CXXV.— A Monsieur Amauld
Pour le remercier de |;i lellre (|ii'il lui livaii éerile sur la mort de madame le Maiire, Sd-ur Calheriue de Sainl-Jean».
25 jimvier 1651.
Mon très-cher père, Je vdus remercie Irès-humblement
< Le docteur Amauld, qui assisia madame le Maître dans celle <lernière maladie, ainsi r|iie M. [de Sacy, fil.s de eelle dame, <|ui avait àlé fait prêtre aux iiualre-teiii|is de l'avent 161'.).
* Vo)<v. eelle lellre (.l/f^Hi. *rr/rft/i/, t. III, |i. .l.')6) du 23 janvier 1651.
d'avoir voulu réparer si avantageusement la perte que nous avons faite de n'avoir pu rendre les derniers devoirs à ma chère sœur, et d'avoir été privée de ses dernières paroles. Ce que vous prenez la peine de nous rapporter nous donne un grand sujet de croire que Dieu étoit véritablement dans son cœur, et que c'étoit lui qui mettoit en sa bouche les paroles qu'elle disoit, et qu'il a voulu qu'elle ait dites pour notre consolation, car elle n'avoit pas accoutumé de manifester ses bons sentimens, elles les lenoit plutôt cachés en elle-même ; mais Dieu a voulu faire voir qu'elle avoit un trésor au dedans, qu'elle a conservé avec d'autant plus de sûreté qu'elle Ta moins découvert.
J'ai une grande consolation qu'elle ait reçu une seconde fois le saint viatique, si proche de sa fin, et lorsqu'elle étoit déjà toute séparée du monde et attachée à Dieu seul. M. Singlin nous avoit donné charge de regarder dans le rituel de Paris nouvellement imprimé ce qu'il ordonne là-dessus. Nous avons extrait l'article que je vous envoie, qui vous confirmera dans ce que vous avez fait, et vous donnera liberté de le faire encore plus souvent une autre fois.
Nous avons donné votre lettre à mon frère \ après en avoir retenu copie. Il l'enverra à M. d'Angers '. Il appréhende beaucoup, et nous avec lui, l'excès de sa douleur, tant pour sa tendresse, qui est extrême, que pour être seul et sans consolation au dehors, ni peut-être au dedans de lui-même. S'il plaisoit à Dieu qu'il prît cette affliction comme il faut, elle lui ouvriroit les yeux pour connoître ce que Dieu demande de lui, et pour trouver son repos et son salut tout ensemble.
Nous sommes ici dans les alarmes de la maladie de madame d'Aumont, qui se rend fort fâcheuse depuis hier. Je le mande à M. Singlin, qui se résoudra de revenir, comme je crois. Ces voyages si fréquens le travaillent beaucoup; Dieu sera son soutien, s'il lui plaît.
Je salue très-humblement mon neveu de Sacy, et avec votre permission mon neveu le Maitre, et de Vallemont. Mon
i Arnauld d'Andilly.
* Henri Arnauld. 11 avait été s^cré évêque d'Angers le 29 juin 1650.