‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 27 sur 247 · XVI. — A la sœur Marie de Saint-Joseph · texte numérisé non relu

XVI. — A la sœur Marie de Saint-Joseph

Comment on doil s'abandonner à Dieu dans Poraison.

Le\» mars 163i.

Ma Irès-clîère sœur. J'admire votre bonté de vous contenter de ce que l'on vous donne pour peu que ce soit, el d'en tirer de si bons u-^aircs. Je ne me souviens point de ce (jue je vous ai mandé sur les abandonnemens de Dieu à l'oraison, je vous dirai seulement qu'il les faut porter, de quelque part quils viennent, d'une môme façon et en tirer le même usage dabandonnement à son abandon, c'est-à-dire vouloir bien qu'il s'éloi^^ne de nous puis(ju'il lui plaît, soit par épreuve de notre fidélité, soit i)our cliâtiment de nos infidélilés; et bien qu'il soit vrai cpiune àme iloil toujours croire le second et non le premier, elle ne doit néanmoins avoir aucun arrêt sur l'un ni sur l'autre, mais s'unir simplement au vouloir de Dieu et au dessein qu'il a de la rendre digne de son approche par la lidelité qu'elle aura à porter son délaissement sans réflexion et sans inquiétude. Et je vous supplie, ma sœur, remarquez ces conditions, point de réflexion ni d'inquiétude. Pour l'inquiétude, ou ne la peut pas emitèciier comme la réflexion i|ui eu est la cause, laquelle il faut retrancher continuellement comme une chose tout à fait contraire à la voie de Dieu dans hupiellc il faut toiijdiirs allci- sans regarder deri"ière soi ; et je voudrois ime si giaude fidélité en ce point, (pie (piaiid une àme i)ourroil procurer son salut par ses retours et ses empressemens, elle y renonçât plutôt (pie d'entreprendre sur les droits de Dieu de (|ui nous devons recevoir mouvement pour toutes les choses qui regardent son régne en nous. Le bienheuieux évêquL' de (icnéve disoit une excellenle parole (pii me domie couduile en ces choses-ci : « Si Dieu veut venir a moi, « j'irai à lui ; mais s'il ne veut point venir à moi, je n'irai « point a lui cl ne bougerai de ma jilace. » Je trouve dans ces paroles toute la disposition (pie nous devons avoir a l'oraison, (pii est d'all(T a Dieu (juand il vient à nous, c'est-à-dire faire des actes (piand il nous en donne le mouvement; et (piaud il n'agit point eu nous, demeurer sans action, (''est encon; c»; (|ue disait le Fils d(! Dieu : /'frsfunir ;i/' viinl n nmi, si nitnt

Père (lui est aux deux ne le tire. Il faut donc attendre ce tirement et ne nous pas lever devant le jour, comme dit le prophète, qui nous enseigne en un autre lieu quelle doit être notre oraison, par ces paroles où il parle en la personne de Dieu : Cessez, et voyez que je suis Dieu. Je ne prends que le premier mot, cessez, qui nous apprend que nous devons cesser toute pensée, tout acte, toute atîection, et ne point cesser de cette cessation jusqu'à ce que Jésus-Clirist nous en tire, nous obligeant d'exercer quelque acte qui nous réveille de ce sommeil dont parle TÉpouse quand elle dit : Je dors, et mon cœur veille. Elle dort parce qu'elle n'agit point, mais elle veille parce qu'elle est attentive à recevoir les impulsions de la grâce pour les suivre fidèlement; et c'est ce qui fait que cette oisiveté est sainte et non vicieuse, parce qu'elle est référée au faire de Dieu, et que c'est par respect à ses opérations saintes que nous n'osons agir, et non par paresse ou stupidité, comme il pourroit arriver à quelques âmes. Maisje crois vous pouvoir assurer que vous n'êtes point de celles-là, et que vous pouvez f)lutôt dire comme les apôtres à Jésus-Christ : Maître, nous avons beaucoup travaillé, et n'avons rien pris. Ne craignez donc point de vous priver de vos propres actes, puisque dans l'abondance vous n'en êtes pas plus riche, et souvenez-vous que le royaume des cieux est aux pauvres d'esprit, ce qui veut dire, à ceux qui conservent leur esprit vide de toute chose pour être seulement rempli du royaume de Dieu. Je me donne toute la faute de ce que vous ne pouviez autrefois vous rendre à ceci; je devois avoir plus de patience pour attendre que la lumière de la grâce et votre propre expérience vous les découviît; ce sont des elîetsde ma mauvaise conduite dont je demande tous les jours pardon à Dieu, avec désir qu'il les répare dans les âmes qui les ont soufferts avec tant de douceur que j'en suis étonnée quand il m'en souvient. Je vous dis au contraire de ce que je faisois alors. Ne vous gênez point du tout pour faire ce qu'on vous conseille, acceptez-le seulement, et vous verrez que votre esprit s'y rendra peu à peu, et y trouvera du repos et de la solitude. Je vous dis adieu pour ce coup, ma chère sœur, et vous supplie très-humblement de me donner part en vos prières. Sœur Agïnès de Saint-Paul. T. R. B.

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