LETTRE XXXV
A LA MÈRE DE BRESSAND
A roccasion de la sœnr de Vaaidray et des relîgienses de la Régripière, il lai parle des règles à suivre dans le choix d'un directear et de la bonne manière de traiter avec lui.
[De Paris, vers le H mars 1639 (2).] Vive f Jésus.
Ma très chère Mère,
Je prie Notre-Seigneur vous remplir de lui. Je n'ai point reçu de nouvelles, pendant mon séjour à Paris, de la personne qui devait me demander l'image de Notre-Dame, car je l'avais retirée pour la lui baiUer. Mandez-moi si vous voulez garder ce reliquaire et ce
(1) Sur l'autographe.
(2) Cette lettre est bien de la même époque qne la suivante.
que VOUS en voulez faire ; car, de bon cœur, j'y mettrai l'original pour donner dévotion à votre chère communauté.
Pour M"® de Clisson, je ne sais que lui mander. Je lui ai écrit, je pense, depuis ses dernières. J'aime mieux prier et offrir pour elle. Pour ma sœur de Vauldray, si elle n'est pas disposée à M. Basseline, M. de la Dauversière lui procurera, s'il est possible, le R. P. Chaaveau, jésuite (1). Je serais bien marri que cette pauvre fille se voulût attacher à son propre esprit, qui est chose bien dangereuse. Je ne l'expérimente que trop. Il bannit entièrement celui de Dieu, qui, nous laissant à notre propre conduite, nous laisse faire mille fautes, jusqu'à ce que nous soyons détrompés, et qu'il nous ait obligés à nous fier à lui et nous abandonner à sa direction.
Je serais bien aise que vous vissiez le révérend Père lecteur des Capucins, s'il est encore à Nantes. Il me paraissait très grand serviteur de Dieu et qui eût pu beaucoup profiter auprès de notre pauvre fille, si elle n'eût cherché que la solide vertu ; mais, quand on n'est pas bien détrompé de la vanité du siècle, on cherche dans la vertu de l'éclat, aussi bien qu'en autre chose, et ordinairement il y a fausseté. Notre-Seigneur ne porte pas cela avec lui et ne le met aussi dans ses vrais serviteurs ; il y met bien de la force pour toucher et convertir, mais peu d'éclat, d'extérieur et d'ap-
(1) Jérôme Le Royer de la Dauversière, quoique simple laïque et engagé dans les liens du mariage, était l'édification de tout l'Anjou. De concert avec M. Olier, il travailla très efficacement à l'établissement de la colonie de Montréal et fonda, à cet efiet, une congrégation de sœurs hospitalières à la Flèche. Le révérend pèreChauveau fut longtemps directeur de la Congrégation des écoliers externes du collège de la-Flèche.
parence. Le royaume de Dieu ne vient pas avec observation j dit Notre-Seigneur. C'est ce qui abuse nos pauvres filles; car, sous l'ombre que je ne leur ai pas mis en face des personnes de grand extérieur, ou qui, sous un extérieur fort humble, ne font point d'actions ou discours éclatants , elles n'y prennent la croyance qu'elles doivent, et cela, c'est abus et tromperie.
Ma Mère et fille, prenez garde à ceci; bien du monde s'y trompe ; je prie Dieu que ma pauvre fille se méfie fort d'elle-même et de son propre esprit. Priez Dieu sur tout ce que je vous dis, et après le lui avoir recommandé, écrivez doucement votre pensée à cette pauvre fille, et lui recommandez Thumilité intérieure, si rare, si difficile, qui dit être morte à son esprit, comme le vouloir être en l'esprit de tout le monde. Je vous mande des choses dont je voudrais être bien rempli et qui me font bien connaître ce que je suis.
Vous me croirez, s'il vous plaît, toujours tout vôtre et de toute votre chère communauté, quoique je ne vous le dise pas si souvent ni si tendrement, désirant le faire en esprit et vérité. Notre-Seigneur me fait la grâce de m' ouvrir les yeux et de me désabuser de beaucoup de choses; mais, malheureusement, je suis infidèle. Je vous le dis, afin que vous priiez pour moi et lui demandiez fidélité pour moi.
Adieu, croyez-moi, je vous prie, en Notre-Seigneur, tout acquis.
Olïer.
LETTRE XXXVl (1).
A LA SOEUR DE VAULDRAY
II lui écrit sur le directeur qu'il lui avait donné et auquel elle ne pouvait prendre confiance (2).
[H mars 1639.] Qui a Jésus a tout.
Ma très chère fille.
Je ne puis vous celer les sentiments que je ressens pour ce qui vous regarde et les désirs que j'ai de votre perfection. Il faut, ma très chère fille, continuer et croître de jour en jour en pureté vers Dieu et en simplicité, ne désirant purement que lui plaire et, dans l'exécution de vos œuvres unies à Jésus-Christ, ne vous attendre à aucune tendresse pour les exécuter, mais à la seule foi. Vivez ainsi et ne doutez de rien, au contraire attendez tout de Dieu.
Ma très chère fille , si vous avez quelques besoins pressants, écrivez au R. P. Chauveau, car ayant communiqué à notre Père général (3), il m'a dit que cela serait bien, non seulement pour vous , mais pour toute la maison, m'ordonnant toutefois de ne vous point délaisser, mais quelquefois par an de vous écrire. Et ce qui fait voir la providence divine dans le choix de ce saint personnage, c'est que madame votre princesse (i) l'approuve fort et le désire, m'ayant
(1) Sur l'autographe.
(2) Il s'agit toujours de M. Basseline, théologal de Vannes, dont il a été parlé plus haut (1. XXXI, note 2).
(3) Le père de Condren, général de l'Oratoke.
;4) Jeanne-Baptiste de Bourbon, abbesse de Fonlevrault, que M. Oiier avait visitée en revenant de Bretagne. {Vie de M. Olier, 1. 1, p. 220.)
aussi prié de vous servir autant que je pourrais; ce que je ferai, très clière fille, autant que je vivrai, ne pouvant être davantage à créature que notre Tout me donne à vous, qui suis de tout le cœur tout vôtre.
Olier.
Priez aussi souvent pour votre pauvre père qu'il le fait pour sa très chère fille ; ce sera tous les jours de ma vie qui sera toujours pleine de consolation en votre souvenir.
A Paris ce 11* mars 1639.