‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 166 sur 326 · LETTRE CXLII · texte numérisé non relu

LETTRE CXLII

n l'encourage à porter patiemment l'état d'insensibilité intérieure qui le fait gémir; 11 l'exnorte ensuite & ne se considérer dans le ministère des âmes que comme le sacrement de Sésus-Cbrist ; il règle, en finissant, ses pénitences extérieures et lui enseigne les dispositions intérieures qui les doivent accompagner.

[Vers la fin de 1648 (3).j Qui a Jésus a tout.

Monsieur et très cher en Notre-Seigneur notre tout. Je remercie Notre-Seigneur Jésus-Christ de sa

le quartier de Picpus, comptèrent bientôt un grand nombre de couvents. M. Olier était particulièrement lié avec ces religieux dont il avait embrassé le tiers ordre et dont le dernier supérieur, le P. Chrysostome, avait été son intime ami.

(1, 2 et 3) Sur l'autographe.

sainte conduite sur vous qu'il n'abandonnera pas, si vous êtes toujours dans le néant et au contraire il purifiera ses voies dessus vous, si vous voulez lui être fidèle. Si vous avez maintenant moins de jour, vous n'avez pas pourtant moins de force en lui qui soustrait toujours petit à petit sa lumière sensible , pour mettre l'âme dans la pureté de la foi, par laquelle on adhère à Dieu sans moyens ni milieu, mais immédiatement par lui-même, qui étant insensible et invisible aux hommes, se sert de quelque autre chose que lui quand il leur apparaît ou intérieurement ou extérieurement.

Dieu est plus fort en vous par cette voie qu'il n'était pas auparavant, et il est éclairant plus pleinement votre âme quoique ce soit moins distinctement. Il est en vous votre vertu, quoiqu'elle soit moins apparente, et elle est d'autant plus vigoureuse qu'elle est plus Dieu qu'elle n'était, qui se servait auparavant de quelque chose qui n'était pas lui-même pour vous aider sensiblement. La vertu de l'âme est bien plus

— L'adresse de cette lettre n'a pas été conservée, mais plusieurs indices font présumer qu'elle fut écrite à M. Couderc, durant la première année qu'il fut curé de Clermont-Lodève. Il y est dit en eifet que Notre- Seigneur continue en lui la condition de prêtre et de pasteur, ce qui, mis à part M. de Bretonvilliers dont il ne peut être question , ne convient à aucun autre des premiers disciples de M. Olier. La lettre donne aussi à entendre que ce pasteur était fort honoré et aimé par ses paroissiens, ce qui convient parfaitement à M. Couderc. Enfin les peines intérieures dont il est parlé ici, reviennent aussi dans les autres lettres adressées par M. Olier à ce cher disciple sur lequel il sera dit ailleurs quelque chose de plus spécial.

— Celte lettre, supposé qu'elle soit écrite à M. Couderc, est antérieure à ceUe que M. Olier lui adressa le 8 octobre 1649, et aux premiers signes de défaveur que M. du Bosquet, sacré évêque de Lodève le 20 décembre 1648, donaa au curé de Clermont-Lodève. La date assignée ne peut être qu'approximative.

désirable que celle de la chair et du corps; car le secours sensible qui allège la chair, diminue sa pesanteur et l'exercice à l'âme et au divin esprit qui prend plaisir d'enlever ce qui est plus pesant pour montrer sa vertu et triompher des ennemis qui lui font résistance. Dieu est en vous la pure vertu de l'âme, et ce qui allège le corps c'est un sentiment flatteur qui n'est pas Dieu et qui se donne pour diminuer la paresse et non pas pour la vaincre. A Dieu seul et à son esprit intérieur en nous est réservée cette victoire et c'est en lui que vous devez vous appuyer pour attirer en sa vertu son ennemi juré qui est le corps.

II faut toujours renoncer à lui et à toutes ses demandes pour user de tout par l'esprit, qui veut être en vous votre âme, qui demande et sollicite doucement et saintement pour ses besoins et vous en donne l'usage sans y penser. Il faut de même renoncer à votre esprit propre pour ouvrir la porte à l'esprit qui trouve tout fermé quand cette ouverture est bouchée. Ainsi vous ferez en vous un vide puissant pour l'esprit qui prend sa résidence en cette disposition de l'âme. Alors, rempli du divin Maitre, vous dites : Recevez, ô Seigneur, ce qu'on vous rend et cet honneur qui vous est dû et non à moi qui ne suis qu'une écorce et un sacrement de votre ministère envers Dieu votre Père.

Il faut que vous vous considériez toujours ainsi, à savoir, comme le sacrement de Jésus-Christ, ministre de Dieu son Père, et comme le très saint sacrement est sacrement de Jésus- Christ communion et pain spirituel des hommes, ce qui fait que les espèces extérieures ne prétendent point d'honneur pour la grâce qui se donne sous elles : ainsi l'extérieur des hommes et tout ce qu'ils sont en eux-mêmes ne méritent rien pour la grâce

qui se distribue sous eux et sous leur ministère : à Jésus- Christ seul vivifiant et animant le corps de son Église est du l'honneur du ministère de la gloire de Dieu. En lui seul , comme dit saint Pierre , Dieu le Père est glorifié : Si quis loquitur quasi sermones Dei, si quîs ministrat tanquam ex virtute quam administrât Deus.

Toute la lumière , la parole et l'efficace de notre ministère procèdent de Dieu qui , renfermé en Jésus- Christ habitant dans les hommes , se sert du ministère de son Fils pour sa gloire, et Jésus-Christ se sert du ministère des hommes qu'il associe à ses fonctions et à son ministère pour le faire lui seul en son Église, à la gloire du Père : Ut in omnibus honorificetur Deus per Jesum Christum. En lui seul tout ce qui est saint dedans les créatures : Tu solus sanctus; en lui tout ce qui est puissant à opérer pour Dieu : Tu solus Dominus; à lui seul tout honneur et gloire pour toutes les opérations de la grâce : SoliDeo honor,.virtus et benedictio in saecula. En lui soient toutes vos espérances qui n'est pas éloigné de vous, mais au contraire qui vient en vous pour vous attirer à lui , vous mettre en lui et opérer en vous et par vous la gloire de Dieu son Père. Il sera votre vertu de pénitence qui vous fera pleurer et gémir intérieurement pour votre peuple, continuant en vous sa condition de prêtre et de pasteur auquel vous devez adhérer pour être participant de ses dispositions saintes , pour aimer, servir et régir tout votre peuple.

Usez de vos infirmités pour pénitence et souffrez en compagnie de Jésus-Christ Notre-Seigneur pour rendre vos peines agréables à Dieu et utiles à vos peuples. Pour la discipline usez-en sobrement, comme les quinze jours, faisant plus état de la pénitence inté-

rieure que de l'extérieure, étant celle qxii plaît à Dieu comme étant opérée par son esprit et qui ne rend point la personne inutile, mais au contraire plus utile et efficace à la gloire de Dieu. En lui et son Fils Jésus- Christ toutes choses; hors de lui rien du tout. Que ce soit à l'honneur de la flagellation de Jésus-Christ Notre- Seignéur que vous portiez votre petite pénitence, afin d'exprimer Jésus-Christ dessus vous aussi hien que dans vous. Enfin qu'en lui et hors de vous vous fassiez toutes choses, qui seul mérite de vivre, de paraître et agir devant son Père. En lui soyez-vous consommé à toute éternité, après avoir travaillé à renoncer à vous pour lui et vous établir en lui dessus la terre. Adieu en Jésus-Christ, tout vôtre.

Olier.

LETTRE CXLllI (1).

A M. BOURDOISE, A LÏANCOURT (2).

Il le prie de bien accueillir donze ecclésiastiiines de son séminaire que les troubles de la guerre civile obligeaient à quitter Paris.

Paris, 12 janvier 1649.

Qui a Dieu a tout.

Monsieur et très honoré Père,

Je vous prie d'avoir agréables les services que nos clercs vont rendre à Dieu , en votre Église. Ils sont

(1) Cette lettre est tirée d'une Vie manuscrite de M. Bourdoise qui se trouve sous le n» 514 à la bibliothèque Mazarine.

(2) La communauté que M. Bourdoise avait établie à Liancourt, eu 1642, était très peu considérable et ne se composait que de deux ou trois personnes. Aussi n'est-ce pas là, mais au château du duc de Liancourt,

obligés de se retirer de Paris (1), mais ils cherchent un lieu de discipline et d'exemple, ce qu'ils espèrent trouver chez vous, et dans leur désolation, ils se consolent d'approcher d'un lieu où se pratique la cléricature exactement. Ils ont fait leur premier apprentissage à Paris; mais ils vont se perfectionner à Liancourt auprès de celui qui a donné les premières teintures à ses serviteurs, et entre autres à ce pauvre novice qui vous écrit, et qui se tiendrait bienheureux d'être en votre approbation et sainte charité. Je vous supplie, Monsieur, de présenter nos bons messieurs à M. le curé (2), et lui demander pour eux la permission de servir en son clergé , et de me croire comme vous savez,

Votre très humble serviteur,

Jean Olier, prêtre.

que les ecclésiastiques de Saint-Sulpice furent logés. Ils étaient au nombre de treize, parmi lesquels M. Maillard, qui mourut supérieur du séminaire de Saint-Irénée , à Lyon, M. Duval, et au moins l'un des MM. Souart, dont on aura occasion déparier ailleurs; M. de Lantages était le supérieur de cette petite colonie.

(1) Le roi et la cour étaient sortis secrètement de Paris, dans la nuit du 5 au 6 janvier, et s'étaient retirés à Saint-Germain en Laye, où la régente prit immédiatement la résolution d'assiéger Paris. Le prince de Condé, qui fut mis à la tête des troupes royales, s'approcha sans délai de la capitale pour en faire le blocus. C'est ce qui détermina M. Olier à envoyer les ecclésiastiques de son séminaire à Liancourt.

(2) Le curé de Liancourt, en 1649, était M. de Nully, très digne prêtre que M. Bourdoise estimait beaucoup. {Vie de M. Bourdoise, in-é", p. 344 et 401.)

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