CXXXIII.— A une religieuse de Port-Royal
Elle TaverlU de ses défauts, et lui parle des austérités corporelles, de la fidélité à ne rien faire que par l'ordre de l'obéissance, de l'office divin, de la sainte communion, etc.
19 juin 1651.
Ma très-chère sœur, Vous ne doutez pas que ce ne soit une chose absolument nécessaire, pour profiter en la voie de Dieu, d'ouvrir son cœur à quelqu'un, et, autant que l'on peut, multiplier les personnes, pourvu que ce soient celles que Dieu nous donne, c'est le mieux; mais pour ce qui est de la manière de le faire, je veux dire de vive voix ou par écrit, cela est indifférent, et il faut choisir celui qui vous est plus facile, afin de ne point faire d'effort à votre esprit sans besoin.
Vous avez grande raison de renouveler vos actions de grâces <à Dieu dans le souvenir de ses miséricordes sur votre âme, qui sont très-signalées eu égard à l'état dont il vous a tirée, et d'où il étoit impossible que vous pussiez sortir sans un secours tout miraculeux. C'est aussi la reconnoissance la plus proportionnée que celle qu'il vous inspire, qui est de vous affectionner de plus en plus à la pénitence, et la meilleure de toutes sera celle qui vous appliquera à la correction des défauts que vous remarquez en votre lettre. Pour l'austérité du corps, il me semble que vous vous y portez avec peu de réserve, et même vous y excédez bien souvent en faisant plus que l'on ne trouve à propos que vous fassiez; en quoi vous rabaissez la grâce que Dieu vous fait pour ce regard, en y mêlant votre humeur naturelle (|ui tient trop ferme dans les choses qui lui semblent bonnes; et vous devez avoir moins d'appréhension de manquer en ce point que dans la mortification de l'esprit, de laquelle je crois que vous êtes autant persuadée que de celle du corps; mais comme la première est plus difficile, vous y avancez aussi beaucoup moins, quoique les fautes qu'on