‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 115 sur 326 · A UN JEUNE CLERC · texte numérisé non relu

A UN JEUNE CLERC

n lai explique, à Poceasion de la tonsure qu'il venait de recevoir, quelques-unes des obligations des clercs.

. - 19 juin 1643(2).]

Monsieur et très cher en Notre-Seigneur,

J'ai bien de la joie d'apprendre votre vocation à

(1 et 2) C'est la XXVIP parmi les imprimées. Elle se trouve presque textaellement dans les Mémoires de M. Olier.

l'état ecclésiastique, et de savoir que Jésus-Christ vous a reçu au nombre de ses ministres , et que l'Église vous a admis au nombre de ses clercs. C'est maintenant que vous devez vous considérer comme religieux de Notre- Seigneur, puisque vous entrez dans un état où on fait profession particulière de son culte, et où on est dans un engagement de lui rendre les devoirs les plus essentiels de la religion. C'est pourquoi vous avez changé d'habit en y entrant, et on vous a revêtu de là soutane, qui est l'habit de la sainte religion, pour vous faire connaître que la profession extérieure que vous faisiez, était une profession d'une continuelle religion envers Dieu. Et c'est pour cela aussi qu'en entrant dans le clergé, on vous a déclaré que vous entriez dans sa maison pour lui rendre service, en sorte que vous deviez vous considérer le reste de vos jours comme un de ses domestiques, qui doit assister continuellement auprès de sa personne.

C'est là le sujet de la joie qui s'est répandue dans sa famille, c'est-à-dire dans l'Église, qui a témoigné à votre entrée son ressentiment, et la joie qu'elle avait de voir un de ses enfants entrer en la maison de son prince , et la cour du roi se rendre plus magnifique. Et de même que les frères se réjouissent extrêmement lorsqu'ils voient l'avancement de leur frère à la cour, et l'honneur qu'il reçoit d'être admis en la maison du souverain (1) , ainsi toute l'Église s'est tellement réjouie de vous voir admis au saint clergé, qu'en témoignage de son allégresse, elle a chanté ce beau cantique : Domini est terra et plenitudo ejus. Alors elle

— C'est la date donnée par les Mémoires.

{i) Ce trait donne à entendre que le jeune clerc appartenait à une noble famille.

s'est écriée : Ouvrez vos 'portes, princes du Ciel : Attollite portas, principes, vestras, et inlroihit Rex gloriœ; faisant allusion à Jésus-Christ, et comparant son enti?ée glorieuse dans le ciel à l'entrée du clerc dans l'Église, qui est le paradis du monde.

C'est pourquoi elle en fait paraître la même joie que les anges eurent de l'Ascension de Jésus-Christ dans le ciel.

Le clerc même est estimé roi par la couronne que le pontife lui fait sur la tête , pour montrer qu'il est roi de lui-même , sans quoi il ne serait pas admis à l'honneur de la cléricature. Et pour la récompense de ses travaux et des victoires qu'il a remportées sur luimême, on lui impose cette marque d'honneur et de sa sainte royauté ; ce qui est encore une allusion à la récompense que le Père éternel donne à son Fils, à son entrée dans le ciel, en le déclarant roi, et lui mettant sur la tête une couronne de pierres précieuses : Posuisti super caput ejus coronam de lapide pretioso. Aussi le clerc reçoit l'honneur de roi par la bouche des peuples qui le nomment roi des vertus : Rex virtutum, païens in prselio; et en esprit il est un roi de gloire, en tant qu'il est vêtu du surplis, qui signifie la vie nouvelle, la vie divine, la vie de la résurrection dont le clerc est revêtu; en un mot, la religion du ciel.

Si bien que le clerc, comme religieux de Jésus - Christ, fait profession de toute la religion dans la cléricature. Car premièrement en mettant la soutane, il en professe la première partie, et celle qui s'exerce particulièrement sur la terre, qui consiste à être humilié, à porter sa croix, à être mortifié en toutes choses; qui est le fondement que l'Évangile met de toute la religion chrétienne : Qui non renuntiat omnibus quœ possi-

264 LETTRES DE M. OLEER.

det, non potest meus esse discipulm. Et secondement il fait profession de la religion du ciel, qui est marquée parle surplis : religion parfaite, religion consommée, religion que les clercs doivent imiter autant qu'ils peuvent dans l'Église par des amours, des respects et des louanges continuelles, etc.

LETTRE LXXXIÏI (1).

A UNE PERSOimE QU'iL DIRIGEAIT.

II lai témoigne sa donlenr da peu de respect qu'on portait à de bons prêtres, et il rinvite h les retirer cliez elle.

[Juin 1643 (2).]

Monsieur,

J'ai été tout à fait affligé par la lecture de votre lettre, et je ne puis me consoler voyant les mauvais traitements que reçoivent de la noblesse et du peuple les prêtres de vos quartiers. C'est un effet de l'aveuglement du monde sur lequel il faut gémir. Si les chrétiens étaient plus éclairés dans la religion , ils en auraient bien une autre estime ; et connaissant à quoi leur servent les bons prêtres , et de combien de services et de devoirs envers Dieu ils les déchargent, je pense qu'ils les voudraient toujours avoir avec eux, et il n'y aurait point de témoignage de respect et d'amour qu'ils ne leur rendissent.

(1) C'est la XLIXe des imprimées.

(2) Le fond de cette lettre se trouvant dans les Mémoires de M. Olier, on est autorisé à croire qu'il l'écrivit au mois de juin 1643, car c'est à pa- ' reille date que les Mémoires en ont la plus grande partie. Elle lui fut peutêtre inspirée par l'indigne conduite que Théodore de Rerziau, dont il va être parlé bientôt, tint à l'égard du curé d'Arcueil, le 30 mai 1643. {Vie de M. Olier, t. II, p. 118.)

Jésus Christ, qui satisfait pour nous à Dieu, nous est si cher, qu'il n'y a point de sentiments de respect et de reconnaissance que nous ne hii rendions; et nous ne saurions nous contenter dans nos amours , qu'en nous unissant à lui et nous y donnant, afin qu'il nous change en lui-même. Ne lui refusons pas de l'honorer et de l'aimer encore dans ses prêtres, en qui il veut être comme dans des ciboires et des tabernacles pour y recevoir nos hommageis. Combien d'âmes fidèles qui connaissant l'importance de leurs devoirs envers Dieu, et leur impuissance à y satisfaire , seraient ravies d'avoir chez elles ces bons prêtres vaquant jour et nuit à les en acquitter I Quelle joie n'auraient-elles point, en consentant intérieurement, et s'unissant à tous les actes de religion qu'ils rendent à Dieu, de se voir soulagées et déchargées de leurs obligations , dans l'état où leur impuissiance les réduit! C'est avoir un avantage bien considérable que d'avoir chez soi les amis de son juge, et de pouvoir gagner ses bonnes grâces par le bon accueil qu'on leur fait. Quel bonheur d'avoir sa cause entre les mains d'un avocat qui lui est agréable, et qui y prend intérêt cpmme à la sienne propre! Tels sont ces bons prêtres qu'on persécute, qui attirent la bénédiction de Dieu par leur présence. Je vous conjure donc de les retirer chez vous. Ils prendront vos intérêts auprès de Notre-Seigneur, et ils n'apporteront pas de moindres grâces dans votre famille, que fit autrefois TArche dans celle d'Obédédom.

Je suis, etc.

Page 1