‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 55 sur 326 · LETTRE XII · texte numérisé non relu

LETTRE XII

A MESSIEURS LES EGCLÉSMSTIQUES DE l'aSSEMBLEË DE SAINT-LAZARE A PARIS (2).

Il lear rend compte deslienrenx fruits prodaîts par sa première mission precbée en Auvergne (3).

[24 juin 1636.] Qui a Dieu a tout.

Jésus, Marie, Joseph.

Messieurs, Je ne puis être plus longtemps absent de votre compagnie sans vous rendre le compte que je suis obligé de mes actions. Je vous dirai, Messieurs, que nous fù-

rant quelques années, confesseur delà mère Agnès de Jésus. Il avait écrit cinq cahiers de Mémoires sur la vénérable prieure ; mais ils sont perdus depuis longtemps, sauf un extrait de trente pages, qui en avait été fait par le P. Boyre, de la Compagnie de Jésus et qui se conserve à Saint- Sulpiceà la suite d'un autre Mémoire que le révérend père Arnaud Boyre avait lui-même dressé sur la mère Agnes de Jésus. (Lucot, Introduct., xLin.)

(1) Sur une très ancienne copie.

(2) C'est ce qu'on nommait l'assemblée des mardis, dont saint Vincent de Paul était l'âme et dans laquelle M. plier entra des premiers. {Vie deJ/. OZier, 1. 1, p. 78.)

(3) Au printemps de 1636, M. Olier retourna en Auvergne pour y continuer ses missions. Pendant dix-buit mois qu'elles durèrent, il évangélisa, à la tête des missionnaires qui l'avaient accompagné, un grand nombre de paroisses appartenant aux diocèses de Saint-Flour, du Puy et de Clermont. La mission de Saint- Ilpise, petite bourgade des environs de Brioude, où les pieux missionnaires commencèrent leur expédition apostolique , donna lieu à M. Olier d'écrire cette lettre à ses amis de l'assemblée de Saint- Lazare , qu'il avait à cœur de tenir au courant de tout ce qu'il faisait.

mes onze jours en cliemin pour nous rendre au lieu de la mission nommé Saint-Upise. La faveur du Ciel fut si grande, que pendant ce temps-là nous n'eûmes pas deux heures de soleil ni de pluie, ayant toujours marché à l'abri des nuées; étant tous arrivés, par la grâce de Dieu, en bonne disposition. On commença la mission le dimanche d'après l'Ascension, laquelle dura jusqu'au 15 de ce mois, jour deleurfête Saint-IIpise, où l'on voulut que je prisse congé le soir, à la présence du Saint-Sacrement, ce qui se fil avec toute la révérence pour la majesté de Dieu qui présidait, et aussi avec tant de larmes et soupirs, que je pense, Messieurs, qu'il faudrait y avoir été pour le croire : Dieu soit béni de touti

Presque la même chose arriva à la procession des petits enfants et à leur communion, qui se fit dans toute la révérence imaginable, là où la foule était si grande, de même que le reste des fêtes, qu'il fallait toujours faire courir du vin dedans l'église pour les a:IQPaiblies, dont une, entre autres, a été plus de trois semaines malade. Le peuple au commencement venait selon que nous le devions souhaiter, savoir, autant que nous le pouvions confesser, mais cela. Messieurs, avec tel mouvement de grâce que de tous côtés il était aisé de savoir où les prêtres confessaient, les pénitents par leurs soupirs et leurs sanglots se faisant entendre de toutes parts : Jésus-Christ soit loué de tout ! Mais sur" la fin lé peuple nous pressait si vivement et la foule était si grande, qu'il nous fallait être parfois (savoir toutes leè fêtes) douze ou treize prêtres pour subvenir à l'ardeur de ce zèle. On les voyait depuis la pointe du jour, au milieu de la chaleur qUi était extraordinaire , jusqu'à la dernière prédication, sans boire ni manger;

Parfois, en faveur des étrangers, il fallait faire deux heures et plus de catéchisme , d'où ils sortaient aussi affamés qu'en y entrant. Cela nous laissait tout confus, il nous faUiait le faire de la chaire, n'y ayant point de place dans l'église, les environs du cimetière étant tous emplis, les portes bouchées et les fenêtres toutes chargées de peuples. Ce même se voyait au sermon du matin et à celui du soir qu'on nomme le grand catéchisme. Et après quoi je ne puis rien dire sinon : Benedîctus Deus, Benedictus Deus! lequel si libéralement se communique à ses créatures, mais surtout à ses pauvres; car. Messieurs, nous avons remarqué que c'est là où il réside et demande le secours des créatures pour achever ce que lui seul n'a pas accoutumé de faire, savoir l'instruction et la conversion totale de ses peuples.

Messieurs, ne refusez pas ce secours à Jésus : la gloire est trop grande de travailler sous lui j de contribuer au salut de ses âmes et à la gloire qu'il en doit retirer toute une éternité. Vous avez heureusement commencé^ et vos premiers exemples m'ont chassé de Paris: continuez en ces divins emplois, étant vrai que dessus la terre il n'y a rien de semblable. Paris, Paris, tu arrêtes du monde qui convertirait plusieurs mondes ! Hélas ! combien de bonnes œuvres sans fruit, de fausses conversions et de saints discours perdus, faute de dispositions , que Dieu épanche ailleurs. Ici un mot est uiie prédication et rien ne nous parait inutile ; ici l'on n'a point égorgé les prophètes, je veux dire que leur prédication n'a point été méprisée comme dedans ces villes; et pour Celia, Messieurs, tous ces pauvîes avec fort peu d'instruction se voient remplis de bénédictions et de grâces de Dieu. C'est ce que je vous puis sbuhaitei?;

puisque dans son amour, je suis, Messieurs, votre très humble, très obéissant et obligé confrère.

Olier.

A Vieille-Brioude, ce jour Saint-îeau 1636.

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