CXXIII.— A Madame le Maitre, sœur Catherine de Saint-Jean
Pendant sa dernière moladie.— Ce qu'il faut faire quand on ne peut pas beaucoup prier.
1 T janvier 1 651 .
Ma très-chère sœur, Vous avez trop de bonté pour ne pas
croire que nous sommes continuellement en esprit auprès de
vous, pour compatir à vos maux, et prier Dieu qu'il répande
ses bénédictions dans votre âme par la vertu de son précieux
nom de Jésus. C'est le partage de ceux qui sont en l'état où
vous êtes, et qui ne pouvant pas prier avec étendue, trouvent
dans la seule prononciation de ce nom divin la plénitude des
grâces qu'il vient apporter en la terre par la première elTusion
de son sang. Vous avez conformité avec ce divin Sauveur, ma
très-chère sœur, par les souffrances qu'il vous fait porter;
c'est pourquoi vous devez espérer qu'il vous la donnera aussi
à la grâce qu'il vous a méritée. Rendez cet honneur à sa
bonté qui est infinie, de vous reposer tellement sur elle que
rien ne puisse ébranler votre confiance. Séparez ce que vous
êtes d'avec ce qu'il est en qualité de Sauveur, et dites-lui avec
saint Augustin : « Seigneur, regardez, s'il vous plaît, votre
« œuvre en moi, et non la mienne; si vous regardez la
« mienne, vous me damnerez; si vous regardez la vôtre, vous
« me couronnerez. » L'on ne manque pas, ma très-chère
sœur, de vous inspirer de semblables sujets de confiance,
mais il faut que Dieu vous parle au cœur pour vous faire
entrer dans cet esprit d'adoption de ses enfaus, qui chasse la
crainte par l'introduction de la parfaite charité. Il s'est donné
à vous pour cela, ma très-chère, afin de vous mettre dans le
cœur et dans la main (comme disoit notre bon père) un prix
infini, pour opposer à la justice de Dieu qui n'a pu demander