‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 187 sur 247 · CLVIII. — A LA SOEl R MAHIE-DOROTHÉE DE l'INCARNATION · texte numérisé non relu

CLVIII. — A LA SOEl R MAHIE-DOROTHÉE DE l'INCARNATION

sent en usage et qu'un en fît aucune pratique, soit en ce monastère, soit ailleurs, comme aussi n'en a-t-on fait aucune. Je puis, au contraire, assurer que jai plutôt appréhendé que ce petit écrit vî( le jour, et que ça été le sujet (|ui me fit lui donner le titre de Chapelet secret, croyant que ces pensées, (jue Dieu, autant que j'en puis juger, m'avoit données en l'oraison, ne dévoient |>oint être proposée-; à d'autres âmes pour s'en serNir, de pem- (ju'elltsne les [jhssent à contre-sens.

Je déclare de plus que les impiétés et les blasphèmes que quel(|ues-uus ont voulu trouver dans quel((ues paroles de cet écrit, en t^e persuadant (iii'il ne lendoit qu'à ruiner les effets d'amour que Dieu a témoignés |)Our nous, et nommément au sacrement de IKncliarislie el au mystère de rincarnation, ont toujours été et sont encore, par la grâce de Dieu, très-éloignés de mes sentimens, de mes intentions et de mon esprit.

C'est ce que je suis prèle d'assurer même avec serment, s'il en est hesoin , devant (|ui (|U(! ce soit, el piiucipalement devanl Mgr l'archevêque de Paris, notre supérieur; mêlant sentie obligée à faire celle déclar.ilion très-vérilablo et trèssincère, [)arce que j'ai appris depuis jteu avec douleur (jue quel<pies-uns,altribuanl laussemenl ce Chapelet à .M. labbé de Saint-Cyran, en ont fait un des [)rincipau\ fondemens des étranges calomnies dont ils s'efforcent de ditlamer sa mémoire.

Fait au monasière de l*orl-Ku\al du Saint-Sacrement, ce ,'{0 janvier 1652.

Sœur Catherine -Agnès de Saint-Paul.

CLVIII —A la sœur Marie-Dorottiée de l'Incarnation Le Conte.

Elle se réjouit de sa guérisoit. — Elle l'exliorle h réprimer les badiiieries d'uiK' scpur.

Ditiuinrlu- \\ fivriiT{\()'i2).

Ma Irès-cbère suin . il ne vous resloit (ju'une maladie pour témoigner a Di«'U la solidité de votre changement, puis(|ue Dieu vous a fait la grâce de la souffrir sans «Ifroi et avec résign.'ition, connue je crois, de; rnourii* aussi bien en un lieu qii en un autre. Je mo réjouis (|ue vous soyez guérie, ou peu

s'en faut. Celte maladie vous servira à vous ôter le scrupule que vous auriez eu du Carême. Nous devons penser toutes deux à nous bien acquitter du jeûne spirituel, qui ne diminue point les forces, mais qui les augmente.

Je vous envoie la Considération d'aujourd'hui * transcrite^ mais mal, n'ayant qu'une feuille, et celle de la Purification. Nous avons encore les deux dernières demandées.

Je vous donne le bon jour, ma chère sœur. Je n'avois osé dire à madame d'Aumont que vous étiez malade, jusqu'à hier au soir qu'elle me le demanda. Elle est bien aise que vous en soyez quitte : elle se porte mieux aussi.

Je vous supplie de dire à ma sœur Marie-Charlotte ^ que je la visite en esprit, pour lui ramentevoir d'offrir son mal à Dieu, et de l'accepter pour la guérison de son âme.

Je ne vous dis rien hier sur un point de votre lettre, faute de temps. C'est sur les badineries de ma sœur Gabrielle à notre égard. Je sais bien que vous improuvez ces chuses-là, mais je craindrois que vous n'eussiez de la retenue à les empêcher, par quelque réflexion de ce que ces badines en penseroient;et il faut passer par-dessus avec une force et une vigueur qui les corrige, et user même de menace de découvrir la chose aux confesseurs; car, à moins de cela, elles ne se soucient pas de tout ce qu'on leur en dit, et quand on les prend par la conscience elles se rendent, car elles craignent Dieu. Je ne vois pas plus de sagesse dans celles qui sont de la maison. Vous savez les àpretés de ma sœur N. pour avoir ce qu'elle veut, et vous avez vu depuis peu ce qu'a fait ma sœur N, Il y a de la conformité dans le mal et dans le bien, autant à celles qui sont de la maison que celles qui n'en sont pas.

• Dimanclie de la quinquagésime (Pâques, 31 mars). De Sainie-Claire Arnauld d'Andiily.

ri-IX. — A LA SfECR MARIE-DOROTHÉE DE l'INCARNATFON. 229

CLIX.— A la sœur Marie-Dorothée de l'Incarnation Le Conte, à Port-Royal-des-Champs.

Sur divers sujets.

Samedi 2 marx (1632).

Ma très-chère sœur. Je n'écris point à notre mère ' pour ne la pas surcharger d'une troisième lettre. M. Sinjîlin nous a parlé d'une seconde fièvre qu'elle a eue, dont vous ne nous faites point de mention : c'est ce qui nous permettra d'avoir de la défiance de voire fidélité, que je vous supplie qui soit tout entière en cette matière; car c'est une jzrande [leine de ne savoir où l'on en est, et je trouve de l'utilité à être devant Dieu dans la crainte et le tremblement qui oblige à des prières |»lus fréquentes, afin <iu"il nous conserve ce qu'il nous a donné.

Je vous envoie les lettres de M. de la Place ' (|ue j'ai enfin trouvées, lorsque je ne les cherchois pas : c'étoit moi qui les avoit mises oîi elles étoient.

Il nous faudra faire bientôt imprimer des Commétyioralions communes, n'en ayant plus. J'ai pensé, jiour celles de toutes les saintes vierges martyres, qu'il faiidroit prendre la même oraison (ju'ou dit à sainte Ursule, en i)assant le nom ; elle est plus belle que celle de notre ordre. On diroit :

I)a nohis (nursumus, Domine Deiis nosler sanclarum Vir<jimim et Marlyruni luarum palmas incessabiU devolione venerari, etc.

Parlez-en à M. de la Place, et me recuuimande/ bien à ses |)rières, s'il vous plaît.

Je suis bien aise (jue vous ne vous soyez point appliquée à votre conscience; vous la connoissez assez en géueial, el cela vous embarrasse d'y penser plus exactement; elle se portera mieux dans le silence, (jui ne sera pas poiu- l'exciiH-r ni pour la cacher, mais pour mettre votre couliance en un plus grand secours que celui que vous pourriez attendre de vos réflexions sur vous-même, espérant que Diru Icia tout par un regard sur

' La mère Angélique.

' l.e docteur Antoine Arnaiild.

votre âme, selon votre verset: Asjjice in me, et mmrere mei, etc. Mais pour n'espérer pas en vain en attendant tout de Dieu, vous ajouterez un autre verset pour marquer votre correspondance, qui est : Mihi autem adherere Deo boîium est. C'est ce que vous faites maintenant par la grâce de Dieu, et c'est pourquoi votre conscience se porte bien, et n'a plus que de la foiblesse, qui se fortifie par le jeûne et la demeure dans le désert.

Les lettres de M. de la Place sont dans les enveloppes de ma sœur Madeleine Candide.

Je suis bien aise que ma sœur Marie-Chat lotte fasse bien aux enfans. Je crois que la fermeté de notre mère a été nécessaire pour soutenir sa mollesse, tt avec cela sa gaieté y est assez propre. J'espère que Dieu donnera bénédiction à cet emploi, qui va bien depuis quelque temps aux deux maisons. Je vous supplie de me dire un petit mot de ma sœur Antoinette •, pour le dire à ma sœur Marie de Saint-François -.

Je suis toute avons, ma très chère: prions l'une pour l'autre afin que nous soyons sauvées.

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