‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 9 sur 247 · V. V. Jésus et sa très-sainte Mère · texte numérisé non relu

V. V. Jésus et sa très-sainte Mère

Ma très-chère sœur. Je désirerois avoir le loisir et la capacité de vous écrire souvent, puisque ce vous est une consolation ; mais je crois (jne comme telle Notrc-Sci{.'neur vous eu veut |>river, n'en ayant ni le temps ni l'esprit, it principalement je manque de celui de Dieu sans le(|uel on ne peut entrer dans les âmes. Je supplie Noire-Seigneur qu'à mon défaut il vous console lui-même, et que ce soit de la consolation de saint Paid, (jui sniabondoit de joie en tontes ses tribulations. Nous avons appris t|iie votre mal de tète est [>liis mauvais qu'à l'ordinaire. Je ne sais pourquoi vous ne voulez pas que nous en soyons touchée, si ce n'est que vous ne vous souciez (>as de notre compassion, et (jue vous n'avez pas intention de nous faire part de votre mérite; mais vous ne sauriez empêcher ni l'un ni lautri', |iuis(|ue nous sommes si unies, (|iie vos biens et vos maiiv ik,' peuvent être i\\n' comnnms. lieiidcz-vous à Dieu, je vous supplie, dans cette inlirmité d'une nianière digne de lui, c'isl-à-dire ne regardant (jue sa volonté et son onloniiance siu* vous, a lacjuelle |.as un |)réte.\te, pour saint (piil soit, ne mérite d'être comparé. Adorez l'indépendance de Dieu dans votre inutilité, et confessez, par votre résignation à être saine ou mabidc, (jue Di«!U n'a (lue faire «le vous ni de votre santé, et faites plus d'estime de ne rien faire i)arce que Dieu vous y réduit, «pic de travailler beaucoup jtour son service, en tant ({u'actions «pii parlent de n«)us et par (-onsé(|uent (|ui sout

fort petites et bornées. Mais où Dieu se trouve, il y a toujours infinité, pourvu que l'âme entre en lui et en ses desseins; et c'est peut-être en ce sens que saint Paul dit que ce qui est foiblesse en Dieu est plus fort que les hommes, et que la vertu se perfectionne en l'infirmité, le prenant pour l'infirmité spirituelle qui est une désistance de Tâme qui a (tout) laissé à Dieu, sachant qu'elle ne peut subsister par elle-même, et qu'il n'y a rien de si avantageux pour elle que de porter les dispositions de Dieu. Recevez les charités que l'on vous rend dans la même pensée que Dieu veut vous faire voir par là qu'il se passe fort bien de votre service, et vous réduire à l'humiliation non-seulement d'être inutile aux autres, mais encore de leur être à charge. Acceptez cette abjection dans l'intention divine, et ne vous souciez de rien, sinon d'être toute à lui. Ma sreur Opportune se porte mieux, Dieu merci. Le temps me presse de finir, je suis pourtant sans fin. Ma chère sœur.

Votre très-humble et affectionnée sœur et servante en J.-C, Sœur Catherine-Agnès, R. ind.

Ce vend. 23.

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