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M. de Senezergues enverra cette feuille à M. de Bourlamaque, cachetée.
Supplément aux dernières nouvelles, — Le Roi a tenu un lit de justice, en septembre, où il a supprimé une chambre des enquêtes et une des requêtes, et exilé plusieurs magistrats. L’assassinat du Roi a été commis le 5 janvier; le nommé Damiens lui a porté un coup de couteau, comme il montoit en carrosse. Ce forcéné n’avoue rien, et, comme un autre Ravaillac, il témoigne des regrets de n’avoir pas réussi.
Les deux ministres ont été exilés le 4 février. La lettre du Roi à M. d’Argenson dit:
“M. d'Argenson. — Votre service ne m'étant plus nécessaire, je vous ordonne de me renvoyer la démission de votre charge de secrétaire d'Etat et autres emplois, et de vous retirer dans vos terres “
Celle à M. de Machault porte :
“ M. de Machault. — Quoique je sois bien persuadé de vos bonnes intentions, les circonstances présentes m’obligent de vous demander les sceaux et la démission de votre charge de secrétaire d'Etat de la marine. Soyez toujours sûr de ma protection et de mon amitié. Si vous avez des grâces à demander pour vos enfants, vous pouvez le faire en tout temps; il convient que vous vous retiriez quelque temps à Arnonville; je vous conserve votre pension de ministre et les honneurs de garde des sceaux.
Nous avons ‘is escadres en mer, une de six vaisseaux, pour les côtes de Guinée; une de vingt-quatre vaisseaux, de la compagnie des Indes, trois vaisseaux de guerre commandés par M. Duché, chef d’escadre,
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avec 3,000 hommes de troupes de terre, commandée par M. de Lally. La troisièmne, commandée par M. de Bauffremont, est allée aux îles, et est composée de six vaisseaux de guerre. MM. de Montalès et de la Rigaudière ne s'étant pas trouvés au combat de M. de Beaussier, il y a eu ordre de la cour d'informer de leur conduite. M. de Montalès, accusé par ses officiers mariniers, à été justifié par le conseil de guerre sur le dire de M. de Beaussier. M. de la Rigaudière a été si vivement saisi d’une lettre dure du ministre, qu'il est mort de désespoir, et n’a pu être mis au conseil de guerre, où il se seroit sans doute justifié, Il me paroît même par la lettre que j'ai vue, qu’il n’y avoit pas ordre de l’y mettre, mais un simple ordre de rendre compte de sa conduite, L’escadre de Guinée est commandée par M. Lucrain, ancien capitaine de vaisseaux, Celle. est partie en décembre ; celle de M. de Bauffremont est partie le 25 janvier; celle des Indes devoit partir au premier juin, Le Roi a tenu son lit de justice, le 20 décembre ; s’il falloit s’en rapporter aux termes de la lettre que j'ai lue, et dont j'ai tiré ces nouvelles, il sembleroit qu'il a supprimé les chambres des enquêtes et des requêtes, mais je pense qu’il faut réduire cela à une de chaque espèce, d'autant que c’est un projet dont il est question depuis deux ans. Je prie M. de Senezergues d'envoyer copie de ma lettre à M. de Fontbonne, et de l’envoyer en original à M. de Bourlamaque.
Montréal, 12 juin 1757.
Je réponds à la hâte, Monsieur, à votre dernière lettre que je suppose du 8, par la date de celle de M. de Malartic. Rien ne me paroît mieux que votre disposition, et je vois qu'on ne peut que vous louer et vous approuver en tout. Je crois que vous auriez autant aimé que j'eusse à me louer de vous, en écrivant à M. de Paulmy. On vient de m’assurer qu’on vient de vous envoyer l'équipement de la colonie, des souliers tannés et du tabac, six canots; on va vous en envoyer sixautres. Vous pourriez peut-être faire passer quelques bateaux, et M. le marquis de Vaudreuil l'approuveroit. Quant à moi, je voudrois que vous essayiez l'invention de Jacquot, et si vous la trouvez bonne, allez votre train, mettez deux bateaux montés de même, sur le Lac, et vous pouvez facetter les berges, si elles viennent. Au reste, vous êtes sur les lieux, bon et sage. C’est à vous à déterminer pour le mieux, Je n'ai pas le temps d'écrire à M. de Malartic.
Montréal, 13 juin 1757.
Parmi toutes les nouvelles de Niagara, en date du 4, les dispositions sont toujours bonnes parmi les Iroquois, c’est-à-dire les Tsonnonthouans et les Goyogoins. Les Loups et les Chaouanons ont fait beaucoup de prisonniers, rapporté des chevelures, détruit plusieurs maisons, enlevé des familles et des bestiaux; ils ont pris un jeune officier anglois, qu'ils ont mangé, leur ayant paru bien gras. Les nouvelles du fort Duquesne, en date du 23 mai, sont des meilleures, Les sauvages paroissent
A M. DE BOURLAMAQUE 163 a toujours bien affectionnés. Les partis rapportent beaucoup de chevelures, et ramènent des prisonniers,
Le pays des Anglois continue à être désolé. Les Illinois avoient fourni des vivres. Toutes les nouvelles, tant de Niagara que du iort Duquesne, jusqu’à présent, avoient paru menacées d’une expédition des Anglois dans cette partie.
Toutes celles d'aujourd'hui sont contraires et semblent annoncer qu'ils n’ont plus que des projets de défensive sur la Belle-Rivière, et qu’au contraire leurs projets sont d'agir vers le lac Saint-Sacrement. Il vient de nous arriver deux cent cinquante Outaouais,
Montréal, le 13 juin 1757.
Je réponds par celle-ci, Monsieur, à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 10 ; je ne puis trop vous répéter que M. le marquis de Vaudreuil est extrêmement content de toute l'activité et de la méthode que vous mettez dans les divers travaux, et de l'occupation où vous êtes pour songer également à une expédition que nous ne perdrons jamais de vue, et à une défensive rigoureuse, si le système des Anglois venoit à se déterminer pour la frontière du lac Saint- Sacrement,
Je connois assez la partie où vous êtes pour vous dire que tout ce que vous faites peut être d’une grande utilité, et comme vous avez de l'ardeur pour le travail, et que vous en avez inspiré à vos hommes, non seulement vous élargirez la trouée, mais avec le temps vous ferez quelques petits ouvrages de campagne ou
épaulement du côté du bois, dans la partie où vous tenez actuellement vos bateaux.
Dès que vous êtes d'accord avec M. de Lotbinière sur le fond de l’ouvrage, et que vous trouvez ses vues bonnes et sages, il doit être content, se rapporter entièrement à vous sur ce qu'il y a de plus pressé à faire, puisque ce seroit vous qui défendriez cette position. Soyez tranquille sur la façon de penser de M. le marquis de Vaudreuil, il a la plus grande confiance dans vos vues. A l'égard des canots qui vous manquoient, j'ai déjà eu l'honneur de vous écrire qu'on en avoit envoyé six, et qu’on vous eu envoyoit encore six antres. Si vous pouviezy faire passer quelques bateaux sur lesquels on pourroit y faire, mettre quelques pièces d'artillerie, ce seroit bien le moyen de donner une correction à leurs berges, surtout en faisant couler par les deux rives quelques partis qui les couperoient, si pour se sauver ils vouloient se feter à terre. Vous devez avoir reçu un bon renfort d'officiers de bonne volonté, des soldats de la colonie et des Canadiens, et comme on vous enverra bientôt grand nombre de sauvages, songez d'avance de les rendre le plus utile que ce pourra, quoique d'avance je vous préviens par mon expérience que les officiers en qui ils ont beaucoup de confiance, y sont souvent fort embarrassés. Par les nouvelles que nous avons eues, hier, du fort Duquesne, en date du 23 mai, et de Niagara, en date du 4 juin, les dispositions sont toujours très bonnes parmi nos sauvages. Ils désolent le pays, ils ont mangé un jeune officier parce qu’il étoit bien blanc. M. Des Ligneris paroît très content des dispositions des sauvages jusqu’à présent. Toutes les nouvelles avoient
paru annoncer des projets vers la Belle-Rivière. Toutes celles d'aujourd'hui paroïissent indiquer qu’ils n’ont que des projets de défensive pour cette partie, soit qu’ils n'aient voulu qu’en faire courir le bruit ou que Milord Loudon n'ait pas trouvé dans son voyage de Philadelphie les dispositions, les secours et les ressources qu’il croyoit trouver dans les provinces, soit que nous ne soyons pas encore bien instruits; il paroîtroit par ces mêmes nouvelles que les ennemis veuillent se rassembler vers le lac Saint-Sacrement. Je ne les crois pas encore nombreux par ces mêmes nouvelles. Vous êtes plus à portée d’en savoir des nouvelles que nous. Il y a longtemps que sans l’article indispensable des vivres, nous les aurions primés et nous y serions en grand nombre, et si nous ne marchons pas actuellement, c’est qu’il faut réserver ceux que vous avez pour un besoin pressant ; mais M. le marquis de Vaudreuil a toutes ses dispositions faites pour rassembler son armée avec la plus grande promptitude., La Reine est en mouvement, les ordres sonc déjà donnés pour que les hommes destinés aux troupes de terre joignent vite leurs corps respectifs. M. le chevalier de Lévis, qui me charge de ses compliments, trouve, après avoir lu la lettre de Malartic, que vous avez fait beaucoup de besogne, et il trouve que MM. de Béarn, pour n'avoir pas fait toute la campagne au camp de Carillon avec lui, ne travaillent pas avec moins d’'émulation que MM. de Royal-Roussillon, Vous savez que comme un père juste et tendre, je leur rends à tous justicz, amitié sans aucune préférence. Je ne réponds point à M. de Bellecombe ; sa lettre
étoit elle-même une réponse qui ne laisse rien à désirer. M. de Malartic me dispensera aussi de lui écrire.
P. S.— Je viens, Monsieur, de lire ma lettre à M. le marquis de Vaudreuil, qui me charge de vous ajouter qu’il en approuve tout le contenu, et qu’il s’en rapporte entièrement à ce que vous croyez de mieux pour le service, et que vous êtes fort le maître d'essayer, si vous en avez le temps, et si vous le croyez de quelque utilité, le projet de Jacquot pour avoir des bateaux sur le Lac. I1 vient de nous arriver deux cent cinquante Outaouais.
Montréal, le 16 juin 1757.
M. de Senezergues voudra bien, Monsieur, vous faire passer les nouvelles. Je réponds par celle-ci à vos deux lettres du 13. Je ne suis point surpris de l'aventure arrivée au détachement des Outaouais; malgré cela, je trouve que vous avez bien fait de leur donner les huit soldats francois qu’ils demandoient, et puisque vous demandez mon sentiment sur la seconde proposition, je leur en aurois donné cent avec un capitaine pour être maître de la marche; et dans les gros partis, donnezleur-en très peu et très ingambe, ou un gros si c’est pour ne pas aller loin. Au reste, votre intention était toujours bonne, et votre opinion dans cette occasion peut bien se défendre. Je compie que d'ici à un mois nous serons six à sept mille hommes à Carillon, avec dessein d'agir vigoureusement, et nous aurons quinze cents sauvages, Enfin, la Reine part le 17 de Québec. Le courrier qui part demain au soir porte les ordres pour mettre en mouvement les troupes de la colonie
et les Canadiens du gouvernement de Québec. Le Mercier va recevoir ordre de venir en toute diligence. Le chevalier de Lévis vous joindra sept à huit jours avant moi. Je partirai quelques jours avant les dernières troupes et je compte vous avoir joint du 10 au 20. N’annoncez rien de ce que je vous écris.
Je compte, lundi, aller faire une tournée à Chambly et à Saint-Jean, dont je serai de retour jeudi. Enfin M. Martel et M. Péan partent pour aller faire ce qui auroit du être fait il y a six semaines : une recherche de grains.
P.S.— Il y a quatorze cents quarts de farine partis de Québec.
Je recois dans le moment votre lettre du 14 qui confirme la très grande peur des Outaouais..., au reste sensible à votre procédé. Je ne l’exigeroïs pas si je ne vous croyois des vues sérieuses, mais soyez content, on vous aime, on me parle souvent de vous, et je n'ai que l'avantage de la voir, de l’entretenir souvent, la simple amitié qu’elle mérite sur laquelle elle m’assure que je puis compter, rien de plus, assurément; on souhaite fort vous voir vivre avec nous à Québec. On écrit qu'après mon départ, vous trouviez de l'esprit à M°"*° Maxin. Si nous pouvons nous rassembler à Québec ; pourquoi non? vous pas à M”*° de la Naudière, qui depuis sa couche est plus belle que jamais. Je vous recommande tout ce qui est assez, (sic) je songe plus à la guerre qu’à la galanterie ; je me récuse du grand banc ; comme un autre je ne vois quasi aucune dame ; et que Figuery n’ait aucune inquiétude de moi ni personne, trop occupé, trop bouillant pour suivre un projet. Le
chevalier de Lévis qui, je crois, a du regret de n’avoir pas ouvert la scène, a quelque envie de marcher; mais il ne me précèdera que de quelques. jours, comme je vous l'écris. M. le marquis de Vaudreuil est très content de votre gestion, et il me semble qu'il n’y a rien à ajouter, Du biscuit à force, de quoi faire des fours de campagne, des cintres, des outils, et songeons à nos marches ; car un Dieu, un diable, il faut une opération et risquer une action; si cela réussit, nous pourrons tous les trois demander un grade de plus. Brûlez ma lettre. Je n’envoie pas encore La Roche; j'attends le départ d’un gros avec Marin. Nous attendons cinq cents sauvages de la baie, je ne suis pas plus avancé avec celle-ci qu'avec M" M... et je ne dois pas attendre, mais je lui crois moins d'art, plus de franchise, plus de gaieté,.… mais mal dans les yeux; elle me paroît si montée en réserve que pour aucune raison elle seroit fàchée qu’on en parlât, n’y ayant rien et qu’elle se conduisit avec décence. Je la vois même par cette raison moins à Québec, je la verrois plus, on y a meilleur ton; ceci c’est la province. Elle est un peu comme toutes les Canadiennes, plus d'envie de plaire que d’aller au fait; je suis seul ici sur la scène; je ne connais pas ‘autre avantage, et je souhaite bien me trouver to:jours de même ; j'y gagnerai, autrement j’y trouverais du danger. Bougainville a besoin d’aller en campagne, tête qui bout. Nulle lettre pour vous, ni pour le chevalier de Lévis à. proprement parler.
Le 18 juin 1757.
Depuis ma dernière, Monsieur, nous ne songeons qu'à la guerre. Sérieusement on a fait partir, hier au soir, les ordres pour Le Mercier, six cents Canadiens de Québec et toute la colonie, hors trois cents hommes à Québec. Je donnerai des ordres pour que la Reine qui sera à Chambly le 24 ou 25, vous passe de suite avec les Canadiens qui les auront conduits. Le Mercier à ordre de partir avec Lusignan. Martel fait la tournée qui aurait dû être faite, il y a six semaines, pour du blé et du lard. Péan part aujourd’hui pour vos bateaux et vivres dans tous les dépôts. Je pars demain pour Chambly, Saint-Jean et le chemin de la savane où l’on va mettre Languedoc, le 23, avec quatre cents Canadiens ; ils partiront de là le 30. Guyenne et la Sarre suivront, La colonie d'ici, les sauvages, le chevalier de Lévis et moi nous partirons tous avec confiance. Ne parlez pas encore d’offensive, mais songez-y ainsi qu’au campement ; développement de toutes ces troupes qui vont vous arriver au nombre de six à sept mille hommes, compris lille cinq cents sauvages. Il faudra établir à la Chute et au Portage, premièrement pour se moins embarrasser, deuxièmement pour être à portée de faire le chemin et le portage des effets. Dites que la Reine vous vient faute de pouvoir l’employer à Chambly. Je vous écrirai par toute occasion. Du biscuit à force et ayons des cintres.
Mon nouvelliste Doreil assure le comte de Maïillebois cordon bleu.
Deux courriers en vingt-quatre heures de Québec. Le premier apprend que le Suint-Antoine, vaisseau au
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munitionnaire, étoit en rivière, Ila, chemin faisant, fait deux prises angloises et les a ranconnées quatrevingt mille livres. Il a intercepté des lettres qui ne laissent aucun doute sur l'expédition maritime, mais de l'incertitude si c’est pour Louisbourg où Québec. L'intendant, Le Mercier, l'évêque font caca; ils ont communiqué leur frayeur aux dames, au peuple. J'ai offert d'envoyer le chevalier de Lévis, de partir pour y rester dix jours l’un ou l’autre pour remettre les têtes et faire les dispositions; ni l’un ni l'autre. Le Mercier vouloit qu’on arrêtât le régiment de la Reine, Longueuil y avoit d'abord consenti, Deux courriers pour proposer de ne pas agir vers le lac Saint-Sacrement et se tenir en mesure ici pour Québec. Le général ne démord pas, rit de leur frayeur, mais néglige trop certains détails de précaution pour préparer une défense avec ordre.
‘évêque vient de donner un mandement sur port Mahon, qui est comme l'épée de Charlemagne. Le deuxième courrier, envoyé vingt-quatre heures après le premier, dont rien ne transpire, intrigue ici; dites si vous voulez en parler pour porter de l'argent au trésorier qui en manquoit, Pardon, Monsieur, si j'écris aussi mal que Roquemaure. ‘Je m’imagine que vous avez renvoyé chercher vos canots, Je recois dans le moment une lettre de M. le chevalier de Bernetz. Je n'ai pas le temps de lui écrire. Je ferai ce qu'il désire. Ne doutez pas, Monsieur, de mon inviolable attachement.
[Pour vous seul] Au fort Saint-Jean, le 20 juin 1757.
Me voici, Monsieur, avec M. le chevalier de Lévis qui me charge de ses compliments. Nous irons, ce soir même, à Chambly, et nous serons de retour, demain, à Montréal, pour déterminer, après le retour de M. Péan qui ne sera qu’après-demain, le départ de tout ce qui doit composer une petite armée, que l’on croit devoir être de cinq mille hommes et quatorze cents sauvages.
La Reine est parti le 17 de Québec et passera de suite. J’estime à vue d'œil que Guyenne et Languedoc partiront de Saint-Jean du 1* au 5. La Sarre, la colonie, le reste des sauvages du 5 au 10. M. le chevalier de Lévis partira vraisemblablement du 1* au 5, et moi du 5 au 10.
Le Mercier a dû recevoir, hier au soir, des ordres pour partir de suite, M. de Longueuil pour envoyer trois cents hommes du gouvernement de Québec; on en tirera fort peu, à cause de la peur que l’habitant et l’évêque, ainsi que Le Mercier, ont communiqué aux dames et peuple. En vingt-quatre heures nous avons eu deux courriers pour demander des troupes, et dissuader de toute entreprise. On croit même que l’évêque arrivera demain pour détourner de toute entreprise ; il est contraire cette année-ci de la dernière année. Landriève, qui est ici encore, doit conférer demain avec Péan, que je joindrai ce soir à Chambly; il partira après-demain avec quarante Canadiens ; il a ordre de préparer force biscuits, des cintres, ustensiles et briques, pour faire des fours. Le projet est de marcher avec encore moins d'équipage qu’à Chouaguen, quinze jours de bivouac.
A l'égard de l'artillerie, occupez-vous de la mettre en état, Nous croyons, sans avoir parlé au grand-maître de l'artillerie, qu’il suftiroit d’avoir douze pièces de canon de 19, 18 et 12. Les quatre pièces de la Belle-Rivière et quatre de campagne d’un moindre calibre, avec six gros mortiers, de préférence à des obusiers, dont je ne fais pas grand cas ; beaucoup d'outils, beaucoup de munitions, relativement à notre artillerie. …
Il faudra songer au campement de nos troupes de la colonie et des sauvages, et de leur arrangement. Voici mon projet, si M. le général ne le contrarie pas : le plus ancien officier de la colonie sans troupes. Le reste divisé en compagnies de cinquante, soixante ou soixantedix hommes, suivant le nombre d’hommes et d’officiers. Deux officiers par compagnie, quatre compagnies formant une brigade, aux ordres d’un des plus anciens capitaines, un garcon major par brigade, un major et deux aide-majors pour le tout. Tous les sauvages aux ordres de Saint-Luc, les interprètes lui répondroient, et puis beaucoup d'officiers par nation des pays des Iroquois et Népissings, les Abénakis avec Courtemanche, et deux ou trois jeunes officiers... Comme nous n'avions pas recu les huit compagnies de la Reine, Royal-Roussillon et Guyenne, la Sarre, Languedoc et Béarn, il faudra songer à les camper: la colonie au camp du Portage, trois bataillons à Carillon, trois à la Chute, et vous pourrez très bien mettre la Reine en arrivant à Carillon, car il seroit trop foible tout -eul à la Chute.
L'on fera arranger chacun à sa place, soit pour marcher sur deux colonnes ; l’une, de tout ce qu’il y aura. de plus ingambe par terre, et l’autre, de ce qu’il y aura
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de moins par l’eau. Quand je dis au camp de la Chute, au lieu de leur faire prendre le camp de l’année dernière, sous prétexte de couvrir le moulin à scie, il vaudroit mieux les camper de l’autre côté, au-dessus du moulin, à la rive droite de la rivière; par cette disposition ils seront plus à portée de travailler, quand il faudra travailler au chemin du Portage, de faire passer les bateaux et l'artillerie, et dépenseront moins en gardes. Et, pour cet effet, il faudroit préparer un désert pour les camper, sous prétexte de faire éclaircie au-dessus du moulin. Songez, avec Jacquot, à avoir les cordages, les rouleaux, les câbles et les chèvres nécessaires pour toute la manœuvre à faire, Je vous envoie des lettres pour votre camp, et une pour M. Hertel de Louisbourg. Je vous recommande tout ce qui est Hertel : ce sont les neveux d’une dame que vous aimez, et qui vous est fort attachée ; car elle me parle souvent de vous, avec les plus grands éloges, mais vous avez passé sur le grand banc,
P, S.— Arnoux a oublié de laisser aucun remède pour l’hôpital. Il y a une grande plainte de l’intendant sur Béarn, qui aura par jour cinq à six mille ratione de plus ; dites-le à Malartic.
A Chambly, le 21 juin 1757.
M. le marquis de Vaudreuil a dû vous écrire, Monsieur, pour que vous lui renvoyiez le plus de bateaux que vous pourrez, avec les quarante Canadiens des Trois-Rivières, que Landriève vous mène; si vous aviez quelques convalescents hors d’état de servir, vous pour-
riez les joindre, et alors vous pourriez renvoyer un peu plus de bateanx, avec l’aide de ces convalescents. Occupez-vous de nous faire beaucoup de biscuits, de faire mettre l'artillerie en état, et tout ce qui est nécessaire en cordage, câbles et rouleaux pour le portage.
La Reine sera ici, vraisemblablement le 25 ou le 26, et partira de Saint-Jean le 30. Il est encore arrivé, avant-hier au soir, après mon départ, un courrier de Québec à Montréal; c’est toujours mêmes représentations, et même refus de la part de M. de Vaudreuil, qui n’est plus occupé que d’une opération qu’il a en tête.
Une letire circulaire aux capitaines et aux curés, ébauchée pour le détachement du frère Rigaud. Dites à Malartie que tous les Béarn rejoiudront. Le chevalier de Lévis me charge de ses compliments. S'il y avoit quelque détail à vous écrire de Saint-Jeau, M. Péan, qui y va ce soir, le feroit.
P.S.— De même que vous aviez fait prendre une note dans les régiments de Royal-Roussillon et Béarn, des soldats qu’il faut laisser de préférence, pour la garde du fort et des bateaux ; la même chose, à l’arrivée de chaque bataillon, une note de tous les ouvriers utiles, comme forgerons, armuriers, boulangers, charpentiers et charrons, ainsi que des soldats qui ont servi quelquefois à l'artillerie.
Je vous remets l’article du renvoi des bateaux, parce que M. Péan est persuadé que M. le marquis de Vaudreuil oublie, et vous aurez la bonté de vous y conformer.
On envoie des bœufs et des vaches. Landriève vous expliquera la destination des premiers, qui ne doivent
pas être mangés qu'après avoir servi à conduire l’artillerie ; ils resteront à Saint-Frédéric pour pâturer jusqu'à nouvel ordre ; envoyez-en un bien ferme à M. de Lusignan pour qu’il le fasse garder et conserver contre les sauvages ; il vaudroit mieux lui envoyer une augmentation de garde qui rejoindroit toujours l’armée ….
A Montréal, le 23 juin 1757.
Il vient de nous arriver, ce matin, un courrier de Québec, qui n’a apporté aucune nouvelle, Monsieur, que l'entrée en rade du vaisseau, Le Breton, un gros paquet de gazettes de France, que je n’ai pu encore lire, mais dont j'aurai soin de vous faire un extrait, s’il y a quelque chose d’intéressant,
Y compris les sauvages que vous avez, nous tenons huit cents sauvages des pays d’en haut, savoir : quatre cents Outaouais de Michilimakinac ou Saguinaw, trois cents Piaiuts: Sakis, Renards et Iowas ; ces derniers r’avoient jamais paru à Montréal, cent Folles-Avoines.
On en attend trois cents des environs du Détroit, et dans le moment il vient d'arriver cent Poutéotamis, avec M. de Saint-Ours ; on compte avec les domiciliés sur deux mille. Ily a eu, hier, la grande cérémonie du pardon à deux lowas, qui avoient tué deux François, il y a deux ans. On a soufflé dans le calumet de paix : les meurtriers étoient conduits, liés, mis un bâton d’esclave à la main, chantant la chanson de mort, comme s'ils alloient être brûlés; Saint-Luc et Marin faisant les fonctions du chevalier de Dreux et M. Desgranges. Ces sauvages dansent beaucoup mieux que
les domiciliés, à ce que disent les dames ; et ces jours-ci, on en fera la revue dans la plaine du Sablon. Les généraux et les dames assisteront, Doreil a fait une chute, pour laquelle il à été saigné six fois, mais ce ne sera rien.
Je prie M. Bellecombe de m'envoyer les pièces nécessaires pour faire recevoir le nommé Champigny, sergent aux invalides; je prie aussi “T. de Malartic de m'envoyer les pièces nécessaires... Il ne les a jamais envoyées ; qu'on profite de la première occasion pour que je puisse les signer et envoyer ensuite à Doreil, à Québec.
L’intendant a de l'humeur de ce que l’on ne m'a pas envoyé, ou M. le chevalier de Lévis, pour huit à dix jours à Québec.
Montréal, 24 juin 1757.
Les gazettes de France ne nous apprennent pas grand’chose ; cependant, comme les personnes expatriées sont toujours bien aise de savoir les plus petites choses, je vous envoie l’extrait que j'en ai fait. Je ne regretterai pas ma peine, s’il peut vous amuser un moment, Je n’y ai mis que les nouvelles que nous ne se: 9ns pas.
M. Le Mercier et M. Péan, comme s'u: :étoient donné le mot, viennent d'arriver, l’un de Québec et Jautre de sa tournée. Le premier ne tardera pas à partir. Il paroît que nous somes à l’étroit sur bien des choses ; nous voulons, cependant, agir. Les régiments de la Reine et de la Sarre partiront d'ici, environ le 1°, avec le chevalier de Lévis, et le reste suivra le plus tôt possible.
Nous avons eu quelques lettres, Bougainville et moi. Elles sont du 8 mars ; nous voyons que la gazette de France a fait imprimer, le 4, une relation que j'ai lue, où l’on a pris un peu de la mienne, et beaucoup de celle de M. de Vaudreuil, Vous y êtes nommé trois fois. Il y est fai mention de votre blessure. La sagesse et l'habileté du marquis de Vaudreuil contraste avec Pactivité et l'intelligence du marquis de Montcalm. On a imprimé, à la hâte, une médiocre relation, où les troupes de terre et leur général, jouaient un rôle subalterne, Tracasserie ; D’Arbouillin et l'abbé de Bernetz ont été pour nous chez la marquise, et Bougainville a été autorisé à faire imprimer une autre relation dans le Mercure et dans le journal de Verdun, dont on a tiré des exemplaires à part, répandus à la cour et à la ville, eton nous en envoie trente qui sont en rivière, dans une malle. On nous flatte que nous allons gagner au changement par l'union de Mars et de Neptune, et que ce que je demanderai à la fin de cette campagne sera accordé de concert et par sollicitations communes de la part des deux ministres. En tout, Choua guen à fait grand bruit, et pour vous et pour moi, Je vais être accablé d’affaires et d'écritures, car je veux laisser à Doreil des lettres et des duplicata tout faits, où vous aurez la part que vous devez avoir, ayant ouvert la campagne. Les sceaux n’étoient pas encore donnés.
Je vois beaucoup d’incertitudes sur les opérations de cette armée du maréchal d’Estrées. Le petit Hérault a le régiment de Rouergue, eta pris le nom de Séchelles. Son grand-père ne va mieux pour la santé et pour la
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tête. M°"° Hérault me fait trembler pour la santé de Chevert. Elle paroît craindre que sa santé ne se rétablisse pas, et qu’il ne soit en état de la campagne. Je reçois, dans ce moment, par la Force, votre lettre, en date du 19, et vous remercie du détail qu’elle contient, et vos réflexions sont justes.
A Montrèal, 98 juin 1757.
Départ des troupes de Saint-Jean.
La Reine, le 1° ; la Sarre, le 2; Languedoc avec M. le chevalier de Lévis, le 4; Guyenne, le 6; la colonie avec les milices, les 8, 9, 11, 13 et 14.
Le marquis de Montcalm va, le 10, chanter la guerre au Saut ; le 11 au Lac. Et il partira vraisemblablement le 13 ou le 14 de Saint-Jean, avec la compagnie des grenadiers de Guyenne qu’il garde à cet effet.
Composition de l’armée.
Les six bataillons des troupes de terre ; mille hommes de troupes de la colonie ; deux mille cinq cents hommes de milice ; quinze à dix-huit cents sauvages.
I1 marche soixante-seize officiers et tous les cadets. Je crois que M. le général ne me refusera pas la proposition qu’il a envie que je lui fasse, de faire inarcher M. de Rigaud. Je compte, à la vérité, le garder avec moi comme M. le maréchal de Belle-Isle gardoït M. de Brieux, et détacher, suivant l’occurence, M. le chevalier de Lévis et M. de Bourlamaque. Nous aurons seize capitaines, y compris M. de Cabenac et M. de la Valtrie ;
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A M. DE BOURLAMAQUE 179 a EN M. de Sermonville marche comme aide-major, Cependant on patricotera, et Par un arrangement singulier, auquel on ne s'attend pas, il y aura un bataillon des troupes de la marine, pour faire brigade avec les troupes de terre, dont il y aura le détail, et Dumas fera le détail du reste et servira de gouverneur au gouverneur, et si M. de Gannes vient, il faudra lui former un second bataillon, Péan reste à Montréal pour le cabinet; Saint- Luc, colonel général des sauvages ; Marin, commissaire général, car Courtemanche est maître de camp général. Martel est revenu de sa tournée, et en ne prenant que ce qu'on lui a jeté à la tête, il a trouvé de quoi nourrir, trente jours, deux mille huit cents âmes, en farine, lard et pois.
Faites camper la Reine et la Sarre à la Chute ; mais au-delà, marquez-y le terrain pour Languedoc et Guyenne. Il est juste de ne pas déplacer ni Royal- Roussillon ni Béarn ; nous rangerons les brigades en mouvement général,
Il convient qu’il y ait un officier principal au camp de la Chute. Le chevalier de Lévis se propose d'y camper et de vous laisser à Carillon. En ce cas, ne bougez Pas pour mon arrivée, quand même je resterois à Carillon, en vous resserrant, comme avoit fait le chevalier de Lévis. Je me placerai et je me servirai, si vous l'approuvez, de la cuisine, le peu de jours que je serai à Carillon.
M. le marquis de Vaudreuil me charge de vous recommander d’avoir grand soin des eanots des sauvages, d'obtenir d'eux amitié, de les faire ranger auprès du fort, d'y mettre une petite garde, que chaque bande
les numérotte, et d’avoir des gens qui les raccommodent continuellement, si besoin est. Vous devez un compliment à Malartic sur la première présidence de la cour des aides de Montauban, accordée à son frère. Je viens d'écrire au comte de Maillebois, et je lui parle de vous, Monsieur, un peu particulièrement, parce que je vous nomme comme étant en campagne depuis le commencement de mai dans toutes mes lettres, au nombre de soixante-dix, que j'adresse à Doreil pour les faire partir quand il voudra.
J'ai écrit deux lettres à M. de Moras ; l’une, correspondance avec le ministre ; l’autre, pour être remise par M"° Hérault, à qui elle est adressée à cachet volant, à condition qu’elle n'ira pas dans les bureaux, J'y fais mention de vous, Monsieur, dans toutes les deux.
A Montréal, 29 juin 1857.
Je réponds par celle-ci, Monsieur, aux deux lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 24 et le 25. Je pensois comme vous pour placer la Reine et les trois autres bataillons ; mais un peu de déférence et de complaisance pour M. le chevalier de Lévis qui compte s'établir dans ce camp, s'occuper des détails relatifs au chemin et au portage des bateaux et artillerie, dans le temps que vous voudrez bien vous occuper de tous sens relatifs à notre besogne au camp de Carillon, fait que je vous prie de mettre la Reine, la Sarre tout de suite au delà du moulin et pousser alors M. de Celoron au Portage, à moins que vous n'ayez quelque raison particulière pour l'y conserver encore jusqu’à l’arrivée de
ï A M. DE BOURLAMAQUE 181
M. le chevalier de Lévis. Pour moi, il me tarde fort d'être à Carillon ; je ne partirai cependant, au plus tôt, que le 13 de Saint-Jean. M. le marquis de Vaudreuil ne cesse de se louer de vous, Monsieur, Je crois qu'il pense ce qu’il dit, et pour moi, je crois qu’on ne peut rien faire de mieux que de vous donner de la besogne à conduire, et fort aise d’en faire avec vous.
Je vous promets d’être aussi occupé qu’on le puisse de rendre justice à la facon dont vous servez. Il n’y a point de compliments dans ce que je vous écris, car la fausseté canadienne n’est pas encore prête à me séduire,
La farine à donner à cette colonie est le sujet d’une grande occupation et d’une grande intrigue, parce qu’il y à beaucoup de mouvement,
P.S. — Je vous prie de dire à M. de Malartic qu'il est inutile qu'il écrive une lettre de plaintes ni de reproches à l’intendlant, parce qu’il n’a pas écrit sur un ton de reproche. Il a seulement prié Landriève, à qui il a envoyé la note d'éclairer cette affaire : c’est par ‘occasion que je l'ai su.
Votre lettre a été lue à la b2lle dame et puis brûlée, elle en a été très contente. Les généraux francois seront bien reçus dans cette maison. Elle partira le samedi 9, moi le 10, pour le saut Saint-Louis. Il a été trouvé décent qu’elle partit de Montréal avec M”*° de Saint-Ours.
Montréal 3 juillet 1757.
Par les nouvelles, Monsieur, contenues dans la lettre dont vous m'avez honorée le 28, je ne trouverai pas extraordinaire que nous fassions l’histoire des deux qui
se rencontrent la lanterne à la main, et je conseille au chevalier de Lévis de se conduire en conséquence de cette idée, d'autant que je crois qu’il n’y a plus rien à craindre pour la Belle-Rivière, et que, quels qu’aient été les projets des Anglois sur Louisbourg et Québec, je les crois avortés.
Par les nouvelles que nous avons des premiers jours de juin, M. de Bauffremont étoit entré à Louisbourg avec six vaisseaux de guerre, compris un vaisseau de soixante-dix canons, qu'il a pris sur les Anglois anx attérages de Saint-Dominique, et qu’il a armé tout de suite, Il a avec lui deux frégates. L’Abénaquise étoit aussi entrée à Louisbourg avec une flotte chargée de vivres ; le Chariot-Royal a été pris ; il nous est entré à Québec le 29 et le 30, l’Elizabeth, la Gracieuse, goélettes venant de la Rochelle, La Gracieuse est démâtée, ayant essuyé un combat. Ces deux goélettes ne portent que des marchandises pour des particuliers. L’Elizabeth est partie le 20 avril de la Rochelle, avec quatre autres bâtiments. On a appris par elle que nous avions un senau chargé pour le munitionnaire, en rivière, mais que la goélette “la. Madame de la Rochelle, et le navire le Fortuné, de Bordeaux, tous deux chargés par le munitionnaire, avoient été pris ; que le Robuste, vaisseau de Gradiche, capitaine Rozier, avoit relâche À Rochefort, ayant été rasé de ses mâts dans un combat vif, où il y a eu soixante-dix hommes de tués : il nous portoit cent quarante hommes de secours. Voilà, Monsieur, toutes les nouvelles, et je conclus que l’Anglois n'étant plus à temps pour la Belle-Rivière, ses expéditions maritimes
pouvant être échouées par la prévenance de l’escadre de M. de Bauffremont, il peut y avoir du refus dans notre partie ; j'oubliais de vous dire que M. de Bauffremont a été surpris, en arrivant à Louisbourg, de ne pas trouver une escadre de dix-sept vaisseaux, commandée par M. Perrier de Sulvert, à laquelle il devoit se joindre. M. de Lévis vous dira le surplus, ainsi que l'article des fusils.
P.S$S. — J'ai reçu une lettre d’Arnoux, à laquelle je crois n'avoir jamais répondu. Je serai le 9 au Lac ; le 10 au Saut ; le 11 à Montréal ; le 12 à Saint-Jean ; le 13 en pleine marche. Gagnez une bataille avant mon arrivée.
A Montréal, le 7 juillet 1757.
Je réponds par celle-ci, Monsieur, à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 2, et je vois que vous allez de l'avant. Il n’y aura aucun changement à ma marche. Je partirai toujours d’ici le 12, et le 13 de Saint-Jean. Je suis bien aise que vous ayez été content de l’idée de Jacquot. I1 me semble que cela peut nous être utile pour être à la tête de notre convoi maritime, pour favoriser une descente, pour couler bas leurs berges, pour attaquer les îles, s'ils y avoient pris postes.
Marin part ce soir pour vous joindre et aller de suite en parti. Je lui ai bien recommandé de prendre toutes ses précautions, d’avoir toujours des découvreurs en avant, sur la droite et sur la gauche, de faire fouiller les bois, de ne pas cacher les canots aux mêmes endroits,
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de faire occuper les hauteurs quand il sera obligé de marcher dans un chemin creux et une petite rivière aussi étroite, encaissée et bordée de rochers, que celle au Chicot.
M. le chevalier de Lévis, à qui vous voudrez bien communiquer ma lettre, sera bien aise de donner toutes ses instructions aux commandants de détachements qu'il enverra à la guerre. Il est certain que si l’on pouvoit battre complètement une de leurs patrouilles, cela intimideroit les autres.
J'ai parlé, hier, pour le brai, et tous les articles demandés par Landriève ; on m’a assuré qu'il y avoit du brai au fort Saint-Frédérie, et qu’on songeroit à tous les autres articles ; pour de la porcelaine, nous en avons une bonne provision.
Depuis mes dernières, il m'est arrivé ni courrier de Québec ni lettres. Mille choses à M. le chevalier de Iévis.
P. $. — Saqueville, grenadier de Béarn, et le soldat du même régiment, qui travaille chez les religieuses, rejoindront avec moi, ainsi que le grenadier de Languedoc qui manquoit. Je vous prie de le dire aux majors de ces bataillons.
J'ai reçu les pièces que M. de Bellecombe m'a envoyées, concernant Champigny. Je viens de tenir un conseil avec les Iroquois du Saut, pour accorder grâce à un soldat de Languedoc, que je crois être Lafontaine, grenadier. Je le ramènerai aussi.
Au camp du Portage, le 27 juillet 1757.
J'ai remis à M. Dumas, réponse à tous les articles, On compte avoir assez de toile pour les banderelles, L’arrangement de M. de Bourlamaque pour venir avec quatre jours de vivres, me paroît très bon, On accepte avec satisfaction et reconnoissance, les marmites offertes par les deux bataillons de la brigade de Royal-Roussillon, mais comme première charité commence par soi, on pourroit en prêter dix à MM. de la Sarre, qui prêteroient les leurs qui sonten plus... à MM. de la colonie. Il sera nécessaire que la Force vienne après-demain matin, pour partir avec les sauvages le 30 au matin, du camp de Contrecœur.
Au Portage, 28 juillet 1757.
Je réponds par celle-ci, Monsieur, à votre lettre du 28. Je m'en vais écrire pour qu’on nous fasse passer quelques bateaux, si l’on peut demain, et j'emploierai pour faire un portage, toute la nuit, toute celle de demain, et après, parce que je craindrois de nuire à ce qui est nécessaire à Carillon. A l'égard du biscuit, il sera ici aussi à couvert qu'on le peut. Je le fais mettre dans les baraques qui sont dans les hangars ; il faudroit profiter des bateaux pour passer le biscuit, Vous faites bien de garder Brisebois et sa troupe, jusqu’au 30, puisqu'il est nécessaire au transport des vivres.
J’envoie ordre à la brigade de la Sarre d'envoyer le 30 au matin, un lieutenant, pour être aux ordres de M. Dalquier. Gardez le nouveau de la Reine, A
l'égard des trois chaudières qui vous restent à envoyer, adressez-les moi directement, voulant en disposer. Sans doute que les trois brigades n’ont pas besoin d’endroit, puisque vous n’en entendez pas parler. Je viens de commander mille rames et trois cent dix avirons. Je viens d’ordonner que cela seroit payé comptant par ‘M. Sermet, sur le pied de douze livres la rame et vingtquatre livres l’aviron, ce qui fait neuf cent soixante livres.
P. S. — Prévenez Landriève pour largent. M.
Charly vient de me dire que les trois brigades ont porté tous leurs effets au magasin que vous leur avez indiqué. Demain matin vous aurez, à 7 heures, à achever de donner des fusils aux brigades de La Corne, Repentigny et Vassan. Celle de Saint-Ours est complétée, celles de Courtemanche et de Gaspé vont chercher leurs fusils le 30, à sept heures du matin, après quoi, M. Le Mercier pourra enfermer tous ceux qui resteront, soit à Carillon, soit chez Sermet ; car à l’égard
des ouvriers qui manquent de fusil, les armuriers qui.
restent à Carillon leur en raccommoderont plus qu'il ‘ ne leur en faudra.
Voyez aussi quel ordre nous pourrions donner pour nous ire rejoindre à M. Totabelle, lorsqu'il sera de retour avec son détachement. Si M. de Malartic n’étoit pas d’une nécessité absolue à Carillon, il pourroit venir coucher demain au soir ici, ou, tout au moins, partir de grand matin ie 30, pour établir le camp de”sa brigade, et commencer à faire la distribution des bateaux.
I1 me reste ce soir, quoique j'en aie ? ‘en fait distribuer, cinquante-six fusils, ici.
On m'a demandé, ici, quand M. de Saint-Ours partiroit pour s’en retourner. J'ai dit que je n’en savois rien, mais qu'il étoit le maître de partir quand il voudroit, et de profiter de la première occasion, dès que sa santé ne lui permettroit pas de faire la campagne. Je vous prie de lui faire dire par M. Arnoux.
Les calfats peuvent lui fournir une bonne occasion, car ils partiroient le jour du départ de l’armée. M. Landriève portera dans sa réserve tout le vermillou qui reste.
Au Portage, 28 juillet 1757.
J’ai l'honneur, Monsieur, de vous envoyer une lettre pour M. de Lotbinière, et une pour M. Desandrouins, afin de leur indiquer leur départ avec vous, et qu'ils auront un bateau pour eux deux. J'écris à M. de Lotbinière que, si les affaires de Carillon les retiennent, il lui suffira d'arriver le 31, et qu’il ait la bonté de vous rendre compte de ce dont il veut charger la milice, afin que vous donniez vos ordres à cette occasion; ayant toujours suivi cet objet, vous êtes plus en état de le faire que moi. Je vous envoie aussi l'instruction que vous laisserez au départ à M. Dalquier, et une lettre que je lui écris, par laquelle je lui marque de se conformer à tout ce que vous jugerez à propos d'ajouter, ou retrancher. M. de Sermet n’avoit encore acheté que trois fusils des sauvages, mais je m'en vais en assembler plus de cinquante. Ils serviront pour les trois dernières brigades, si nous épuisons ceux qui sont en haut, J'ai l'honneur de vous envoyer l’ordre pour la brigade de Royal-Roussillon.
Saint-Pierre et Rome (mot d'ordre).
Gardez patrouilles, défense à l’ordre, les appels exactement. M. le marquis de Montcalm demande que toutes les distributions soient faites d’ici à demain matin, afin que rien n'arrête le départ du détachement qui doit s’assembler, demain au soir, à l’ancien camp de M. de Contrecœur, aux ordres de M. le chevalier de Lévis. On avertira, ce soir ou demain matin, de l'heure à laquelle les détachements s’assembleront, et se mettront en mouvement.
Vous voudrez bien, Monsieur, donner vos ordres pour le départ de M. Landriève et M. Arnoux. Je crois qu’il est convenable qu’ils soient ici le 30, au plus tard.
M. Landriève enverra, sitôt le présent ordre recu, à M. de Sermet, cinquante livres.
Au Portage, le 28 juillet 1757.
Je réponds par celle-ci, Monsieur, à votre lettre du 28. Nous n'avons ici, encore, que deux cent trente deux bateaux. Vous pouvez hardiment faire passer, jusqu’à concurrence de deux cent cinquante, {eux qui arriveront le 31 suffiront pour le service de Saint Frédéric. Formez le rôle de votre garnison, ainsi que vous me le marquez. Il faut y comprendre n'importe de quel régiment ils soient, à moins qu’ils ne fussent grenadiers,
J’accorde que tous les boulangers rejoignent leurs corps le 29 ou le 50 au matin, ainsi que vous le jugiez à propos.
M. de Lapause a eu tort de mander que l’armée ne s’assembleroit que le 31. Vous recevrez, demain,
l'ordre pour partir le 30. Non seulement c’est très bien de partir avec des vivres pour quatre jours, mais j'envoie le même ordre pour les bataillons de la Chute, Je ferai faire, après dîner ou demain matin, par M. le major général et M. Marcel l’état des vivres qui sont au Portage. Vous pouvez, demain matin, pour ne pas donner vos doubles, tirer sur moi jusqu’à concurrence de soixante fusils, qui me restent de ceux que j'ai achetés. Il ne faut pour M. de Villiers que dix-sept fusils en tout, que j'ai demandés pour la promptitude, et pour que cette troupe légère soit mieux armée. Ceux qu’il laisse à réparer, au nombre de quatorze, seront au Roi, et vous en disposerez pour qui vous voudrez, Envoyez avec les quinze chaudières, les trois, cela fera dix-huit; il n’en faudra plus que sept pour la troupe de Villiers, que je trouverai ici, et Dieu merci, toutes les brigades ont les leurs.
Vous enverrez directement l’ordre aux bataillons de la Chute, que vous croirez convenable, pour fournir les cent hommes de garnison. Je vois qu’il faudra qu'ils en donnent fort peu,
Puisqu’il n’y a plus de peaux de chevreuils, il est inutile de garder ceux qui travaillent, Ainsi, envoyez demain matin Brisebois, à moins que vous n’en ayez besoin, auquel cas vous le garderiez encore.
P. S.— S'il y a des soldats convalescents de la colonie, en état de servir, ainsi que des miliciens, faites-en faire un rôle à Arnoux, et qu’un sergent de vos deux bataillons les assemble et les conduise demain à M. de Sermonville : ils seront en état, au moins, de faire fond à la garnison qui restera ici.
M. de Malartie, major de brigade, donnera à son arrivée une note de la force de son bataiilon, compris ce qui est resté à Carillon ; une note de tout ce qu'il y a à embarquer: officiers, soldats et domestiques. Par conséquence il distraira ce qui reste en arrière et ce qui marche avec M. le chevalier de Lévis.
Une note de ce qu’il y aura de combattants effectifs, dans laquelle il comprendra ce qu’il y aura de combattants non effectifs, et ce qui marche par terre et par eau, sans y comprendre les officiers et domestiques.
Saint-Nicolas et Nancy (mot d'ordre),-le 29 juillet 1757.
C’est très bien, Monsieur, d’avoir envoyé le collier à M. de Lusignan.… Les sauvages d’en haut éloignés, branlent at manche. Les colliers trottent. On donne du vin, c’est-à-dire le mien, et mes poules. En passant demain au camp de la Chute, vous donnerez la consigne à la garde que les bataillons laisseront à la Chute.
Les brigades de Courtemanche et de Gaspé seront demain, à 6 heures, à Carillon. Recommandez, je vous prie, à M. Pénisseault la subsistance des deux nègres de Saint-Luc, et de celui que l’on a dit à moi, qui sont en prison. S'il envoyoit celui de Villiers, dont il s’est chargé à Montréal, il pourroit envoyer les trois nôtres, et le faire adresser chez Saint-Luc.
Au fort Saint-Jean, le 30 août 1757.
Par une lettre que j'ai reçue en chemin, de M. le général, il me paroît qu’il ne veut pas envoyer les
Canediens demandés par M. de Lotbinière; je ne sais’
si une semonce verbale fera mieux ; il désire que l'on garde les Canadiens qui sont à Carillon, c’est pourquoi je laisse, ici, des lettres à M. le chevalier de Lévis et aux commandants des deux bataillons pour qu'on rassemble les Canadiens qui seront descendus avec les bateaux, et qu’on vous les fasse remonter.
On dit ici qu’après-demain, jeudi, on doit casser la tête à un Outaouais qui a tué un François, à Montréal. Comme les sauvages ont les privilèges des anciens François, il aura été jugé par., car ce privilège, qui est aujou: d'hui restreint aux ducs et aux conseillers en cour supérieure, étoit un privilège parmi les Francs...
A Montréal, le 3 septembre 1757.
Je vous serai obligé, Monsieur, et à MM. Dalquier et Bernetz d’adresscr vos réponses en mon absence à M. le chevalier de Lévis, afin que sil y avoit quelque chose à dire à M. le marquis de Vaudreuil, il eût attention de le faire, et il aura celle de me faire passer ensuite mes lettres, suivant ce que m'a dit Bernard, du régiment de Béarn. Le capitaine à rester de ce bataillon sera Mazerac ou Jourdeaux ; ils sont tous deux très bons. Cependant je ne me soucierois pas de Mazerac, parce qu’il est capitaine de 1744, et que si je trouve de la difficulté pour Senezergues, ou vis-à-vis de lui, ou vis-à-vis M. le marquis de Vaudreuil, qui devroit le souhaiter et qui paroît ne pas s’en soucier, je verrai de faire tomber le commandement sur un simple capitaine dont j'ai grande opinion, d'Hébécourt, et il n’y a que Mazerac qui peut m’embarrasser.
S'il y a lieu d'envoyer d'avance d’Aubrespy, soit pour mener les convalescents ou autres, recommandez-le à Malartic. Sa femme va changer d'établissement ; elle est jolie, demande et facilite les choses de bonne grâce, et cela touche les généraux. Je pars saiaedi ou dimanche si le chevalier de Lévis arrive. Ce premier voyage me mènera jusqu’à la Toussaint, au moins. M. le marquis de Vaudreuil viendra à Québec à la fin d’octobre, et vous, Monsieur, auand vous voudrez, votre campagne finie. Nos moines Augustins romains se sont trouvés anabaptistes.
A Montréal, le 9 septembre 1757.
Je pars demain, mon cher Monsieur, pour Québec, par la raison que je n’ai voulu partir d'ici qu'après y avoir installé M. le chevalier de Lévis. Je ne dois repartir de Québec qu'après vous y avoir installé. N'allez pas d’ap.ès cela croire que ce sera me traiter honnêtement que d'arriver fort tard ; tout au contraire, venez le plus tôt que vous pourrez, et j’annoncerai à une très belle dame tout l’empressement que vous devez avoir après la cession qui vous en à été faite.
Je vous offre d’être votre commissionnaire pour faire arranger votre maison lorsque vous voudrez venir.
Comme M. le chevalier de Lévis reste près la personne de M. le marquis de Vaudreuil, je vous prie de lui écrire sur ce qui peut regarder nos troupes, et sur le nombre de bateaux dont vous aurez besoin, y compris cenx que vous devez laisser à Carillon. Il sera aisé de vous en faire passer autant que vous voudrez. Nous
aurons quatre piquets à vous envoyer et cinquante Canadiens ouvriers. M. d'Hébécourt, capitaine au régiment de la Reine, qui se trouve plus ancien capitaine que ceux qui restent à Carillon, y commandera le piquet de son bataillon, et aura un ordre particulier pour commander dans le fort, Ilest plus ancien que tous les capitaines des bataillons qui sont ici, et je le suppose plus ancien que ceux de Béarn qui sont à marcher.
Par le premier article de l'instruction de M. le marquis de Vaudreuil, il aura ordre de se conformer entièrement à celle que vous lui laisserez. Aïnsi, je vous prie de ne rien négliger pour que cet officier, rempli de zèle et d'application à son métier, se tire avec honneur de ce commandement et pour mettre en état les bâtiments civils. Fermez la basse ville autant qu’il sera possible. Je suis toujours inquiet du hangar qui est si mal placé au bord de l’eau, si les ennemis ont envie de le brûler pendant l’hiver.
P.S. — M. de Vaudreuil vient de recevoir une lettre d'avis des grâces de la colonie. Le cordon rouge et dix mille livres de gratification pour lui. Cing croix de Saint-Louis. MM. de Sermonville, Repentigny, la Colombière, Villiers, Le Mercier. Deux pensions de quatre cents livres, MM. de Contrecœur et Des Ligneris; six mille livres de gratification à distribuer aux subalternes, officiers de milice et simples miliciens. J’ai recu une lettre des plus honnêtes de M. Paulmy ; il me prie d’avoir la même confia..ce pour lui que pour son onele, de ne pas lui écrire simplement comme au ministre de la guerre, mais personnellement à lui.
Je vous prie de recommander à MM. les aides-majors d’être exacts à envoyer ce que M. Doreil leur demande,
J'ai recu une bonne lettre de quatre grandes pages de Richelieu proprio pugno.
J'ai eu occasion d'écrire une lettre assez longue qui sera sûrement lue de M. le Dauphin. Je l'ai écrite pour cette raison avec attention, et j'y ai parlé avec éloge sans affectation de M. de Bourlamaque, capitaine dans le régiment de M. le Dauphin.
À Québec, le 20 septembre 1757.
Il faut espérer, Monsieur, qu’un soldat qui va être conduit pour être puni comme déserteur, fera un bon effet, Je crois que vous serez content de la facon dont j'ai traité vis-à-vis M. de Paulmy dans une lettre pour lui seul, l'objet qui nous intéresse le plus tous les trois. J’ai été jusqu’à présent plus occupé d’affaires que d'autre chose; cependant je ne perds rien de vue. Dites à Arnoux que je suis furieux d’être obligé de tenir son enfant, et qu’il doit m’en savoir gré; car cela me fait une grande affaire. L’Ile-Royale, le manque de pain, voilà ce dont on parle tonte la journée. Venez donc, car il faut un quatrième. M. de la Naudière vous aime et vous estime, c’est le meilleur de mes amis, il dîne demain chez moi. Bonsoir, monsieur.
A Québec, le 23 septembre 1757.
Je réponds par celle-ci, mon cher Monsieur, à votre lettre du 14 10 J’approuve très fort que La Mothe reste en qualité de capitaine avec le lieutenant qui
voudra rester avec lui, et si cela fait quelque difficulté, écrivez-le au chevalier de Lévis, qui enverra Wolff avec un ordre particulier pour servir comme lieutenant du piquet de Béarn. Je pourrois bien, de vous à moi, et je vous prie de ne pas le dire, rester ici jusqu’au carême, à moins d’une volonté à ce contraire de la part du marquis de Vaudreuil. Vous aurez de la peine à tenir la maison que vous y teniez l’année dernière. Vous avez fait vos preuves sur l’article de la dépense, Je vous conseille comme votre ami de prendre le prétexte de la rareté des vivres, du manque de pain; pour moi. je crois que j'aurai de la peine à soutenir cinq jours de la semaine à douze ou quatorze personnes. Et à cause du pain, mes deux jours sont fixés au jeudi et dimanche, parce qu’on ne m'en donne pas ces deux jours-là, et les autres on me donne un quarteron par personne. Les recrues de Béarn, la Sarre, Guyenne et Royal-Roussillon partent avec un déserteur de Béarn, compagnie de Pointras, et l’incorrigible Herbert que je remets à sa troupe. Je prie M. de Malartic de lui donner, quand il aura rejoint la compagnie d’Aubrespy, vingt-quatre livres à employer en nippes, suivant ses besoins et en détail.
Comme il me paroît que M. de Vaudreuil ne laisse pas des officiers de la colonie en état d'aller en parti, s’il le falloit, le sieur Wolff et le sieur d'Arenne passeront à Carillon pour y passer l’hiver, et si les logements embarrassent, vous laisseriez le sieur Wolff pour faire fonction de lieutenant à quelqu'un de nos six piquets, et vous trouverez aisément un lieutenant qui ne demandera pas mieux. de joins ici un ordre en blanc, dont
vous pourrez faire usage pour obvier à tout inconvénient,
Les derniers vaisseaux yartiront au commencement de novembre, et de meilleure heure, dit-on, que l’année dernière. La Nouvelle - Société, navire venant de la Rochelle, a péri, avant-hier, à trois lieues d'ici. Il y à eu treize personnes de noyées. Il étoit chargé de vin et d’eau-de-vie. Il y & encore deux bâtiments en rivière. Dieu veuille que ce soit la .Liberté. J'ai reçu une lettre du chevalier de Bernetz du 14, avec les pièces nécessaires pour le soldat qui a perdu un bras.
Je suppose que l’arrangement de La Mothe convient aux officiers du régiment de Béarn. C’est M. d'Hébécourt, capitaine au régiment de la Reine, qui doit commander à Carillon.
Vous aurez la bonté, avant votre départ, de régler les logements, tant des piquets que des officiers.
On dit, ici, que M. de Vaudreuil avoit ordonné que la milice oceupât en entier le logement de Lotbinière, que Lusignan occupoit l’année dernière. Lotbinière est assez ridicule pour l'avoir demandé au marquis de Vaudreuil, et celui-ci, assez bon pour l'avoir accordé ; mais quand même on vous montreroit un ordre ou lettre de M. le marquis de Vaudreuil, allez votre train ; n’y ayez aucun égard, sauf à lui dire que vous voyez bien qu’il a été surpris, et que cela ne pouvoit être autrement, vu la rareté de logement, et l'indécence qu'un piqueur de travaux occupât tout un corps de logis, lorsque le commandant et les officiers seroïent à T'étroit.
Je vous serois obligé; le marquis de Vaudreuil pourra en être fâché, mais il n’osera en dire mot.
P.S, — Dites au chevalier de Bernetz qu’il mettra son état-major où bon lui semblera, Je vous prie de dire à M. Dalquier que j'ai reçu sa lettre en date du 14, J'approuve tout arrangement concernart M. de La Mothe. On dit trois bâtiments en rivière, la Liberté etle Bristol, Dieu le veuille, nous allons être misérables pour le pain ; on parle de réduction à commencer du 1°" octobre,
Le capitaine du bâtiment qui à péri, dit qu'ayant passé le jour de Saint-Louis à huit ou neuf lieues de Louisbourg, il a entendu canonner vigoureusement depuis midi jusqu’au soir.
A Montréal, le 27 septembre 1757.
Nous avons vu, Monsieur, l’année dernière, plusieurs soldats qui s’étoient rendus errants et vagabonds dans les côtes ; nous avons eu de la peine à les fa.e rejoindre; il yen a même eu trois qu'on a fini par coutumacer, Il manque depuis sept à huit jours quatre convalescents qui sont errants, Sur mes représentations, M. le marquis de Vaudreuil va rendre une ordonnance dont voici les dispositions :
1° Ordre à tous les habitants d'arrêter tout soldat qui ne sera pas muni d’un congé ou permission ;
2° Tout habitant qui arrêtera un soldat dans le cas ci-dessus, le conduira à la prison la plus prochaine des villes de Montréal, de Québec ou Trois-Rivières ;
3° Tout habitant convaincu d’avoir donné asile, subsistance ou travail sera puni par amende et prison ;
4° Tout habitant sera tenu d’avertir l'officier commandant ou l'officier major toutes les fois que le soldat, qui sera logé chez lui, découchera, à peine de prison et d'amende s’il ne le fait, Je vous prie, Monsieur, de faire assembler les deux bataillons du camp de Carillon, et faire battre un ban pour leur déclarer de la part du Roi, que tout soldat arrêté à trois lieues de son camp, garnison ou quartier d'hiver, sans être muni d’un congé ou permission, sera réputé déserteur, et puni suivant la rigueur des ordonnances ;
5° Tout soldat qui, s’étant absenté, n’aura pas rejoint dans la huitaine sera sur le champ, conformément aux ordonnances, mis au conseil de guerre et contumacé, sans que le commandant du bataillon en diffère la tenue sous aucun prétexte ;
6° Tout soldat qui aura manqué à l'appel ou découché pendant deux jours sera passé par les verges, sans que le commandant du bataillon puisse, sous aucun prétexte, différer l'exécution.
I est bon, Monsieur, après avoir publié le ban ci-dessus, d'ajouter que M. le marquis de Vaudreuil, de son côté, vient de rendre une ordonnance à cette occasion et leur en apprendre les dispositions.
À Québec, le 4 octobre 1757.
On informe toujours. M. le général part de Montréal le 8 On jugera Beauséjour et Gaspareaux vers le 15.
Du 1, le soldat est réduit à une livre de pain. On sauve les effets de la Nouvelle-Société, bâtiment qui a péri avec perte de onze hommes,
Depuis l'arrivée de la Liberté et du Bristol, nous n’entendons parler de rien.
Le Rameau, paquebot, est parti ce matin, avec centcinquante Anglois, pour Plymouth. Nulle nouvelle de Louisbourg. Détachement de M. de Bellestre, vers Corlar. L'abbé de Tonnancour, mort. Continuation de morts et maladies à l’hôpital-général. La sœur de M° de ja Naudière y est morte; M" Marin malade. Bougainville fréquente un peu la maison où je vais beaucoup; mon cœur et mon estomac sont malades, le dernier est le plus fâcheux. Voilà nos nouvelles, Monsieur. Je vous attends à la Toussaint,
P.S. — Je regrette bien Fontbrune. Si des caprices sont aimables, je n’ai rien à désirer.
A Québec, le 18 février 1758.
Je viens de prévenir, Monsieur, MM. les commandants des régiments de la Reine, Languedoc et Berry de vous rendre compte des divers détails qui peuvent concerner leurs bataillons. Je les préviens de vous remettre au 1° avril un état de leur situation, et un état détaillé des mariages de leurs soldats, depuis le commencement de l'hiver, et pour Berry, depuis son arrivée en Canada. Je les préviens sur l’ordre du Roi, pour défendre les jeux de hasard, et nommément le quinze, et d’y tenir la main.
J’ai fait remettre à M. l’intendant les états des réparations nécessaires, pour que les bataillons puissent entrer en campagne ; il y fait travailler, et nous avons du temps devers nous, car ces bataillons ne sauroient mouvoir qu'après l’arrivée des vivres.
Quand vous croirez, Monsieur, que la saison vous permettra de faire tirer le soldat, on pourra donner de la poudre et des balles ; mais ce ne peut être, vraisemblablement, qu’à la fin d'avril.
Je n’ai rien de particulier à vous prescrire. J'aurai honneur de vous écrire exactement tout ce que je. crofrai utile au service, et je vous prie d'en agir de même. Je souhaite que vous vous amusiez à Québec.
J'aurai attention de vous prévenir des projets et intentions de M. de Vaudreuil, dès que je les saurai, mais le manque de vivres lui fera retarder l'entrée en campagne le plus qu'il pourra.
A Montréal, le 22 février 1758.
Arriver à midi, dîner chez M. de Vaudreuil, écrire, voilà mon occupation, parce que le courrier qui porte les dépêches pour Louisbourg part demain, J'ai trouvé le chevalier de Lévis en bonne santé.
M. de Langy est de retour à Carillon. I] a fait vingttrois chevelures, amené trois prisonniers. Il paroîtroit par les dépositions de ces derniers, que les Anglois font des amas de vivres considérables entre Lydius et Orange. M. de Langy reste pour repartir avec un nouveau détachement, après que M. Wolff sera de retour de sa. course au fort. M. le chevalier de Lévis et M. Pouchot ont été consultés comme géographes ; ce dernier a dressé une carte pour accompagner le système de M. le marquis de Vaudreuil sur les limites, système qu'il ne leur a pas communiqué ; et moi pour n'être pas en arrière, j'ai écrit une lettre à M. de Paulmy, et chiffré mon système sur les limites,
Une bonne chose, c’est qu'on joue au quinze chez M. le marquis de Vaudreuil, parce qu’il assure qu'il n’est pas défendu dans l’ordre du Roi ; et comme c’est lui qui est chargé de l'exécution, et qu’il ne me l’a ni communiqué ni remis copie, je ne dis mot, et si on le joue à l’intendance, faites de même. Une chose encore meilleure, que Montgay m'a assuré de tenir de la Plume, ancien soldat de sa compagnie, c’est que M. de Vaudreuil a recu une lettre en chiffres, mais il n’a plus son chiffre particulier. Vous savez que ce la Plume est son secrétaire, M. Hère n’a recu que huit coups d’épée, et n’en a donné qu'un.
Mes compliments, je vous prie, aux dames et à M. de la Naudière. Brûlez mes lettres.
A Montréal, le 3 mars 1758.
Je dois répondre, monsieur, aux deux lettres dont vous m'avez honoré, le 24 et le 27. Rien à ajouter à ce que vous avez fait sur les deux soldats de la Reine accusés ou soupconnés de vol. Les exemples deviennent d'autant plus nécessaires, que ces crimes sont bien fréquents, La justice ordinaire informe actuellement contre un grenadier de Bearn et un soldat de la colonie, qui ont pris, avec effraction, un bœuf aux dames de la Congrégation. Lundi, conseil de guerre à Boucherville contre un soldat qui a mis l'épée à la main et frappé son sergent, qui vouloit le séparer d’avec son camarade,
L'affaire de MM. Hère et Liébaux est finie. Ils se sont comportés au gré de leurs camarades, et on a dit:
Holà ! on ne joue plus aucun jeu, pas même le quinze. M. Duplessis, major, ayant fait voir à M. le marquis de Vaudreuil qu'il n’avoit pas bien lu l’ordre du Roi, et que le quinze est défendu nommément, M. de Vaudreuil a mis en prison, par un effet rétroactif, le nommé Matha, qui tout l'hiver a tenu un tripot pour les jeux de hasard.
M. de ia Durantaye part demain de Saint-Jean avec deux cents hommes, dont vingt Canadiens; le reste sauvages du Saut. Les beaux jours occasionnent beaucoup de parties de campagne. M. et Mme de Vaudreuil y vont souvent. Le chevalier de Lévis en est quelquefois, et il a aussi les siennes. Pour moi ma vie ordinaire, le plastron le matin et tous ceux qui n'ont rien à faire ni à dire. Diners avec dix-sept personnes, le soir chez moi, chez le général. Catta dernièrz maison est renforcée de Malartic et de Villiers qui y sont souvent. M. Varir peut être remplacé, mais sa maison ne l’est pas; celle de d’Eschambault qui n’a jamais été gaie l’est moins cette année-ci. Restez à Québec jusqu’au dernier moment où votre présence sera nécessaire quelque par!, et vous ferez bien; s: j'eusse eu le pouvoir et le devoir, j'en eusse fait autant. J'aurai demain à diner six dames. Celles de Québec partent dimanche avec Roquemaure ; Pontleroy mardi; d'Hert à la fin de la semaine. Je vous enverrai par eux toutes les gazettes d'Avignon, Hollande, France et mes nouvelles à la main. Si vous vous donnez la peine de les
: feuilleter, promotions, charges, etc.
J'ai recu des lettres de Manneville, de Bellot et du
chevalier Péan; je leur répondrai à tous par Roque-
maure, M. de Vaudreuil qui ne devoit expédier son courrier que demain au soir, vient de m'envoyer dire qu'il va le faire partir.
Le chevalier de Lévis est en bonne santé; il me paroît qu’il n’a fait aucun projet de campagne, ceux qu'on a ici me paroissent conditionnels, Vous vous conformerez à mes conversations du mois d'octobre ; dans le détail et l'exécution bien des choses l’arrêteront. Dumas ne quitte ni la chambre ni le cabinet. Je le crois d'opinion contraire pour les détails avec Le Mercier et moins en crédit que ce dernier, Pour moi, je suis à mon ordinaire très bien. Je vois venir. J'attends qu'on me parle ou qu’il soit temps de parler. Nous attendons ce soir M. Doreil. M. de Vaudreuil, entre nous, n’a pes été content de ce que son ami l'évêque a écrit aux curés sur le serment illusoire demandé par M. de Montrepos, lors de la recherche des grains.
Jusqu'à présent, Pontleroy ne peut que se louer, la Naudière est en règle. Lotbinière à ordre de se mettre à son devoir, M. de Vaudreuil approuve tout, convient de tout: visites de fortificotions à Carillon, Saint-Jean, Niagara, etc., veut s'employer à la guerre. Tout cela est beau, Voyons si au fait et prendre, il ne trouvera pas des empêchements dirimants lors de l’exécution.
On parle, ici comme à Québec, du mariage de M. le Noir avec M" Herbin. Je le crois meilleur pour lui que pour la demoiselle. 11 mange et loge chez le futur beaupère. J’aurois donné ma permission de suite, s’il n’étoit en puissance de père et de mère, mais je ne le puis d’après ma lettre du ministre, du 3 août, Le Noira écrit à ses parents et moi aussi, pour demander un con-
204 LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM sentement qui viendra. Ce détail est pour vous. La demoiselle est un petit outil qui a l'air de jouer encore avec des poupées, et qui n’a pas encore ce qu'il faut pour être nubile,
Je vous prie d'écrire à M. de Trécesson quand vous en aurez occasion; à propos de quoi est-ce que M. de Houstet, petit sujet de son bataillon, s’avise, parce qu’il se eroit recommandé à M. de Vaudreuil, d'écrire d’un air d’aisance pour lui prêter vingt-cinq louis. 11 faut lui en laver la tête et le gronder.
P. S. — M. Doreil vient d'arriver, Bougainville qui a de l’argent de reste, a été voir ses frères de la Tortue au saut Saint-Louis, pour leur donner cent cinquante livres de tabac et dix livres de vermillon. Au retour, il a couru véritablement risque de se noyer; les glaces mauvaises ; il s’étoit trompé de chemin.
A Montréal, le 3 au soir.
Je profite, Monsieur, de l’occasion de M. Cadet: je mets sous votre enveloppe la lettre de M. l’intendant, 1° pour m'éviter de vous en répéter le contenu ; 2° pour que vous preniez et gardiez une copie. Je puis, dans une discussion de conduite, vouloir prouver que je ne me suis pas regardé consulté, et qu'a: mo:ns on ne m’avoit parlé en aucune facon d'avance des ordres donnés à la Belle-Rivière, Saint-Jean, Niagara, Frontenac, Présentation, etc ; car dans mes chimères, je crois toujours que si la colonie étoit perdue, on nous mettroit trois à la Bastille, Ce seroit au chevalier de Lévis et à vous à faire les mémoires de votre général. Je vous
A M. DE BOURLAMAQUE 205 I PSE PARUS ML Se OL, prie de prévenir MM. de Roquemaure, Trivio, Trécesson et leurs détailleurs, du départ à la première navigation au plus tard le 1% mai, peut-être au 25, Voyez que rien n'arrête, Il me paroît, monsieur, que votre destination, quoiqu’on ne ser soit pas éncore bien »xpliqué, sera de partir avec le premier corps des trois bataillons et douze cents Ganadiens québecquois. Ainsi, tenez vous aussi prêt pour tout arranger : ordonnez avec trois bataillons de venir suivant ce que j'aurai l'honneur de vous écrire dans le temps. M. de Vaudreuil doute que l'on ne soit au 20 à Carillon, Ce qui est dans ce gouvernement des Trois-Rivières partira plus tard. Cependant s'il apprenait l'ennemi au fort Saint-George, ceci ferait mouvemeut plus vite, et alors le chevalier de Lévis seroit l'avant-garde ; car nous y serions tous trois, hors le cas d’une charge aux Rapides ou d’une alerte à Québec ; en ce cas je vous vois à Carillon, Rigaud aux Rapides, le gouverneur-général en poste à Québec, le chevalier de Lévis et moi en route de Carillon à Québee pour donner deux batailles, dont une gagnée sau veroit la colonie, Je conseille, si nous capitulons, d’aller en Louisiane avec notre corps qui ne sera pas alors considérable. Ceci est extrait du mémoire, et par l'avis
‘aux trois bataillons, tous pour vous seul, même les douze cents Canadiens. C’est à M. de Ramzay à le dire. Ne faites pas semblant, vis-à-vis l’intendant, d’avoir lu sa lettre,
P. S. — On soutenoit avoir à Carillon pour quatre mille hommes à amener du 1* mai pour un mois, On dit s'être trompé en calcul, n’y avoir que pour trois mille, y compris même le dépôt de Saint-Jean, et on
- doute si avec ce quiest ici, les moatures des curés, on aura jour cinq mille de plus rour un mois. Sûrement Rigaud ira aux Rajides.
A Montréal, le 7 mars 1758.
M. de Pontleroy part à midi très content de M. le marquis de Vaudreuil, et il doit l'être s’il y a sincérité. Je le vois ingénieur en chef du Canada, Carillon compris. Lotbinière ne part que jeudi, ayänt fait une chute qui l’alarme, pour laquelle il a été saigné deux fois. Je tiens actuellement M. Le Mercier. Mémoire court, succint, mal fait, où il traite la partie qui ne le concerne pas, ne traite pas la sienne. Je sais M. le marquis de Vaudreuil par cœur sur la campagne ; il m'a entretenu longtemps. Son système général bon. On manquera par les détaiis. J’ai le morceau de géographie du chevalier de Lévis à lire ; il n’a aucun projet. Mon système seroit de n’en avoir aucun et de ne rien proposer, parce que, dit-il, si ce que vous proposez ne réussit pas, idem, que je l’aie proposé ou non. D'ailleurs, je dois par ma place remontrer, proposer, éclairer, instruire de mon mieux, et en faisant le dû de ma charge, j'attends avec tranquillité l'éloge ou l’improbation. Les beaux jours continuent ; la fonte des glaces me fait craindre l’interruption des parties de M. et M" de Vaudreuil qui vont visiter les notables de la côte comme Henri IV chez les nctables bourgeois de Paris. Hier, chez MM. Bailly et Gannes, (sic) à l’ile Saint-Paul, à ile Grosbois, chez M. de la Tour. Pour moi, j'ambitionnerais l’île Madame ou l’île Saint-Louis. Des com-
pliments aux dames. Vous voye, Monsieur, que je cherche les occasions de m’entretenir avec vous, car c'est vous écrire uniquement pour cela.
P. S. — Dites à Arnoux que je sais tous les ouvriers employés pour le Roi; que je n'aurai jamais de calèche assez tôt pour le printemps ; j'en ai une qu’on me prête pour l’arrière-saison à Québec, ainsi à délibérer pour une autre année si notre séjour se prolonge. Si on dit à Québec que M. de Selles à tué un Canadien, dites que vous ne le croyez pas. Je compte qu’il n’est que blessé ligèrement. Le Canadien insolent n’a pas voulu se ranger et l’avoit pris à la gorge, le forçoit, lève sur M. de Selles un petit coup de couteau de chasse. J’ai envoyé un chirurgien. M. de Vaudreuil a pris cela bien. Deux bons bourgeois témoins donnèrent le tort à l’instant à l’insolent Canadien. Je compte que M. Dalquier va donner la prison à M. de Totabelle, de Béarn. Il a insulté l’hôtesse de Cornier, femme qui aime les François et qui ne veut pas se plaindre, raison de plus pour punir avec sévérité. Ce M. de Totabelle et quelques auties prennent les mœurs des pays d’en haut. Les liqueurs enivrantes. Des attaques d’apoplexie en détachent Segla et le remène à Dieu.
A Montréal, le 10 mars 1758.
L'homme blessé par M. de Selles étoit encore en vie ce matin, toujours dans un grand danger; cependant les accidents ayant diminué, le sieur de Bonne qui ne le quitte pas par mon ordre, sans en espérer, n’en désespérait pas. M. de Selles est d'autant plus à plaindre
qu'entre nous soit dit, le jeu de M. l’intendant l’a précipité dans une ruine totale et affreuse, et si la fortune n’avoit pas favorisé nos joueurs aux dépeus de M. l’intendant, nous n’aurions que trop d'officiers dans la situation de M, de Selles.
M. de Vaudreuil n'arrête pas, il est tous les jours en partie de campagne. J'ai toujours oublié de vous informer que nous avons envoyé et que nous devons envoyer un grenadier de Béarn impliqué dans le vol du bœuf ; c’est d'accord avec le marquis de Vaudreuil pour sauver un Canadien et un soldat complices. Je suis convenu avec les quatre bataillons de la Reine, Languedoc, Guyenne et Béarn que l’on délivreroit l'habillement en entier avant d'entrer en campagne, mais que de fait nous garderions pour n'être délivrés qu’au retour de la campagne les habits et les culottes, et que nous délivrions avant que de partir les chapeaux, vestes et guêtres, Vous serez peut-être surpris de la réserve des culottes, c’est qu'outre celles de l'habillement général, on nous en délivrera une paire avant d’entrer en campagne pour tenir lieu de brayet. Cet arrangement économique n’est que pour nous, car vis-à-vis l’intendant il faut avoir l'air de prendre l’habillernent, car si la paix arrivoit au mois de juin, on voudroit peut-être nous renvoyer avec nos haïillons. Je vous écris par M. d’'Hert. MM. de Joannès et d’Aiguebelle partiront la semaine prochaine. Mes compliments aux dames. Vous pouvez dire à M”° de Beaubassin que je commence à être très content de la santé de sa mère, que j'ai vue ce matin ; tout ce qui lui appartient m'intéresse bien aussi,
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P.S. — Nous avons été au moment de perdre M. de Beauclair qui occupe la chambre de Fontbrune ; inflammation au bas ventre, poitrine affectée, st on n’osoit le saigner. De son aveu, il falloit le vider, et rétablir en consommés, etc,
À Montréal, le 11 mars 1758.
J'ai quelque regret, Monsieur, à la lettre que M. de. ne vous a pas remise, Ce n’est pas qu’il y eût rien d’intéressant, mais autant que je puis me le rappeler, c’est une lettre de quatre pages écrites de ma main, où j'aurois laissé aller ma plume par le plaisir de vous entretenir. Je vous y parlois guerre, campagne, mémoires de M. Le Mercier, anecdotes de Montréal, ete.
L'homme blessé par M. de Selles alloit encore mieux aujourd’hui. L'opinion où vous êtes que les Anglois ont vingt bataillons dans ce pays-ci, cadre avec la déposition du prisonnier. Je ne vous ai rien dit sur la signature des permissions de mariage, parce que c'est comme l’année dernière.
Quand la saison le permettra, et que vous voudrez de la poudre et des balles pout exercer les deux bataillons de Berry, et les huit compagnies nouvelles de la Reine et de Languedoc, j'ai prié M. le marquis de Vaudreuil d’en écrire à M. Le Mercier. Nous n'avons rien de nouveau yui mérite de vous être mandé,
Le 14 mars. — Il n’est pas surprenant, Monsieur, que l'homme frappé par M. de Selles, passe pour mort à Québec. Cependant, hier matin, le chirurgien, le sieur
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de Bonne, qui ne le quitte pas, et le soigne comme on pourroit me soigner, en espère grandement, ainsi que sos confrères, après avoir jugé le coup mortel.
Mes remerciements à M. l'intendant, si l'homme ne meurt pas. M. le marquis de Vaudreuil et moi estimons que la famille et l’homme qui convient de ses torts, ne plaidera pas la justice d’en rester dans le silence; et je pense que c’est l'avis de M. l'intendant. En cas de mort, je suis si fort de son avis que la poursuite est inévitable, que je suis convenu avec M. de Montrepos, qui dit que de Bonne m’avertiroit par un exprès, qu'il se feroit requérir par son procureur du Roi, pour éviter des frais-indemnité à M. de Selles, qui est, entre nous, bien éloigné de pouvoir payer, ne sachant où donner de la tête, pour suite de jeu.
M. de Bellecombe vous adresse des copies de jugement d’un conseil de guerre, que j'ai fait tenir à Boucherville. Lévêque, sergent, soupçonné d’avoir contrefait la signatue de Bellecombe, pour un billet de cent pistoles, va être remis à la justice ordinaire.
Je vous écris par Doreil. La Rochette part samedi avec d’Aiguebelle et Joannès. Boishébert est parti d'hier; quoique M. de Vaudreuil ne m’ait pas instruit de sa mission, la voici :
Cent cinquante hommes choisis : Canadiens, Acadiens, soldat, marine, ce qui, joint à ce qui est à Miramichi, fera un corps de six cents hommes destinés à passer à Louisbourg, et si cela ne se pouvoit pas, Ce COTPS feroit quelques courses aux environs de trois petits forts que les Anglois ont à la rivière Saint-Jean, opération qui ne mènera à rien, quoique M. de Vaudreuil en fasse cas. Boishébert emportera quarante où cinquante
quarts. Nous attendons, jeudi, Péan et le munitionnaire, Iei, grand projet, Lydius, Orange, Corlar, ete, Je remets ce soir mon avis qui plaira moins que le mémoire de M. Le Mercier, Il ne présente que des roses et moi des épines, il est cependant bien sage par le fond des choses et le style. Je suis actuellement sur les objets de gouvernement, de population, de politique, de réforme, d'abus. Je jette sur le papier bien des idées pour le retour en France, sil a lieu et qu’on veuille m'écouter, Le crédit de Dumas diminue, mais il ne se rebute pas et suit son plan, s'opiniâtre. On s'occupe sérieusement de garnir de marchandises la Belle-Rivère. Il voudroit déplacer Vassan qui déplait aux sauvages et les éloigne. Brülez mes lettres.
M. le chevalier de Lévis, son train de vie ordins re, Pour moi, ma chambre et le château, je fais bien ma charge de général. Je ne vais partout ailleurs que rarement et en visite. Des compliments à M. l’intendant et des remerciements. Des respects au prélat. Mille choses aux dames. Tranquillisez-vous bien ; c’est votre mieux, jusqu’à ce que l’on fasse mouvoir les troupes. Je doute qu’on veuille pour le début plus d’un bataillon, faute de vivres ; en ce cas j’aurois envie d’y envoyer huit piquets avec une compagnie de grenadiers. Fontbonne, Lapause, etc. Je crois que dans ma lettre perdue, dont j'ai bien du regret, je vous parlois du bon accueil à Pontleroy, de la décision pour lui, où l’on ne lui manquera pas de parole, où l’on a un mot dans es lettres du 3. Au reste qui a fait changer de ton. Je ne suis pas mécontent de celui que l’on a vis-à-vis de moi. Je me contente aisément. Ne doutez pas, Monsieur, de mon inviolable attachement.
A Montréal, le 16 mars 1758.
Vous verrez, Monsieur, par une lettre que j'écris à M. Arnoux, que je ne comptois pas avoir occasion de vous écrire par M. de la Rochette, faute de nouvelles. Je joins à cette lettre un état des troupes qui sont dans les colonies angloises d’après la déposition d’un prisonnier intelligent, et vous verrez par là que les trois mille hommes annoncés par la gazette du mois d'août sont arrivés cet automne, Je ne trouve par cet état que dix-neuf bataillons, non compris les trois mille hommes, et il me semble qu’ils doivent en avoir vingt. Vous êtes en état mieux qu’un autre de m'expliquer cette différence. Joignez-y le numéro des régiments, puisque vous avez un almanach militaire ; cela me servira à dresser une liste que je veux envoyer en France, sans en garantir authenticité. Comparée avec la petite poignée de monde (quatre mille huit cents hommes de troupes réglées), elle ne pourra qu’effrayer la cour et la ville, et c'est toujours bon pour rehausser la gloire du général ou diminuer son blâme. M" de Douglas a accouché ce matin d’un garçon. Ci-joint l'extrait des nouvelles de Carillon.
A Montréal, le 19 mars 1758.
M. le marquis de Montcalm mayant pas encore entendu la messe, et M. de Vaudreuil dépêchant un courrier cette après-midi, j'ai l'honneur de vous faire part des nouvelles.
(Extrait de la lettre de M. d'Hébécourt du 15 mars).
Sur une jonglerie sauvage que les Anglois étoient à
— portée du fort Carillon, M. d’Hébécourt en fit partir une vingtaine en découverte qui revinrent à toutes jambes nous avertir qu’ils avoient trouvé une piste fraîche considérzble. Les sauvages et Canadiens ne furent pas longtemps à se déterminer. Le temps de prendre de la poudre, des balles, leurs fusils et de la galette, et dans l'instant partirent entre deux et trois heures. M. de Langy partit aussi avec des sauvages, et on peut dire que tous céux qui y étoient firent des merveilles, ayant été obligés d’essuyer la première décharge de l'ennemi qui nous avoit découverts les premiers. Le sieur Rogers fut sauvé avec une vingtaine d’hommes et un officier, ce qui est à la connoissance de deux prisonniers qui ont été faits hier matin, 14. Les sauvages ont cent quarante-quatre chevelures et sept prisonniers, avec les deux qui se sont rendus le 14 au matin, Les ennemis pouvoient être de cent soixantedix à cent quatre-vingts, y compris dix ou douze offciers. Le coup est très beau, mais il coûte cher par la perte que nous avons faite. L'affaire s’est passée le 13 au soir, à peu près au même endroit que celle du 21 janvier, l’année dernière, Ils alloient se porter entre la Pointe et Carillon pour faire des prisonniers. Ceux que nous leur avons faits, rapportent qu'ils étoient très décidés de venir à Carillon, cet hiver, sans la trop grande quantité de neige qu’il y a au fort Lydius; que treize mortiers et douze pièces de canon étoient destinés pour cette entreprise, sans toucher à l'artillerie du fort ; que le chemin avoit été battu pour venir par le Lac; qu’il y a, au sud du fort, une grande quantité d’écheiles qui étoient préposées pour cette expédition; que l’équi-
pement pour la même entreprise y étoit aussi; que le sieur Rogers attendoit cinq compagnies de cent hommes chacune pour augmenter sa troupe et faire ses découvertes, tant ici qu’au tour de leur fort. Qu'il y avoit eu neuf ou onze régiments de commandés pour l'expédition. Qu’à présent, le bruit couroit qu’ils devoient aller à Halifax et de là en Acadie prendre ce qui nons reste dans cette contrée, tantôt que c’est pour aller en Pensylvanie, tantôt ici, tantôt ailleurs, on ne peut rien assurer, Ily a au fort Lydius une cinquantaine de canonniers et six ou huit officiers d'artillerie ou du génie. Les cent douze charpentiers qui travaillent à Orange, aux bateaux, sont venus de la Nouvelle-York.
Etat des officiers canadiens et sauvages tués ou blessés dans cette action :
MM. de la Chevrotière, blessé dangereusement; de Richerville, deux bonnes blessures; un milicien blessé dangereusement; trois Iroquois tués; quinze Iroquois de blessés, tous presque à mort; un Népissing tué; un Abénakis à qui il faut couper le bras.
Voici l’état des commissions dont étoient porteurs les officiers anglois qui ont été tués dans cette affaire :
Commission du capitaine Robert Rogers, du 4 mars 1756 ; …d’enseigne dans le 27° régiment ;.…de lieutenant dans la compagnie de Rogers ; d’enseigne dans la compagnie de Rogers ;.… Cet état des commissions est d’après l'examen que M. de Bougainville en a fait. On a trouvé aussi l’ordre particulier donné au capitaine Rogers pour commander ce parti, qui est spécifié de deux cents hommes; ainsi il n’y a nul doute que le capitaine Rogers est tué, malgré ce que disent les prisonniers. M. le mar-
Te Ne.
A M. DE BOURLAMAQUE 215 RE quis de Montcalm vous a écrit, hier, une très longue lettre, dont M. de Joannès qui est parti ce matin est porteur. Je compte que vous voudrez bién communiquer ce détail à M. Doreil,
Le 23.— Le munitionnaire général part demain, Monsieur, ainsi que M. de Repentigny ; il fait passer axx postes des bœufs tués pour Québec, et c’est mieux que de les jeter, ne pouvant les consommer pour Montréal d'ici au dégel. Nous manquerons de pois, ou il faudra nous en faire revenir en poste. On assure que Chabert porte force marchandises aux Cinq-Nations, qu'on prendra des précautions pour éviter les vols d'ici à la Belle-Rivière. Ainsi soit-il On fera sortir les troupes le plus tard possible, et quand on sera au moment de la première navigation, on pourra bien vous envoyer des ordres en blanc, afin de prolonger le plus
possible, Vraisemblablement, ce sera toujours le 2"° de Berry, puis le 1”, ensuite Languedoc, M. le général compte faire partir Boishébert à la première navigation, et n'écrira pas, dit-il, par lui, Pour moi, Jj'enverrai des duplicata par lui, ayant fait triplicata et quadruplicata, M. le général fait partir à la première navigation un bâtiment recta pour la France, et écrira par là et moi aussi et mes triplicata. Demain, je remets à M. le général un petit mémoire sur les déconvreurs à envoyer au-dessus d'Orange, vrai moyen de découvrir les projets de Milord Loudon, Je voudrois trois petits détachements d’un officier intelligent, deux Canadiens, deux sauvages, Observez, s'il défile des troupes; laissez tout passer, hors des hommes seuls qui auroient l'air
courriers. Bien payer les sauvages et Canadiens qui seroient là huit ou dix jours en station, etc. On n’en fera rien, mais j'ai dit. Péan me paroît toujours diminuer à la cour. Dumas assidu sans beaucoup de crédit, à moins que Pâques ne réconcilie Rigaud et d’Eschambault, belle antipathie. M. Le Mercier trouvoit tout facile dans son mémoire, et moi tout difficile, Par sa lettre et mémoire du 18, il trouve tout difficile, et moi je me rapproche un peu plus de M. le général. Je m'amuse si fort à Montréal que je voudrois qu’à la grande assiduité près à l’église, la semaine sainte se prolongeût. C’est un prétexte pour ne faire ni recevoir des visites, rester chez moi, et dîner quasi seul; cela vaut mieux que tout ce que je fais et ferai d’ici à l’entrée en campagne qui sera tardive, à moins que Milord Loudon ne nous y force. Brûlez toutes mes lettres, ainsi des vôtres.
P. S. — Pour peu que M. de Drucour craigne, manquant de monde, il fera passer ce qui est à l’île Saint- Jean en l’abandonnant dans son île; on ne me l'a pas. dit, mais j'ai recueilli cela. Ecrivez-moi exactement la réception de mes lettres. L'homme de M. de Selles. comme guéri, et tout est dit.
L'histoire du chiffre renvoyé et de l'embarras est une absurdité mal rendue par Montgay ; je sais mieux FPhistoire, voilà une incluse pour Bellot. Langy marche actuellement avec un deuxième parti de la moitié des premiers et des Abénakis, qui sont en marche au nombre de 30. Il part sous trois jours cent trente Iroquois, avec les cadets qui seront les trois détachements de Langy. Un détachement d’Iroquois de la
Présentation doit avoir frappé vers Corlar. Le fidèle Oneyout en marche avec trente idem. Troisième parti en marche idem. L’Anglois de Virginie offre de l’eaude-vie, marchandises pour la neutralité aux Loups, Chaouanons. Nous manquons d’habillements à la Belle- Rivière, ete. Vous avez un état ancien des bataillons anglois ; ajoutez six venus de la Vieille-Angleterre, l'année dernière,
Montréal, le 28 mars 1758.
La dévotion et le carême ont, je crois, Monsieur, dérangé un peu mon estomac et occasionné un rhume. Du lavage, du régime et une médecine rétabliront ma santé, Cela ne m'empêche pas d'avoir aujourd’hui à diner M. le gouverneur général pour le décarêmer, suivant l’usage du pays. M°*° de Vaudreuil n'aura d’autre dame que M"° de Baraute, sa petite-fille, et M"° de Longueuil. Je ne sais si je vous ai écrit le retour de sept Abénakis de Missiscoui séparés d’un parti de M. de Langy. Ils ont été frapper à vingt lieues de Boston, ont brûlé une maison, rapporté trois chevelures, amené la femme et les deux enfants. Holà! la femme avait des pendants-d’oreille d’or et la maison étoit bien garnie. La Durantaye est arrivé hier, avec les prisonniers. Il résulte de leurs diverses interrogations, qu’il y a de l'incertitude sur la mort de Robert Rogers, quoiqu’on ait trouvé sa commission et son ordre, parce qu’il est apparent qu’il a jeté son habit pour mieux courir, comme avoit fait le comte de Lévis-Léran, à la bataille de Plaisance, Il résulte aussi du dire d’un petit domestique assez intelligent, qu’on parle chez eux
de mouvements pour Halifax, du rappel de Milord Loudon, de l’arrivée de Milord Lothies. M. le chevalier de Lévis connoît ce dernier, qui est Ecossois et lieuterant général. Nouvelles d'officiers qui causent à l'auberge, et fort incertaines.
11 semble, par le rapport unanime et bien circonstancié des prisonniers, qu’il n’y a pas de doute que V’Anglois n’a eu, tout l'hiver, un projet d'entreprise sur Carillon, et n'ait fait faire beaucoup d’échelles. C’est sans doute à quoi aboutissoient leurs fréquentes visites, au commencement de l'hiver, pour connoître l'extérieur de la place, et savoir si on étoit alerte. Rappelez-vous qu'ils se sont glissés jusque dans le fossé. Suivant la dernière lettre de M. d’Hébécourt, da 16 mars, Carillon manque totalement de fer et d'acier à l’égard des outils. Je vous envoie la note de ceux qui sont à l'artillerie, et M. d'Hébécourt m'a ajouté qu’à l'égard de ceux qui sont à la disposition du génie, ce qui sans doute veut dire de MM. de la milice. Ils en ont peu, et mauvais. Je vous fais ce détail pour que vous le communiquiez à MM. de Pontleroy et Lotbinière, et que vous en parliez, s’il le faut, à M. l’intendant.
Le 30 mars 1758.
Je réponds par celle-ci, Monsieur, à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 27, où vous avez la bonté de m’accuser la réception de mes diverses lettres. J'ai eu l'honneur de vous écrire, il y a deux jours, par M. de Boinio (sic) ; depuis rien d’intéressant. Nos blessés du saut Saint-Louis y sont rendus, bien soignés, et vont bien ; un chirurgien à demeure y va souvent en visite,
A M. DE EOURLAMAQUE 219
et rien n’y manque, et l’on m’a promis que les morts seront bien couverts, avec distinction.
Le général Lothies s'appelle Rothes ; voyez votre almanach militaire, colonel du régiment gris.
Les trois maisons en avant peuvent être, comme vous dites, très bien des blockhouses ou une suite de la lecture du livre du maréchal de Saxe, voyez: Pour agrandir une petite place.
L’instruction donnée à Rogers, traduite par M. Perthuis, dénote plutôt occupation de savoir quand nous nous assemblerons à Carillon, que projet de l’attaquer, surprendre. J'ai interrogé moi-même le M. Doigners ; il parle comme de bruits incertains, ainsi que le petit valet, de marche de troupes à Halifax; assemblée de milices à Lydius ou Orange. Rappel de Loudon. Arrivée d’un général, que les uns disent pour le remplacer, d’autres pour (tre son supérieur, Saint-Jean court en vivres; entre nous, mal administré, séjour d'ouvriers inutiles, travaillant mal. Chabert part vers le 10, pour les Cinq-Nations, avec cinquante mille francs, marchandises. Pénisseault, Rocheblave et Créty, fils de M”* de Couagne, pour la Belle-Rivière. Ce dernier, cadet à l'aiguillette, confié, avec une pacotille, à Rocheblave. N’en parlez pas, les glorieux de la colonie ne l’approuveroient pas. Mme de Vaudreuil s’en est enthousiasmée, comme de son parent, et s’il fait bien, il ne vieïllera pas à être officier. Grand dîner, aujourd’hui, chez Martel ; vingt-trois personnes, les grosses perruques, nulle dame. D'ici à quinze jours il nous reste À essuyer ceux de Péan, Deschambault, le chevalier de Lévis, le major-
général ; il nous manque Monsieur Cadet, Ma santé va mieux, c’est-à-dire mon estumaec,
Le chevalier de Lévis travaille en géographie, et Pouchot aussi. Le chevalier de Lévis travaille à un mémoire sur des points que je lui ai donnés Vederimo et à un, sur des points qu’il s’est donnés. Bougainville respire avec peine, lit peu, va d'habitude, n'aime plus, et moi quasi tous les soirs dans ma chambre ; c’est l’endroit où je m'ennuie le moins, et où je me plais le plus. Je ne savois pas y rester, à Québec. Bien fait de laisser à la côte des petits hommes aussi dangereux que nos petits Tudesques, et de faire rester Badelard à son devoir, ou le casser. J’ai toujours oublié de vous parler de deux sergents de Languedoc nécessaires pour la procédure de Lévêque, sergent de Royal-Roussillon. Je compte que M. Privat les fera descendre, si l’intendant l'en requiert directement, ou par vous. Vers le 15 avril un état exact de la force des bataillons, une note des soldats servant comme valets, avec permission, une note détaillée des mariages, nom du soldat, de la fille, paroisse. La note exacte, et comme Doreil passe quelques hommes de plus, me marquer à combien il passe, pour que je n’y conforme dans la note à remettre à M. le marquis de Vaudreuil. Si dans les bataillons il y a quelques hommes incapables de servir, mangeant des vivres inutilement, m'en envoyer la note pour que je les fasse repasse: en France ; mais les voir et examiner vousmême; toute demande d’invalides renvoyée, à moins d’impossibilité d’aller à Carillon ; car le vieux soldat qui peut y aller en bateau, sauf à ne faire aucun détachement est bon à amener, il servira derrière le rempart
de Carillon, mieux que des recrues. J’en userai de même pour les quatre bataillons qui sont ici, et j’enverrai, à la navigation, par la première barque, le petit nombre de soldats à renvoyer en France à M. Doreil.
A Montréal, le 6 avril 1758.
Je dois réponse, Monsieur, à deux lettres que vous m'avez fait l’honneur de m'écrire, l’une le 3, en me renvoyant le plan de Lydius, l’autre le 4. Rien n’est mieux que de tâcher de prolonger le séjour de nos bataillons chez leurs hôtes le plus qu’il sera possible, Je ne crois pas la nouvelle de la prise d’une goélette, comme vous a dit M. de Boishébert; les Acadiens en ont pris une l’automne dernier, qu’ils vont même armer en course, et M. Jacquot demandoit à la commander, ce que M. le marquis de Vaudreuil lui refuse; il ira, au contraire, à Carillon, avec une soixantaine d'ouvriers. Le Mercier l’a proposé, et M. de Bonafous reviendra à Québec pour être sous Pontleroy. Le Mercier ignore ce dernier article. Les Acadiens ont, cette fois-ci, manqué une goélette chargée de vivres, et pris une petite chaloupe. Tous ces détails pour vous, Monsieur. Le mémoire donné pour avoir des nouvelles des ennemis, a été loué, goûté, approuvé, et pas plus exécuté; mais on compte en avoir par MM. de Langy et Wolff, qui vont retourner successivement à la guerre.
Vous avez eu grande raison, Monsieur, de nier tout ce que l'on vous a dit sur le siège de Lydius; au contraire, M. le marquis de Vaudreuil me trouve très liant, très facile, car je lui promets tout, je lui accorde tout,
et je ne m'engage à rien; mais à profiter de toutes les circonstances favorables, si nous avons des vivres. En attendant, nous travaillons fort et ferme à mettre une nombreuse artillerie en état, avec quatorze mille sacs à terre, et quinze mille outils, deux cents petites voitures. Si, au moins, tout cela ne sert pas à un siège, cela servira à quelqu'un.
Je vous envoie, Monsieur, copie de la lettre que m’a écrite M. d'Hébécourt, M. l’intendant sera peut-être bien aise de la lire. Ne dites à personne l’article de la Belle-Rivière, que je 1e crois pas ; ce n’est pas qu'ils ne Ai-ent tous dans la colonie bien des choses contre Des Ligneris, et que Dumas ne soit persuadé, ainsi que Chabert et Rocheblave, que lui et Vassan peuvent aliéne: les nations, ce qui seroit un grand malheur. M. le marquis de Vaudreuil persiste à ne vouloir pas que Milord Loudon ait été en Angleterre. Très bien d’avoir renvoyé M. de Gofretau à son quartier, et d’en agir de même pour tous les MM. de Berry, à la moindre plainte. Il faudroit même que quand les temps deviendront difficiles pour la nourriture, et nous y sommes, il y eût un capitaine dans chaque quartier, hors dans celui de la Reïne, qui est tout seul.
M. de Vaudreuil doit envoyer ses lettres pour la France, le 20 ou le 21 de ce mois. Je voudrois bien envoyer nos deux officiers détenus en prison par cette goélette, et au moins M. de Clairville pour lui abréger sa prison.
Je vous prie de dire ou d'écrire à vos quatre com- -mandants de corps, et officiers majors en particuliers, que je les prie de tenir la main à ce que le décompte
soit fait exactement aux soldats, au premier mai; que c'est bien le moins qu’on le leur fasse deux fois par an, en entrant et en sortant de campagne, que je les prie aussi de voir #'il ne se fait point de petites injustices particulières dont le soldat n’oseroit se plaindre, parce que l'officier l'intimidcroit. Vous aurez la bonté de leur dire que je ne veux pas m'expliquer davantage, mais que j'ai des raisons pour leur recommander d’être très attentifs à cet objet. Je vous prie de faire agréer mes compliments à M. l’intendant, comme vous lui communiquerez les nouvelles que je vous envoie, et que je n'ai rien de particulier à lui marquer. Je n’ai pas l'honneur de lui écrire par cette occasion ; traitez avec lui, je vous prie, la nécessité qu’il y auroit de faire un peu plus de petite monnaie, pour en faire donner dans le paiement des troupes, afin de faciliter le décompte aux soldats. Tout en dictant cette lettre, j'en lis une d’Arnoux qui m'oblige d'écrire à l’intendant; ainsi je vais lui dire moi-même ce que je vous écrivais. J’ai l’honneur de vous adresser ma réponse à M. de Trivio: elle est à cachet volant.
Au départ des bataillons, nul officier pour les malades et recrues qui peuvent arriver, mais un sergent sur les quatre bataillons et deux vieux caporaux ne suffsent-ils pas; qu’en pensez-vous, de vous à moi? Bougainville se rengage dont il n’en a rien eu, tout au plus quelques légères faveurs qui ne feroient que des péchés véniels. La donzelle a été au-devant de l'explication sur Maillon, il l’a écrit. Je crois qu’il se repaît quelquefois avec de l'esprit de châteaux en Espagne. Pour moi, ma chambre et mon général, peu de visites. Cet hôtel des Indes
m'ennuie, Je leur donnai cependant, l’autre jour, à dîner à tous, et à la même dame de Saint-Luc,
J'ai acheté une carriole pour m'’aller promener avec M. de la Rochebeaucour, car pour Bougainville il recommence, comme l’année dernière, on n’y comprend rien ; il attend le courrier de France, et moi aussi.
Le chevalier de Lévis à l’ordinaire, Je ne sais ce que fait Péan. Arnoux veut partir à la première navigation, et c’est très bien.
Le 7.— Le chevalier de Lévis qui ne veut pas être cité, a en mains l'affaire des décomptes ; et d’après lui, ordonnez aux quatre bataillons. Je vais faire de même : que les quatre premiers y assistent en rendant compte ; nulle retenue, sous aucun prétexte; que la paie soit délivrée également, sauf le service et les vivres que le Roi paye en argent aux soldats mariés ou non mariés, par congé ou non. Un compte qui tomberoit dans ce cas, je le ferois casser (sic). Parlez ferme, de ma part, aux commandants de bataillons ; le chevalier de Lévis, qui ne veut pas être cité, craint que son ami Roquemaure à qui illa dit, ne soit poule mouillée; il croit M. Dumas dans ce cas, et il peut y en avoir d’autres.
À Montréal, le 8 avril 1758.
Voici la copie de la lettre que j'écris à nos quatre commandants de bataillons du gouvernement de Montréal. Vous savez, Monsieur, que j'ai ordonné qu’on fit dans chaque bataillon le décompte aux soldats de tout ce qui peut leur revènir, au moins deux fois l’an, c’està-dire au premier mai et au premier novembre, Je
A M. DE BOURLAMAQ E 225 vous recommande d’y tenir la main avec la plus grande exactitude, et qu'on ne retienne rien à aucun soldat marié ou non, par congé ou travaillant, à l'exception du service, lorsque votre bataillon sera en garnison, et encore que ce soit dans toutes les compagnies d’une facon uniforme, que le service se paye ainsi que vous l'aurez réglé, Voyez que le décompte des vivres que le munitionnaire paye en argent soit également fait aux soldats mariés ou par congé, n’attendez pas des plaintes à cette occasion, L'esprit de despotisme et d'injustice de quelques capitaines qui menacent de coups de bâton et de prison, empêchent que les soldats ne se plaignent de leurs vexations. Mettez en vigueur l'article de l'ordonnance pour que les lieutenants fassent le décompte, et vous en rendent compte. Il me seroit fâcheux de punir avec sévérité des officiers qui m'y obligeroient par leurs injustices vis-à-vis le soldat, €: par contre-coup cela ne pourroit que vous faire tort, Monsieur. Je n’ai garde de penser qu'il y ait aucun abus à cet égard dans votre bataillon, mais il me suffit de croire qu'il y en ait dans quelques compagnies des huit bataillons que j'ai honneur de commander, pour que je doive vous ordonner d’y avoir attention.
Je vous recommande aussi de vous informer ce que devient l’argent provenant de la succession des soldats morts, et de tenir la main à ce qu’il soit, ou envoyé aux familles, si c’est un objet, ou distribué, ainsi que le soldat peut en avoir disposé verbalement, ou employé à l’utilité du service ou en bonnes œuvres.
Vous savez, Monsieur, que j'ai des ordres du ministre pour tenir la main à l'exactitude sur cet article, et
pour charger M. Doreil d'y veiller; que même en décembre 1756, MM. Bigot et Varin croyoient pouvoir se mêler de cet article de notre police, et que je fis convenir M. l’intendant que cela me regardoit uniquement et M. Doreil, notre commissaire, J'ai en même temps toujours cru devoir m'en rapporter à la bonne foi et à la religion de MM. les capitaines, et aux attentions de leur commandant. La lettre que j'ai l'honneur de vous écrire est pour vous seul, et vous ne devez la communiquer à personne.
P. S. — Je ne vous parle pas, Monsieur, du mouvement pour votre personne, vous êtes pius utile à Q'aébec jusqu’à ce que les troupes en partent: d’ailleurs, fe ne serois pas fâché que vous y recussiez les premières nouvelles, que j'ai pensé arriver au 10 mai. Marquezmoi si vous comptez aller en droiture, ou si vous vouiez venir ici; quelque plaisir qu’on eût de vous voir, votre goût seul et encore plus le temps doivent vous déterminer.
Vous recevrez vos instructions à Saint-Jean; en tout cas venez ici pour quelques jours, nous sommes trop variés (sic) pour que vous ayez besoin de maison. Je puis vous traiter comme M. Despiuassy, à qui j’aidit de ne che:cher ni ordinaire ni pension. Vous connoissez mon inviolable attachement pour vous, Monsieur. Vous pouvez communiquer ma lettre à nos commandants.
A Montréal, le 9 avril 1758.
Le sieur Cadet, munitionnaire général, vient de nous arriver, Monsieur, et repart demain. C’est par lui que j'ai recu la lettre de M. l’intendant que je vous envoie ;
vous verrez ce dont il s’agit. Je lui réponds pour le remercier, et je lui marque que je vous prie de voir un peu, avec M. Deschenaux, de quelle facon il faudroit établir la communication entre les deux appartements, quoiqu'il ait habité cette maison, Je ne suis pas en état de décider encore, et je m'en rapporte bien à l’arrangement que vous croirez qu’il faudra prendre, Monsieur, de la peine que cela vous donnera, je vous en serai très obligé.
Au reste, quand une fois je serai maître en entier de cette maison, et que M. Deschenaux ne l’habitera plus, je ne sais qui est-ce qui la gardera en mon absence. Il faudroit que j’y eusse un concierge, ou y loger quelqu'un. Je vous prie d’en parler à Arnoux qui imaginera quelque moyen pour remédier à cet inconvénient. Nulle nouvelle depuis ma dernière lettre.
À Montréal, 10 avril 1758.
Nous venons, Monsieur, de recevoir des nouvelles de Niagara et de Frontenac. Rien de bien intéressant, il paroît seulement que l’Anglois se donne de grands mouvements pour détacher les Cinq-Nations et les Loups,
Le gouvernement de Philadelphie a tenu une grande assemblée des sauvages. Il leur & beaucoup parlé de faim et misère, à laquelle nous étions réduits, et a distribué quarante médailles ou hausse-cols d'argent ; quelques députés sont venus sur le champ en rendre Compte au commandant de Niagara, et lui rapporter un de ces hausse-cols, sur lequel on voit le soleil, un sauvage et une sauvagesse, attisant le feu sacré, qui est
entre eux deux; le sauvage assis à l'ombre d’un arbre de paix et fumant un calumet de paix. Ces mèmes sauvages ont de suite pris la hache pour aller manger du bœuf frais, en enlevant un convoi de bœufs que les Anglois envoient aux Loups de Théoga. M. de Joncaire est en néoociations chez les Cinq-Nations, qui demandent à corys et à cris leur fils Chabert, qui part ces jours-ci avec 80,000 livres de marchandises et une douzaine de forgerons ou armuriers, qui seront établis aux dépens du Roi, dans les divers villages des Cinq- Nations et des Loups.
Comme les abus m'obligent toujours à renouveler les règlements, je vous prie de recommander à vos commandants de bataillons: 1° d’être difficiles sur les permissions à accorder aux soldats, pour servir de domestiques ; 2° de ne pas le permettre aux beaux ”* bons soldats ; 3° d’exhorter les officiers à prendre de préférence des jeunes Canadiens, des soldats de la colonie, puisque cet abus est toléré chez eux, des Francois arrivant avec les vaisseaux ; 4° qu’il vous en soit rendu compte, et demandé permission en mon absence ; 5° que la permission soit motivée, qu’elle n’est accordée qu’attendu le cas urgent où se trouve l'officier, et jusqu’à ce qu’il ait pu le remplacer, et que le soldat soit toujours censé l'être; 6° qu'il s'arrange pour son service dans sa compagnie. C’est à l'officier qui s’en sert à lui donner des gages. Tout ce détail que je vous fais, Monsieur, est conforme à ce que j'ai prescrit, il y a longtemps. C’est bien assez que j'aie osé prendre sur moi, contre la disposition forrnelle de l’ordre, d'accorder cette permission à MM. les officiers
dans le cas d’une nécessité absolue, J’entre dans tous ces détails, à cause de ce qui arrive dans le régiment de Bearn, où deux soldats vont être mis au conseil de guerre e pendus pour avoir été arrêtés à l’île La Mothe, passant à l'ennemi,
Le 29. — Vous recevrez, Monsieur, deux lettres de moi. Réflexion faite, ne parlez pas à l’intendant de ce bavardage me concernant, d'autant plus que les agréables de la société en ont disconvenn, mais vous pouvez lui dire que la fermentation a été des plus grandes ; qu'il est nécessaire d'accorder quelque chose ; en tout cas qu'on fasse payer la ration du domestique et du lieutenant, à prix modéré dix livres.
Vous pouvez lui dire que j'ai été celui contre lequel on a le plus écrit, m’accusant de ne pas assez représenter, de ne pas agir ni écrire fortement, et se ylaignant toujours de ce qu'ils n’ont pas vu la lettre du ministre, ordonnant à M. de Vaudreuil et à M. Bigot de supprimer le traitement de campagne, et de ne leur donner que la ration du soldat, et deux pots d’eau de vie. Si j'étois à la place de M. Bigot, j'écrirois à chaque commandant de bataillon, quoique le dépositaire de l’autorité du Roi ne soit comptable de sa conduite qu’au Roi même. Je suis bien aise, Monsieur, de vous envoyer copie de l'ordre recu, et ils verront par là qu’on me dit d’avoir. ce traitement, tout 1756. Ce n’est ni ma faute ni celle des représentations de M. le marquis de Montcalm, si le Roi n’a pas voulu y revenir, Au reste, la façon de penser, injuste à mon égard, de quelques particuliers, ne m’empêchera pas de bien traiter d'aussi
bonnes troupes ; vous leur ferez part de ma lettre. Je réponds, au surplus, aux représentations de M. le marquis de Vaudreuil. Je lui donne un conseil de quelqu’un qui est son serviteur. Je souhaite, Monsieur, meilleure santé pour vous, et la peix pour tous.
A Montréal, le 3 mai 1758.
Sur les représentations de M. l'intendant, M. le marquis de Vaudreuil ayant déterminé, Monsieur, le départ du régiment de la Reine, il m’en a remis l’ordre que j'ai l'honneur de vous adresser, et il en informe M. de Ramezay. Vous voudrez bien convenir avec lui et M. l’intendant du jour de leur départ, et de tout ce qui peut avoir rapport à leur embarquement, Comme, suivant la lettre de M. l’intendant, il y a aussi plusieurs soldats de Berry et Languedoc qui ne peuvent plus trouver de subsistance chez les habitants, vous verrez, Monsieur, suivant les ordres que m'en a donné M. le marquis de Vaudreuil, de les rassembler, en former des piquets et les faire partir à fur et à mesure pour Saint- Jean, où ils recevront de nouveaux ordres, soit que M. le marquis de Vaudreuil veuille les y arrêter ou les faire passer jusqu’à Carillon ; vous attacherez à ces piquets des officiers en proportion de leur nombre. MM. de Berry étant moins nombreux en capitaines qu’en lieutenants, vous êtes maître de mettre moins de capitaines et plus de lieutenants pour conduire leurs piquets,.
S'il marche plusieurs piquets, tant de Languedoc que de Berry, et que cela fasse un demi-bataillon, vous
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donnerez l'ordre à M. de Trécesson de partir pour en prendre le commandement ; il mènera avec lui un officier major pour faire le détail de ces piquets. Je n’ai pas besoin de vous prévenir, Monsieur, que ces piquets doivent partir armes et bagages, avec des tentes et marmites proportionnées à leur nombre.
M. le marquis de Vaudreuil désire aussi que M. Desandrouins parte en même temps que MM. de la Reine, pour se rendre à Saint-J ean, y reprendre la direction des travaux dont il l’a chargé. Vous voudrez bien lui en donner l’ordre, et je l'en préviens en réponse à une lettre qu’il m'a fait l'honneur de m'écrire.
Je me suis acquitté de tout ce dont vous m'avez chargé, pour M. et M"° la marquise de Vaudreuil. Je puis vous assurer des sentiments de l’un et de l'autre, et vous n'avez rien à désirer.
M. le marquis de Vaudreuil vous connoît trop utile au service pour ne pas souhaiter vous employer, mais l'inaction où le défaut des vivres nous réduit, fait que votre présence lui paroît plus utile à Québec dans le moment; Car les troupes que l’on y envoie actuellement n'ont d'autre objet que celui de pouvoir subsister, ne le pouvant ailleurs.
. À Montréal, le 4 mai 1758.
J'ai l'honneur, Monsieur, de répondre aux deux lettres que vous m'avez fait celui de m'écrire le 16 et le 28. La première, avec le plan de ma maison, la seconde, avec l’état de la situation des quatre bataillons. La lettre ci-jointe se passe sous les yeux de M. le marquis de Vaudreuil qui m'a dit de vous ajouter
1° qu’il suffisoit que pour le départ de la Reine, vous convinssiez avec *‘ l’intendant. M. de Ramezay inutile ; vous croyez bien qu’il n’est pas plus occupé à donner de la considération aux commandants de place canadiens qu’à nous; 2° de ne pas écouter les jérémiades du soldat ni de lhabitant, et de ne les faire partir par piquets que lorsqu'on ne pourra plus les nourrir, Comment pourrez-vous être sûr qu’on ne vous trompe pas ? Il ne peut y avoir, ce me semble, d'autre moyen qu’une vérification faite par un officier major avec un homme de l’intendant qui dit: Nourrit jusqu’à un tel jour, ou ne peut nourrir. Si vous en savez d'autre, employez-le, quoique nous nous servions du mot piquet, terme générique. Vous ferez partir à fur et à mesure quinze hommes, s’il le faut, et toujours des officiers. Lorsque vous aurez acheminé cent cinquante hommes à M. de Trécesson, il faut qu’il aille aïlleurs ; je lui enverrai à Saint-Jean instruction pour y commander. Si on l'y arrête, et s’il passe à Carillon, je lui donnerai le commandement de tout ce qui y sera, par piquets, des troupes de terre. Je vous ai dit qu’il amèneroit un officier major, quand même il amèneroit son aide-major. I ya un M. Valentin qui peut le suppléer partout. Comme vous nous donnerez avis du départ des troupes par les courriers, nous aurons le temps de leur donner des ordres à Saint-Jean, qui dépendront des nouvelles et subsistances ; 3° comme dans les derniers jours de mai, les corps de Carillon s’augmenteront et deviendront considérables, on ne peut rien faire de mieux que de vous y faire passer alors, autre chose n’arrivant. Aussi est-ce projet de M. le marquis de Vaudreuil ; il espère,
d'ici là, des nouvelles qui lui feront voir plus clair ainsi tenez-vous prêt à passer d’un moment à l’autre, du 25 mai au 5 juin, et mon avis est, vos gens, équipages, en droiture, votre personne reste ici. Vous retraverserez à Laprairie. S'il faut, pour vous aider, me détacher, en cas que vous partiez avant moi, d’une partie de mes cinquante moutons, je le ferai ; ils sont à Chambly, et j'aurai le temps de remplacer.
I me paroît que M. de Vaudreuil a commencé à croire qu’il ne sera question d'aucune expédition cette année. L'arrivée des vivres en détail et à lèche-doigt, réserver pour le peuple, faire passer à Montréal de quoi: 1° Envoyer dans tous les postes d'en haut pour trois mois, à la Présentation du biscuit, pour trois semaines, puis Chambly, Saint-Jean, Carillon, pour rassembler l'armée en entier, pour agir, ou par petits camps, pour travailler : le seul objet qu’il croit possible et nécessaire, inévitablement une course vers Corlar ; il paroît que les Cinq-Nations le demandent, se déclareroient et lèveroient la hache.
Par des nouvelles arrivées, il y a trois jours, que j'ai lues (sic), donnera-t-il à cela la forme convenable pour en tirer bon parti; je n’en sais rien, mais je lui en ai parlé, car je le vois tous les soirs, et suis bien aise avec lui, ce que j'attribue, entre nous, à ce que je vais peu chez Deschambault, et à la défense absolue que j'ai renouvelée à Bougainville de ne jamais parler de moi à ces derniers, que je crois tracassiers, rapporteurs, esprits dangereux, et de la preuve que je lui en ai donnée, malgré le flambeau, preuve géométrique. La même
personne occupe Bougainville, Villars beaucoup, Raymond et Malartic.
Plus M. de Vaudreuil paroît croire l’inaction de la campagne, plus je mets de chaleur à vouloir agir, à ne demander que six semaines à promettre de faire de grandes choses, ou au moins à n’en pas faire de mauvaises, à offrir ma personne et celles de mes lieutenants généraux, pour aller wbique et ce noble courroux va bien.
J'ai déjà essayé de vivre avec de la farine grôlée, une poignée par vingt-quatre heures, et je me trouvois soutenu, en état de faire toutes nos fonctions, sans en excepter aucune; il est vrai, c'est le mois de mai. Demain et samedi, quoiqu’on dîne chez moi, quatre onces de farine grôlée dans mes vingt-quatre heures.
Nous avons eu des nouvelles de Carillon, Monsieur. M. Descombres, qui les porte, fait le grand tour avec deux officiers pris, dont je vous ai parlé dans mes précédentes. Ce sont les deux du régiment de Blackney. Il me paroît, s’il en faut croire M. de la Chevrotière, que Langy a fait quatre chevelures et aucun prisonnier ; que l’on a trouvé des lettres qui n’apprennent rien, si ce n’est que Rogers n’a pas été tué, mais est malade, Langy, mécontent de n'avoir aucun prisonnier, reste pour retourner.
M. de Vaudreuil recommande bien à M. lintendant de prolonger le séjour des soldats. Voilà ce qu’il vient encore de me dire chez le chevalier de Lévis, qui a enfin donné un repas, que diverses circonstances avoient fait différer.
Vous ferez partir les soldats de Languedoc, du point
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que vous jugerez à propos, pour le mieux, et toujours pour éviter peine et consommation.
Au départ de Trécesson, M. de Villemontès doit aller habiter ses quartiers, Je crois avoir écrit sur la formation des compagnies de grenadiers de Berry.
Ces bataillons ne pourront tiercer, et s’égaliser qu'au camp, puisqu'ils partiront en détail.
Je trouve que je serai à Québec trop bien et trop grandement logé ; je souscris à votre arrangement pour ma maison, mieux que je ne l’aurois fait, car je n’y entends rien, et je joins à cette lettre, une pour M. Deschesnaux, toute ouverte,
Boissons au lieu de pâtisseries, puisque cela leur conviendra mieux, Si cependant les premiers bâtiments annonçaient la paix, nous suspendrions tout,
L'état que vous m'avez envoyé de la situation des quatre bataillons, avec les observations, est ce que je demandois; ceux que quelques aides-majors m'ont adressés r'ecta, sans leur avoir demandé, ne m'instruisent pas autant, Je vous enverrai, le prochain, une note des quatre bataillons d'ici, et vous verrez qu'il ne faut compter que sur trois mille six cents combattants. Il est certain que les vivres sont dus à l'officier et à son domestique, quand il en a ; il doit les prendre en nature pour le nourrir. Que pour éviter une consommation, il ne les prenne pas comme soldat, soit; mais le décompte en doit revenir à la compagnie qui fait le service; car cette compagnie doit lavoir, si l'officier avoit pour domestique un autre qu’un soldat; aura-t-il des vivres et le soldat aussi, voilà le moyen de tout concilier. Je sais que l’article des soldats domestiques est hérissé
d'abus, et je ne l’eusse jamais permis si l’on en avoit pu trouver. Votre avis sur les domestiques renvoyés par leurs maîtres est juste, mais je craindrois des contrariétés dans ce que vous proposez, qui seroit sage et bien de la part de MM. de Vaudreuil et Bigot, plus occupés à disputer au général des troupes de terre son autorité qu’à l’étendre,
M. Damville m’a écrit et à M. de Vaudreuil. Je vous envoie ma réponse à cachet volant, pour que vous voyiez que je n’ai pas voulu croire qu’il eût besoin de ma permission : 1° ne pas me compromettre dans le doute vis-à-vis M. de Vaudreuil, aussi jaloux d'étendre ses prérogatives, que je le peux des miennes; 2° au cas qu’il ait père et mère, cela m’évite de refuser une permission, ou de déroger à ma règle. Très bien à vous d’avoir grondé MM. de Basserode, Calan. M. de Vaudreuil, entre nous, est peu obéi des Canadiens qu’il gâte. Que j'ai eu de peine, l’autre jour, à lui en faire mettre un en prison! mais, Dieu merci, il vient d’éprouver personnellement l’insolence d’un nommé Girouard, du faubourg, qu'il n’a pu se dispenser de mettre au cachot.
M. d'Hurtubise fera bien de faire le ‘service, et M. de la Sorbière aussi. Ce dernier, pauvre enfant, grand sot de Montpellier, fils et frère d'ingénieur, ne peut être renvoyé d’un bataillon; d’ailleurs, je ne dois pas le renvoyer, il faut qu’il vienne à la guerre; heureux, s’il y remplissoit le fossé du retranchement de Lydius, etque nous l'exportassions. Il est mal venu de MM. de Berry, comme imbécile, soit ; l’est-il plus que X.. de la Reine ?
J'ai reçu une lettre de M. de Crèvecœur ; je vous prie de lui dire que je ne lui réponds pas, mais que j'aurai attention à ce qu’il m’écrit ; que je lui conseille de ne pas demeurer dans l’inaction, et, au moins, demander à Le Mercier à aller, Je vous envoie une carte : c’est celle de Pouchot envoyée par M. de Vaudreuil à M. de Moras ; j'en voudrois deux copies qu’il pourroit tirer à la vitre. Comme je ne voudrois pas que la carte courût, pourriez-vous lui prêter territoire chez vous ? J’ai-envoyé à M. de Paulmy comme à M. de Vaudreuil mon avis sur les limites, plus détaillé ; je lui ai parlé de l'avis de M. de Vaudreuil, et de cette carte. Le chevalier de Lévis lui a envoyé par duplicata la sienne, et j'ai déjà, en même temps, envoyé l’analyse de cet ouvrage, en peu de mots. J’ai annoncé celle de Pouchot, par les derniers bâtiments pour servir de triplicata et quadruplicata, à celle du chevalier de Lévis ; je veux l'envoyer par cette raison, et à cause des deux lignes marquées en jaune et en rouge. Elles indiquent le projet de limites, suivant M. le marquis de Vaudreuil. Le pays entre indivis.
M. Doreil m'écrit pour deux soldats de Berry à laisser, l’un chez un orfèvre, l’autre chez Loyseux, et dit que M"° de Beaubassin lui a dit de m’en écrire : je ne lui ai répondu que vaguement, il ne faut laisser aucun soldat... partir des derniers, si l'orfèvre faisoit un travail pour le Roi. Il n’y a rien que je fisse pour une recommandation de M"° de Beaubassin ; mais ce seroit d’un mauvais exemple, et je ne voudrois pas que l'on dit qu’elle m’en a prié, et que c’est pour elle ; mais si M°° Péan vous en sollicitcit, car elle protège Loyseux,
et que cela soit égal au capitaine, il est de Surimeau (sic); mais voyez si vous voulez prendre cela sur vous, je ne pourrai pas vous désapprouver; voilà ce que je n'ai pas voulu écrire à M. Doreil, et que je ne crains pas de vous écrire,
* M. l'intendant m'a répondu : approuvé sur les deux points; mais sur le premier, nécessité bisogna di compatire.
Il ne me reste, Monsieur, qu’à vous parler de deux hommes dont M. d'Hert m'écrit ; l’un appelé Jolicœur, compagnie de Pascalis, l’autre, Bellerose, qui demande les invalides : examinés, mais d'avis, ainsi que les deux, dont on m'a parlé, de les garder, mener, s’il se peut, en cempagne, sauf à les laisser à Carillon. En tout cas, ils peuvent rester à Québec, et laisser avec ceux-là et d’autres, un sergent sur les quatre bataillons, aux ordres de Doreil, pour les hôpitaux, recrues, etc, et leur donner une chambre au quartier. Je n’ai pas besoin de vous prévenir que les compagnies nouvelles de la Reine auront besoin de quelques Canadiens de plus, et peut-être d’être mêlées dans les bateaux avec de vieux soldats, de mème pour les piquets de Berry.
Je devrois m’excuser avec vous de la longueur de ma lettre. Je n’ai pas le temps de la faire plus courte ni mieux: d’ailleurs, comptant sur votre amitié et indulgence, je laisse aller ma plume et bavarde. Je devrois vous faire excuse d'écrire moi-même, car il doit vous en coûter pour me lire; il faut aimer leurs amis avec leurs défauts.
P.S. — Je n’écris pas au cher petit Arnoux; je le crois parti. En tout cas, dites-lui que j'ai reçu sa der-
nière lettre, mais qu’il n'équivoque pas, que ma pièce de vin qu’il doit me faire cmbarquer, est pour venir recta à Montréal, non pour passer à Carillon. Quoique M. de Vaudreuil demande le départ de M. Desandrouins, comme celui de la Reine, s'il veut passer par ici, pour deux fois vingt-quatre heures, y ayant ses affaires, arrangez-les lui ; ainsi il ne faut laisser à Carillon aucun officier, hors le cas de maladie, un sergent sur les quatre bataillons et mes vieux caporaux, c'est assez, Manneville vous communiquera ce que je lui écris sur le départ de Guyenne.
M. Péan se plaint beaucoup de son bras, Cela estil vrai ? Il est décidé qu’il passe cet automne en France, et c'en est la raison.
Dumas, sur le côté, dans la cour, s’il n’étoit pas proposé pour la majorité (sic). Il ne le sera pas. Deschambault n’y paroît quasi pas, mais y est très bien : M. de Vaudreuil souffre de son frère qui, l’autre jour, devant trente personnes, traita Deschambault de plaisant C... et dans le cabinet, en disant À son aîné : je me... de lui et de vous aussi. M. Péan a parlé d’un voyage de M. l’intendant, cet été, avec M"° Péan.
À Montréal, le 7 mai 1758.
Il nous arrive, Monsieur, un courrier extractdinaire, et notre joie a été courte. Il vient uniquement pour porter de l'argent au trésorier. Puisque vous ne voulez pas nous donner des nouvelles d'Europe, voici celles que nous pouvons débiter, d’après la conversation d’un capitaine de Blackney, assez aimable, L'expédition con-
tre Rochefort, étoit commandée par l'amiral Hawke, et le lieutenant-général Mordaunt ; et n’a abouti qu’à prendre
- l'ile, en détruire les fortifications, retourner à Londres, où le peuple étoit furieux du mauvais succès. L'amiral Holbourne y a été mal recu. On parloit de lui faire faire son procès pour n'avoir pas pris Louisbourg. Milord Charles Hay, général major, très brave, dans le goût de Roquessine ? mais fort aimé Gu peuple, opinoit toujours à aller à Louisbourg, et de parole en parole, ayant des démêlés vifs avec Milord Loudon, a été mis aux arrêts par le général et a retourné à Londres. S'il faut en croire .ce capitaine, Milord Loudon parti avec Daniel Webb. Abercromby commande. Quatre vaisseaux et une frégate ont hiverné à Halifax, avec Milord Colville, et ordre de croiser. le projet sur Louisbourg, et d'y arriver de meilleur heure que l’année dernière. Un général y viendra d'Angleterre qui remplacera Milord Loudon; il ignore lequel ; il doute de Milord Rothes, qui avoit refusé avant Loudon. Il croiroit Mordaunt.
Cumberland, de retour en Angleterre, a été désapprouvé par le parlement, s’est démis de tous ses emplois. Son régiment des gardes donné au prince Edouard, et Ligonier déclaré généralissime à sa place. Le capitaine écrit tout cela, faits à la main, et que peut-être Cumberland est rétabli à l’heure qu'il est.
Le roi de Prusse a gagné une bataille sur les Autrichiens, le 6 novembre, et doit en avoir gagné une seconde, que le capitaine ne donne pas pour aussi certaine.
Le maréchal de Richelieu, sur-le-champ, a laissé un corps dans l'électorat d'Hanovre, et a marché avec son armée au secours de Ja Reine. On voit, dans les gazettes, une lettre du Roi de Prusse à la Reine mère, pour chanter le Te Deum ; sa harangue à ses compagnons : “J'ai partagé les mêmes fatigues, ete”, etune lettre au Roi d'Angleterre, où il paroît craindre une paix particulière. S'il en faut croire le capitaine qui dit, à la vérité, les nouvelles des gazettes incertaines, trois de nos vaisseaux de guerre, pris aux attérages de France, une rencontre entre cinq vaisseanx de guerre, conduisant une flotte à Saint-Domingue, et trois Anglois, avec perte de quelques bâtiments marchands.
Les Hollandois, vainement sollicités par l’Angleterre, et refusant les six mille hommes. L'Espagne neutre, mais les tenant en crainte; toutes ces nouvelles de la fin de décembre. Il a dit que huit jours avant sa prise, il étoit arrivé un paquebot à la N ew-York, mais qu’ils n’en savoient pas le contenu.
J'en conclurois quasi des nouvelles qui ne leur sont Pas avantageuses, car comment savoir les nouvelles de l’arrivée du paquebot, et n’en savoir pas du reste ? Ils ont vingt-deux bataillons, y compris les Ecossois, et j'en aurai la liste, L'année dernière, notre flotte étoit assemblée le 28 juin, la leur le 12 juillet. Milord Loudon rembarqué le 17 août, arrivé le 2 septembre à New-York. M. Daniel Webb, bien retranché, avec sept mille hommes, nous attendoit, avec ferme intention de ne pas sortir, mais de nous laisser bouquer: blâmé
par les colonistes de n’être pas venu chercher, suivant l'avis de Johnson, loué par les gens de bon sens.
La veille de Noël, le feu a pris à Lydius, a brûlé plusieurs habitations, une caserne ; le fort a couru de grands risques. |
Beauséjour leur tient à cœur. Mon voyage à Québec en septembre, et d’avoir quitté l’armée, fit courir le bruit que j'avois été prendre Beauséjour, et c’est la nouvelle qu’on donne à Milord Loudon, à son arrivée au fort Edouard, qui en fut un peu inquiet; ils n’ont pu avoir un Agnier pour leurs découvertes, de tout l'hiver ; ils ont mis en Pensylvanie, pour ne pas servir, toutes les troupes du fort Guillaume-Henry, même les compagnies de rôdeurs de bois ; ils en avoient dix. Le capitaine Rogers avoit parlé d’être major, commandant les deux compagnies. Le lieutenant-colonel Lawrence, gouverneur d’'Halifax, vient d’être fait colonel d’un des quatre bataillons de Royal-América’n. Le lieutenantcolonel Munro est mort. Fesch doit avoir, à ce qu'il croit, repassé en Angleterre. Young n’est pas encore mais sera gouverneur de Virginie. Littlehales, les deux régiments de Pepperell, Shirley, cassés en entier et remerciés.
Vous allez croire, Monsieur, que j’ai beaucoup interrogé le capitaine; pas un mot, mais j'ai recueilli ce qu’il disait, et Bougainville cause avec lui. Revenons à Carillon.
Langy n’a pu faire de prisonniers, mais quatre chevelures, dont un officier à l’uniforme, trop blessé pour être amené. Parmi les papiers, une lettre du 3 avril, écrite d'Orange, pour affaires domestiques, au capitaine
Rogers, au fort Edouard. M. le marquis de Vaudreuil ne regarde pas cela comme une preuve de son existence, au moins, c’est une présomption. Une lettre de Thomas Graham, commandant au fort George, au colonel Grant, commandant au fort Edouard; elle nous apprend que le colonel Haviland et toute la garnison du fort Edouard a été relevée, et les signaux convenus pour avertir jusqu’à Orange, de fort en fort, de notre arrivée ; parce que Graham écrit à Haviland en passant,.….m'’a bien dit le nombre de coups de canon, mais j'ai oublié de lui demander le nombre de minutes pour la répétition. A cette occasion, le capitaine prisonnier nous a appris que Milord Loudon se trouvant à Saratoga, le jour de saint George, à ordonné que ce fort dorénavant s’appela le fort George. Voilà les chariots qui s’en retournent à Orange, avec la garnison qui venoit de relever. Le capitaine nous a encore dit que cela devoit être à cause du scorbut, et qu’on le leur avoit annoncé, dès l'automne. Lettres de Coleraine à des particuliers, où l’on parle des maisons brûlées, dans cette partie, par les sauvages.
(Extrait d’une lettre de M. d'Hébécourt, du 2 mai).
M. de Langy ne doit pas tarder de revenir de son détachement, étant parti le 22, avec seize sauvages, de différentes nations, et son parti auroit été plus fort, si dix Abénakis n’eussent point changé d'avis, le jour même de son départ, Les derniers sauvages, arrivés du Lac, au nombre de douze, partent aujourd’hui avec M. du Fay, volontaire au régiment de la Reine, qu'ils m'ont demandé ; il a été au second détachement de M. de Langy, à l’action du 13, où il s’est bien comporté; il
a, outre cela, été à presque toutes les découvertes que les sauvages ont faites autour de ce poste.
Les travaux les plus considérables de mon hiver sont l'excavation du fossé, qui devoit être finie dans peu, si si je n’étois contrarié par les pluies ; cet ouvrage a produit tant de pierres qu’il mettra M. de Lotbinière à même, malgré lui, de finir ses demi-lunes, en pierre, au lieu de bois, comme il l’avoit projeté, ce qui sera meilleur, et plus tôt fait. Le solage du hangar à reconstruire est fait à l'endroit désigné par MM. de Bourlamaque et de Lotbinière ; la rampe s’y fait, et on le montera ensuite, Voilà, Monsieur, toutes les nouvelles, Comme on dit que le courrier partira demain matin, j'ai fait faux bond à M. le gouverneur général, ce soir, pour vous écrire tout ce détail ; si vous croyez qu’il puisse amuser M. l'intendant, vous pouvez lui communiquer ces nouvelles ; on les lui écrira cependant vraisemblablement. Il doit partir, jeudi, un parti de Népissings et Outaouais pour Carillon, avec demi-douzaine de cadets ou jeunes Canadiens.
Le 8 mai. — Une lettre de M. l’intendant, remise ce matin, m'apprend le sujet de son courrier; il va faire expédier un second bâtiment pour porter ses duplicata, et (ceux) du munitionnaire, pour demander encore des vivres; il ne l’a pas voulu dire à Québec, ce que m'a dit Péan, et que M. de Vaudreuil, qui n’a pas imaginé le départ de ce second bâtiment, dit inutile; je ne veux pas écrire par là, je ne sais si c’est la raison ou antipathie qui est cause qu'il ne m’en a rien dit, ni à M. l’intendant, pour moi. J'écris par cette voie et j’envoie
quadruplicata du 19 et du 23 février, triplicata du 10 avril, duplicata du 18.
Vous voyez que j'écris par toutes les voies.
Les lettres ci-jointes pour MM. de Privat, Trivio, sont conformes à celle de Roquemaure.
A Montréal, le 12 mai.
Je réponds par celle-ci, Monsieur, à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 9. J’avois prévu le silence timide de l’intendant vis-à-vis MM. de la Reine. L’agitation de trois belles dames, les propos, etc. M. le marquis de Vaudreuil est bien aise que vous ayez accepté le délai de deux jours; autant d’épargné sur les vivres de Carillon. Votre arrangement pour Languedoc, très bien, ainsi que celui dont vous me parlez, des étourderies des jeunes gens de Berry ; mais je ne suis pas en peine que vous n’y ayez mis bon ordre. M. Doreil pleure sur ce qu’il n’a qu’un sergent, donnez-lui en un de Berry, il lui faut bien une espèce de troupes. J’ai déjà parlé des deux jours de séjour que le régiment de la Reine vouloit avoir à Saint-Jean, On donnera instruction à M. de Roquemaure pour le faire camper comme vous le marquez. Je suis certain de n’avoir pas accordé l’homme pour lequel M"° de Beaubassin s’étoit d’abord intéressée ; refus sur tout, Toujours à vos ordres pour vous faire part de mon troupeau, Nous savions par Péan le danger de la demoiselle; il en frémissoit comme un père qui n’a qu’une fille (sic).
Voyez avec M. Doreil pour le mieux sur les six
hommes de la Reine; c’est beaucoup à envoyer en France; le reste servira sous les ordres de Doreil, donnez-lui à rendre compte de ce détail d’invalides. Je lui en fis le cadeau, l’année dernière ; je me contenterai d’en écrire un mot in globo. Faites partir le grenadier de la Reine déjà invalide ; si cela ne se peut par ce bâtiment, qui va être expédié, et qui devoit l'être à l’arrivée de cette lettre, ils partiront tous ensemble. Nous en aurons huit à envoyer sur les quatre bataillons d'ici. Voilà, Monsieur, réponse aux divers articles de votre lettre ; rien d’intéressant à vous marquer, toujours même vie, même allure, la mienne est de n’en avoir point. Le capitaine anglois de Blackney est assez aimable. Le major Hopson, fait général major en partant pour l'Amérique, est l’ancien gouverneur de Louisbourg ; embarqué l’année dernière sur la flotte, il a hiverné à Halifax en attendant d'aller prendre possession de son gouvernement. Le colonel Perry a été si ennuyé de voir des brnmes, qu’il se tua sur son vaisseau.
Les deux officiers anglois partent ce soir ou demain en barques.
Le 13, à midi. — Lotbinière est arrivé qui reste ici sept ou huit jours. M. de Vaudreuil parle des jeunes gens de Berry, prison ; vous êtes trop doux. Charmant en prison. MM. de Penlan, Coitivel aux arrêts, ceux qui ont battu un capitaine de la côte, en prison. Ces premiers ont besoin d’être morigénés. Je m'imagine qu'on l’a écrit à M. de Vaudreuil ; il se plaint que les officiers de ces deux bataillons ne se mettent pas aux circonstances et exigent des vivres, etc.
Le 15 mai. — Nous n’avons pas eu de nouvelles de M. d'Hébécourt, et par conséquent incertains sur le succès et retour de son parti, et celui de dix Iroquois, partis après lui, avec M. du Fay, volontaire du régiment de la Reine ; mais par celles que nous avons eues de Saint- Frédéric, les ennemis ont plusieurs partis en campagne, puisqu'on a tué ou fait prisonnier un habitant de Saint- Frédéric et trois Allemands écartés, un canonnier et deux soldats de Carillon écartés, et ce qu’il y a de plus fâcheux, c’est que nous avons eu une batelée de dixsept charpentiers, allant vers le cap au Diamant, tués ou défaits. Il nous vient d'arriver des lettres des Illinois, de la baie Saint-Joseph, la Louisiane, et point de la Belle-Rivière ; ce qu’il y a de fâcheux, c’est que les Towas ont frappé sur nous, à la Baie, et tué vingt-deux François, le commandant a été manqué de peur (sic). Il y a eu aussi vers les Illinois quelques sauvages qui ont tué dex Francois et fait un officier prisonnier.
M. de Macarthy assure envoyer tout ce que l’on a donné pour la Belle-Rivière. M. de la Valinière, prêtre de Saint-Sulpice, prêcha hier contre ceux qui volent le Roi avec plus de vérité que d’éloquence ; je vous écris par M" de Saint-Luc qui va embarquer avec les Anglois. M de Noyan est arrivée avant-hier. Les Anglois rétablissent des forts partout, à Théoga et au fort de Bull.
Le 18. — Le convoi est arrivé hier, Monsieur, avec beaucoup de peine, et quoiqu'il ne doive, à ce que m'a dit M. le général, repartir d’ici que dans trois ou quatre jours, je commence toujours à répondre à celle que
vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. M. l’intendant m'a répondu sur l’article de la petite monnaie, et envoie en conséquence à M. d'Hauterive. Je vous envoie une lettre, à cachet volant, pour MM. de Roquemaure et d’Hert, que vous leur remettrez après l'avoir cachetée ; vous verrez ce que j'écris à l’un, concernant M. de Clairville, et à l’autre, sur l’état qu’il m'a envoyé, et cela m’évitera de vous écrire les mêmes choses.
C’est un malheur que les trois hommes du régiment de Berry, noyés ; il peut y avoir eu de l’imprudence. Avis pour ces nouveaux venus.
Très bien d’avoir réduit les douze soldats de Berry que l’on proposoit de renvoyer, à deux. Vous verrez, par ma réponse à d’Hert, que je réduis la Reine à zéro, de même pour Béarn, Royal-Roussillon, la Sarre deux. Le défaut de communication m’empêche pour Guyenne.
Je connois ce petit M. d'Hurtubise, il n’a ni la figure ni la tournure à servir, je le connois bien ; qu’on le laisse à Québec, maïs il doit, entre nous, ou demander à faire la campagne, ou à s’en aller à la fin; mais vous pouvez le laisser sans inconvénient avec les deux caporaux de la Reine, et un sergent sur les quatre bataillons, et préférer un sergent qui ne pourroit faire campagne. Je croirais qu'il y en auroit un bon dans Languedoc, dans ce cas. Votre départ et celui des troupes est aussi incertain que peut-être éloigné. Le défaut de vivres fait, avec raison, pousser le temps avec l'épaule ; mais vous pouvez avertir vos Berry de se tenir prêts à partir au plus tard deux jours après en avoir recu l’ordre. Je trouve que vous serez bien logé à la maison de M”* de Repentigny. Je crois que je finirai par avoir une trop
grande cage, mais j'ai imaginé qu’il ne falloit pas refuser la faveur de M. l’intendant, occupé de récompenser son riche secrétaire en me logeant plus grandement.
Copie de deux mémoires que j'envoie à M. l’intendant nous mettront en état d'appuyer celui qui regarde la subsistance, s’il y a nécessité pour Québec, et celui de parler comme moi, sur l’article du portage, s’il vous en parloit, ce dont je doute.
Je vous remercie, Monsieur, de la peine que vous voulez bien vous donner pour faire arranger ma maison. Je pense que, quand même vous ne partiriez de Québec qu'au moment du départ des troupes, ce seroit toujours très bien de venir ici recta, de votre personne avec votre canot. Le cheval a cessé à la distribution d’hier : on a donné au soldat, en bœuf frais, pour quinze jours, et du sel ; ensuite, quinze jours de bœuf salé, pour vous seul, car vous connoissez l'esprit des troupes qui en concluroient que le cheval ne doit pas continuer à Québec ; ce qui a valu cette bonne fortune à Béarn, c’est à force de crier que cela valoit mieux que de jeter le trop de bœuf tué.
Depuis ma dernière, en date du 10, il y a eu plusieurs actes de justice, dont il faut que vous soyez informé, d'autant qu’à cette occasion j'ai annoncé ma jurisprudence constante à MM. nos officiers, à M. le marquis de Vaudreuil, qui l’a approuvée. Je vous prie, par forme de conversation, de la notifier aux troupes qui sont sous votre commandement, et de la faire observer. M. de Pons, lieutenant au régiment, ayant eu quelque chose à démêler vis-à-vis la Salle, tailleur, qui lui parla insolemment, M. de Pons, lui ayant donné un soufflet,
je l'ai mis aux arrêts pour plusieurs jours, et ai été d'avis, vis-à-vis M. de Vaudreuil, de ne pas punir la Salle, dont j'eus requis la punition, si M. de Pons ne se fût pas fait justice. M. du Gros, commandant, par l'absence de M. d’Aureilhan, le quartier de Verchères, ayant porté à M. le marquis de Vaudreuil, aux ordres duquel il n’est pas directement, des plaintes contre des officiers de la côte, au lieu de s’adresser à ses supérieurs naturels et directs, j'ai envoyé M. d’Aureilhan au quartier, y mettre M. du Gros aux arrêts, et je suis convenu avec M. de Vaudreuil d’en agir de même, pour toute plainte qui lui sera portée directement, quand même l'officier auroit raison, et que lui jugeroit à propos de punir l'habitant ; mais qu’aussi, quand je lui porterois des plaintes, au nom de quelque officier, il puniroit toujours sévèrement, d'autant que je ne les lui porterois pas sur le simple dire de l'officier, mais avec examen, et quand après l’examen je répondrai à l'officier que je n'ai garde de parler de ses plaintes, parce que je les crois mal fondées, c’est à lui à obéir et de rester dans le silence. Ainsi, obligez MM. les officiers à s’adresser à leurs commandants, c’est le seul moyen d’être soutenu, d’avoir justice, soit du gouverneur général, soit de M. l’intendant, car autrement nous ne devons les appuyer en aucune facon, et les punir dans le cas où leurs commandants n’en auront pas la force.
M. le chevalier Guston, protégé de M. le chevalier de Lévis, cadet dans la compagnie de Montanier, au régiment de Guyenne, ayant porté à M. le marquis de Vaudreuil des plaintes contre son capitaine (qui, de vous à moi, n’étoient pas dénuées de fondement), je lai
envoyé, avec quatre fusilliers, à M. de Fontbonne, pour le mettre en prison à Chambly, ce que M. le marquis de Vaudreuil et son protecteur, ont très approuvé. Sévérité, punition exacte, aisance dans le service, Politesse, recherche dans les réprimandes, affectuosité dans les éloges, procurer des grâces, mépriser les jérémiades, nulle rancune ni bouderie contre ceux qu’on a punis et qui en boudent, vivre avec ses inférieurs avec honnêteté, leur donner l'exemple du respect dû aux supérieurs, et qui n’en a pas? M. le marquis de Vaudreuil n'est-il pas le mien, l’évêque dans sa partie, et peut-être M. l’intendant la sienne ? Voilà mes maximes que peut-être je ne pratique, mais au moins ai-je l'intention de les bien pratiquer.
Jusqu'à présent le bœuf n’a manqué à personne. La semaine prochaine, deux par semaine pour les généraux, le marquis de Vaudreuil, le marquis de Montcalm, le chevalier de Lévis, MM. Duplessis, Péan, Martel, d'Hauterive, Deschambault, le major général et Pénisseault. Tous taxés ; le général à cent qnatrevingts livres par semaine, votre serviteur à cent vingt, le chevalier de Lévis à cinquante. Il ne donne plus à manger depuis mon arrivée; ce détail, pour vous seul. M. de Vaudreuil a un soupcon de goutte, mais c’est peu de chose. Si ma charge est de lui tenir compagnie tous les soirs, il doit être content, je ne fais que cela, ou parfois et rarement ma chambre, et il me semble que c'est bien pour le service, bien pour moi, car je n'ai rien de plus amusant à faire. Le chevalier a ses soirées en règle, ainsi que ses diners. Vendredi et dimanche, chez le général; pour moi jamais, ou une fois en trois
semaines, Un ou deux jours chez Péan qui a état, et de même chez moi, le reste chez lui seul, depuis qu'il n’a ni Roquemaure ni d’Hert, N'est-ce pas une faute que de vous donner à lire tant de riens, et d’une si mauvaise écriture ? Heureusement vous avez du temps de reste.
On part pour les pays d'en haut, ces jours-ci. M. de Malartic se charge de vous envoyer le jugement de deux soldats de Béarn, exécutés pour désertion, communication aux quatre bataillons,
Le 19. — Nous avons eu, hier au soir, des lettres de Frontenac et de la Présentation : par les premières, les Aganiers ont répondu, le 10 novembre, au collier que les Iroquois du saut Saint-Louis leur ont envoyé pour les détacher et ramener à Ononthio honnêtement, et inviter les Iroquois du Saut à envoyer ce printemps des députés tenir conseil général à la cabane des Onontagués. Conseil de Johnson pour donner marchandises, vivres, exagérer notre misère; dire que le Roi d'Angleterre vouloit la paix, mais que les seigneurs anglois s’y sont opposés; qu’on a trouvé la passe de nos vaisseaux, qu'on en a pris trois, portant des lettres du gouverneur général. qu’il est arrivé aux Palatins des coquins qui avaient vouiu se livrer à Onouthio, qu'il est, à la vérité, très peiné du malheur qui leur est arrivé devant Louisbourg. Par les nouvelles de la Présentation, des deux partis dont je vous ai écrit, il y a longtemps qu’ils étoient en campagne vers Corlar; l’un est revenu avec trois chevelures, ayant fait abandonner quatre habitations et tuer des bestiaux; l’autre, qui avoit chaussé
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les mitasses, il y a six semaines, et que je croyois bien loin, ne fait que de partir, au nombre de quatre-vingts guerriers, avec MM. Sacepée et Lorimier.
Je vous prie, Monsieur, de demander à vos bataillons un état des hommes perdus, depuis ma dernière revue d'août, au camp, et de septembre pour Berry, en marquant à côté nos désertions, congédiés, ete., pour voir si cela fait le nombre total. Vous ne m'avez jamais répondu sur l’article de la poudre et balles, dont M. de Vaudreuil doit avoir envoyé l'ordre à M. Le Mercier, pour en délivrer quand vous en demanderiez, pour faire tirer les troupes. Je vous prie, Monsieur, de faire bien des compliments à M. le chevalier Le Mercier ; et lui accuser la réception de sa dernière lettre du 13, comme je n’ai pas l'honneur de lui répondre
Le 18 mai. — J'ai l'honneur de répondre à la lettre que vous m'avez fait celui de m'écrire le 19. Je pense comme vous sur les dispositions des Anglois, Les nôtres, d'hier au soir, sont changées forcément, au grand regret de M. de Vaudreuil.
Languedoc, son piquet, passe à Carillon, La Reine, à Saint-Jean, où il épargnera demi-livre de pain par jour; le détachement d'ouvriers, cadets de Jacquot, envoyés chez eux à Québec; idem, pour la plus grande partie des ouvriers de M. de Lotbinière, qui part, ce matin, pour Carillon, effrayé de voir qu’il ne pourra travailler ; la milice revient, relevée par Roux, ancien cantinier. Je vous prie de dire à Pontleroy, à qui je n’écris pas, que Louvicourt reste à Saint-Jean; mais qu'à l'arrivée de Jacquot, Bonafoux revient : ce change-
ment de dispositions, que je vous ai écrit: 1° au premier piquet de Languedoc, de cinquante ou soixante hommes, danx ivutenants, qui seront Pradet et Castels, que j'enverrai d'ici; sil n’y avoit que vingt, trente ou quarante hommes, deux bons sergents ; Castels les iroit joindre à Chambly. J’ai recu une lettre de M. Joannès, à qui je n’écris pas, mais vous lui ferez part de cet arrangement. M. de Trécesson restera à son bataillon ; dès que M. de Roquemaure ne passe pas à Carillon, je désire conserver le commandement à M. d'Hébécourt, qui s’en acquitte très bien. M. et M®*° d’Aiïlleboust arrivés d’avant-hier ; la dame bien accueillie de M"*° de Vaudreuil, sa marraine, et dès le jour de son arrivée, d’un petit dîner fin chez Péan, à porte fermée, où il n’y avoit que M. le marquis de Vaudreuil, M. Deschambault, M. le chevalier de Lévis et M. Péan.
Les nouvelles de Carillon du 13 mai: les dix-sept soldats tués, quasi tous charpentiers, dont sont : L’Espérance, excellent sergent de Guyenne, douze soldats des nôtres, deux de la marine, un Francois employé, et. un habitant, appelé la Framboise. M. de Langy a ramené deux prisonniers qui n’apprennent rien. Le sieur de Fay, de la Reine, est revenu avec les Abénakis, à fait trois chevelures, dont une des Mississagués. Langy est reparti. Je vous envoie, Monsieur, les paSseports nécessaires pour faire embarquer sur le premier bâtiment, M. de B...; si vous partiez avant, vous les laisseriez à M. Doreil. Beaucoup d’agitation dans les Cinq-Nations, vrais Hollandois de l'Amérique.
L'abbé Piquet, sorti du fond de sa retraite, a puru, ce matin; c’est un seigneur de la cour, mécontent, qui a
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passsé deux mois sur ses terres ; ainsi de Dumas aux Trois-Rivières.
Le 21. — J'ai l'honneur, Monsieur, de vous adresser deux lettres que vous lirez et cachèterez avant de les remettre, pour MM. de Roquemaure et d’Hert, des lettres à faire rendre à MM. de Manneville, Joannès et Arnoux. Je vous envoie aussi quatre lettres pour MM. de Paulmy, de la Ferre, de Gouy, et la quatrième, pour le premier commandant ou commissaires de guerres, de la première place en France. Comme elles ne regardent toutes quatre que la personne de M. de Clairville, il faut l’en rendre porteur au moment de son départ; la lettre première, au commandant ou commissaire des guerres, est afin qu’on lui donne juste pour faire son voyage, et se rendre aux Invalides. Je vous adresse aussi les deux permissions pour se retirer en France ; à MM. de Clairville et de Godonèche, avec les deux passeports de M. le marquis de Vaudreuil, pour qu’ils soient embarqués. M. l’intendant règlera leur embarquement. M. de Vaudreuil lui en écrit, et vous aurez pour agréable de faire remplir par M. l’intendant, sur le passeport de M. le marquis de Vaudreuil, le nom des bâtiments qu’il a laissé en blanc.
J'ai l’houneur de vous prévenir que j'écris à M. Doreil pour l’embarquement d’un petit soldat de la Reine, qui est nécessaire aux manchots comme valet. M. de Roquemaure le désire, et pour que tout soit en forme, j'ai envoyé à M. Doreil une cartouche que l’on remplira, et où j'ai mis ma signature au vu. Les mauvais temps retardent les semences; il est parti, ce
matin, dix ou douze Iroquois du Lac, qui vont faire un prisonnier du côté de Lydius.
Le 22 mai, — M. le marquis de Vaudreuil saisit avec facilité incroyable tout ce que les bas valus lui disent, et vous savez, Monsieur, qu’il n’en manque pas. Cependant, vous êtes, je crois, de nous trois, celui pour lequel il réunit le plus d’estime, avec plus d'amitié. Il est vrai, —car je ne veux pas vous donner trop d’amour-propre, — c’est que vous le voyez moins et avez moins à démêler, J'aime mieux être vis-à-vis de lui comme je suis, que comme M. le chevalier de Lévis, pour qui il a plus d'amitié, sans lui rendre autant de justice qu’il devroit. La justification de MM. de Berry est faite, et principalement chez moi, ce qui, pour eux, est l’objet essentiel. La conduite que vous avez tenue pour punir ces jeunes gens, est déterminée avec justice et prudence ; il n’y rien à dire sur MM. de Pellan, Villouraux Coetdivel. Le premier auroit dû nous avertir. Je crois, au moins, que je ne me serois pas conduit différemment de vous, Monsieur, et, peut-être pas si bien. La plainte de M. de Boucherville, singulière ; mais chaque nation a ses préjugés en fait de bravoure ; je vois sur ce point le Canadien comme l'Espagnol, l’Anglois point duelliste, et j'y suis bien confirmé par une scène de Rosmorduc, avec un jeune homme des bancs de la colonie. D’Hert nous apprend que la Reine arrive aujourd’hui à Chambly. J’envoie le chevalier de Lévis l’établir à Saint- Jean. Cette continuation du nord-est me met au désespoir, si elle finit sans aucune nouvelle de vaisseaux. La
A M. DE BOURLAMAQUE 257 or paix et notre retour, Nous avons bien débuté, mais à tous égards mangé notre pain blanc le premier,
‘Qu'est-ce qu’un soldat de d'Asserat, jardinier chez M°° Péan, dont Roquemaure eût dû vous parler ? Ilen est convenu et a dit oubli; on le demande avec chaleur pour quinze jours s’il n’est pas parti, Accordez, je vous prie, ce délai et puis à la première occasion. Péan vierit de passer six jours À Lachine, avec la sultane régnante et sa famille (MM. de Villebon, Solvignac, aide de camp); il est attaché à une sœur. Le chevalier de Lévis et la Pénisseault n’y ont pasété: votre départ se diffère, comme de raison, sans savoir quand : mon ennui augmente ; je ne sais que faire, que dire, que lire, et où aller; je crois que je demanderai à la fin de la campagne brusquement, sottement, mon rappel, sans autre raison qu'ennui. L'affaire des vivres me tourmente plus, je crois, que ceux qui en sont chargés, Péan part lundi,
Le 22, après l’arrivée de M. Le Mercier, nulle lettre de nos bureaux de la guerre ; sept de M. de Moras, une sur la Rochette, une sur vingt-deux jours de solde, pour huit lieutenants, une sur Chambly, une sur les religieuses, une sur MM. du Corps royal, pour ne rien apprendre. et une à M. de Vaudreuil qui ne m'a pas communiqué sa lettre, et qui en est fâché d'examiner avec moi les avantages, le traitement à faire et le choix du sujet, Une lettre de bureau sur le succès du fort George. Beaucoup de relations imprimées, la vôtre à Bordeaux; en quatrième, mes lettres, en sommant la place, et à Milord Loudon, imprimées, La campagne
trouvée belle. M. de St... ministre de la guerre, reparle encore de moi aux états assemblés en novembre 1757, comme il avoit fait pour ceux de Chouaguen, en 1756 : Celle de Bougainville, par lambeaux dans la gazette de Hollande, avec un préambule et des changemeuts de Saint-Sauveur.
. Les particuliers de la colonie, mal, par la prise des pelleteries. Le chevalier de Lévis, très touché de la mort du maréchal de Mirepoix, Roquemaure de celle de son frère, et moi, d’une sœur que j’aimois bien fort. L'abbé de Bermis, qui m'écrit la lettre d’un homme d'esprit : on vous rend justice ici J’admire pour moi celle que vous prenez plaisir à rendre aux officiers, qui vous ont secondé dans vos opérations.
Le comte de Montcalm grandit, se fortifie, mange beaucoup. Ma mère s’endette pour le soutenir et moi aussi ; l’armée battue, mais il étoit de la réserve de Saint-Germain, qui a fait la retraite sans être suivie.
Le 22 mai. —J'’ai l'honneur, Monsieur, de vous adresser les ordres pour le départ successif des bataillons de Berry et Languedoc. Vous arrangerez avec M. l'intendant pour les faire partir, les jours, et dans l'ordre que vous voudrez; vous aurez seulement attention de nous prévenir du jour de leur départ et de la quantité de vivres qu’on leur aura donnée. Il me paroît que pour ménager les vivres, l'intention est qu'ils n'aient qu’une livre de pain à leur départ, anais vous pouvez leur annoncer la livre et demie, à leur arrivée à Carillon. Pour ce qui vous regarde, Monsieur, votre destination étant pour prendre le commandement des premières
troupes à Carillon vous pouvez faire marcher vos équipages avec tel bataillon que vous jugerez à propos, et venir de votre personne, en droiture à Montréal, dès que tous les arrangements seront pris pour le départ de ces trois bataillons, et que vous aurez donné les ordres à celui qui doit partir le dernier.
MM. de Guyenne s’arrangeront pour partir avec les soldats de leur bataillon, qui sont, par congé, à Québec, en même temps que le dernier des trois que vous faites partir; ils arriveront encore assez tôt à leur bataillon, Vous en donnerez l’ordre à Manneville.
Le 28 mai. — M, le marquis de Vaudreuil ne peut qu'approuver, Monsieur, que vous ayez toujours fait passer les soldats de Berry, qui ne pouvoient plus subsister chez l’habitant. Ils seront toujours rendus, et Yous aurez vu par mes dernières lettres et par les ordres que je vous ai adressés, que tout va se mettre en mouvement; je rai rien à ajouter que de vous recommander, de la part de M. le marquis de Vaudreuil, d'y apporter toute la célérité possible, Vous voyez la nécessité de se mettre de bonne heure en campagne; nous comptons aussi que tout mis en mouvement, vous ne tarderez pas à nous arriver de votre personne, Je compte aussi vous suivre de fort près sur la frontière, si je ne pars en même temps que vous, Monsieur,
P.S. — Voici une lettre de style que je viens de lire à M. le marquis de Vaudreuil, qui vient de dire amen.
Notre affaire du fort Guillaume a fait grand bruit,
Voici, pour vous seul, un extrait d’une lettre du lieutenant de Baschy (sic) 20 février.
Ne doutez pas de la part que je prends à vos succès, moins en Francois que parce qu’ils sont de vous, à l'égard de ce qu'ils devroient opérer pour vous, indépendamment de la gloire sur laquelle vous devez assurément être content (sic). J’ai cru ne pouvoir mieux faire que de faire lire vos lettres à la belle dame ; elle ne m'a pas paru surprise à vos demandes, mais elle ne m'a rien répondu, ce qui ne veut rien dire, parce que c’est son ordinaire, Je ne sais s'il vous est très avantageux d’avoir affaire à deux ministres ; celui de la marine peut être plus aisé à manier, mais c’est celui dont vous avez le moins besoin, parce qu’il n’a que droit de représentation pour vous. Je ne crois pas, au reste, qu’on songe à faire de promotions.
Si je savois qu’il fût question de faire quelque lieutenant, je parleroïis de vous encore à la belle dame, et je tàcherois d'engager l'abbé à pousser à la roue; il prend beaucoup auprès du maître, il me fit grand peur après la malheureuse affaire de Rosbach, pour votre fils; nous recûmes, deux jours après, la liste des morts, perdus et blessés à Choisy, et il fut un des premiers, dont le roi chercha le nom qui ne se trouva point.
On fait grand cas de vous ï#1; on en parle en très bons termes, à commencer par le Roi, mais il faut que les ministres prennent des voloatés officieuses, sans cela rien ne se fait.
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Se LETTRE DE L’ABBÉ (DE BERNIS)
22 novembre.
Tout est dû à la sagesse de votre conduite, à l’habileté de vos combinaisons; on vous rend justice; j'admire pour moi celle que vous prenez plaisir À rendre aux officiers, qui vous ont secondé dans vos opérations, etc.
M. Doreil vous informera des ordres pour distribution. Le courrier presse, adieu, M. le chevalier de Lévis n’a pas le temps de vous répondre.
Le 30 mai. — J’avois prévenu, Monsieur, votre très Jjudicieuse remarque, et je craignois la marche solitaire de M. de Beaupré; aussi, M. de Fontbonne a des ordres pour l'arrêter À Chambly, où il attendra son régiment,
Il est indifférent que ce soit Languedoc ou Berry qui partent les premiers. Le portage de Chambly très lent, j'en ai parlé souvent, et jusqu’à présent Vox clamantis in deserto. Au reste, est-on pressé, que veut-on ? Faciliter une expédition à la Canadienne, inter nos, sans doute pour frère Rigaud, peut-être pour Saint-Luc, roi des sauvages. Le public veut M. le chevalier de Lévis, et moi, je crois qu’il n’y aura pas de François, ou peu. Sans doute vous nous porterez le supplément aux rêveries, et tout ce que vous aurez de nouveau : nulle nouvelle des berges ; une par les sauvages de Missiscoui ne s’est pas, ce me semble, confirmée. Kisensik, qui est à la guerre, a dû visiter ces parages ; il a perdu son père et refuse de prendre le hausse-col de Louis XIV.
I1 veut le mériter, cette campagne. Les nouvelles arrivées hier de la Belle-Rivière, sont bonnes. Je vous renvoie à Doreil pour le détail.
Le 13 juin. — Le jeune volontaire du régiment de la Sarre est le sieur Granet, donné à M. de Langy, pour aller en guerre avec lui; et vous êtes prié, Monsieur, de le faire aller à tous les partis, découvertes, s’il se conduit bien, afin qu’il puisse mériter. Il campera, mangera avec le piquet de la Sarre, comme y étant soldat, et sera à la discipline de M. le chevalier Mauran.
Depuis votre départ, rien de nouveau, car la pluie n’est pas une nouveauté,
Le 17 juin. — Nouvelles de Louisbourg du 5 décembre, qui nous auroient fait grand plaisir, si elles étoient arrivées en mars. Gardez-moi la lettre de M. l’Intendant que je vous envoie. Nulle lettre des bureaux de la guerre, que deux ; l’une pour envoyer des imprimés de sentences ; et l’autre pour envoyer le nouveau règlement et modèle, pour l'uniforme des chirurgiens. M. de Belle-Isle à toute la guerre. M. “2 Crémille, adjoint, demande la protection de Doreil qui, entrenous, m’écrit de facon à me faire apercevoir que je ne dois pas le négliger. M. de Saint-Priest toujours en Languedoc. Le public regrette le maréchal d’Estrées.
La réputation de d'Armantières croule, celle de Chevert se soutient ; il a boudé contre la cour. Contades et lui trouvent la charge de percepteur difficile. L’électorat de Hanovre reperdu entièrement et évacué ; Chevert,
A M. DE BOURLAMAQUE 263 après la bataille d'Hamstenbeck a été... avec le comte de Lorges, son inférieur, qu’il avoit malmené en paroles, comme ayant mal mené sa division. Le maréchal d’Estrées informé, a fouté aux arrêts le comte de Lorges (comme dit le marquis de Vaudreuil). Ces détails sont sûrs, mais pour vous seul, ainsi que la promotion de la colonie, à cause des notes,
On a dit avoir vu quelques pistes d’'Agniers vers les Cèdres ; il y a quatre-vingts sauvages en campagne, avec Langy, Longueuil et Bleury.
Le 27 juin. — J’ai trouvé ici, Monsieur, l’intendant ; il est parti ce matin. Les Anglois, tous rachetés, partent demain avec M. Fesch, et de là à Halifax en paquebot. Autre paquebot pour Londres. J'ai fait une belle lettre pour M. de Vaudreuil, à être imprimée; il en a été enchanté, et moi aussi, qui ne suis pas toujours content de mes ouvrages. C’est la description simple des faits, concernant la capitulation, à M. de Moras, et à imprimer.
Les vaisseaux de guerre partent le 13 de Québec ; les huit compagnies y sont arrivées sur cinq bâtiments. Le Robuste est arrivé ; il y avoit le capitaine Rosier, lieutenant de frégate, une épée d’or. Le Superbe pris. Il y a des bâtiments qui arrivent tous les jours ; on crie toujours misère ; on varie sur la récolte. Marcel fait le tour avec les bateaux. Plaignez-moi. On vous refuse tous Canadiens, hors cinquante pour l'hiver ; gardez ceux que vous avez. Des sauvages, dans treize jours. Songez à l’arrangement pour l'hiver; un commandant francois
je le cherche, Senezergues ou d'Hébécourt; pour vous seul, six piquets, cinquante hommes de la colonie avec cinquante Canadiens: Wolff. Soyez à l'instruction, au logement ; il faut que l’on voie que le poste roule sur des Francois. Je veux aller à Québec, Doreil m’en presse.
Quartrers d'hiver : — La Reine à Québec ; la Sarre à l’île Jésus, Lachenaie, etc. ; Royal- Roussillon à Laprairie : Languedoc à la Pointe-aux-Trembles de Québec; Guyenne à Chambly ; Berry 1* aux anciens quartiers de la Reine; Berry 2" à l’île d'Orléans; Béarn à Montréal, Lachine, la Pointe-Claire. Niagara relevé, les piquets rentrent. M. de Bourlamaque à Québec; le chevalier de Lévis à Montréal; le major général, idem ; le marquis de Montcalm, partout.
Conseil de guerre, cet automne, pour Beauséjour et Gaspareau ; n’en dites mot. Je serai le conseil pour sauver ceux de Beauséjour, perdre le commandant de Gaspareau. C’est mon avis, ne devant pas être juge. C’est bien assez écrire sans scribe. Je dis tant de bien de M. Pénisseault, qu’on croit quasi que je songe à madame.
Dites à vos deux bataillons que c’est à eux à écrire en France, pour envoyer des blancs. pour retirer ordonnances et se faire payer des pensions et gratifications. Béarn a-t-il des tailleurs? Se chargeront-ils de l’entreprise de son habillement pendant l’hiver, qu'on lui donneroit à faire ? il est en pièces.
en A M. DE BOURLAMAQUE 265
mm
A Carillon, le 8 octobre 1758.
L'occasion de l'officier écossois, envoyé au sujet de la capitulation de Frontenac, nous a procuré, Mônsieur, les nouvelles ci-jointes ; je les voudrois meilleures pour le bien de l'Etat, Nous ne savons rien, nous trouvons que la saison s’avance et que l'ennemi s'y prendra tard, s’il a envie de venir dans cette partie. Je crois,en mon particulier, qu'ils feront hiverner un corps au lac George. Je compte avoir encore à rester ici, de trente à quarante jours. Je m'estimerai heureux et content d'être à Montréal le 15 décembre, Ceci pourra passer pour une campagne. Je vous serai obligé de communiquer mes nouvelles à l'intendant et à M. Doreil, quoique j'aie prié M. le général d’en faire part à M. l'évêque. Mes compliments aux belles dames.
P.S. — La cavalerie a bien fait; a dû souffrir, et le régiment de Montcalm devoit y être.
Le 8. — J'ai l'honneur, Monsieur, de vous adresser une lettre à cachet volant pour M. l’intendant: et tout malade que vous êtes, traitez la matière avec lui; je dois vous dire, et vous pouvez, si vous le Jugez à propos, en toucher un mot à l'intendant, qu’un bavardage, que j'ai regardé comme tel, et que je n'ai pas cherché à approfondir, paroît avoir sa source dans le cercle de la Reine et de Berry. Il n’auroit tenu qu’à moi qu'ils eussent leur bien vivre, et on a fait entendre tenir cela de M. l'intendant même, chez M" Péan, Je prie M. l'intendant de m'écrire une lettre que je puisse montrer aux troupes. Pour moi, je pense qu’il faut, dans la crise, les aider, et que cela est nécessaire.
Le 13. — Je serois en mesure, mon cher Monsieur, de gagner une bataille, car j'ai dans ce moment, je ne dis pas bouches, mais bien bons combattants : six mille huit cents iei ou à la Pointe, et deux cents sauvages ; mais je crois et j'ai cru qu'ils ne viendront pas. Langy est en parti. Une découverte part aujourd’hui, une vers le sud, l’autre vers le nord. Nos colonies s’ennuient,
Je voudrois que les nouvelles de votre santé eussent été meilleures, Vous n'êtes pas surpris que je sois de l'avis de Doreil surtout, eur je suis assez en général de l'avis de tout le monde. Je compte avoir encore trente jours à rester ici de ma personne, car je fermerai la porte ; c’est une campagne, au moins, par l’ennemi (sic).
Le 19. — J'ai eu l'honneur, Monsieur, de vous écrire, hier, des bonnes nouvelles de Carillon du 6, par M. de Joannès. Je les ai encore meilleures du 15, avec le détail de l’action du 13; mais c’est M. de Villeray; qui en est le porteur. Celle-ci vous ajoutera que plusieurs de mes officiers et soldats voulaient y marcher, mais l’ordre de M. de Vaudreuil étoit que cela roulât sur la Durantaye; cependant d'Hébécourt a fermé les yeux sur ce que M. de Forsay, lieutenant au régiment de la Sarre, et d’Arennes, cadet nommé à une lieutenance en second de grenadiers, dans Languedoc, y ont été, et les sauvages disent que ce sont deux bons hommes. Langy, qui a marché, a eu la plus grande part à l'affaire, en cernant les Anglois. La Durantaye et la colonie ont entouré avec une valeur de leur âge et’moins d'expérience. On auroit fait trente-cinq à quarante prisonniers, mais on a tué, Il pouvoit y avoir sur
deux cent trente hommes, quarante Canadiens. Saint- Jean, interprète outaouais, s’est très distingué,
M"* de Vaudreuil disoit ce matin: M. le général, les Anglois disent bien que vous êtes un grand général. Le P. Floquet: tout est dû à votre prudence et à votre bonheur, Rigaud pleuroit de joie et de chagrin de la perte des sauvages. Saint-Sauveur disoit sa phrase favorite : Rogers est tué, c’est complet, habit, veste et culotte,
Les commissions du 14 janvier sont datées de New- York, signées Loudon; voici les qualités: Son Excellence le comte de Loudon, lord de Mackline, et un autre dont j'ai oublié le nom; l’un des seize pairs d’Ecosse, gouverneur de la Virginie, vice-amiral d’icelle, colonel du 13" régiment, colonel de Royal-Américain, major général de toutes les forces de Sa Majesté britannique, levées et à lever dans l'Amérique septentrionale, Brûlez mes lettres.
Le 21. — Je souhaite que M. de Joannès vous trouve, mon cher Monsieur, en très bonne santé : tout est fort tranquille, ici ; les Anglois toujours à leur camp. J'en ai eu des nouvelles d’avant-hier, Marin est encore en parti, de même Hotchig. Langy Montegron est rentré dans la carrière, le Lras en écharpe, un pistolet à la main ; l'émulation venoit pour ce genre de guerre, M. Dumas l’avoit éteint : intrigue, jalousie, misère, Les capitaines de la colonie sont partis, partent ou briguent de partir. Je resterai jusqu’au dernier moment, avec la jeunesse, Raymond, La Roche, Vermot et Degaus, capitaines, tous trois nés en France. Vous aurez la
Reine et Berry, fort aise tous deux et Languedoc autant de se rapprocher de Montréal.
Mes compliments à M. Doreil, de vous à moi, exhortez le à ne pas tout gâter par le ton d'importance. Je compte n'être à Montréal que du 13 au 20.
Tout le monde trouve qu’il fait froid; j'ai encore mon habit d'été. J'ai écrit ce que vous voulez : éloge des talents, blessure énorme, mauvaise santé, crainte qu’elle ne vous permette pas la campagne prochaine, ete : D’Hébécourt a été à la tête des travaux poussés avec vigueur, à la toise ou à prix fait. Si vous voyez les dames, mes compliments ; et à M°*° Marin, que j suis fort son ami, son serviteur ; que son mari partira au retour de cette course qu'il a voulu faire proprio motu, car il m'a persécuté.
Le 25.-— Je fais passer sous vos yeux, mon cher 3ourlamaque, la lettre que j'écris à M. l’intendant, à l'égard des souliers qu’il veut nous donner en payant.
Il faut attendre à l'extrémité, et lorsqu'on se déterminera à en donner, que ce soit également pour chacun des huit bataillons. A l'égard des bonnets dont M. l’intendant n’a plus que quatre cents à donner, ma foi, il vaut mieux n’en donner à aucun bataillon, et les payer en argent. Voilà mon avis.
Je voudrois bien que la très jolie et brillante action de la Belle-Rivière fût suivie d’une plus considérable, Je vous souhaite une meilleure santé. Je ne compte pas sur les ennemis, cet automne, quoi qu’on en dise à Montréal. Je n’ai point renoncé à aller à Québec; je
compte même y passer une partie de l'hiver ; vous pouvez le dire à Doreil, à la rue du Parloir, et laisser croire à tous les autres ce qu’ils voudront,
P. S. — Dites à Joannès qu’il s’arrange pour que son bataillon occupe les quartiers du gouvernement des Trois-Rivières ; la Reine devant aller dans les leurs. Je n’ai pas le temps de répondre ni à Bernier ni à M. de Pontleroy.
Le 27. — MM. de Surimeau et d’Hert, mon cher Bourlamaque, prendront vos ordres pour leurs quartiers qui seront ceux que Berry occupoit jadis, et ceux de Languedoc, à la Rein?. Je les charge l’un et l'autre de vous rendre compte et vous communiquer un règlement de M. de Vaudreuil, rendu de concert, mais dont la condition pourroit être mieux. D'ailleurs, à l'ordinaire, comme l’année dernière, je vous souhaite force :anté.
IL paroît que les ennemis s’en vont et hiverneront au lac Saint-Sacrement ; pas en ce cas, la colonie Québecquoise.…. les deux de Berry. La Reine (partira) le 1° et le 2. La colonie des Trois-Rivières. Languedoc, le 3 ; celle de Montréal, le 4; La Sarre et Béarn, le 6 ou le 7 ; Royal-Roussillon, Guyenne, le 7 ou le 8. Garnisons : quatre cents hommes dont trois cents troupes de terre, cent colonie ; et Saint-Frédéric, colonie, cent quatrevingts. Manneville n'ira à Québec qu'avec moi, Que votre santé soit meilleure, voilà tous mes souhaits.
P. S.-— Le chevalier de Lévis se médicamente pour des hémorroïdes dont il souffre.
Le 31. — M. le marquis de Vaudreuil na écrit pour me confirmer, Monsieur, le traitement accordé par M. l'intendant, Je pars le 4, et cout le monde sera parti le 6. J'ai chargé les premiers colonels de Berry de prendre vos ordres; ceux de la Reine et Languedoc de vous rendre compte. Si Privat vous écrivoit pour pouvoir être établi de sa personne aux Trois-Rivières, faites-le : il seroit également à portée de ses quartiers, et prévenez-en l’intendant,
Le 5 novembre. — Vous vous intéressez, Monsieur, ainsi que moi, à M. d’Arseval, qui est un vrai panier percé; grondez-le bien, accoutumez-le à vivre de peu.
MM. de Berry ont promis de l’établir dans quelque quartier, qu’il y passe son hiver sans faire aucune dépense. Voyez de convenir avec Surimeau de ce qu’on lui donnera, par mois, pour appointements, dont la retenue sera faite à l’arrivée de ses lettres, Il s’est a visé de prêter, à ce qu'il m'a dit, cent soixante livres au petit la Naudière. Je l'en ai bien grondé, comme M. Gaillard qui s’avise de lui vendre une montre à crédit, à qui il doit trois cent dix livres. Y :z que le petit la Naudière ne remette point l'argent à M. d’Arseval, mais faites-le rernettre à M. Gaillard, à-compte ; parlez-en à la mère.
Au reste, le moindre mécontentement que vous puissiez avoir de M. d’Arseval, mettez-le-moi en prison ; c’est va vrai service que vous lui rendrez, et dont il vous aura obligation, un jour, et à moi.
A Montréal, le 9 novembre 1758.
J'apprends, Monsieur, qu’un commis du munitionnaire part pour Québec, et j'en profite pour vous écrire et répondre à la lettre du 23. Je vois que vous avez obtenu de l’intendant l’eau-de-vie pour les officiers noï :*n6s et non pourvus de lettres ; question à vous faire, pour que les cinq bataillons, dont j'ai les aidesmajors, ici, soient uniformes, avec les trois autres ; cela ne doit, ce me semble, s'entendre que pour les officiers, nommés le 4 novembre, et à qui j'ai fait faire la campagne comme officiers ; à l'égard de ceux nominés cet été et qui n’ont pas fait ce service, je douterois; en tout cas, ils ne peuvent prétendre que du jour de leur nomination, 25 juillet. Au reste, dans le doute, j'ai dit aux cinq aides-majors d'ici, de ne prendre que pour les premiers, sauf à y revenir. À l'égard des corps de garde, la demande indiserète et jalouse de ceux qui sont dans le gouvernement de Québec fera perdre peut-être pour cette année, au moins pour la prochaine, cet avantage à ceux de Montréal ; cependant cette différence est commune, car souvent, en Italie, les troupes du L... sont mieux pour des petits avantages que celles du Milanois; mais nous n'avons pris dans nos huit bataillons de l'esprit d'union qui doit y avoir dans une famille, que celui de jalousie, qui empêche un père de rien donner, crainte de ne pas contenter ceux à qui il donnera, et mécontenter ceux à qui il ne donnera pas. Si l’intendant veut savoir l’origine de cette faveur ou abus, que je n'ai su qu'en avril 1758, sur un démêlé entre Tourville, capitaine de Bearn, et son hôte, l'hiver de 1755 à 1756, avant mon arrivée, dans ces
temps heureux, où le modeste n’avoit rien et le demandeur avoit tout, Varin accueillit une demande par écrit du petit Malartic. Lapause se fit adjuger idem. Languedoc n’en fut pas instruit et n’eut rien. La Reine étant en garnison de 1756 à 1757, cela fut accordé sans que je n’en aie jamais rien su, comme chose de règle et d'usage, et continua à la Sarre, Royal-Roussillon, Béarn. Languedoc étoit en garnison, l'hiver de 1757 à 1758, idem, par l'avis de Martel, inspecteur, qui, élevé dans de bons principes, dit à son frère timide : c’est de règle. Au reste, moins d’inconvénients ici, parce qu’il n’y à pas un quartier par compagnie.
Voilà le fait et l’origine, car à tous les abus, qu’on examine bien, la source ce sera toujours dans le peu de règle et d'ordre des chargés de la manutention, en 1755 et 1756.
A l'égard de ma lettre à Bernier pour les propos nécessaires, par les plaintes du marquis de Vaudreuil, il a été content de la réponse; on lui avoit écrit de Québec, peut-être Dumas, esprit porté à la petite intrigue ; de plus, je surpris Deschambault, soit bavardage, délation où méchanceté ou basse flatterie, accusant nos officiers de propos indiscrèts, sur les malheurs de l’arrière-saison, sans en nommer aucun. Oh! certes, comme je le surpris, comme on dit, volant dans la poche, il fut obligé, ainsi que le marquis de Vavdreuil acceptant, d’essuyer une lecon sur ce point, forte, respectueuse, longue, les faisant souffrir tous deux, car vis-à-vis de Deschambault qu'elle regardoit seul, cela ressembloit à des coups de pied dans le ventre, qu’on a demandé la permission de donner à quelqu'un qui ne
peut s’éviter de les recevoir. Je souhaiterois que cela corrigeât les rapporteurs et ceux qui les écoutent.
Au reste, c’étoit bien le moment convenable, nous n’étions que nous trois, et il achevoit son rapport dont il ne pouvoit disconvenir ; j'avois ouvert brusquement la porte, j'arrivois à la fin des phrases, et le gouverneur général échauffé me demandoit justice, en général contre tout le monde, et j'avois adressé ma lettre à Bernier, pour que tout le monde la vit, lecon bonne pour le passé ou l'avenir, si elle n’étoit pas nécessaire pour le présent. M. de Richelieu a arrêté les chansons à Montpellier. J’arrêterai les mauvais propos tendant à l’insubordination, au moins en publie. Dans le très particulier, cela m'est égal, portassent-ils sur le Roi, l'image de la divinité; alors ils ne troublent pas la société. |
La vie est aussi plate qu'ennuyeuse, et c’est bien du temps perdu. Notre brigadier passe la sienne où vous vous doutez, dîne deux fois la semaine chez M. de Vaudreuil, autant à mon petit ordinaire ; pour moi je sors peu; jamais reclus n’a mieux gardé la retraite.
Je ne vais nulle part, ou du moins si peu que c’est de même; j'ai même en général retranché ma petite visite du matin, mais les jours impairs, je vais faire un ou deux partis de tri avec mon général, et les jours pairs, je lis au coin de mon feu ; aussi ai-je entrepris la lecture de suite du Dictionnaire Encyclopédique, en sautant les articles que je ne veux pas savoir, ceux que je ne puis comprendre. Je m’observe fort sur le manger, je digère mal, et Massé dispute vis-à-vis de
moi une médecine. Il faut croire que Québec m'égayera plus, et cela ne sera pas difficile, car je m'ennuie bien, J'aurai dans quelque temps quarante-sept ans. La dignité de maréchal de France me flatteroit autant qu’un autre ; il seroit beau de l'avoir dans six ans, mais l’acheter par cette vie seroit trop cher.
Avez-vous vu à Québec, la sotte lettre du brigadier Jean Wolfe au sergent de P... ; c’est le commandant anglois des troupes descendues à Gaspé. Tout est enfin arrivé à Carillon, où la garnison prenoït son mal et la privation d'équipement en patience : Trois Berry ont déserté. Du Fay, Outlas à la guerre vers Lydius, un parti de la Présentation vers Corlar, sans aucun otticier, L’Anglois fait reconnoître la rivière des Chéroquis ; avoit envoyé des déserteurs émissaires pour soulever les nègres et la garnison des Illinois ; mais M. de Macarty a fait casser la tête à un, que le conseil de guerre a jugé ; trois déserteurs arrivés du fort Duquesne apprennent ce que l’on savoit déjà.
Le 11 novembre. — Celle-ci, Monsieur, est pour vous informer de mon arrivée, ce n’est pas sans peine. Coup de vent où le chevalier de Lévis a couru plus de risques que moi ; il a embarré, et je suis arrivé à Saint-Jean quarante-huit heures avant lui. J’oserois dire cependant que mon bateau portoit César et sa fortune, Je souhaite que votre santé se rétablisse, et j'en ai bien de l’impatience. La mienne est fatiguée, et j'espère la rétablir par un peu de repos. J'ai trouvé jusqu’à présent que tout est ici wé semper et in sæcula sæculorum, amen.
Nulle nouvelle de la Belle-Rivière ; on est inquiet du retour des bateaux de Niagara, vu la saison.
La seule chose raisonnable que j'aie ouï-dire est une ferme résolution de ne faire aucun parti d'hiver. D’ailleurs, je laisse parler guerre au premier ministre et à tous les ignorants, tant qu’ils voudront, Beaucoup de politesse et d’honnêteté aux dames, et n'oubliez pas M"° Marin et son époux, qui est un très brave et bon officier, comme je ne cesse de le dire. La seule nouvelle de la ville, c’est le départ de Dumas avec son congé absolu de la belle veuve.
Le 15 novembre. — Je dois réponse, Monsieur, aux deux lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 9 et le 12. Tout se fait tard et trop tard, on le dira toutes les années, sans y remédier. Il faut, à la vérité, convenir que le froid a été prématuré, ce qui a occasionné une mal-aisance à nos bataillons, incroyable, aux envois pour Niagara, à leur retour aux deux cents hommes qui vont à la Présentation, et du retard dans l’expédition des équipements pour Carillon, ete. M. le chevalier de Lévis, qui me charge toujours de mille choses pour vous, a couru quelque danger, ayant (amené) Languedoc, dont j'ai encore ici le débris, la Sarre, Royal-Roussillon, Guyenne et Béarn. Les ouvriers, laissés avec M. Desandrouins, les canonniers avec Jacquot, tout cela a eu de la misère, mais arrivés sains, sans autre perte que des fusils brisés, des baïonnettes, des tentes pourries, et un soldat de Royal-Roussillon blessé, dont la main a cassé en ramant, accident du mois de juin. Berry et la Reine achèteront peut-être plus cher
d’être près de la capitale ; cependant, j'évalue leur perte à six hommes. J’ai même peu de malades.
.… La perte des équipages, au moins pour mes huit bataillons, médiocre; j'ai eu le temps d’y pourvoir, il n’y a que du retard, Fontbonne et Lapause m'ont bien secondé. Si le sud-ouest peut durer deux ou trois jours, Carillon recevra encore tout, J’ai resté vingt-quatre heures à Saint-Jean pour le désordre, et bien envoyer des ordres au nom de M. de Vaudreuil, qui n’en donnoit point. Les bateaux, si on exécute les ordres, seront en général conservés dans cette partie ; n’importe, c’est toujours un malheur, et quoique je n’aie rien à me reprocher et à m'’applaudir de ma diligence, j'eusse décampé huit jours plus tôt; et j'ai bien résolu, ordre ou non, ennemis ou non, de décamper. …
J'ai pensé comme vous, Monsieur, sur la nécessité de retourner chacun dans son quartier, et j'en ai donné l’ordre pour Berry, la Sarre, Guyenne, Royal-Roussillon. Vous me parlez toujours de votre santé en mauvais termes, tant pis; mais dites-moi s’il est vrai, comme Joannès l’assure, que nos huit chirurgiens, Arnoux à la tête, se soient trompés lourdement, et que vous r’ayez jamais eu la elavicule cassée ; je le voudrois, parce qu’il me semble qu’il y auroit à gagner pour vous. A l'égard du chevalier de, j’ai demand” sa retraite, nommé à sa compagnie, fait son arrangement; je l’'embarquerai d’autorité, l'an qui vient... Sa famille distinguée dans une province quasi la mienne, y feroit honneur, le corps en tout pour l’honneur de la noblesse, et de son vwordre, auquel je suis très dévoué. Je me ferois un devoir et un plaisir d'y satisfaire; car j'ai regretté et regrette,
re ee ur ot.
À M. DE BOURIAMAQUE 277
dans mes accès d'imagination folle et romanesque, sans être comme le chevalier de, de ne m'être pas fait chevalier de Malte, pour mourir grand-maître, C’est le sang des Gozon qui coule dans mes veines,
Je suis bien aise que l’intendant ait été content de ma dernière lettre, qu’il se console ; Car j'ai été bien mécontent de mes officiers, du ton des propos. J’y ai mis de mon côté, bien de l'humeur, de la dureté, de la remontrance, de la réprimande, et tout en tremble, et l'avenir sera plus raisonnable par là crainte et l'annonce que je leur ai faite, d’une sévérité grande ; tous ne le méritent pas, mais j'ai grondé tout le monde ; d'ailleurs, peu m'importe qu’ils soient contents ou non, je saurai toujours faire patte de velours quand je voudrai, et puis le premier ne doit jamais avoir le tort, considérant ni ménageant. J'ai été le plus mécontent du premier au dernier de ia Reine, le plus de la Sarre et Languedoc, assez de Guyenne, médiocrement des médiocres de Berry. Je vous envoie une lettre de du Vernys ostensible, une apostille pour vous seul, que vous brûlerez avec cette lettre-ci. La Belle-Rivière sauvée pour cet automne et cet hiver, perdue pour le printemps par manque de vivres; et les ennemis établis à la rivière Attigué, la tournent, rompent la communication, Il ne me reste qu’à vous parler de mon départ W’ici, en carriole, au 30, pour être à Sorel le 1° de l'an, chez la Naudière ; mais si je m'ennuie bien fort, je suis homme à partir vers le 20. Je lécris comme cela à la Rochette ; le papier me manque, mais on ne peut vous être plus dévoué assurément, plus votre serviteur et votre ami,
Bougainville m'a écrit que vous approuviez mes idées, 9
J'ai raisonné défensive avec M. le marquis de Vaudreuil ; il sera obligé d’en venir à renoncer à la Belle- Rivière, dût-il en perdre les pays d'en haut. Marine sur le Lac, forte garnison à Niagara, bonne tête pour y commander avant le 1% juin, en force à Carillon, et un corps à rassembler pour Québec, où j'espère que l'ennemi ne viendra pas; c’est le point qui m’embarrasse le plus.
On dit qu’il reste un petit bâtiment à partir. J’hasarde trois lettres, dont une pour le maréchal de Belle- Isle dans mon paquet à la Rochette.
C’est avec peine que j'ai accordé la permission à la Mothe d'aller à Québec, d'autant que j’ai été mécontent de lui au camp. Je lui ai bien dit qu’il eût à se conduire avec cireonspection, ou que je le ferois repartir.
Le 27 novembre, — Voici réponse, mon cher Bourlamaque, à la lettre que vous m'avez fait l’honneur de m'écrire le 22. On m’écrit vaguement la perte de Berry à sept ou huit hommes, s'entend des étrangers qui n’en savent, et je m’en rapporte, comme de raison, à ce que vous m’écrivez.
Il est certain que dans le bon ordre, il y a trop de capitaines de Berry et de la Reine à Québec ; mais je me lasse du bon ordre, d’être le pédagogue et le loup gris des bataillons qui, d’un autre côté, vous disent quand cela ne seroit pas vrai : — Je vis meilleur marché. Aussi me suis-je réduit à un officier par quartier, et j'ai eu de la peine à le trouver dans Béarn. Pour Guyenne,
Royal-Roussillon idem, tous à la côte, hors Cornier, Manneville, Bellot, d'Aureillan pour Québec, et départ pour ici. La Sarre idem, hors Beaudoin, Vous avez bien jugé de M. Dayman, mauvais sujet du côté du cœur et de l'esprit, et à perdre, sans scrupule, s’il se mettoit dans le cas. Je suis cependant persuadé qu’on sera plus circonspect à l’avenir, et que la Mothe le sera sur tous points ; en tout cas, je le ferois repartir. Il est vrai que de toutes parts il n’est question que de la beauté d’une dame du Parloir ; je l'ai toujours trouvée aimable, et plus d’esprit qu’on ne croit. Je lui ferai, volontiers, ma cour, sans autre vue, et je suis très attaché, sans réserve, à toute la rue, et Marin a dû s’en apercevoir ; car il a dû être content de moi : son zèle le mène quelquefois plus loin que je ne voudrois. Je n’en dirois pas autant de tous. J'’étois bien sûr, malheureusement, que vous aviez eu la clavicule cassée, mais on gobe tous les sots propos. Le chevalier de Lévis ira à Québec, parce qu’il l’a écrit, mais je doute qu'il y soit plus de huit jours, et je ne sais quand. Il me charge de ses compliments pour vous.
Les nouvelles de la Belle-Rivière sont du 31 par l'arrivée de Rocheblave. Le hasard la sauvé, surpris à l’action du 13 *. Mutinerie, sédition dans les Canadiens pour revenir à Montréal. La seconde action due à M. Aubry, homme désintéressé, les officiers occupés de gain, et volent comme des mandarins ; le chef donne l'exemple, reviendra avec trois ou quatre cents mille livres, le plus petit enseigne qui ne joue
* Défaite du major Grant devant:le fort Duquesne.
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pas avec dix, douze, quinze mille livres. Les sauvages bien disposés par une* circonstance heu; use, n’aimant pas Des Ligneris, qui s’enivre journellement,. Les magasins volés, des certificats qui vont arriver pour des sommes. Des conseils de guerre à tous moments, où, le dernier enseigne opine toujours abandon, retour à Montréal. Rocheblave y a ouvert un avis militaire, suivi de du Vernys et Corbière, trois fous de francois. Rocheblave enfin, dauphinois n’en dira rien, ni à M. de Vaudreuil, ni à M. Bigot, crainte d’être perdu, et fera bien. Personne ne veut aller en découverte, on a accoutumé les sauvages à se faire payer, ainsi que les Canadiens, pour y aller. C’est de quoi pleurer, je n’en ai pas dormi, et je crois que si la auerre dure, il y a à gagner de la perdre. Au reste, Bougainville m'a écrit que vous avez goûté toutes mes vues, et notamment in extremis ma retraite à la Louisiane, pourvu que le ministre l’ordonne à Vaudreuil, et que celui-ci y travaille d'avance. Canots nécessaires pour seize cents hommes d'élite, huit cents Canadiens avec les vivres en biscuits, lard, farine, quelques marchandises, porcelaine, colliers, quelques caisses de fusils, etc. Je me charge, Belle-Rivière occupée ou non, de vous mener aux Illinois, quand même l’ennemi seroit maître de Québec et Saint-Jean, Quatre jours d'avance me suffisent, et des certificats payables à la Louisiane.
Je laisserois ici le reste pour suivre le sort général. J'ai tout le détail sur ce. Péau, de la Reine, hors de danger. Vassal épouse jeudi M" de la Perrière, et mardi, grande cérémonie et festin, où *. et M"° de Vaudreuil. Le chevalier de Lévis et 1: pour la pro-
fession de la sœur de M"*° Le Mercier, c’est une fille à la Bruère.
Rien n’est mieux que vos sages précautions pour éviter les désordres de la part des soldats venant en ville. Je crois que les Anglois ne renoncent en aucune facon à Jeur dessein sur la Belle-Rivière, Rocheblave qui a été en découverte depuis le coup de M. Aubry, a vu marcher de lartillerie de Raystown; au moins, est-ce pour hiverner., A leur premier abord, Des Ligneris abandonne et se retire au fort Machault ; il me paroît même que tout le monde le fait à son camp, à son fort, jusqu'aux sauvages, simples soldats,
Bellestre ayant dit que le Détroit pouvoit nourrir onze cents hommes, Rocheblave vouloit qu’on y envoyât ceux qu'on a renvoyés à Montréal, pour les avoir plus tôt au printemps; d’ailleurs Des Ligneris a dit n'avoir de vivres que pour dix-huit jours ; cela n’est pas exact, il y avoit dans les entrepôts de quoi marcher à l'ennemi, huit cents sacs à avoir dans trois ou quatre jours. Benoist, à la Pointe-au-Baril, se conduit en galant homme, et homme de guerre. Se plaint à moi amèrement et inutilement des lettres dures qu’il suppose que M. de Vaudreuil signe sans lire, et qu'il croit dictées par Le Mercier. Passez-moi le désordre de ma lettre, il ressemble à celui de mon imagination, car je n’ai pas dormi, toute la nuit, des voleries de la Belle-Rivière et de l’ineptie. Pauvre Roi! Pauvre France ! ewra patria. Brûlez ma lettre, car ces horreurs ne seront jamais crues, et si vous vous en affectez, comme moi, la maladie augmentera. Adieu, mon cher Bourlamaque, guérissez et retournons sous un autre climat,
Le 29 novembre. — Nulie lettre, mon cher Bourlamaque, qu’un paquet de gazettes jusqu’au 30 juin, lettre au chevalier de Lévis par M" de Rotembourg (sic), qui lui dit des tendresses au lieu de nouvelles. En vous remerciant des vôtres, la suite à vous écrire : d’après M. Prévost, brigadier commandant au fort Lydius, c’est le rappel du général Abercromby pour n'être pas venu nous attaquer, et son remplacement par le général qui commandoit les troupes de terre de Louisbourg. Je crois cependant que vous conviendrez que nous pouvons assurer, avec vérité et sans avantage, que les Anglois devroient lui savoir grand gré de ne l'avoir pas fait.
Nos ministres changent si souvent que j'aime mieux la protection de Cadet pour avoir du vin à cent écus, la campagne prochaine, que celle d'aucun de ces messieurs. M. de Vaudreuil a recu deux lettres de M. de Massias, dont il nous a In une d’un bout à l’autre, digne de Saint-Sauveur ou de quelque commis de bureau. Il a cependant ajouté que son ministre écrivoit joliment.
Le 9 décembre. — Ne voulant, Movsieur, laisser échapper aucune occasion, sans avoir l'honneur de vous écrire, je profite de celle de M. de Rocheblave. De ne pas voir arriver de courrier de Québec nous fait croire que la goélette, arrivée de France, ne sera peut-être pas arrivée jusqu'à Québec, et n'aura pu repartir; léger inconvénient. C’est du départ pour la France que je parle.
Les Canadiens du dernier convoi, parti pour Niagara,
dans l’arrière-saison, sont arrivés, hier, ayant laissé leurs bateaux à la Pointe-Claire et à Lachine.
Les derniers bateaux envoyés à Carillon pour porter des pois n’ont pu arriver qu’à Saint-Frédérie, et sont revenus, à quatre heures, de Saint-Jean.
La seconde barque, expédiée tard pour Carillon, est dans l'embarras pour revenir, et je ne puis bien concilier le texte que m'écrit d’Hébécourt, avec ce que m'a dit, hier, M. lé marquis de Vaudreuil, sur l'endroit où elle est en station. La première barque est depuis longtemps de retour à Saint-Jean.
* Le parti d’Outlas n’a pas pu faire, étant découvait, toutes les belles choses qu’il se promettoit,
Is ont pris deux soldats de la compagnie de Rogers, qui disent seulement qu’on travaille à palissader l’île où logent les compagnies de Rogers; qu’il n’a que deux cent vingt hommes avec lui, qu’il attend deux autres compagnies qui sont à Orange, et qu’ils croient qu'il y a environ six cents hommes au fort Lydius, et un poste de cent soixante hommes retranchés au fort Miller (sic) ; d’ailleurs, ces deux prisonniers ne savent aucune nouvelle. -
Il vient de nou* arriver par Carillon, quatre Canadiens prisonniers, dont un officier prisonnier, pris le jour de l'investissement du fort George. Je vous joins sa déposition.
P.S. — On a eu des nouvelles de M. Bonneau, se portant bien, et les autres officiers ayant grand soin également des Canadiens et soldats, et leur donnant leurs besoins.
Le 9 décembre. — L'arrivée du courrier engage M. de Rocheblave à attendre; et j'ai l'honneur, Monsieur, de vous répondre à la lettre que vous m'avez écrite le 4.
Je ne connois pas même de figure M. de Brenilli, du moins, je n’appliquerois son nom sur sa physionomie; tenez-moi cet officier longtemps en prison, et faites passer à ce quartier quelqu’autre lieutenant, si vous le croyez nécessaire, et entre le temps que vous l'aviez tenu, huit jours de plus pour l’impertinence de m'aller citer et compromettre dans une lettre à M. l’intendant.
Quant à Badelard, j'écris à M. Bernier une lettre pour qu'il soit rayé, et que l’on attache à ce bataillon ou Emery ou Hameau. Je réponds à sa protectrice, la mère Saint-Claude, que c’est un homme incorrigible, et mon avis à la Rochette, qui intercède pour lui, idem. Cependant vous êtes le maître et dites-le à Bernier, gardez-le dans le dernier cas (car toute la famille, ou pour mieux dire celle de sa femme, sollicitera), que ce soit à la satisfaction d’Arnoux, et trouvez moyen Je vous faire solliciter par M. l’intendant : inspirez cela, autrement refus à tout le monde. A l'égard du quinze au Palais, peu m'importe, mais non ailleurs. L'ordre des jeux de hasard est plus adressé à l’intendant qu’à moi, et je ne donnerai jamais d'ordre relatif à sa maison, qu’autant qu'il m'en requerroit. L’intendant se plaint de quelques abus sur la dis‘tibution des équipements (ce qui est, et peut être ; je fais passer sous vos yeux, ma réponse,) pour que vous soyez instruit, et puissiez y faire conformer Berry et la Reine; car, ayant ici Joannès, j'instruis Languedoc.
Comme on écrit beaucoup de Montréal à Québec, j'aime mieux vous dire que, hier matin, à l’occasion de l'officier de milice qui disoit que l’on étoit consterné, lorsque je faisais le siège du fort Guillaume-Henry, et que Webb avoit grand peur, qu’il n’y avoit personne à Orange et New-York, et que l'on auroit pris avec facilité Lydius, M. le marquis de Vaudreuil rabâcha beaucoup sur cela, moi présent à la fin, avec beaucoup de modération, (car les assistants et le chevalier de Montreuil assurent) je lui dis mes raisons pour n’y avoir pas marché, qu'il ne falloit pas se repaître de chimères.
J’interpellai M. Le Mercier qui fut de mon avis et défila, et n’osa pas rester davantage, ct je conclus par lui dire modestement que je faisois de mon mieux à la guerre, suivant mes foibles lumières; que, quand on n'étoit pas content de ses seconds, il falloit faire campagne en personne pour exécuter ses propres idées. Les larmes lui en vinrent aux yeux, et il mâcha entre ses dents que cela pourroit être. La conversation finit de ma part:— j'en serai comblé, et je servirai volontiers. M°"* de Vaudreuii voulut s’y mêler :--Madame, permettez que, sans sortir du respect qui vous est dû, j'aie l'honneur de vous dire que les dames ne doivent pas parler guerre. Elle voulut continuer :—Madame, sans sortir du respect qui vous est dû, permettez que j'aie l'honneur de vous dire que si M*° de Montcalm étoit ici et qu’elle nous entendit parler guerre avec M. le marquis de Vaudreuil, elle garderoit silence. Cette scène, devant huit ofliciers, dont trois de la colonie, sera brodée, rebrodée; la voilà telle. Je lui parlai des vivres, et je lui dis: M, l’inten-
dant, qui est l’homme du Roi comme vous, Monsieur, et qui, sur cette pa:tie, doit être instruit, m'a écrit dans le temps, qu'il étoit de mon avis, et qu’il n’avoit pas de quoi nouttir l’armée, passé le dernier août. Nous étions au 9. Quoique sûrement Le Merciei le lui écrira, car il a dû entendre cette phrase avant d’avoir défilé, vous pouvez lui dire comme de vous même, avec confidence, si vous le jugez à propos, si non mot. Le chevalier de Lévis qui entra ne se serait pas douté de la conversation, vu mon air tranquille, et j'y fus le soir, à mon ordinaire ; et ce matin, je porte un bel œillet, qu’on m'envoie dans le moment, à M"*° de Vaudreuil; mais c'est odieux.
A Montréal, le 7 mars 1759, au soir.
Vous voyez, Monsieur, que me voilà arrivé en deux jours, et comme le courrier part demain, je me hâte de vous écrire pour commencer notre commerce de lettres: J'ai trouvé le chevali:r de Lévis en bonne santé. Le détachement de cent cinquante hommes, commandé par M. de Céloron, est parti. Les Oneyouts, émissaires de Johnson, sont toujours retenus ici par des festins.
Réaume travaille à une nouvelle recherche de grains ; les recensements vont être finis. On compte (et c'est pour vous seul), sur sept mille hommes du gouvernement de Montréal; et mille de celui des Trois-
Rivières, en faisant tout marcher. Je ne vois pas que,
sauf le détachement de Niagara, nous fassions mouvement avant le 20 mai. Je n’ai pas encore vu M. de Vaudreuil.
A Montréal, le 8 mars 1759.
(Ce qui suit est une umère moquerie à l'adresse de Vaudreuil. Montcalm lui met dans la bouche toute une suite d’inepties).
On vous emploiera quand il sera temps, Monsieur, Refus de Marin, j'en écris à la dame, Montigny ne va pas à la Belle-Rivière, mais destiné à tenir le poste. de Frontenac, avec cinquante hommes. Pouchot à Niagara, avec cent cinquante des nôtres et trois cents Canadiens, La Belle-Rivière; on s'y maintiendra, Secours des Illinois, du Détroit, affection des sauvages,
difficultés aux Anglois, L’Acadie, on la replie; on ne la replie pas, on la tient. Témiscouata pour attendre de savoir si on viendra à Québec, Carillon, ce ne sera qu’une feinte ; la côte de Québec, la paix, où une escadre, où de puissants secours. Niagara, jy envoie Pouchot; d’ailleurs, Monsieur, ils n’y iront pas, qu'ils n'aient rétabli Chouaguen, J'ai craint pour la Pointeau-Baril, ma foi, j'y ai six cents bons hommes. Que feront-ils, Monsieur, avec quarante-cinq mille hommes ? Is rétabliront Chouaguen, et encore, s'il n’arrive des vivres et des secours de bonne heure, je pourrois bien y envoyer, et, quand ? Mais en juillet travaillera-t-on À Québec? Je n'ai pas de vivres; entrera-t-on de bonne heure en campagne ? Mais au 20 mai je n'ai pas de vivres.
Si, à la navigation, on alloit reconnoître des positions à Saint-Jean, voyez-vous, Monsieur, j'attends des nouvelles de France; muis si l'ennemi vient à Carillon, nous marcherons où les vivres. Oh! mais nous avone à Carillon pour un coup de main, pour trois mille
hommes, pour un mois, à commencer du 1” mai; mais à Carillon j'en voudrois à la navigation, moitié à Saint- Frédéric. A Carillon, on les trouvera toujours. Avonsnous du biscuit à Saint-Jean? Mais non, mais on en peut faire. Espérez-vous de votre recherche de grains ? Les dîmes des curés, les moutures produiront quelque chose.
M. l'intendant croit qu’il y a du blé, qu’on le cache ; ma foi, ila tort. Mais, voyez-vous, Monsieur, je crois la paix, ou de puissants secours et de bonne heure ; la Hollande, voyez-vous. J'ai parié dix louis pour des nouvelles au 10 mai. Au 10 mai, je le crois bien. Ah! mais en aurons-nous ? :
Voilà ma conversation.
Les chapeaux étant rares, le chevalier de Lévis a un bonnet fourré à la polonaise ; plusieurs des nôtres ont imité. M. de Vaudreuil le désapprouve aux colons ; ma foi, je ne sais autre chose. Je vais commencer le troisième volume de l'Encyclopédie, et je vois tout couleur de rose. Bonsoir, Monsieur. La guerre de la Belle-Rivière va être pour M. le marquis de Vaudreuil l’armée de Flandres, et celle de Carillon, l’armée d'Italie : On dit: — l’Anglois trouvera à qui parler, Le convoi des Illinois viendra par les Oyatanons et Apalaches. Le Mercier dit non. et tout le monde a peur; mais devant le Roi on se rassure, Adieu, Monsieur, on ne peut vous être plus dévoué,
P. S.—L'histoire de mon empoisonnement s’est renou-
velée dans le gouvernement de Montréal, il y a quinze jours, et a été à M. et à M"° de Vaudreuil. Elle en a
bien rebâché, et le peuple disoit: on veut donc vendre le pays. Au reste, je n'aime pas ces bruits. Ne parlez jamais de crime aux hommes,
Le 11 mars.—M. Porlier part demain, et je profite de toute occasion, Monsieur, pour avoir l'honneur de vous écrire. Voilà les dernières nouvelles de Carillon : Il pleut; il dégèle; ce qui est pis, c’est qu’il pleut de l'ennemi, heureusement il ne tue pas, et je ne crois pas qu'une autre année, s’il faut passer encore un hiver en Canada, je quitte Québec d’aussi bonne heure.
Le recensement est fini; plus d'hommes qu’à celui fait il ÿ a trois ans, non que la population ait augmenté, mais parce qu’il avoit été mal fait.
Beaucoup trop de guérets à faire: beaucoup d’habitants manqueront de semence; rareté dans l'espèce des bœufs, et encore plus dans celle des moutons.
Les sauvages de la Présentation disent en plein conseil :—Nous t'avons averti trois semaines à l'avance de Fronteuac, c’est ta faute, nous t’avertissons et tu ne veux pas nous croire; nous nous retirerons, C’est ce qui fit partir le détachement,
Le Mercier ne désempare pas le cabinet, et il me semble que Saint-Sauveur domine encore plus qu'autrefois ; pour moi, je me tiens et tiendrai clos et couvert, et lorsqu'on m’emploiera, avec quelles troupes et quel nombre que ce soit, si je ne sauve pas ce malheureux pays, je saurai du moins ne rien faire qui puisse altérer ma réputation et celle des troupes. Je ne puis faire ni le miracle de la multiplication des pains
ni de la multiplication des hommes.
Le 12 au soir, — Nos nouvelles du Détroit, du 13, parlent de la rareté des vivres; et des lettres particulières disent que les Hurons veulent rester sur leurs nattes tranquilles.
Celles de Michilimakinac parlent de la rareté des vivres ; difficulté de faire descendre les sauvages.
Celles du fort Machault, du 19, que les Anglois se fortifient, s’établissent sérieusement à Loyalhannon et à la Malengueulée. Ils ont tué deux chevaux, pris un charretier près le fort Machault, un petit parti de quatre hommes. Nous en avons plusieurs dehors.
De Niagara, les Cinq-Nations disent cinq mille hommes à Chouaguen, pour le rebâtir; et au fort, à la baie des Goyogouins, cinq mille hommes pour le siège de Niagara, autant pour brûler les barques.
De la Pointe-au-Baril, du 10, la deuxième barque a dû être lancée aujourd’hui à l’eau ; tout le détachement, les agrès arrivés. On pourra mettre à la voile du 18 au 20. Je n’en sais pas davantage, mon cher Monsieur ; nulle nouvelle de Carillon.
Le 14.— Nous n’aurons ni Lambert, ni Molière ; c’est-à-dire ni Dumas ni Le Mercier. Le chevalier de Lévis vient de m'écrire pour me prouver les inconvénients de sa besogne. Je ne les vois pas si grands que lui les pense; cela vient sans doute de ce que je n’en suis pas chargé, Attendez d'apprendre par M. Le Mercier ou M. de Vaudreuil que M. Le Mercier n’est qu'un passant à Carillon ; car on m'a demandé le secret, parce que si Jacques Abercromby venoit à l’apprendre par quelque déserteur, il sauroit bien vite à quoi s’en
tenir. Royal-Roussillon, vous mène, vingt-quatre Canadiens ; renvoyez-les avec des bateaux. La Sarre, vingt-quatre idem ; affaire d'état pour M. de Vaudreuil, et que chaque aide-major lui renvoie pour les faire payer, un rôle signé par lui, visé par vous. Qu'il y ait le nom de l’homme, celui de la compagnie et de la paroisse, On dit que M. Castels a pris pour domestiqne un prisonnier anglois, Vérifiez le fait et renvoyez-le,
Le 15.— M. Poirier, parti hier, vous portera, Monsieur, une de mes lettres: on dit que M. Dufils part à midi,
Nouvelles de la Louisiane du mois d'août; on y manque de tout, et on y manqueroit totalement sans les Espagnols et les Anglois eux-mêmes, qui font la contrebande ; d'ailleurs tout y est tranquille, sauf les Capucins qui méconnoissent toute autorité; beaucoup de colons passent en France,
M. de Kerlerec, gouverneur général, demande son rappel et sa retraite du service. Nouvelles des [lirois, où l’on sait la prise du fort Duquesne ; ce qui revenoit du fort, arrêté par les glaces à dix-huit lieues. Les Chéroquis ont tué deux hommes, blessé trois,
On prépare le convoi, on convient qu’il viendra tard, et on doute d'arriver.
Suivant M. le marquis de Vaudreuil, bonnes nouvelles de Michilimakinac, la baie Saint-J oseph, les Oyatonons, grande affection des Sauvages,
Suivant le même, bonnes nouvelles du Détroit, grande affection des sauvages. Cependant les Hurons,
invités par collier, à une assemblée, y vont, quoique Bellestre ait dit que cela les rendroit suspects. Suivant le même, bonnes nouvelles de -la Belle-Rivière ; tous les sauvages prêts à frapper, c’est comme des conjurés, ils ne demandent qu’un chef (le chevalier de Repentigny), et les marchandises de Saint-Sauveur qui, d'ici à un an, passera un million.
Les préparatifs du siège de Lydius ont valu trente mille éeus à Le Mercier. L'entreprise des transports à Carillon est donnée à une pistole le quintal; ne revient pas à trente. Le Mercier a la moitié pour lui, et La
zruère, Boileau et consorts, le reste,
Nous savons, malgré les bonnes nouvelles de la Belle-Rivière, que les Anglois sont en force au fort Duquesne, et y font des batezux. M. le général n’a pas encore recu son courrier sauvage de la Présentation, mais je vous envoie copie de ce que ce courrier lui apprenra ; tout ira bien, car ou la paix ou la prise du Canada, nous en tirera. Adieu, Monsieur, brûlez ma lettre. Ne doutez pas de mon amitié. Mon correspondant de la Présentation a profité du courrier de la Louisiane, dans le temps que l'abbé Piquet et Benoist composaient leurs épîtres ; pardon pour l'écriture, pot! le style et le désordre d’une lettre écrite en parlant,
M"° de Beaucourt morte, veuve d’un ancien gouverneur. La sœur M..., bonne hospitalière.
Le 15 mars.—Celle-ci, Monsieur, est pour l’exactitude, et vous accuser la réception de la lettre dont vous m'avez honoré le 12.
Je ne dis ni ne statue rien sur les nouvelles que vous avez eu la bonté de m'écrire.
Je n’ai rien à ajouter à celles que je vous ai écrites par M. Dufils, si ce n’est que M. le général les a enfin reçues. Si j'avois des vivres, je ne serois pas embarrassé, m'a-t-il dit. Il compte faire partir d'ici la garnison de Niagara à la fin de mars, le 29 ou 30; pour notre part M. Pouchot.
Cadet qui avoit paru goûter ma proposition, s’est refroidi. J'en avois écrit À lintendant, Vous verrez ma réponse et ma réplique ; pour moi, je ne vous en écris que pour au cas où vous imagineriez quelque moyen, et pour que vous préveniez vos quatre bataillons, qu’il n’y a rien à espérer,
M. de Ramezay a raison : il est encore plus singulier que ce ne soit pas M. de Vaudreuil qui lui adresse d'ici l’ordre et l'instruction. Bien fait d'avoir puni le grenadier de Berry, et le faire prendre,
J'ai recu une épitre de M Marin. Quel plaisir il y a d'entretenir commerce avec une dame qui écrit aussi bien! Comme c’est une réponse, je n'ai pas l’honneur de lui écrire, mais des compliments,
Le 18 mars.—Je réponds par celle-ci, Monsieur, à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 14. L'affaire de Badelard doit être finie avant mon arrivée,
M. et M"° de Saint-Luc trouvent extraordinaire que la famille n’ait pas fait ce qu'elle devoit vis-à-vis de vous, Monsieur, en vous demandant ; en tout cas, je les mettrai en règle à mon arrivée. J écris à Bernier que Berry a besoin de recrues, et d’ailleurs tout parti
pour recevoir, et ce sera encore le plus foible. La Barthe s’est trompé ; il a confondu complet avec celui des effectifs au sujet de Béarn. Berry avoit tort, bien fait de leur retenir. Je doute y avoir donné hier aucun ordre, par écrit, ni verbal. On suivra, pour l’eaude-vie aux officiers ici, comme vous l'avez obtenu, même pour ceux nommés du 25 juillet, observant de ne la prendre que d’alors. M. de Brénilli quand l'intendant demandera, sauf à lui dire (sic). M. de Monte demandoit huit jours de plus pour son compte paiticulier ; mais cependant, et vous avez plus lu la lettre de la dame Badelard que moi, car je vous l’avois renvoyée sans la lire, et vous comprenez bien q' le point est la bienséance de la part des colons glorieux et rendant peu. dJe ne suis pas surpris que votre éloquence ait échoué vis-à-vis Bernier; je crois que c’est de la petite bière; cependant je suis persuadé qu’il ne se troqueroit pas contre un autre; il faut l’user tel que nous l'avons. L’ennui m'’excède ici, je pars au premier jour. Je doute m’amuser plus à Québec; d’ailleurs, je pense que les yeux d’un argus rendront tout difficile, à qui ne veut ne faire parler de lui, ni rendre personne dans lembarras, ni en faire un métier. Ceci, entre nous, et brûlez ma lettre; ainsi à la première conversation, je verrai en disant :— Voyez, décidez vous-même, il m’en coûtera, mais je ferai un effort ; et je ferai comme vous, Monsieur, une ronde inutile, et je m’arrêterai le soir sans me particulariser autant que l’année dernière. Je ne soupe plus absolument. Voilà au moins mon projet, un état médiocre ; cependant, tous les jours à dîner,
mais à très petit couvert. Voilà mon plan de vie, au moins est-ce mon projet de vie fait ici.
Ta Rocheite vient d'arriver avec d’'Hert, Benoist, capitaine commandant à la Présentation, las des voleries, a fait battre un ban et de suite arrêter trois Canadiens, passer par les verges militairement et envoyer à M. de Vaudreuil qui en garde un profond silence, Le fait est sûr. C’est très bien, il en a le droit ; si je l’eusse fait, on eût écrit contre moi, et demandé mon rappel.
Je me fais un grand plaisir de vous voir, car je vous aime fort, Monsieur, et je ne vous estime pas moins.
Tout le monde m'assure que vous vous portez bien, tant mieux, Je vous passe le ton plaignant, pourvu que le fond de la santé soit bon. Ah! quand quitteronsnous ce pays-ci. Que j'estime heureux le chevalier de Lévis; je crois qu’il s'ennuie moins que nous, la paix cet hiver.
Je donnerois, je crois, la moitié de mon bien, pour m'en ailer dans ma patrie, jouir de mes travaux et aspirer à ce à quoi le Canada ne pent jamais mener, Il est bon de s'être fait imprimer, mais il faut aller à Paris. :
Vous me promettez done que je m’ennuierai moins à Québec ; je le crois, mais ce moins n’est que par comparaison, Passez cette digression à un mélancolique, ce n’est pas que je n’aie encore des restes de gaîté ; mais ce qui paroïtroit en être pour un autre est mélancolie pour un Languedocien qui ne l’engendroit pas. Brûlez ma lettre.
P. S.— Celui-là, avec de l'esprit, ne l'a pas arrêté.
Bougainville m'a écrit du 13, et à la belle-mère une lettre qui ne nous est arrivée que ce matin.
Il est bon qu’on retienne et qu’on fasse rendre à Berry le trop pris. En vous remerciant de l’avis concernant M. d’April.
Le 18 mars. — Je réponds par celle-ci, Monsieur, à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 15, et qui m'a été remise par M. Magest, autrement, Martel, fils.
Bien fait, à vous, de mettre en règle l’absence des soldats de Guyenne, et de les tenir au cachot.
Il n'a tenu ni à mes remontrances par écrit ni verbales, que M. Despinassy ne tint l’école d’artillerie, mais M. Le Mercier ne l’avoit pas imaginé. Au reste, très aise qu'il aille à Niagara. Il y a de quoi s'occuper pour le service du Roi utilement comme ingénieur, et prétexte pour lui faire avoir des gratifications dont il a besoin.
M. de Rocheblave est très bon, malgré l’antipathie de quelques personnes. M. de Vaudreuil mêrue lui rend justice ; il retourne à la Belle-Rivière.
Je l’eusse souhaité avec nous, mais je crois que c’est bien fait de l'envoyer dans cette partie. Il s’est fort loué de votre réception.
Comme on est bien, et médiocrement avec notre ami Doreil à peu de frais, assurément, s’il a boudé contre moi à Québec pour Badelard, il est parti bien content de moi, me le disputant avec M. de Vaudreuil; point d'autre maison, ma voiture à ses ordres. Aussi m’a-t-il dit souvent :— Vous me gâtez, mon général, des visites
de MM. de Béarn; aussi, entre nous, et pour vous seul, il a bien traité nos bataillons, pour peu qu’on leur passe d'hommes, c’est un objet. Chaque homme veut quatre cents livres par bataillon, deux mille quatre cents répandus sur treize. C’est un objet, et comme je m'attends que le ministre de la marine n’aura aucun égard à mes représentations, petite douceur que je leur procurerai,
Il est certain que Doreil a été expéditif; un quart d'heure avec chaque aide-major des quatre bataillons, une heure avec chaque chirurgien major ont fait son travail.
M. de Beauclair pouvant aller à son quartier. Votre avis conforme à celui de M. de Senezergues sera suivi.
L'homme de M. de Selles, très bien: jugé par Briot, ne mourra pas, et tout sera accommodé : il a fallu voir M. de Selies, lui demander pardon, convenir de ses
torts, le remercier de ses soins.
= Vous me parlez de carrioles d’un goût nouveau, sans doute comme celles d’Arnoux ; moi je m'en tiens à mon édition, ou, pour mieux, à celle du chevalier de Lévis, à moins que le goût nouveau ne prenne plus de faveur.
La scène de philosophe, anglo-canadien, et son enthousiasme est bien rendu. Eh bien! quelques scènes pareilles valent mieux que tout ce que nous voyons ici; un peu de travail, d'occupation, l'obligation de tenir cercle le matin m’empêchent, avec de l'ennui, de m'ennuyer autant que je devrois.
M. de Vaudreuil recevra demain mon troisième mémoire depuis huit jours, sur divers objets intéres-
sants ; le dernier pour la subsistance, etc : les précédents, projets de campagne, prévoyance des difficultés sur les objets rendus trop faciles par M. Le Mercier, détail sur l'équipage d'artillerie à tont événement.
Je n'aurai pas de la peine à faire mon salut à Montréal, mes devoirs seuls m'y occupent, et je suis d'autant mieux avec Saint-Sulpice que je les comble de politesses, et qu'entre nous, je les crois peu contents du général suprême,
Je vous envoie un plan de Lydius que je crois exact. Ces trois maisons ou redoutes, je crois, sont liées avec le retranchement, quand il existe. Communiquez-le à vos ingénieurs. Crèvecœur en fera une copie, mais priez-le en particulier. Vous me renverrez ensuite cet original. Si d'en donner une vue à l’intendant lui fait plaisir, faites-le.
Bougainviile passe sa vie chez la voisine, et chez les Deschambault ; il sy ennuie cependant, dit-il, il commence à les croire faux, espions, tracassiers, cherchant à le faire parler, menteurs; il me disputoit tout cela, l'année dernière, il parvît s’ennuyer plus ici qu’à Québec. Il bagnenode, travaille peu ; Cornier et lui sont devenus Oreste et Pylade ; il y a de la part de Cornier une bonne foi, un sérieux romanesque, et de l'admiration pour la supériorité de génie. Le chevalier, à l'ordinaire ; pour moi, des visites partout, de loin en loin, un soir chez moi, l’autre chez le marquis de Vaudreuil. Hier avec Montgay et mes aides de camp, je bavardai jusqu’à minuit, parce que je mâchois de la gomme pour pituiter mauvaise digestion. Si nous étions l’un et l'autre plus
occupés, je n'aurais garde de vous écrire d’u ue mauvaise écriture tant de minuties. Biûlez ma lettre.
P. S. — M. de Repentigny arrive ce matin. MM. Cadet, Péan arrivés de jeudi, à trois heures après-midi ; ils ont fait une entrée d’ambassadeurs, avec douze carrioles, six étoient allées au-dévant jusqu’à Repentigny ; heureusement le chevalier de Lévis n’en étoit pas. Les relais attendoient sur la glace; M“ Cadet qui, pendant qu'on changeoïit de relais, donnoit ses audiences aux habitants, de dedans sa carriole, et les relais alloient toujours au galop *. ?
Le 19 mars. — Je n'ai pu envoyer, par le dernier courrier, les nouvelles ci-jointes de M. le marquis de Vaudreuil adressées à M. l’intendant.
Vous voyez quelle feinte les Anglois se proposent de faire vers Carillon; ils n’en feront nulle part; mais bien attaque vraie et sérieuse, et l’on restera. aisément même sur les choses possibles à faire ; je crois qu’on sent son ignorance, qu'on compte le pays pris, que les uns en sont bien aises, et qu'ici l’on est content de pouvoir dire : — Si j'avois eu des vivres, Dans les cireonstances, prenez Manneville et tout ce qui est de Guyenne, Béarn, la Sarre, Royal-Roussillon à la première navigation, par le premier canot qui pourra partir, voilà le plus long terme. Si Manneville, qui se charzera du petit la Naudière, veut venir ici attendre son mouvement,
* La dernière partie des Lettres de Montcalm n'a pas été aussi bien comprise que la première par le copiste anglais. Un bon nombre de phrases sont incomplètes : il en est peu cependant dont on ne saisisse le sens.
je lui offre chambre à portée fe l'hôtel des beaux yeux ; je ne lui ecris pas.
Je ne vous parle pas d’un mal au. yeux pour la première fois de ma vie, qui me fait garder la chambre depuis hier ; mais ce ne sera rien.
Je joins à cette lettre, Monsieur, une à cachet volant pour M. l'intendant, que vous voudrez bien lui envoyer après l'avoir cachetée; s'il vous en parloit, paroissez n’en avoir aucune connoissance.
M. le chevalier de Lévis étoit d'avis de ne rien dire, ni de vive voix, ni par écrit, à M. le marquis de Vaudreuil: il est cependant convenu que cela auroit Y'air d'humeur, d’indifférence ou de découragement, et que l'on pourroit, à ma place, me reprocher, un jour, de n'avoir pas fait part de ce que je croyois utile au service du Roi.
Je crois que vous approuvez le préambule où j'insinue que je ne suis instruit de rien, et la conclusion où j'offre mes services sur tous moyens.
Le ministre d'Etat déplaît d'autant plus au chevalier de Lévis que déplait à la dame Pénisseault, qui croit que le triste M. Castels a des prétentions, et peut peut-être réussir à le faire couler. Lotbinière a l'air d’un conseiller d'Etat, dont. la faveur est traversée par celle de Le Mercier. Je crois que pour l’apaiser, on ne lui rendra pas les fortifications de Carillon, mais bien la cantine,
Deschambault, d’après l'avis de Cavalier, avoit fait un mémoire pour abandonner la Belle-Rivière, mais on l'a rebroué. L'Outarde portoit nos pelleteries ; et la Victoire, le Héros que j'attends, c’est trop à la fois.
L'homme le plus heureux, suivant moi, du Canada, et qui mène la vie la plus douce, c’est M. de la Rochebeaucour, Brûlez mes lettres et tout mon bavardage, que je n’écrirois pas à un autre.
Le 22 mars. — M. de la Milletière parti hier vous porte Monsieur, une de mes dépêches. Depuis dimanche, je ne suis quasiment pas sorti, à cause de mon mal aux yeux, ils vont bien actuellement. Je doute qu’on change d'avis sur la Belle-Rivière, à moins que l'ennemi ne nous y force ; malgré la sécurité apparente, on apercoit qüelquefois un air rêveur, surtout l'après-midi; c’est peut-être la digestion qui fatigue. J'ai donné mon mémoire, l’on ne m'en a pas encre parlé. La nouvelle de Sermet peut inquiéter, cependant on se rassure bien ici; le chevalier de Lévis voit bien, croit cependant, qu'avec bonne conduite, on sauveroit le corps de la colonie en 59,
L'intendant, par sa lettre du 19, me paroît doux et ayant peur. dJ’avois eu envie de faire une course à Québec; je l’aurois encore, mais, de vous à moi, dans les circonstances, je ne venx pas que l’on ait aucun reproche à me faire, et être tout à tout, il faut finir en règle, Je veux être lieutenant général comme Amherst, qui en a plus de moyens que moi. Je prépare déjà mes lettres ; le marquis de Vaudreuil se prépare à les envoyer à Québec, vers le 10 avril: faites entrevoir dans les vôtres : 1° l’immensité de forces et de moyens; 2° le peu des nôtres; 3° la conservation miraculeuse depuis trois ans, surtout 58, avec adresse ; que de meilleurs avis, suivis de longue main, sans sauver le pays,
eussent pu retarder; mettez-y la tournure, ce sera le canevas du chevalier, Pour moi, je chiffre de longs récits an ministre de la guerre et à M. le Normand sous le pli du comte de Baschy. Brûlez mes lettres, comme je fais des vôtres.
Le 23 mars. — Cadet est arrivé le 21, à neuf heures du soir, avec une diligence incroyable. M. de Repentigny est arrivé ce soir ; son détachement qui arrive de demain, ira après-demain à Lacmae; mais lui reste quelques jours pour ses affaires commercantes. Pouchot part avec son détachement pour aller sur les glaces ; il est envoyé à la Pointe-au-Baril avec un ordre pour y commander comme un dieu tutélaire ; jamais la France n’a eu plus de confiance dans le maréchal de Saxe que le marquis de Vaudreuil en Pouchot, devenu Canadien disant «men, voyant tout couleur de rose, et ne doutant de rien. S'il gagne de ce côté, il perd de son crédit chez nous.
Le chevalier de Lévis à qui M. le marquis de Vaudreuil a dit tantôt, moi présent : —Je charge Pouchot de reconnoître les positions à prendre dans les Rapides ; n'est-ce pas bien? Il a répondu :—Je dis qu’il faut les faire reconnoître par ceux qui les défendront et non par un commandant de Niagara quis’en occupera peu, et qui vous écrira que tout est facile à défendre : et moi je mai dit mot. Le Mercier dit : ——I1 peut se faire que si les Anglois viennent à Niagara, nous y ayons deux mille einq cents hommes; car enfin, on viendra des Illinois, du Détroit, et on se repliera de la Belle-Rivière.
Les habitants de l’île Perrot … disent qu’on ne garde pas assez bien les agrès, les effets qui doivent aller à Niagara, et qui sont aux Cèdres; que les Anglois malintentionnés y mettront le feu. Benoist écrit du 14 que dans les premiers jours d'avril, elles (les barques) seront lancées à l’eau, et on les remorquera à la Présentation, M. le général :—Que j'aie mes deux barques et je ne crains rien :— Ah! Monsieur, dit M"* la marquise, Dieu nous exaucera. Deschambault dit:— Je voudrois un ordre de bataille, que l'on vit ce recensement avec les troupes, nous devons avoir vingt- ‘quatre mille hommes, J'en mets dix mille, et cinq cents sauvages à Carillon ; quatre mille et cinq cents sauvages aux Rapides, et pour des vivres, Je connois les Canadiens : qu’on les flatte, qu’on paye bien, point de quatre deniers pour livre, et ils partiront ; je réponds des deux tiers pour deux mois de vivres. Mais tant que je ne verrai point d'ordre de bataille, je ne serai pas tranquille. Le Mercier vient, qui dit :—Beau-père, fasse que nos deux barques soient à l’eau, et M. Pouchot à Niagara, tout ira bien. Je le souhaite. M. Le Mercier replique à Deschambault. Lotbinière dit :—Si on vouloit me croire, cela iroit mieux. Son barbier, soldat au régiment de la Sarre, dit que Lotbinière lui a confié que pourvu que l’on sauve la colonie en 1759, il travaille nuit et jour à un projet pour 1760. Le chevalier de Lévis dit :—Voyez-vous ce : devant Dieu et devant les hommes nous n'avons nul reproche à nous faire; si ceci se conduisoit bien, je répondrois pour 1759. Mais ne disons mot; voyons venir, on ne nous imputera
rien, et nous nous battrons bien; ce sont de grands fripons.
Le marquis de Montcalm, dont les yeux commencent à mieux aller, sort peu, et peu au château, lit le troisième volume de l'Encyclopédie, les beaux articles du Christianisme, citation, comédie, comique, collège, comète, concile, colonie, commerce, ete. Les habitants de la campagne ne sont pas trop effrayés ; ils comptent sur un combat et le succès; ils portent de l'argent à leurs curés pour faire dire des messes pour le marquis de‘Montealm. Les sulpiciens et les religieuses (se fient) sur lui, édifiés de sa dévotion à la Vierge; les religieuses lui ont donné une (relique). M" de Vaudreuil qui avoit ordinairement la première couronne de fleurs mise devant le saint sacrement, ne l’a pas eue, c'est M. Jolivet qui en a donné la préférence au général françois.
La Rochebeaucour mène une vie douce ; Marcel joue au trictrac et gagne, Je vais parfois chez la dame de la Valtrie, la dame Baraute, qui est une femme très aimable, qui aime infiniment à être connue ; et avec tout cela, je m'ennuie que c’est prodigieux, et je vous plains, si l'ennui vous gagne autant que moi. Je dirai toujours heureux qui, libre du joug superbe où je suis attaché, vit dans l’état obscur où les dieux l’ont placé. Bonsoir, Monsieur; brûlez ma lettre, le courrier ne part que demain. Despinassy se sépare, et s'arrache, malgré lui, des bras de sa tendre et nouvelle épouse, pour aller servir le canon de la Pointe-au-Baril et de la Présentation. Y en a-t-il ? je n’en sais rien.
J'entends dire que l’on en a envoyé chercher aux ruines de Frontenac, il n’y aura peut-être ensuite ni affûts ni
boulets, On demande aussi des bombes qui sont aux Cèdres. Le constructeur est d’un avis, M. Benoit de l'autre, M. Le Vasseur, qui est consulté, donnera son avis, et conciliera ces difficultés pour que nos barques soient plus tôt à flot. Pux vobiseum, Quand est-ce que je serai au château de Candiac avec mes plantations, mon bois de chène, mon moulin à l'huile, mes mûriers ? Oh ! bon Dieu,
Le 31 mars, — Je réponds, Monsieur, à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, le 27, en me renvoyant le mémoire de M. Desandrouins, augmenté de bonnes notes, Voici l'errata de ma phrase: prerez Manneville et prévenez, car pour votre destination, je l'ignore, ami. La mienne et celle du chevalier de Lévis comptant nous être offertes, j'attends et je vous écrirai quand je serai instruit, dans un mois ou six semaines, je pense.
M. Bigot m'écrit comme à M. de Vardreuil sur les travaux, et je ne lui réponds pas sur cet article. Je suis charmé que vous ayez approuvé mon mémoire; on ne m'en a rien dit encore, on en a entretenu Villars, de la Sarre : nous pensons, ce me semble, tous trois de même sur la colonie, Le côté de Québec, qui me rassure à certains égards, me fait le plus trembler ; la manœuvre que vous indiquez aux ennemis, pour le côté de la Présentation, me paroîtroit sûre de leur part,
Qu nt à la question sur M. Gaillard, voici mon avis pour son bien, et envoyez-le chercher de ma part, pour lui en parler en particulier : qu’il suive son service de
cadet jusqu’à l'arrivée de ses lettres, il y gagnera, et je crois qu’il a besoin de calculer.
Ce que vous marquez d'ordres à donner à MM.
d'Hébécourt et de Lusignan pour renvoi d’excédent : si en cas, etc., fait l’objet de mes représentations, et est indiqué dans mes treize articles, etc.; mais on écoute tout, et on ne fait rien, et on ne le fera peut-être pas, non plus que les reconnoissances, etc.
Pouchot est parti mardi avec de longues instructions, d’un style boursoufflé, qui ne m'ont pas été communiquées, qu’il n’a eues qu'à onze heures du soir, et qu'il m'a apportées à minuit, devant partir à quatre heures, parce que je lui avois donné un ordre pour être détaché de son bataillon, et avoir à me rendre compte de tout ce qui concernoit sa mission. La voici d'après ses instructions: 1? Commander à la Pointe-au-Baril et à la Présentation, jusqu’à ce que les barques soient en état ; suivant le calcul de M. le général, il doit y trouver trois cents sauvages, sept cents soldats où Canadiens, et cent cinquante qu’il mène ; 2° Il part, hier 30, aujourd'hui 31, demain 1°, cent cinquante Canadiens avec Marin, cent cinquante hommes de nos troupes, pour être tous le trois aux Oèdres, et de là partir sitôt possible, avec cent bateaux. Le Mercier s’y rend mardi à cet: effet. Les barques en état, Pouchot part avec les barques, les bateaux et quatre cent cinquante hommes du nombre ci-dessus, et va relever Vassan. Il doit trouver à Niagara six à sept cents hommes. Suivant ce qu'il craindra, sur les nouvelles de l'ennemi, pour sa place, il peut tout garder, même replier les garnisons
du fort Machault, la Rivière-aux-Bœufs, la Presqu'’ile, le petit Portage.
Toronto, quatre cents hommes des Illinois, du Détroit, mille ou huit cents sauvages, qui ont rendez-vous à la Presqu'île, et former une armée de trois mille hommes, avec laquelle il emyêchera la descente, combat, etc. Si, malgré cela, il est obligé d’essuyer un siège, il ne prend que le monde nécessaire, sans doute pour rafratchir la place ; si, au contraire, il apprend que l'ennemi ne veut pas s'occuper de lui, alors il garde le moins possible, fait tout passer à Des Ligneris, qui, devenu général de l'armée, remarche au fort Duquesne pour en chasser l’Anglois. Si Pouchot apprend que les vues ambitieuses de l'Anglois se portent sur la Présentation, ou à s'établir à la baie de Niaouré ou dans quelques îles, avec les barques, il intercepte leurs canots, communications, les harcèle et les inquiète,
D'ailleurs, il lui est recommandé de faire déclarer les Cinq-Nations, au moins la neutralité, et les faire frapper, et d’avoir pour l'abbé Piquet les égards dus à son caractère, et au crédit qu'il a dans les nations.
Savez-vous, Monsieur, que pour être sorti trop tôt, mon œil alloit mal, et il a fallu avoir recours à la saignée et garder la chambre ; je crois que cela va bien actuellement. Marin part demaï., il m’a promis de suivre sans humeur mes avis, dut-on donner des détachements, de préférence à M. Bellestre, Montigny, Repentigny, ses anciens et même Douville, comme lui a insinué le ministre, Le Mercier, Repentigny, Saint-Sauveur n’ont pas été loin pour faire une bonne affaire ; le Roi a repris leurs ballots, avec cent cinquante de bénéfice.
P.S.— M. de Vaudreuil, par hasard, m'a lu les nouvelles instructions envoyées à M. Pouchot, explicatives de celles qu’il croit que je n’ai pas vues. Celles-ci, style de Le Mercier, mieux et plus claires. Toujours de même, le camp volant de Frontenac qui devoit avoir soixante hommes, confié à Corbière, Normanville, deux cadets. Montigny rommande le corps d'observation ; il ne va que trente bateaux à Niagara, le surplus renvoyé, la construction continuera à rester à la Présentation, pour une troisième goélette ; le surplus des cent bateaux reviendra de la Présentation, les goélettes, armées de quatre-vingt-un hommes, équipage, soldats, Canadiens. Pouchot parti, Benoist reste avec trois cent six soldats, cinquante-six Canadiens, des ouvriers constructeurs, commis, ete. ; environ un cent. Voilà l'extrait d’une lecture.
Plan de campagne que j’entrevois, si Amherst ne le dérange pas au moyen de ce qui est annoncé ci-dessus. Voilà les Rapides ; pays d’en haut en santé ; à Québec on a peur, disait-on à M. le chevalier de Lévis ; je ne crains rien, j'en ferai partir les bataillons du plus tôt; ergo, j'en conclus, tous les trois et tout à Carillon. Ainsi soit.
M. Gaillard m'ayant écrit, voici ma réponse tout ouverte à lui remettre.
Le 16 avril. — M. le marquis de Vaudreuil, désirant, Monsieur, assembler, le plus tôt qu’il sera possible, un corps à Carillon, pour y primer les ennemis, son intention est que, nos bataillons de la Reine et de Berry
partent successivement, dès que la navigation le permettra, et le plus tôt possible,
Je ne vous envoie aucun ordre; vous aurez pour agréable de leur en donner et de déterminer le Jour de leur départ, dans l’ordre que vous croirez le plus convenable au bien du service, après eu avoir conféré avec M. l’intendant et M. de Ramezay, à qui M. de Vaudreuil adresse aussi des ordres pour faire des commandements de miliciens, afin que la marche de nos bataillons ne.
s’embarrasse pas avec celle des troupes de la colonie, et
que, suivant l'intention de M. le marquis de Vaudreuil, M. de Ramezay nous donne la quantité suffisante que vous lui demanderez de Canadiens, pour aider nos bataillons à monter et prévenir les accidents arrivés l’année dernière à Berry.
M. le marquis de Vaudreuil vous destinant, Monsieur, à marcher avec ce premier corps de nos troupes, lorsque votre présence ne sera plus nécessaire à Québec, que tous les ordres seront donnés, que le départ de nos bataillons sera déterminé pour le jour fixé, et que vous m'en aurez instruit, vous pourrez, Monsieur, partir de Québec soit pour vous rendre directement à Carillon, soit pour passer ici. Je ne doute pas que ce ne soit votre projet ; vous rejoindrez toujours vos bataillons à Saint-Jean. Je serai fort aise que cela me procure l’honneur de vous voir beaucoup plus tôt.
P.S. — J'ai recu votre lettre du 8, avec l’état, Celle-ci jointe a été lue à M. de Vaudreuil, il lui paroissoit indifférent que vous passassiez par ici, mais il ne l'est ni pour vous, ni pour nous. Votre critique du projet de
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campagne est bonne, le camp n’est là que pour nous apprendre la prise de Niagara.
. Le Mercier part & soir pour sept ou huit jours. J'ai vu l'heure que je partais avec lui, ma bile s’étoit allumée, pour la réduction de la (ration) du soldat en campagne, mais le premier ministre à dit que j'avois raison.
Ne laissez personne à Québec. D’Arennes, à qui j'enverrai un ordre ad ho: un sergent et un vieux caporal. Le sergent, voyez la Rochette ; le commissariat voudroit Bernard, si cela se peut, pour hôpitaux, et atten e recrues.
D'Auvrespy épouse M" Douville ; propose le départ de nos bataillons pour raison; ils ont bavardé, et on a écrit qu’ils ne se soucient pas de partir. Vous pouvez même le dire à l'intendant dans le tuyau de l'oreille.
Le 12 mai. — M. de Vassan arrivé hier, Monsieur, nous a apporté des nouvelles de Niagara, en date du 4 mai; des nouvelles du fort Machault, en date du 18, 19 et 20 avril: du Détroit, je ne sais quelle date, et Saint-Joseph, en date du 19 mars, en voici le précis :
Nos barques sont bonnes voilières ; la troisième qui se construit à la Pointe-au-Baril pourra être prête dans un mois ; suivant les nouvelles des Tsonnontouans, d’après une conversation avec le colonel Johnson, les grandes opérations seroient pour la partie de Carillon, et peutêtre pour celle de Québec. Le retour d’un parti envoyé par M. Pouchot, vers le fort Bull, autrement Stanwix, Vinstruira mieux et le déterminera, s'il n’y a rien à
craindre pour Niagara, à renforcer M. Des Ligneris. Suivant le dernier, les dispositions des sauvages sont toujours bonnes, ils viennent en effet d'en donner des preuves. Des Outaouais et des Hurons du Détroit ont défait un parti anglois de quatre-vingt-dix hommes ; Les Loups et Chaouanons ont défait une berge angloise qui faisoit l'avant-garde d’un corps de quatre à cinq cents Anglois, qui venoient au fort Machault, et qui s’en est retourné, Si les diverses dépositions de ces prisonniers sont exactes, il y a eu après la prise du fort Duquesne beaucoup de maladies dans leurs armées : même suivant quelques-uns, le général Forbes seroit mort, Les Anglois auroient trois cents hommes au fort Duquesne, e’,viron deux cents à Loyalhannon ; ils retiroient leurs troupes réglées, n’auroient que des milices. Suivant tous les prisonniers, l’objet principal de l’ennemi doit être cette campagne, Carillon et Québec, et se tenir sur la défensive du côté de la Belle-Rivière.
Ils annoncent aussi un détachement de trois cents familles allemandes, pour l’année prochaine, mais les AngJlois sont trop sages pour songer à cet établisseméent avant la paix. Au reste, cette nouvelle répandue parmi les sauvages, et divulguée par nous dans nos conseils, les indispose contre l’Anglois, leur prouvant qu'ils ont envie d’usurper leurs terres.
M. Hertel a envoyé des paroles de Têtes-Plates, faisant pour eux et pour les Chats qui se plaignent de trahison de l’Angloiss ils paroissent vouloir prendre la hache de leur père le francois; ils se plaignent qu'ils n’ont pas entendu parler de nous depuis un collier, il y deux ans, envoyé par M. Dumuy, commandant du
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Détroit ; au reste, comme ces paroles ne sont portées que par deux Têtes-Plates, que le hasard peut avoir conduit chez M. Hertel, qui habite chez les Chaouanons, il faut attendre, si c'est le vœu général de leurs nations, mais cela donne toujours occasion d'y envoyer un collier.
M. de Bellestre écrit du Détroit, qu’on ne doit pas en attendre grand secours ; il ne paroît pas encore en mouvement. On n’a aucune nouvelle du convoi des Illinois. Par la déposition d’un des prisonniers faits à la Belle- Rivière, les Anglois voudroient tenter quelque chose, par la rivière des Chéroquis, sur un fort que nous avons. dans cette partie ; ils ont aussi de la peine à lever du monde en Virginie; à la vérité, cette déposition est la seule qui parle ainsi, les autres n’en disent mot.
On dit M. de Langlade en marche avec beaucoup de sauvages du côté de Michilimakinac, pour se rendre, dit-on, de nos côtés,
M. le Verrier attendoit avec impatience le retour des sauvages qui avoient été en chasse, pour les envoyer conformément aux ordres de M. le marquis de Vaudreuil.
Je n'ai plus rien à vous écrire, sinon que vous veudrez bien dire à M. de Roquemaure que M. le chevalier de Lévis, mieux instruit par M. Le Mercier, que par M. de Vaudreuil, est convenu, qu’il auroit perdu son pari, s’il n’avoit fait la grâce la veille.
Le 15 mai. — Je me hâte; Monsieur, de vous apprendre que j'ai gagné mes deux paris. Bougainville étant arrivé le 10 au soir, avec quatre cents livres de pension, une commission de colonel, la croix de Saint-
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Louis et le portrait du Roi, en bague. On m'a fait lieutenant-général, tout seul, 20 octobre, et le chevalier de Lévis, maréchal de camp, du même jour, et vous avez eu sept cents livres d'augmentation de pension pour fiche de consolation; ce qui m'auroit déplu très fort, si sur mes dernières lettres et les sollicitations de mon ambassadeur Bougainville (car Doreil n’est arrivé d'Espagne que six semaines après), vous n’aviez été fait brigadier avec Senezergues, le 10 février: et vous devez à l'ambassadeur de l'être le 10 ; ce qui vous met avant une promotion du 19, dont vous auriez pris la queue. M. le maréchal de Belle-Isle entre dans tous ces détails, par écrit, avec moi. Je puis n’avoir pas l'air de l’homme du jour en Canada, mais j'en ai l'air à Paris, et je vous confie, à vous seul, et non au public, que l’on a quasi donné des paroles à M. Molé, pour le cordon bleu, si je sauvais le Canada, cette année.
Bougainville n’a pas été si heureux pour Roquemaure ; la lettre, ci-jointe est pour consolation.
Je vous envoie l’état des grâces des troupes que vous commandez; craignant que cette commodité-ci ne soit pas sûre, je ne confierai pas votre brevet de brigadier, vos lettres de services, mille détails que je n’ai pas le temps de vous écrire à M. de Surimeau. Vous voudrez bien prier MM. les commandants de bataillons, de vouloir bien, en leur nor, et celui de leurs corps, (féliciter) M. le marquis de Vaudreuil sur la grand’ croix, et à son frère, sur le poste de la baie Verte.
Entre nous, le chevalier de Montreuil n’est pas content, quoiqu'il ait cent pistoles de pension, des éloges
et des assurances qui annoncent la brigade, pour l’anuée prochaine, ou le retour.
J’ai pourvu de nommer sur le champ aux emplois, faire passer en revue, et payer, défense de donner des passeports à moins de cas graves et de ne recevoir aucune démisssion.
Le supplément de l’année dernière confirmé aux troupes comme paie, et mille livres par bataillon de lettres au premier terme ; il faut toujours prendre, j'en ferai la répartition, Lettre aux archevêques et évêques, où il est parlé des braves soldats qui ont passé en Canada sous les ordres du marquis de Montcalm ; le gouverneur général n’y est pas nommé; Te Deum et feu à la place de grève; figurant dans cette lettre, avec le duc d’Aiguillon, qui a battu quatre mille hommes ; mais tenant la première place, c’est de moi dont je parle.
Courrier qui arrive dans l’instant ; la flotte marchande du capitaine Canon à la Prairie (de l’Ile-aux-Coudres). Dites cela aux soldats et sauvages, et faites dire à l’ordre que le Roi est très satisfait des ‘bataillons du Canada, et que Sa Majesté les appelle, dans les lettres qu’il écrit: Ses braves soldats; et qu’ainsi, il faut soutenir, avec vigueur, une épithète aussi honorable. Dites aux troupes que j'ai une grande reconnaissance de mon avancement que je leur dois, à la facon distinguée dont elles ont servi sous mes ordres. En voilà assez pour vous donner l'impatience d’en savoir davantage.
Le 18 mai. — Voilà l’arrangement du génie et l’artillerie : Pontleroy, lieutenant colonel et brigadier d’ingénieurs, commandant sa brigade, qui sera complète, si quatre que l’on envoie, arrivent; en cette qualité, il m'appartient avec son corps. Il appartient à M. de Vaudreuil comme exercant la place vacante d’ingénieur en chef de la Nouvelle-France.
Louvicourt est capitaine, et sera payé comme tel du jour. Tous les archevêques et évêques ont imité le Roi, en ne nommant que mui, dans le mandement. Les évêques de Languedoc et celui de Blois se sont surpassés. Lettres communes de la marine, avec la souscription à M. V... ; ila fallu me les communiquer, et je dresse les réponses,
Plusieurs lettres particulières du ministre de la marine, d'un style laudatif, poli et inconnu jusqu’à présent. On me parle dans ces réponses de ceux que j'avois recommandés, particulièrement Raymond, la Naudière, Langy ; la veuve Lassaussaye payée de sa pension, avec effet rétroactif.
J’ai recu vos lettres de la Pointe et de Carillon ; vous allez avoir chevaux et avoine. Je suis, je crois, au moment de partir pour Québze avec le gouverneur général, c’est pourquoi ne m’écrivez plus à tout hasard, mais bien au maréchal de camp, qui restera ici, avec des instructions, pour vous joindre de suite, avec toutes les troupes, et nous envoyer des courriers.
Pardon si je finis ; j'en aurois bien à dire, Doreil, chef de bureau et chevalier de Saint-Louis; Monteviel, Logette, retirés, Despères, mort, Séjean, hors de combat. Saint-Laurent, Dubuisson vont quitter.
Notre ami le Tourneur, marié ; Dubois, Feumeron, plus de crédit, plus de détails que jamais. Le détail des milices, garde côtes, ôté à la marine et donné à la guerre ; celui des milices bourgeoises ôté à M. de Saint- Florentin, et donné à la guerre.
Joignez-y celui des milices de provinces, et voilà jusqu’à présent l'apanage de Doreil. Battons les ennemis quelque part, et vous n'avez qu’à me dire, Monsieur, ce que, vous voulez que je demande ; ne crois pas, cependant, que je ne mette beaucoup de restriction à cel, vais les ambassadeurs ont bien fait, Vous ai-je écrit le portrait en grand, tel qu'on le donne aux ambassadeurs, que M" de Pompadour a remis pour moi et pour les troupes ? bon pour la salle de Candiac. On ne peut vous être plus dévoué, mon cher brigadier.
Lettre de M. l'intendant pour dire qu’il y a assez de: vin d’arrivé pour fournir du vin aux bataillons sur le pied de quatre barriques par bataillon, et une de huit. en huit officiers de la colonie, par mois.
J'ai parole que la gratification de Pascalis et de tous. nos premiers fonctionnaires, sera pension l’année prochaine.
Le 19 mai. — Vous aurez une instruction relativement à votre partie. Je vous envoie, Monsieur, la croix des officiers qui sont avec vous, avec permission de la porter à MM. Bernard, Chassignoles, Desandrouins, Meilhan, D'Hert, d'Hébécourt, Dumas, Basserode.
Nous n'avons aucuns vivres, il en est arrivé peu. On est fiché maintenant de n'avoir pas suivi l'avis. Je pars demain au soir pour Québec, où M. le marquis de Vaudreuil nous suit.
Le 20 mai. —Voilà, Monsieur, trois expéditions pour le régiment de Berry, vous les remettrez à M. de Trivio qui pourra faire recevoir ces messieurs, et vous observerez qu’ils remplissent ce que j'ai laissé en blanc. Je pars demain, à cinq heures, pour Québec. M. le général me suit dans quelqnes jours. M. le chevalier de Lévis va faire retrancher l’Ile-aux-Noix par le régiment de Guyenne. On envoie des courriers dans les pays d’en haut, Vous recevrez, vingt heures après celle-ci, une instruction très détaillée de M. le marquis de Vaudreuil. Je joindrai une lettre que je verrai ce soir, et que je laisserai au chevalier de Lévis. Tout ceci est une suite de très longue dépêche de la cour. D'après les nouvelles que vous nous avez envoyées hier, il a fallu (faire) plusieurs conférences, caser un plan bon ou mauvais, et prendre un parti. Bonsoir, Monsieur,
Le 20 mai. — L’instruction de M. le marquis de Vaudreuil me paroît ne vous laisser rien à désirer sur l'objet de votre mission, mon cher Bourlamaque, et vous met, ce me semble, à l'aise sur tous les points ; c'est à vous à choisir le commandant. Je crois que vous n’en pouvez pas laisser de meilleur que d'Hébécourt, à qui cela ne peut qu'être avantageux, parce que sûrement il se conduira bien. On y laissera MM. de Louvicourt, Aubert à qui vous pouvez dire qu'il est enseigne en premier, par l’échangement de la compagnie des canonniers, ainsi il a de l'avancement. Louvicourt fera les deux services d’ingénieur et d'artillerie, car vous amènerez Desandrouins avec vous; voilà Louvicourt capitaine ; ainsi quoi qu’il lui arrive, il a la grâce
qu'il désiroit, Du Vernys, qui est à Saint-Jean, sera employé avec M. de Lapause, à retrancher l’Ile-aux- Noix, et comme il est de votre armée, vous pourrez lui donner les ordres que vous voudrez,
Dès mon arrivée à Québec, je ferai passer à Saint- Jean de bons équipages et de vrais capitaines armateurs pour les chébecs pris sur la flotte que nous avons à Quebec.
Vous avez des piquets de la Sarre, Royal-Roussillon, Languedoc, Guyenne et Béarn, qui ne doivent point faire partie de votre armée; cependant vous pourvoirez à la formation de votre garnison, que vous devrez d'avance faire fournir une partie par ces piquets, et nous renvoyer le surplus, pour joindre leurs bataillons, lorsque vous commencerez votre...
Comme les bataillons de la Sarre, Royal-Roussillon, Guyenne et Béarn ont fourni cent cinquante hommes pour Niagara, et que Languedoc, la Reine et Berry fournissent en soldats et en officiers les deux tiers du détachement des troupes de terre, que les piquets des cinq autres bataillons fournissent un tiers, et que dans ce tiers Languëdoc fournit le double ; au reste, voilà le canevas, et puis vous arrangerez cela comme vous voudrez.
Si j'étois chargé de la défense d’un mauvais fort comme celui-là, ou je voudrois l’évacuer quand le canon seroit en batterie, ou me défendre avec opiniâtreté ; je voudrois avoir peu d’artillerie, quelques affûts de rechange, et changer souvent mes pièces, ménager mes hemmes, en les tenant à couvert, faire usage du chemin couvert pour les retarder dans leurs travaux, et attendre que la
brèche soit très praticable, Pour évacuer, il faut que les officiers que vous laisserez ne gardent que leurs habits et quatre chemises, une marmite, casserole, et un matelas, qu’ils sauront perdre sans regret. S'ils ont plus de commodités, ils n’évacueront pas. Voici un article intéressant, sur lequel il est bon que vous soyez instruit,
Nous avons reçu un traité d'échange pour les malades, blessés et prisonniers de guerre à (être conclu), le 6 février 1759, entre M. du Barrail, maréchal de camp, et le général major Henry Seymour Convay, pour avoir lieu par l’article premier dans quelque partie du monde que ce soit; nous avons même l’ordre du maréchal de Belle-Isle pour l’exécuter.
M. le marquis de Vaudreuil est dans l'intention de l'exécuter, et diffère par des raisons particulières. On doit, suivant le cartel, se renvoyer les prisonniers, quinze jours après ; les échanges se font par grade ou par rançon, suivant l'évaluation. Je ne vous fais ce détail que parce que si Amher t ou autre commandant vous envoyoit réclamer l'exécution du cartel, vous répondriez que vous allez informer M. le marquis de Vaudreuil, bien sûr qu’on n’apportera aucune difficulté à l'exécution, et vous profiterez de cette occasion pour réclamer un soldat de Guyenne laissé par Wolff à Lydius, ‘et vous enverrez alors les lettres ci-jointes, après avoir vu s'il n’y a rien de contraire; car je n'entends pas l’anglois. Je joins à ma lettre copie de l'articie 37, parce que, dans le cas où vous laisseriez des malades, que vous ne pourriez évacuer, laissez avec eux un chirurgien et un tambour avec une lettre pour
les réclamer, suivant l'article 37 du cartel, que nous sommes dans l'intention d'exécuter, et dont nous demandons l'exécution.
ARTICLE 37. — Que les malades, de part et d’autre, ne seront point faits prisonniers, qu’ils pourront rester en sûreté dans les hôpitaux, où il sera libre à chacune des parties belligérantes et auxiliaires de leur laisser une garde, laquelle, ainsi que les malades, seront renvoyés sous des passeports respectifs des généraux par le plus court chemin, sans pouvoir être troublés ni arrêtés.
Il en sera de même des commissaires de guerre, aumôniers, médecins, chirurgiens, apothicaires, garcons infirmiers, servants ou autres personnes propres au service des malades, lesquels ne pourront être faits prisonniers, et seront pareillement renvoyés.
Ilest bon aussi que vous sachiez l’article 33.
ARTICLE 33.— Les valets faits prisonniers seront renvoyés de part et d'autre, sans aucune difficulté ; ceux qui déserteront sans avoir pris ni volé dans l’armée qu'ils quitteront, pourront jouir du passeport qu'on voudra bien accorder par rapport aux voleurs. Le vol doit toujours être restitué eans les renvoyer ; mais les généraux respectifs seront toujours les maîtres de le faire, en cas de meurtre ou d’assassinat.
Quant aux vols faits par les soldats déserteurs, ils seront restitués sans qu’on puisse exiger le renvoi des déserteurs, sous quelque prétexte que ce soit, s’en remettant de part et d'autre à la volonté respective des généraux pour les déserteurs qui auront commis des meurtres ou autres crimes,
nr A M. DE BOURLAMAQUE 321
Tous déserteurs domestiques ou autres qui passeront d’un parti à l'autre, seront arrêtés au premier poste, où le commandant aura grande attention de les faire fouetter, et de faire mettre par écrit les effets dont ils seront munis, sans permettre qu’ils puissent rien vendre ni donner, après quoi, il les fera conduire à son général, où les dits déserteurs, domestiques ou autres, seront détenus pendant trois jours, afin que s'ils se trouvent à être voleurs, on puisse avoir le temps de les réclamer,
À Québec, le 23 mai 1759.
M. le marquis de Montcalm n'ayant pas le temps de vous écrire, me charge de le faire pour vous dire que M. le marquis de Vaudreuil est arrivé, hier au soir, fort surpris de toutes les dispositions et ordres que j'ai donnés depuis trente-six heures.
Nous avons eu, hier, des nouvelles des positions des Anglois. Il y a quinze vaisseaux à Saint-Bernabé, du nombre desquels il n’y a que trois vaisseaux de guerre, Je joins à cette lettre plusieurs pour vous et pour les officiers des bataillons que vous avez sous vos ordres.
Le 24 mai. — Je vous envoie ci-joint, mon cher Bourlamaque, une lettre pour le général Amherst, parce que je «xois qu’il est avantageux de requérir l'exécution du cartel. Je laisse à votre prudence de choisir le moment que vous croirez opportun pour l'envoyer,
Comme il y a à parier que le général vous gardera, s’il fait un mouvement, le porteur de parole, contentez-
vous d'envoyer un tambour sage et sûr, avec un officier de milice et cinq soldats ou Canadiens dans un canot d’écorce. Je suis venu en trente-six heures de Montréal; je suis arrivé avant-hier au soir, et appris, hier à midi, d’orc facon incertaine, que l'avant-garde de la flotte anglois: est au Bic, et hier à minuit d’une facon sûre. Je viens de passer la nuit à donner des ordres et expédier des conseils.
Je fais de mon mieux, Dieu fera le reste; croyez bien que je ne suis pas sans occupation.
Le 29 mai. — Le chevalier de Lévis vient d'arriver avec M. le chevalier de Montreuil. Le chaos des Canadiens arrive ce soir ou demain. Vous travaillons à toute force. Les Anglois sont à la Prairie, (de l’Ile-aux- Coudres), mais, Dieu merci, ils ne sont encor que quatorze voiles.
Le 2 juin. — Il est d’une grande conséquence pour ici que nous ayons encore quinze jours, car tout va, mais ne commence à aller vite, faute de bras, que d’aujourd’hui, et un peu mieux demain, et je suis accablé par tous travaux et de tous genres qui me fatiguent encore plus par la nécessité d’en parler au généralissime.
Nos voiliers n’ont encore augmenté, que nous sachions, que d’une frégate ; prêt à établir en avant, en arrière, cajeux, huit navires en brûlots, batterie flottanse, bateaux portant du canon, bâtiments échoués, redoute à l’entrée de la rivière Saint-Charles, tenailles, batterie, chaloupes carcassières, clôture de la basse ville, de la ville haute, formation des milices, etc. A l'égard de
nos piquets, vous pouvez, quoique je vous les aie redemandés, les garder jusqu’à ce que vous soyez acculé ; si, alors, vous croyez pouvoir vous défendre avec moins, gränd plaisir vous nous ferez.
Nous serons bien courts ici, et vous aussi, il faut se prêter à tout, Cent cinquante hommes qui nous reviendront, ne décideront pas du sort de notre bataille, et peuvent vous servir.
M. de Vaudreuil ne change rien à ses instructions ; je trouve le premier article de sa lettre amphibologique, mais en voici le commentaire : Comme à la première instruction, laisser une foible garnison, leur donner le temps d'assiéger en forme, et tâcher de se retirer et évacuer, faire sauter ; en un mot la première instruction, car la lettre est un commentaire pour n’y rien changer. Je crois toujours avantageux d'envoyer, pour requérir l'exécution du cartel, c’est l’avis du marquis de Vaudreuil et le mien; pour la forme du convoi, à votre prudence, Vous avez un soldat à réclamer de Guyenne laissé malade,
Je vous renvoie, mon cher Monsieur, une lettre de M. de Toussuc (?). Voyez qu’il soit content, vu son âge, la figure n’y faitrien; et, chargé de la nomination des emplois, je dois me déterminer par justice et non fantaisie des corps. Je voudrois que Layouirier, sergent de la Sarre descendit ; envoyez-le en poste-courrier porter de vos nouvelles; c’est lui rendre service. Il est lieutenant en second des grenadiers,
Le 4 juin. — J’ai l'honneur de vous adresser mon cher Bourlamaque, deux lettres à cachet volant, que j'écris à M. de Roquemaure et M. de Trivio; il est inutile de vous en répéter le contenu.
Vous avez une commission aussi honorable que brillante. Entre nous soit dit, c’auroit dû être le poste de M. le chevalier de Lévis; mais ce n’auroit pu être en meilleures mains. Assurez bien les troupes et les officiers qui servent sous vos ordres que je serai tout aussi occupé de leur procurer des grâces, que ceux qui pourroient combattre sous mes yeux. Je pense comme un père de famille qui aime tous ses enfants; ma conduite, jusqu’à présent, leur en. doit être un sûr garant, Vous voyez qu’en vous laissant les piquets de nos cinq bataillons, qui peuvent faire cent cinquante hommes au plus, je m'occupe de votre besogne, cependant si vous pouvez vous en passer, principalement quand vous serez acculé dans un poste à vous défendre avec peu, renvoyez-les à leurs corps. Votre besogne, comme vous dites très bien, différente de la mienne, n’est pas de battre, mais de n’être pas battu ; ajoutez-y que votre grande besogne, qui vous couvrira de gloire, sera de retarder par des démonstrations le plus que vous pourrez, l'ennemi, et l’obliger toujours à faire de grandes démonstrations pour vous attaquer ; ainsi, ne néglicez pas les travaux inutiles qui souvent en imposent, et ne vous retirez que pied à pied, et le plus tard que vous pourrez, à votre Ile-aux-Noix, puisque ce sera là le dernier point de défense pour votre frontière, et où il faudra vaincre ou périr, et où il faut, par conséquent, arriver le plus tard qu’il sera possible; ainsi, c’est à
A M. DE BOURLAMAQUE 325 vous, Monsieur, à faire mettre d'avance, dans le meilleur état, ce poste, en le hérissant d'artillerie ; mais arrêtez-vous successivement à tous les points, où vons croirez pouvoir en imposer à l'ennemi, en vous faisant soutenir par votre marine, La Presqu’ile Hocquart est un poste qui a paru successivement bon et mauvais, mais je ne connois point de poste dangereux, lorsque les troupes sont à la légère, quasi sans équipage, fort alertes, et un nombre de bateaux suffisant pour s’embarquer tous d’un moment à l’autre.
Votre marine peut vous rendre de grands services, et je ne doute pas du zèle de M. de Laubaras et des officiers qu’il à amenés avec lui. Assurez-le et ces messieurs que je serai très empressé à faire valoir leurs services et à en rendre bon compte.
P. S.— Vous voudrez bien, Monsieur, me renvoyer le plus tôt possible M. Dorseval, pour remplir la lieutenance au régiment de Béarn, à laquelle il a été pourvu, ainsi que M. Krinil, volontaire dans le détachement de Bernard, nommé à une enseigne dans le bataillon ; et y joindre le nommé la Rose, soldat de la compagnie de Jourdeau, destiné à remplir la place de sergent,
Je vous prie d'assurer M. de Langy-Montegron, que je ne le perdrai pas de vue de toute la campagne, et que je lui tiendrai autant de compte des services qu’il rendra auprès de vous, comme s’il les rendoit auprès de moi.
Le 5 juin, — Comme votre marine, Monsieur, doit beaucoup contribuer au salut de la frontière où vous . Commandez, vous m’en voyez fort occupé. Aussi, outre
vos trois chébecs vous avez une goélette percée de douze canons ; il faut voir de la faire mettre en état; j'en écris à MM. Sacépée, du Vernys et de Laubaras. Les bâtiments des Anglois ont augmenté, soit par l'arrivée de quelques bâtiments de transport ou quelques prises. Nos travaux ne vont pas russi vite que je le voudrois. Cependant, d'ici à dix jours, nous aurons trois ponts sur la rivière Saint-Charles, avec un grand ouvrage pour les défendre ; toute la basse ville et la haute hérissées de canons, toute la haute et la basse ville fermées de maçonnerie ou palissades, des maisons crénelées, deux bâtiments dunkerquois ennlés à l'entrée de la rivière Saint-Charles, des batteries, trois chaloupes canonnières, douze bateaux jacobites, une batterie flottante portant dix-huit pièces de canon de 24, huit bâtiments armés en brûlots, cent-vingt cajeux qu'il a fallu faire, le Roi en avoit payé pour quarante mille livres, et il n’y en avoit plus ; deux frégates embossées à l'anse des Mères, la rivière Saint-Charles retranchée ; redoute à la hauteur des Parents, redoute à la Canardière, le champ de bataille entre Beauport et la rivière Saint-Charles préparé ; des ponts sur la rivière de cap Rouge, au cap Santé, des attelages pour l'artillerie de campagne, trente chevaux de selle pour les officiers généraux et officiers majors, deux escadres armées et équipées, cent huit Canadiens choisis, tous tireurs incorporés dans les bataillons ; encore de dix à quinze jours, et tous ces objets seront dans le point de perfection. M. le marquis de Vaudreuil qui commande l'armée, donne le mot, etaura beaucoup d'honneur dans son fait, s’il bat les ennemis.
A M. DE BOURLAMAQUE 327 om LE Le 6 juin. — J'ai reçu, mon cher Bourlamaque, une lettre de M. de Laubaras, qui se plaint que les chébecs ne sont pas des mieux construits. Il faut s’en servir tels qu'ils sont. S'il n’étoit question que de faire sauter la chambre pour y placer deux canons de redoute, vous en êtes le maître.
Vous avez des charpentiers et un constructeur en état d'y travailler. M. l'intendant a envoyé tout ce qu'il faut pour gréer le troisième chébec, et vous le faire passer, M. le marquis de Vaudreuil a donné ses ordres pour que celle des deux barques qui peut porter du canoû fut armée, si déjà elle ne l’est, Je vous ai écrit fort en détail sur ce que nous faisons, par M. de la Sablonnière.
P. S. — Permettez-vous, Monsieur, que le secrétaire vous souhaite toute prospérité, c’est de bon cœur, et ce n'est pas seulement comme citoyen,
Le 11 juin. — Quoique les ennemis, mon cher Bourlamaque, aient huit bâtiments auprès de la Traverse, je me flatte que nous aurons encore quinze jours bien nécessaires, après quoi nous les attendrons avec grand courage, bonne espérance, malgré l’infériorité de nos forces et de nos moyens.
M. Aubert écrit encore par un courrier, arrivé ce soir, qu’il n’y à pas augmentation à leurs forces; ainsi du Bic à la Traverse, ils sont vingt-cinq bâtiments, y compris quatre bateaux ou goélettes qu'ils nous ont pris, sous les ordres du chef d’escadre Durell, qui avoit hissrmé à Halifax; les amiraux Holmes, Saunders, Hardy, commandant le reste de la flotte.
Nous avons actuellement trois ponts sur la rivière Saint-Charles ; mercredi, nous aurons trois grandes redoutes et beaucoup de petits ouvrages faits de Beauport à la Canardière, des ouvrages à la tête de nos ponts, et des retranchements le long de la rivière Saint-Charles.
Je crois que nos brûlots brûleront très bien ; il y en a un qui s’est déjà brûlé, et qui a pensé brûler la rade et la basse ville.
P. S. — Le colonel Bougainville commande le camp d’au delà de la rivière Saint-Charles, pour les travaux ; il a à ses ordres cinq compagnies de grenadiers et cinq cents Canadiens, fait meilleure chair que moi, et habite dans la maison de son cousin de Vienne ; j'ai cependant plus de couverts que le modeste intendant, depuis les lettres de M. de Berryer. Quand Cadet demande quelque chose de juste, l'intendant répugne, et Cadet donne un placet à M le marquis de Vaudreuil, à MF le marquis. de Montcalm et au sieur Bigot, ce qui me fait rire.
Nous avons fait prisonniers trois gardes-marine, dont le petit-fils du chef d’escadre Durell ; il polissonnoit sur l'Ile-aux-Coudres. Mille compliments à Roquemaure. J'ai prévenu ses désirs sur M. de Mellis.
Le 14 juin. —Je crois, mon cher Bourlamaque, que les Anglois m'empêchent de digérer, et c'est assez simple ; aussi, ai-je mon estomac dérangé depuis deux jours, et me suis-je purgé aujourd'hui; je me flatte cependant. que cela ne m'empêchera pas de sortir demain, et d'agir à mon ordinaire.
Nous n'avons aucune nouvelle du Bic, depuis le 10 au soir, Ces bâtiments anglois, suivant M. Aubert, n'y
avoient pas augmenté, mais un furieux vent de nord-est règne depuis quatre jours et dure encore, ce qui, joiut à la manœuvre des dix navires qui étoient au pied de la Traverse, dont huit l'ont fait aujourd’hui, me fait croire que d’ici à deux ou trois jours, leur escadre pourroit bien être au Bic; plus nous allons, plus nous voyons qu’il nous reste bien des choses à faire, mais Dieu et la bonne fortune, ainsi soit de vous. Mes compliments à tous vos messieurs.
Le 15 juin. — En réponse à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, je n'ai rien à ajouter aux nouvelles que j'ai eu l'honneur de vous écrire hier an soir, si ce n’est que nous comptons renvoyer une partie de nos équipages, dimanche, et faire le même jour un mouvement par notre gauche, qui quittera le camp de la Petite-Rivière pour aller appuyer sa droite à l’église de Beauport; le surplus des troupes restera encore au camp de la Petite-Rivière.
M. de Courtemanche est en observation à l’île d’Orléans, et M. de Repentigny à Saint-Joachim. J’envoie à M. de Trivio les nominations que vous m'avez envoyées, toutes signées, et j'en ai donné une note à M. le commissaire pour qu’il les emploie.
Le 18 juin. — Je dois réponse, Monsieur, à vos lettres du 10 et du 11; c’est un accident fâcheux que celui qui vous fait perdre quasi cinq canonniers; ce qui est difficile à remplacer, si l’on veut servir ici toutes ces batteries, que l’on a établies à propos ou mal à propos.
Il faut neuf cents hommes, et M. Le Mercier a été, sans que j'en aie rien su, faire une petite espièglerie aux bâtiments anglois, qui sont mouillés par le travers de l’île d'Orléans, et il en fait revenir son canon demain, sans leur avoir fait niche, ainsi que je l’avois prévu ; il y a des gens qui ne savent jamais s'occuper que des petites choses, et point des objets décisifs. Le dernier nord-est n'ayant pas amené Je reste de la flotte au Bic, je suis convaincu qu’il ne se passera rien d’important dans cette partie avant trois semaines, quoique nous ayons trente-six bâtiments depuis le Bic jusqu’à l’île d'Orléans, où ils en ont onze de mouillés. Nous nous portons tous bien ; mille choses à MM. de Roquemaure, de Trivio et de Trécesson, et à tous vos messieurs.
P.$. — Nous avons fait, hier, huit prisonnniers aux Anglois.
Le 21 juin. — Votre homme de Lotbinière, Monsieur’ est arrivé avec votre lettre du 14. Il est mis en besogne, et tous les quatre jours il aura une machine de prête, reste à savoir l’usage que l’on en fera, et que l’on en pouara faire, car je crains que nous n’ayons dépensé un million en brûlots et cajeux, et j'y compte aussi peu que sur les boulets rouges de M. Le Mercier. On doutoit déjà de l’arrivée de la flotte, On parloit de renvoyer le gouvernement des Trois-Rivières et bientôt les Montréalistes, mais un courrier dépêché par M. Aubert, de Saint-Barnabé, nous apprend cent trente-deux voiles, mouillées du 18. Nous avons encore bien des choses à faire; je souhaiterois du sud-ouest pendant quinze jours. J'ai parlé, et je presse pour ce que vous demandez.
Le 25 juin. — J'ai l'honneur, Monsieur, de vous envoyer un extrait de la lettre très polie que j'ai reçue du général Amherst; je vous envoie ma réponse à lui faire parvenir à cachet volant ; je vous vois fort occupé et nous aussi, Dieu surtout. Vous voudriez avoir quinze jours, et nous aussi. Vous serez embarrassé, et nous aussi; il faut dans les affaires de ce monde épineuses et délicates, faire de son mieux et ne pas s’embarrasser de ce qu’on pourra dire,
Je vois, Monsieur, par la dernière lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, en date du 19, que vous étiez encore tranquille ; pour iei jam proæinus ardet.….
Hier, douze bâtiments mouillés par le travers de l’île d'Orléans, douze au pied de la Traverse, qui l’auront peut-être faite cette nuit par la marée ; car ces Angloiïs, différents de nos Francois, profitent de tous les airs de vent et des grandes marées pour cheminer insensiblement et, pour me servir des termes de M. Aubert, capitaine de navire, ils n’ont pas l’air emprunté dans notre rivière, dont nous aurons, Dieu merci, une bonne carte, l’année prochaine. Nos meilleurs marins ou pilotes me paroissent ou des menteurs ou des ignorants. Le reste des bâtiments anglois, sauf les gros vaisseaux de guerre, qui étoient encore plus loin, étoient répandus le long de notre rivière, depuis la Rivière-Ouelle jusqu’à la Prairie. Les troupes et le gouvernement des Trois-Rivières iront camper, mercredi et jeudi, à leurs postes, vers Beauport, où le gouvernement de Montréal est établi depuis quelques jours ; à peine songe-t-on à assembler celui de Québec.
M"° de Vaudreuil doit partir cette semaine pour Montréal; mais M. le marquis nous reste ; il m'a dit qu’il vous fuisoit rejoindre vos deux hommes, et qu'il vous écrivoit une lettre ostensible, telle que vous le désirez.
Des compliments, je vous prie, à M. de Roquemaure, MM. de Trivio et de Trécesson.
P.S, — Pour vous seul, sauf à dire au public ce que vous voudrez,
Si nous pouvons sauver le Canada en 1759,on peut prétendre à tout. On s'occupe pour le chevalier de Lévis en renoncant à la brigade, d’en faire un menin; et de moi, un chevalier de l’ordre; et le premier président croit avoir des paroles.
L’Anglois compte nous envahir Carillon et Québec ; Ambherst à Carillon, Wolfe à Québec. Nous sommes livrés à nous-mêmes, sauf vivres et recrues. Ordre du Roi de n’écouter aucune capitulation, se défendre pied à pied, ne pas imiter la honteuse conduite de Louisbourg. Ordre de Vaudreuil de ne rien faire sans mon avis. L'intendant gronde, un cartel pour l'Amérique, les Indes et la France. Lettre commune. Lettre de la main Gu maréchal de Belle-Isle, remerciement: de sacrifier au service du Roi les griefs particuliers, de grands éloges.
Les Anglois ont mis dans leurs papiers : L’invincible Montcalm succombera. Crémille a dit à Landriève : S'il y avoit un exemple dans la monarchie, on eût dû lui donner le bâton. Le maréchal a pleuré.
La marquise a fait remettre à Bougainville le portrait du Roi, en grand, pour le général. Le vicomte de
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Carubes (sic) attend ses soldats pour en faire des sergents; ils auront appris à vaincre. On parie à Paris dix contre un pour la paix après cette campagne, La mai resse absolue, L'abbé de Bernis exilé, disgracié pai elle, et Bougainville a trouvé le duc de C'hoiseul, ci-devant Stainville, ministre des Affaires Etrangères, Le Normand, qui s'étoit démis pour ne pas travailler sous l’abbé de Bernis ; Massias renvoyé comme imbécile, ne signant rien, Berryer, dont le Roi s'ennuie, à la place, M. de Soubise, ayant quitté les armées, entre au conseil. Le maréchal d’Estrées au conseil, où il a admiré le projet de retraite des dix mille. Vous m'entendez; Bougainville a donné trente-quatre mémoires en mon nom, dont nombre pour le conseil, où ils ont té lus. L'argent a arrêté sur le projet de la Caroline accepté. Le comte de Montcalm me ruinera, mais sort bien. Le comte de Noaïlles le veut pour son aide de camp. Le ministre de Coriolis président à mortier, à Aix, trente mille livres de rente, épouse M'"° de Monte avec dix mille écus. Mais il faut pour soutenir tout cela, sauver le Canada. Ordre du Roi pour nommer aux emplois ; treize sujets envoyés, quatre ingénieurs ; promesse de tout accorder ce que je demanderai après cette campagne. Le public dit qu’il faut faire venir les huit bataillons du Canada en Allemagne, Cinquante mille livres, appointements pour moi et mes trois aides de camp; vingt-quatre mille ar chevalier de Lévis ; dix-huit mille à vous ; dix mille à Senezergues ; huit mille aux deux chefs d'état-major et Bernier. Supplément pour l’hiver confirmé, et dix mille
livres, en lettres du premier terme, par bataillon ; politesse du Roi, regrets de ne pouvoir faire mieux.
Le due de Choiseul blâme l'alliance avec. et voudroit faire la paix avec le Prussien ; on a délibéré au conseil, et il y a eu des voix au rappel de M. de Vaudreuil, entre autres le duc de Choiseul. Sa grande croix donnée par la marine sur un mémoire donné en mon nom, sollicitée par le maréchal de Belie-Isle, affaire convenue là-bas. Ma brouillerie et réconciliation a fait bruit, et le chevalier de Vaudreuil qui s’est marié, a blâmé son frère ; M. de Rigaud seul a obtenu sa baie, Le maréchal de Richelieu, à Bordeaux, disgracié, Le comte de Maillebois perdu. Le maréchal de Contades, cordon bleu, général de l’armée. Le duc de Broglie, de la réserve. Chevert, chevalier de l’Aiïgle Blanc, boude la cour, a le public pour lui, et dit trop qu’il a fait gagner la bataille à Soubise, appelée la bataille de Li izemberg, le 10 octobre, sur les Hessois et Hanovriens. Le Roi de Prusse lève le siège; Dolmutry (sic) perd des bataïlles contre les Suédois, les rassure par ses lieutenants généraux, et bat, à la fin de la campagne, Daun ; il n’a pas bougé de l'hiver, ni personne. Tout le Sénégal perdu. L’Anglois battu, repoussé à la Martinique ; on ignoroit à la Guadeloupe, où il marchoïit de la Martinique. Le Roi d'Espagne mourant, l'Espagne armée, point déclarée. Le Roi de Portugal assassiné par les jésuites, dit-on, mais ne meurt pas. Le Roi de France, toujours garde des sceaux. La duchesse d'Orléans morte. Le comte de la Marche marié avec une Modène. La Stathouderesse morte. La Hollande armée, mais point déclarée. Quelques légers avantages aux Indes. Vingt-huit vaisseaux de
ligne armés à Brest et à Rochefort, quatorze à Toulon. Voilà tout ce que je me rappelle. Nous sommes sur le trône ou dans la boue, cela dépendra de cette campagne. J'ai cinq lieutenants généraux après moi. On crie contre Monteynard, qui m'a écrit qu’il me voyait avec plaisir répandre mon rang sur lui. Voici la promotion qui a aidé à vous faire, et où vous n’êtes pas, grâce à l’antidote, car vous êtes du même travail, c’est-à-dire du 16 (sic).
Au camp de Beauport, le 2 juillet 1759.
L'armée est campée en front de la Canardière, depuis le Montmorency jusqu’à la rivière Saint-Charles, depuis vendredi 29 ; le chevalier de Lévis et moi y sommes depuis jeudi 28, et M. le marquis de Vaudreuil du 30.
Les ennemis varient beaucoup dans leur mouvement ; ils sont à cheval sur le fleuve Saint-Laurent, un corps campé dans l’île d'Orléans et un autre à la Pointe-Lévis. Leurs bâtiments entre deux. Quoique nous ayons eu quelques légers avantages dans l’escarmouche qu’il ya eu de l’autre côté, vers la Pointe-Lévis, cela ne vaut pas la peine d’en parler. Nous passons toutes les nuits au bivouac, ou couchés habillés. Vous en faites peut-être autant, mon cher Bourlamaque.
Le 5 juillet après-midi, — Même position, peu ou point de garde des travaux et des bivouacs ; idem de la part des ennemis,
Ambassade et politesse avec l'amiral Saunders et le capitaine Douglas.
S'ils veulent débarquer à haute mer, deux belles nuits du 5 au 6, et du 6 au 7.
Dieu vous garde de malencontre, mon cher Bourlamaque, et vos troupes à qui mille chosés.
Le 7 juillet. — Celle-ci n’est que pour vous, et vous accuse la réception de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 27.
Vos travaux sont incroyables. Vos dispositions très bonnes ; Je nai pas le teraps d'écrire à M. Desandrouins. Je passe les nuits au bivouac, même lorsque l’armée ne l'y passe pas. Je suis accablé de travail; la présence du généralissime l’augmente ; l’opiniâtreté,entre nous, du chevalier de Lévis, dont l'opinion prévaut à celle de l’armée et à la mienne, ne me déplaît que pour le bien, Je viens de faire trouver trois mille minots de grain dans le gouvernement de Montréal, où l'on continue à en acheter,
Le 16 juillet, — Pardon, mon cher Bourlamaque, si je ne vous écris pas; mais il y a trois lieues de la droite à la gauche, il faut veiller et dormir. Jusqu'à présent nos entreprises n’ont pas réussi ; les brûlots ont fait long feu, et un gros détachement de nuit est rentré après s'être fusillé de peur, Nous avons eu un petit choc et des fusillades à la Pointe-Lévis, il en doit coûter à l'ennemi, mais beaucoup moins que les Canadiens diront. La ville, depuis quelques jours, est canonnée et bombardée joliment, de la Pointe- Lévis. Sept maisons ont été réduites en cendres; aujourd’hui nous sommes en présence, le saut Montmorency entre deux.
Les volontaires de Duprat fusillent journellement avec les postes avancés; le camp de la gauche est canonné et bombardé : nous faisons plus de traverses que dans aucun chemin couvert.
Je ne sais point comment tout ceci finira, mais le Canada me paroît vivement attaqué. Je ne vous parie pas de ma santé, elle fatigue trop pour être bonne, Il n’y à que le gain d’une bataille qui peut la rétablir,
Au camp, sur les hauteurs de Beauport, le 20 juillet 1759.
En vous remerciant, mon cher Bourlamaque, des nouvelles que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 10. Nous sommes comme nous étion:, sauf M. de Boishébert, arrivé avant-hier au soir avec cent hommes. Jusqu'au cap Rouge, pour nous; et pour l’ennemi, depuis le saut Montmorency jusqu’à la rivière Etchemins. C’est une partie d'échecs, nous voudrions faire mat, et il semble que Wolfe voudroit faire pat. Il à plus de facilité à faire mouvoir ses pions que nous. Ses pions semblent lui valoir mieux; on diroit qu'ils ont été à dame, et il les soutient assez bien par ses tours. Nous ne faisons pas autent d'usage de nos fous que nous voudrions ; nos cavaliers n’agissent pas beaucoup, Notre Roi a une marche grave et lente, belle partie à gagner. Ma santé soutient assez bien les fatigues.
D ne
Au quartier-général, à Beauport, le 27 juillet 1759.
Je réponds par celle-ci, Monsieur, à la lettre que vous m’avez fait l'honneur de m'écrire le 23. Je ne puis qu'en approuver le contenu; pour ici, tout est dans la même position.
Hier, l'ennemi a eu une petite correction qui, sans l'impatience des sauvages, se seroit tournée en une affaire quasi générale. J’estime leur perte à une centaine d'hommes, tant tués que blessés, et nous n’en avons eu que huit. Affaire dans les bois.
Au camp de Beauport, le 30 juillet 1759.
J'ai l’honneur, mon cher Bourlamaque, de vous adresser une lettre à cachet volant pour le général Amherst, en réponse à la sienne du 17, que je vous prie de lui faire parvenir, quand vous le jugerez à propos. Notre position est toujours la même, et le général anglois ne paroît songer qu’à écraser et ruiner la ville. Nous avons eu, il y a quelques jours, une fusillade où l'avantage a été de notre côté : mais tout ce que, les uns et les autres, nous avons fait jusqu’à présent, ne décide rien.
P. S.— Voilà l’occasion où votre marine peut servir utilement, si elle en a envie, et se procurer gloire et avancement.
Le 1% août. — Hier, 31, les ennemis commencèrent la journée en démasquant diverses batteries le long des hauteurs du saut Montmorency, de vingt pièces de canon et six mortiers.
À neuf heures, un vaisseau de ligne et deux frégates appareillèrent et vinrent ranger la côte dn nord. Les deux frégates se firent échouer pour s’embosser À la portée du fusil de nos retranchements, de sorte que je ne crois pas trop dire d'assurer que, dans la journée d'hier, les ennemis ont tiré deux mille cinq cents boulets où bombes. Le régiment de Béarn étant de garde à la gauche, M. le chevalier de Lévis mit les troupes qui le composent, en mouvement, sur les dix heures. A onze, je fis avertir le reste de la ligne de se tenir prêt à marcher. Les ennemis firent une démonstration pour nous tourner par le côté des gués que garde M. de Repentigny. Je fis passer à M. le chevalier de Lévis les compagnies de grenadiers, et cent hommes des Trois- Rivières,
Nous avions peu de sauvages, presque tous seuls, une partie à la guerre de l’autre côté du saut avec M. Florimond, beaucoup avec MM. de Boishébert et Dumas, sur notre droite, depuis le cap Rouge à Jacques- Cartier. A midi, comme je vis le camp de la Pointe- Lévis s’embarquer dans des berges, je fis battre la générale. J’avois déjà fait passer à M. le chevalier de Lévis Royal-Roussillon, et je me portai à cette même gauche en faisant appuyer successivement, suivant la manœuvre des ennemis, Guyenne, Languedoc et la Sarre. Les Trois-Rivières et Québec furent laissés flottants depuis Beauport jusqu'à la rivière Saint- Charles. Sur les quatre heures, le camp du saut Montmorency descendit sur la grève, pour se former en bataille et profiter de la basse mer, qui leur donnoit la facilité de passer le saut Montmorency jusqu’à la
rivière de Beauport, Alors M. le chevalier de Montreuil, qui avoit fait mouvoir toute la journée les troupes, avec autant d'activité que d'intelligence, fit avancer le gouvernement des Trois-Rivières, qui fut mis en réserve derrière les troupes qui devoient soutenir l'attaque. Le gouvernement de Québec resta pour ne pas dégarnir entièrement la droite.
Les troupes du camp de la Pointe-Lévis débarquèrent sous la protection du vaisseau et des deux frégates, et se formèrent en colonne; celles du saut étoient formées en bataille, et prêtes à se mettre en colonne pour se joindre à celles de la Pointe-Lévis. Ces dernières abordèrent de bonne grâce une de nos redoutes qui fut même abandonnée ; on les en chasse de suite, en y marchant baïonnettes au bout du fusil; deux cents volontaires de nos bataillons qui étoient sur la grève, dans des fredoches, les fusillèrent, ainsi que les troupes de terre et de la colonie, qui étoient sur la hauteur, bordant le retranchement ; un orage arriva presqu’en même temps. La colonne ne tint pas un quart d’heure; elle se retira avec précipitation, et se rembarqua dans ses berges. Les équipages des deux frégates, les troupes du camp du saut, qui avoient toujours restées en bataille, voyant, sur les sept heures, que la mer alloit monter, se retirèrent à leur camp.
Voilà le détail d’une journée qui annonçoit une affaire plus considérable ; il ne nous en coûte que cinquante hommes tués ou blessés. Je n’estime pas la perte des ennemis à plus de trois cents hommes, tués ou blessés ; nous avons un Capitaine blessé et prisonnier, que nous avons arraché des mains des sauvages. C’étoient
les Ecossois qui avoient la tête de l'attaque de la Pointe- Lévis.
La contenance des troupes et des Canadiens a été très bonne, malgré une canonnade qui pouvoit étonner aussi. M. le marquis de Vaudreuil, à qui j'en fus rendre compte sur les neuf heures, après avoir fait rentrer toutes les troupes, en a paru content. Vous voyez Monsieur, que notre affaire n’est qu'un petit prélude d’une plus considérable, sans doute, à laquelle nous nous attendons.
P. $.— Indépendamment de ceux que les ennemis ont emportés à la marée, nous avons enterré, hier, soixante-huit Anglois, nul officier blessé; mais je regrette mon sergent de Guyenne copiste Plantin.
Le 6 août. — Rien ne me paroît mieux, mon cher ourlamaque, que votre conduite, qui me paroît approuvée ici, Notre aventure du 31 est plus étoffée que je ne croyois. Suivant le rapport uniforme de onze déserteurs, au moins quatre cents tués et blessés. Le brigadier Monckton blessé, et le colonel Murray. Je crois qu'avant peu, le général Amherst tâtera encore votre Ile-aux-Noix, ils viendront vous y bombarder. Avezvous du terrain et des blindages? n’y a-t-il pas à craindre qu’ils vous tournent ? c’est là le point ; ouvrage cependant que je crois difficile. Je vous écris à la hâte en tenant un conseil d’Outaouais.
Le 8 août. — J'ai raisonné, d’après votre lettre, mon
cher Bourlamaque, avec le chevalier de Lévis, qui connoît le poste de l’Ile-aux-Noix mieux que moi, puisqu'il a été chargé, avec M. de Lapause, de l'aller reconnoître. 1° Votre présence et les bras hâteront l'ouvrage pour mettre le poste en état de se défendre ; 2° il me paroît difficile de vous tourner par les droites et les gauches, que vous prétendez être plus marécageuses, ayant du canon. À l'égard du chemin connu 1° quoiqu'il le soit de nos sauvages, il peut ne pas l'être des ennemis; 29 Je fût-il, c'est un portage de dix lieues à faire, et pour lequel ils n’auroient pas les ressources qu’ils ont eues de Lydius au fort George, qui a beaucoup de chevaux et de voitures. Je voudrois bien qu'ils prissent ce parti; il me semble que voici alors la manœuvre que je ferois : je quitterois mon poste où je laisserois, au plus, trois cents hommes ; je marcherois et je ferois marcher M. de Rigaud pour, en me combinant, attaquer l'ennemi fort ou foible, dans la marche ou opération du portage. Je crois cela possible, c'est à vous à l’examiner. Vous m'objecterez peut-être que la perte d’un combat détruit la seule espérance que la colonie ait du côté de cette frontière ; ma réponse est que si le portage se faisoit, l’Ile-aux-Noix et votre corps deviendroient inutiles, et une attaque dans la marche, pour peu que vous ayez de sauvages, doit réussir, malgré l'infériorité du nombre.
La seule chose qui nous fâche, ici, c’est d’être séparés de l'ennemi, car après ce que j'en ai vu autre jour, s'ils se commettent, ils seront battus ; mais eux qui devroient nous attaquer, ont pris des points de défensive
inattaquables. Lisez ma lettre aux commandants des corps et que l’on (encourage) les troupes. I] faut combattre pour l'honneur, pour l'intérêt et pour la dernière fois. Quoique votre marine ne soit pas des meilleures, tâchez d’en tirer parti, même des barques, et assurez bien tous vos marins, à commencer par M. de Laubaras, que le moindre succès de leur part (deviendra) une rare fortune pour eux.
Je ne dis rien sur les Rapides; je ne dis pas cependant que d'ici à quelques jours on ne voit pas à faire passer quelque chose de vos côtés.
Le 9.— Je maintiens la colonie perdue, et cela est dû à l'ignorance et à l'intérêt. L'armée de la Belle- Rivière battue et défaite; Niagara pris, et sa garnison prisonnière de guerre; le chevalier de Lévis part à minuit, et mène huit cents hommes; c’est beaucoup d’une petite armée, obligée de garder depuis Jacques- Cartier au saut Montmorency. La basse ville est incendiée d’hier au soir. Bougainville a, hier, repoussé deux fois les ennemis, qui vouloient débarquer à la Pointeaux-Trembles; ils étoient douze cents hommes, et peuvent avoir perdu cent cinquante hommes, Je ne sais qui de nous trois sera le plus tôt défait.
Le 19. — J'ai lu avec plaisir, Monsieur, votre relation ; quoique je sois persuadé que vous l'avez envoyée à M. le marquis de Vaudreuil, je la lui ai fait passer, soyez tranquille. Nous en savons tout le contenu. Toutes les lettres de notre armée étoient conformes,
A RE mme rene
jusqu’à présent. Votre campagne vous fait beaucoup d'honneur, et je ne doute pas qu'il n’en soit de même à l'avenir, Ici nous vous avons tous rendu justice, François et Canadiens. M. le marquis de Vaudreuil pense comme moi, Je ne vous réponds pas des bavardages de Montréal ; où n’y en a-t-il pas ?
Consolez-vous. Si M. le marquis de Vaudreuil et moi eussions accédé aux impatiences et raisonnements du public, la colonie n’existeroit plus. Je ne sais si nous la conserverons. Nous ferons, du moins, de notre mieux. Elle existe encore. J’ai toujours pensé et pense encore que M. le chevalier de Lévis, qui a un ordre pour commander sur cette frontière, ne vouloit que faire une tournée à votre camp, et non y résider. Quoiqu'il en soit, le mérite de cette campagne, sur cette frontière, et des dispositions pour se défendre, vous seront dus ; outre que M. le chevalier de Lévis est de vos amis, je ne le crois pas curieux de gagner de la gloire aux dépens d'autres. Pour moi, je ne sais que faire valoir ceux qui servent sous mes ordres, et avouer que je dois le peu de réputation que j'ai acquise en Amérique, aux troupes et aux principaux officiers qui ont servi avec moi, qui m’ont secondé au mieux; et vous ne devez pas être en peine du plaisir que j'en ai, quand cela vous regarde,
Au camp de Montmorency, le 24 août 1759.
L’ennemi a fait une incursion à Deschambault, qui nous a coûté nos équipages ; je n'ai jamais vu un meilleur ton et moins de regrets sur pareille perte. Bougainville, qui fit une marche äe quatorze lieues, depuis
sept heures du matin jusqu’à minuit, leur a empêché de prendre racine; j'accourois pour le même objet, je fis dix-huit lieues. Retour encore à Deschambault; la cavalerie les a empêché de débarquer. Nous n'avons eu aucun homme ni tué ni blessé. L’ennemi en a perdu quelques-uns, on lui a fait deux prisonniers. L’ennemi brûle et ravage, tire moins sur la ville et sur le camp. J'ai neuf partis à la guerre qui ne guériront pas de la brûlure. Voilà, mon cher Monsieur, ce qu’il y a de plus intéressant à vous écrire, en réponse à votre lettre du 18. Vous avez bien fait de décacheter la lettre du général Amherst, dont le style est toujours aussi poli que celui du général Wolfe à M. le marquis de Vaudreuil ; c’est peu, la lettre du général Amherst n’exigeant aucune réponse. Je ne lui en fais point, je me réserve, si nous sommes entiers, comme il faut l’espérer, le 1° octobre, de lui écrire pour lui dire que la saison s’avancant, il y auroit de l’inhumanité à renvoyer les prisonniers pendant l'hiver, et qu’ainsi, si l'échange ne peut être consommé avant le 20 octobre, je renverrai tous les siens dans un paquebot, en Angleterre, et que je le prie d’user de même pour les miens, et de les renvoyer en France; je suppose pour cela que nous serons intacts dans les trois points, le 1° octobre, alors je commencerai à espérer pour le salut de la colonie, jusque là, rien; et j'aime quasi mieux qu’il l’accepte le renvoi en France,
26 août 1759.
Voici, mon cher Bourlamaque, réponse à votre lettre du 21. J'ai insisté auprès de M. de Vaudreuil qui vous eût rappelé, sans la crainte, qu’il ne faille que le chevalier de Lévis ne se porte aux Rapides; cependant je crois avoir obtenu de lui un ordre conditionnel, mais à moins qu’on ne vous le dise, n’en faites semblant, car je vous écris comme votre ami, et non votre général. M. de Vaudreuil avoit peur que vous ne vinssiez sans ordre, je l'ai bien rassuré, Pour ici, si vous y venez de suite, je vous donnerai le poste du chevalier de Lévis, où je me suis quasi (établi), et je laisse, entre nous, souvent le commandement de l’armée au chevalier de Montreuil, qui s’en acquitte bien. C’est la charge de pourvoir à tout sur le champ, vu mon absence. Une lettre pour Amherst à cachet volant, vous ou le chevalier de Lévis l’enverrez quand vous voudrez ou croirez devoir l'envoyer. Soyez tranquille sur tous propos; s’il y en a eu, point d'humeur, mon cher Bourlamaque. Jusqu’à présent nous n’avons pas perdu notre temps, et fiez-vous à moi, quoiqu'il arrive, nous ne le perdrons pas; je n'ose (rien) vous dire, parce que vous en savez plus que moi. Laissez-vous conduire, mais le ciel sait toujours mieux, et si l'humeur me prend jamais, je vous prierai de me conduire, On ne peut vous être plus dévoué, et en faveur de cette sincère déclaration, faites grâce au manque de cérémo, nial avec lequ:1 je finis ma lettre.
Le 2 septembre, à trois heures après minuit,
Les manœuvres des Anglois, mon cher Bourlamaque, sont si équivoques, qu’elles exercent souvent la cavalerie qui fait au mieux. La Rochebeaucour a de l’hon- “eur dans son sac. Bougainville et les troupes de la communication (sic). Il y a cinq jours que l:s cinq bâtiments au-dessus de Québec faisoient mine de redescendre ; depuis, il en a passé toutes les nuits, et ils
étoient, hier, vingt grands ou petits, avec un joli nord- :
est. Hier au soir, ils étoient tous vers le cap Rouge, faisant mine de descendre. Il y a quelques jours qu'ils faisoient encore des batteries à leur camp du saut. Il ne leur restoit plus, hier au soir, que le canon de retraite et deux obusiers : ils avoient passé devant nous six à sept cents hommes à l’île d'Orléans, trois cents la veille. Ils avoient encore, hier au soir, quarante à cinquante berges à pouvoir embarquer. La nuit obscure ; il pleut, nos troupes habillées et éveillées dans leurs tentes ; la droite et la ville des plus alertes. Je suis botté et mes chevaux sellés, c’est à la vérité mon allure ordinaire la nuit. Suite des interruptions, signatures, visites et conseils des sauvages, questions, minuties, billets continuels à MM. de Vaudreuil, Montreuil et Repentigny, et quelques courses chez le généralissime, En l’aisance alors dans ma maison ; mon lieutenant de roi Poulhariez.
Voilà l’état des choses dans le moment. Il me reste à répondre à la lettre que vous m'avez fait l’honneur de m'écrire le 29 ; il n'y a qu’à louer votre vigilance et activité. La prise de l'ingénieur me fait
plaisir. Si Amherst attend son retour et son plan, il n’agira pas de sitôt. Vous paroissez ne pas croire la marche d’Ambherst par la rivière Saint-Jean; j'en suis fort aise quoique vous l'eussiez bien recu ; pour ici, je crois que Wolfe fera comme un joueur de tope et tingue qui, après avoir topé à la gauche du tope, et à la droite, tope au milieu. Nous tâcherons de le renvoyer de notre mieux, Cependant, différence en cela de M. Johnson. J'aimerois autant qu’il penseroïit en cela comme Ambherst, et qu'il ne voulût pas nous attaquer, car j'aime toute besogne facile.
Nul passeport pour les domestiques qui veulent retourner en France, et j'en accorderois, que M. de Vaudreuil refuseroit. D'ailleurs, la place sur les bâtiments ? et il y aura à renvoyer les équipages de huit bâtiments brûlés ou naufragés, et peut-être les Anglois prisonniers, si on n’accède pas au cartel.
Le lendemain que j'ai pris possession de la gauche, j'ai donné une très petite lecon à des travailleurs. Cent hommes tués ou blessés. Je crois toujours une tentative avant le départ qui sera tard. J'espère que tout ira bien, pourvu que M. du Four (?) fasse son devoir, Agissez comme vous l'avez pensé, et je vous en écris dans le cas d’un portage. J'ai six cents hommes à la guerre. Bougainville toujours en communication. Je suis en état de vous louer, justifier, wbique et coram omnes. Le chevalier de Lévis a un commandement général qui s'étend jusque sur votre corps, mais personne ne doit agir séparément. Je vous voudrois ici, où mon plus capable, et j'en suis content, est le chevalier de Mon-
treuil, car je ne puis être partout, quoique je me multiplie bien, et que je ne me sois pas encore déshabillé depuis le 23 juin.
Au camp du saut, le 8 septembre 1759.
Je souhaite, mon cher Monsieur, que vous soyez tranquille dans votre partie; ce mois-ci sera bien décisif pour cette colonie. Les ennemis paroïissent très oceupés d’inquiéter notre communication au-dessus de Québec, et en veulent, je pense, à notre marine. Cette partie-ci est toujours des plus critiques sur tous les points.
Les ennemis retirés du saut n’annoncent pas leur départ; au contraire, augmentation de batteries et de feu sur la ville. Une petite escadre de vingt bâtiments, cinquante ou soixante berges, depuis trois jours, vis-à-vis Sillery ou le cap Rouge. Bougainville côtoyant la ligne, alerte. Hier, sur les dix heures du soir, démonstration d'attaque, cent berges en bataille à mi-chenal. Ma santé s’épuise.
Le 11 septembre. — Je crois, mon cher Monsieur, que vous ne pouvez rien faire de mieux que de rester où vous êtes, et où le séjour du chevalier de Lévis aura été bref, à ce qu'il me paroît ici. Je suis accablé de travail, et l’humeur me saisiror: souvent comme vous, si je ne pensois que j'ai été payé par l’Europe pour n’en avoir point. Quel est votre projet d’habitation pour l'hiver ? Québec, en vérité, ne sera pas habitable, et nous n’y aurons pas de troupes.
A RU nu
J'ai lu ce qui concerne les sauvages et Laubaras. Ce dernier sera rappelé à temps. Sa mission pourroit être brillante, s’il vouloit. Depuis ma dernière, rien de nouveau ; je donne encore un mois au moins de séjour à l'ennemi.
Si vous avez quelques employés, particulièrement volontaires, ete., à qui vous voulez laisser quelque gratification de vingt ou vingt-cinq pistoles, un peu les travaux, les six mille au Roi me seront courts pour ici; à l'égard des nécessiteux, point ou beaucoup (sic). Lei, les équipages brûlés m'ont engagé à lâcher trois ou quatre cents livres et quelques articles ; ainsi, VOs aides-majors et vos travaux extérieurs par votre ordre. Point besoin d'autre signature.
Les lettres suivantes de Bougainville, de l'abbé Piquet, de M. Delisle et de M. de Rigaud, se trouvaient intercalées parmi les Lettres de Montcalm à Bourlamaque :