‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 89 sur 247 · LX.— Ala sœur Catherine de Saint-Augustin d'Elbeuf · texte numérisé non relu

LX.— Ala sœur Catherine de Saint-Augustin d'Elbeuf

Elle raverlil de l'imporlunce d'une faule qu'elle avait commise-

(Xovembre 1612.)

M.1 très-chère sœur, Javois commencé à vous écrire hier au soir, mais il me survint un omiiècheuienl (jui ne me permit pas d'achever. Je vous supplie Irès-humblement de ne pas rendre inutile la lumière (jue Dieu vous a donnée de votre faute, qui ne peut èlre petite étant volontaire et avec complaisance, outre que vous lavez souvent réitérée, et que vous étant accusée on vous en a fait voir Timporlance et l'obligation (jue vous aviez de vous en abstenir |)arliculièrement [)Our le mouvement de vengeance cjui jifut accompagner vos paroles. \ uns avez sujet de craindre que le sentiment de componction (|ue vous avez eu de cette faute n'ait pas été véritable, voyant que vous y retombez volontaiiemenl. C'est la règle cpie vous devez tenir pour connoitre vos fautes, que de remanjuer de (|ucl esprit vous les faites, car plus elles sont volontaires, et jikis elles sont grièves.

Je vous supplie de jjrier Dieu trois fois tous les jours pour Monseigneur le cardinal', jusqu'à ce (|u'ilsoiten un autre état, et de le faire avec désir (jue Dieu vous donne des sentimens chrétiens pour lui, et (|ue la miséricorde (jue vous exercerez on son endroit vous rende digne que Dieu vous la fasse, comme je l'en supplie de tout mon ca'tir.

' La sœur Caiherine-HenrieUe de Sainl-Auguslin de Lorraine d'KIbeuf. A l'â|;e de 9 ans elle cnlia a P.-K. pour être |)ensionnaire. (juand elle eut 10 on 17 ans, |)ic'U lui donna le désir d'élir re|ijj;ieuse. tille eH éciivll à l'abbé de Sl-Cyran (|iii lui H'|uin<lit. [IaUi-is \):\.'.)\,'X\/M'>,v(\'ahii\ de ItiTî).) On la relint lon;;lt'ni|ts au nii\iciat. Kntiu elle olilinl la pi ruiissinn de ses paienls;niais i-lml itindi> e malade |ieu après, un lui donna l'babille 21 uc< lobre, elell»; niounii le il «iLlolne Idl.'i, fi^i-t- de ii ans et den>i.

* Le cardinal d»' lliclieiien, rllei deceinbie I<)12.

ilO LETTRES DE LA MÈRE AGNÈS.

LXI. — A la sœur Catherine de Sainte-Agnès Arnauld d'Andilly.

Sur les moyens d'acquérir le rocuoilloiiient iulérieur et sur la grâce de la profession religieuse.

{Commencement de 1643.)

Ma très-chère sœur. Quand nous vous ayons dit que je vous croyois exempte de réflexion, je n'ai pas estimé que ce fût un privilège de votre esprit naturel, que je me doute bien n'être point dans l'inclination à la simplicité; mais j'ai cru que c'étoit un don de grâce que vous deviez à la conduite de M. de Saint-Cyran, qui auroit formé en vous comme une autre nature qui auroit prévalu sur la première. Je ne désiste pas de ma créance pour ce que vous m'en dites, référant tout ce qui y est contraire aune infirmité involontaire qui se guérira peu à peu, à mesure que la grâce prendra de plus fortes racines. Je ne doute pas que ce vous soit un temps bien pénible (jue celui que vous ne pouvez employer qu'à votre repos, car je trouve que le lit est ennemi du recueillement; néanmoins on est en efifet recueilli quand on désire de l'être, et qu'on laisse passer les distractions sans autre résistance qu'un simple refus, qui porte dans l'àme un renouvellement d'attention à Dieu, quoique sans pensée expresse. Il ne faut pas s'étonner si les pensées de Dieu sont passagères, et les distractions permanentes, celles-ci nous étant propres, et les autres des regards de Dieu sur nous dépendans de son bon plaisir; c'est pourquoi il les faut recevoir avec grande humilité, et en souffrir la privation dans le même abaissement d'esprit qui nous fasse avouer que nous ne méritons pas que Dieu visite notie cœur, qui n'est bien souvent occupé que de vaines pensées, vains désirs, vaines applications, sans chaleur et sans amour qui soit digne de lui.

Pour ce qui est de la grâce de votre profession, je crois que Notre-Seigneur vous permet bien de vous en entretenir avec joie; mais ce doit être, ce me semble, en la référant à sa source, qui est la première alliance que vous avez avec le Fils de Dieu par l'incorporation du saint baptême, qui est sans doute une union plus étroite que toute autre, qui peut sup-

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