‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 61 sur 326 · LETTRE XVIII · texte numérisé non relu

LETTRE XVIII

AU PÈRE DE CONDREN, GEKÉRAL DE l'oRATOIRE (4) .

II lai rend compte de sa condoite et en particolier des succès obtenus an couvent de la Régripiëre.

[Nantes, 26 août 1638.]

Qui a Jésus a tout.

Mon très honoré Père ,

Après avoir été longtemps sans vous écrire du succès de l'Évangile, je vous dirai comme plus que jamais

(1) Les deux Moria étaient Traisemblablement de Langeac où, comme on le voit dans la Vie de la vénérable mère Agnès , il existait alors deux familles de ce nom (t. II, p. 259). Parmi les premiers élèves de Yaugirard se lit le nom de Barthélémy Morin, clerc du diocèse de Saint-Flour. Il s'attacha à l'œuvre de M. Olier et travailla longtemps à la paroisse de Saint-Sulpice, où il mourut en 1685. {Rem. hist. sur la par. de Saint-Sulpice^ 1. 1, p. 203.)

(2) M; Olier était né le 20 septembre 1608. M. Paillon (Vie de M. Olier ^ 1. 1, p. 34) a parfaitement éclairci ce point.

(3)i Sur une très ancienne copie.

(4) Le père de Gondren, outre M. Olier, avait sous sa conduite plusieurs ecclésiastiques de vertu dont il prenait grand soin, les croyant appelés à jeter les fondements des premiers séminaires de France. En attendant le moment favorable pour exécuter ce projet, il lès envoyait faire des missions. Au printemps de 1638, il en fit partir trois pour la Saintonge.

j'ai reconnu la puissance de la parole de Dieu dessus les cœurs, étant vrai que nous avons vu des conversions notables ces jours passés, lesquelles durent et se fortifient par les exhortations de ce chétif et malotru prédicateur, indigne de monter en chaire, que pour faire rougir l'Évangile. C'est pourtant avec cela que Dieu a opéré des merveilles que je vous raconterai à loisir. Notre-Seigneur m'ayant diverti par un rhume du voyage de Saintonge, je demeurai arrêté à Clisson où j'eus le bonheur de faire ma retraite sous Monsieur Boudet, auquel j'ai d'infinies obligations pour sa charité (1). Et de là nous nous trouvâmes appelés, après quelques instants d'entretien que nous Ûmes aux prêtres de CUsison, à un village nommé la Régripière, à deux lieues dé Glissoh, où il y avait un prieuré * de Fontevra,ult (2), dans lequel, après quelques rebuts ordinaires à notre condition, on reçut nos exhortations si heureusement j tant les religieuses que le peuple, qu'en vérité. Monsieur, chacun était forcé de

M. Olier devait aller les rejoindre; mais s'étantisenti fortement pressé intérieurement d'aller d'abord à son prieuré de Ciissoo^il partit pour la Bretagne» La ProYidence l'y conduisait pour la réforme d*un monastère de religieuses, situé dans le voisinage de Ciïsson. S'y étant présenté sans se faire connaître, il n'y trouva d'abord que des rebuts ; mais son humilité triompha de toutes les résistances ; car s'étant retiré pour passer la nuit dansime étable qui se trouyaitdans les dépendances du monastère, cette conduite toucha vivement les cœurs, et une partie notable de cette communauté relâchée et divisée revint, dès ce premier voyage de M. Olier, à l'exacte observation de ses règles. (Vie de M. Olier, 1. 1, p. 209.)

(1) Jacques Boudet, prêtre de la Mission, avait été désigné par saint Vincent de Paul pour accompagner M. Olier |en Bretagne. Le fondateur de la Mission parle de lui en ces termes dans une de ses lettres : « Si M. l'abbé Olier dit vrai, c'est un saint que le bon M. Boudet. Il a été en Bretagne avec lui où il a connu sa vertu. Il m'en a écrit en des termes bien exprimant l'opinion qu'il en a. » {Lettre du !«' octobre 1638.)

(2) Ce prieuré fut fondé par André Chaussaire, disciple du B. Robert d'Arbrissel.

dire : Je suis touché, je me rends : et même des coups de Dieu prodigieux.

De là nous sommes venus à Nantes, où nous attendons MM. Vialart (1) et Basseline (2) pour les mettre un peu en train et leur faire voir ce que c'est que mission. De là, Monsieur, j'espère m'aller rendre à Paris, m'étant trouvé pressé dans la retraite de me retirer encore un an, pour après m'abandonner tout à fait au travail pour Notre-Seigneur. Je vous prie , mon Père, ne me point oublier en vos prières, à ce qu'il plaise à Dieu me faire accepter de tout point ses divines et adorables volontés , puisqu'il ne désire autre chose de moi et que je ne souhaite que cela.

Je vous demande avec instance cette grâce comme, mon très honoré Père, un de vos plus humbles et obéissants serviteurs. Olier.

A Nantes, ce 26 août 4638,

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