile dans le dessein de lui plaire.